‹ Essai sur Lycurgue et ses institutionsChapitre 4 sur 9 · Institutions militaires · texte numérisé non relu

Institutions militaires

C'est une chose connue que les institutions de Sparte avaient un caractère militaire bien marqué. Platon dit des Lacédémoniens qu'ils ont la constitution d'un camp, et Aristote blâme précisément le fait qu'ils ont en vue uniquement la vertu guerrière qui n'est qu'une partie de la vertu *.

La race dorienne était de sa nalure belliqueuse^. On connaît

' Platon, Lois, II, 666 ; Aristote, Pol. II, 9. 8 Otfried Muller, Die Dorier, II, 227 sqq.

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son histoire : ces hommes rudes, descendus des monlagnes de la Thessalie, se sont frayé un chemin de vive force à travers toute la Grùce. Le conquêle du Péloponnèse a été longue, et lorsque les Spartiates se furent enfin fixés sur les hords de TEurotas, les mêmes institutions guerrières qui leur avaient donné la victoire sur les habitants du pays, leur servirent à se maintenir au milieu delà population hostile qui les entourait. Il y avait là pour eux une question de vie ou de mort. El ils ont si bien gardé et développé les coutumes de leurs pères qu'on a pu dire des Lacédémoniens qu'ils avaient fait de là guerre un art ^

On ne saurait rapporter à Lycurgue des institutions que les Doriens ont eues de toute antiquité. En réalité, aucun des historiens anciens ne s'est rendu coupable de cette erreur. Mais on attribue au grand législateur de Sparte le caractère militaire de l'éducation donnée aux enfants et on lui rapporte, en second lieu, l'honneur d'avoir organisé l'armée Spartiate.

Quant au premier point, nous verrons plus tard le rôle de Lycurgue en matière éducative. Nous ne discuterons ici que le second : Lycurgue a-t-il organisé l'armée de Sparte ?

Hérodote dit qu'il a institué ce qui concerne la guerre : les énomoties, les triacades, les syssities. Xénophon paraît lui attribuer toute l'organisation de l'armée. Mais au témoignage vague et général d'Hérodote et de Xénophon, il faut opposer le témoignage formel et précis d'Aristote. Le scoliaste de Pindare rapporte que les Aegides sont une famille de Thébains dont quelques membres vinrent au secours des Lacédémoniens dans leur guerre contre les Amycléens. Ces Aegides avaient pour chef Timomachos, qui le premier organisa tout ce qui concerne la guerre pour les Lacédémoniens. 11 fut jugé par eux digne des plus grands honneurs ; aux fêtes d'Hyacinthe on montrait sa cuirasse d'airain : « C'est ce que dit Aristole aussi dans sa constitution des Laconiens ^. »

* Xénophon, Constit. des Lac. XIII, 5 ; Plutarque, Pélopidas, 23. «Pindare, Isthm., 7, 18 ; Muller, Fragm. Hist. gr. II, p. 127.

Je remarque que le rapport de Plularque sur cette question est peu clair et contient des renseignements contradictoires ^ llippias, raconte-t-il, affirme que Lycurgue était un grand guerrier ; Philostéphanos lui attribue la division de la cavalerie en oùXa;j.ot. Démétrius de Phalère, au contraire, déclare que Lycurgue n'a pas louché aux choses de la guerre et a établi sa constitution en pleine paix. D'accord avec ce récit, Hermippos dit que Lycurgue a travaillé avec Iphitusà l'établissement de la Irève olympique. Plus loin, Plutarque reprend l'image de Platon et compare la vie des Spartiates sous leur législateur à celle des soldats dans leur camp.

En terminant sa biographie enfin, il assigne comme but suprême aux institutions de son héros, non pas d'assurer à ses compatriotes la suprématie sur beaucoup de villes, mais de leur donner, par la vertu et la concorde, l'indépendance, le bonheur et la durée de l'état ^.

Le témoignage de Plutarque s'annule lui-même, et il ne reste plus en présence que ceux d'Hérodote et de Xénophon qui sont contredits formellement par celui d'Aristote.

Ici encore il y a tout un développement dont Hérodote et Xénophon n'ont pas tenu compte ^. L'armée Spartiate a subi dans des temps différents plusieurs réorganisations dont la plus ancienne remonte à Timomachos d'après Aristote. Hérodote et Xénophon ont confondu les temps et les choses. Hérodote n'attribue pas à Lycurgue la plus ancienne division lactique connue à Sparte, celle des >^6yot, mais il lui rapporte des subdivisions qui paraissent avoir été établies à diverses époques, successivement. Quanl à Xénophon il mel sous le nom de Lycurgue sans aucune hésitation l'organisation de l'armée Spartiate telle qu'elle existait de son temps *.

1 Plutarque, Lycurgue, 23.

^Plutarque, Lycurgue, 31.

'Slehfen, De Spartanorum re militari, Diss., Greifswald 1881.

* Comparez Hérodote I, 65; Xénophon, Constit. des Lacéd., XI; Herrnmann, Lehrbuch der griechischen Antiquilâten : Kriegsalterth'ùmer de Droysen (1888), p. 65 sqq.

Le récit d'Arisiole est d'autant plus croyable que, d'après le lémoignage de Pausanias, les Amycléens rcsislèrenl longleinps et accomplirent des actions héroïques dans la lutte '. Los Spartiates ont donc clierché do l'aide, (^est alors que Tiuioinachos les secourut et commença par organiser l'armée. La victoire fut éclatante ; les Lacédémoniens élevèrent un trophée pour rappeler que c'était l'aclion la plus mémorable qu'ils eussent encore accomplie. Le roi Téléklos sous lequel Amyclac élail tombée reçut les plusgrands honneurs, commeTimomachoslui-mèmc.

Je résume . les Héraclides ont apporté avec eux dans le pays leur humeur guerrièi'e et leurs coutumes militaires. La première organisation de leur armée date de Timomachos ; entre l'œuvre des Doriens eux-mêmes et celle du général thébain, il n'y a pas place pour Lycurgue.

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