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"est un anachronisme sans doute de prétenilre que Lycurçue îait enseiji'ner l'éciiture au\ enfants, et cela svexa t-^; /.p^'^îmême la défense faite aux Spartiates de posséder île l'or el l'argent ne se comprend guère dans un temps où cette mone n'existait pas. La lourde monnaie de fer que Lycurgue a !scrile, dit-on, était alors la seule en usage en Grèce '. C'est jidon d'Argos qui, vers la 28^ 01. (tt68), fit le premier frapper l'argent, à l'imitation de ce qui se faisait en .Asie-Mineure, i Laconiens, enfermés dans hi vallée de l'Enrôlas, n'ayant par te de la géographie du pays el plus encore par suite de leurs itumes, que for! peu de iripports avec leurs voisins, devaient iserver le plus longtemps de tous les Grecs l'ancienne mone de fer. [les monnaies d'argent ont été frappées à Sparte ir la première fois après le règne d'Alexandre le Grand. )es luis somptuaires auraient élé bien inutiles du temps de !urgue, puisque le genre de vie simple que tous menaient idait la richesse sans objet. Mais lorsque, par la force des ises, l'étal se trouva engagé dans des guerres lointaines, l'or l'argent étrangers pénétrèrent en Laconie comme dans tout reste de la Grèce. L'étal en avait besoin pour solder ses
Voyez Fuslel de Coiilange. Acad. des srienres mor. el pol. CXlll, p.
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troupes. Aussi, dès les guerres médiques, voyons-pous les particuliers à Lacédémone en possession de métnux précieux. Dans les biographies de Plutarque, il est question de débiteurs, de créanciers, d'amendes imposées à des citoyens de Sparte. D'après Pausanias, les Sparliates ont été les premiers à acheter les généraux ennemis'. Tout cela suppose que le goûl de l'or se répandit parmi les Lacédémoniens, comme parmi les autres Grecs, aussitôt que le métal précieux eut pénétré dans le pays.
Que dire de la xénélasie que la tradition rapporte à Lycurgue ?
Toute ville en Grèce se réservait le droit de chasser de son territoire l'étranger qu'elle jugeait dangereux. Les Spartiates exerçaient-ils ce droit d'une manière très rigoureuse? Leur ville n'était pas d'un accès facile. Les commerçants n'avaient qu'y faire, elles premiers touristes auront visité d'abord tonte autre ville plutôt que Sparte. Les Doriens, nous le savons, sont restés volontiers lérmés aux influences du dehors, quand ils n'ont pas habité uneile, commeles Cretois. Avant Lycurgue déjà, les Spartiates fréquentaient peu les étrangers *. Une loi écartant ceux-ci eût donc élé superflue du temps du législateur. Remarquons du reste que, au dire de Plutarque, Lycurgue n'a pas expulsé tous les étrangers, mais seulement ceux qui venaient ii Sparte sans aucun but utile, qui ne faisaient que passer *. Sparte s'est montrée de tout temps peu hospitalière pour les oisifs et les bavards; mais de tout temps aussi, elle a accueilli et même appelé dans ses murs des hommes de mérite *. Terpandre, Thalétas, Alcman, Tyrlée, pour ne citer que les plus grands, prouvent que Lacédémone n'élail pas fermée aux étrangers au Villes et au VIH^ siècle avant notre ère, c'esl-à-dire au moment oii la discipline de Lycurgue était encore en pleine vigueur apparemment.
I 5. Parmi les inslilulions sociales que l'on prête à Lycurgue,
*Paii3aDiaa, IV, 17.
■ Hérodole I, 65.
^ Plutarquo, Lycurgue, !7.
» Plutarque, Ae/is, 40.
I*une (les pins célèbres est aussi la moins aulhenlique : c*est le partage égal des terres entre tous les citoyens dont Plutarque nous entretient longuement*. Ce partage ne se trouve indiqué dans aucun auteur antérieur au 111® siècle. Plusieurs réfutent formellement l'assertion du biographe.
Platon déclare que les Doriens ont évité le danger d'un partaiïe des terres ^.
Xénophon relève certains traits communistes de la constitution de Sparte ^. Mais on ne trouve nulle part émise l'idée qu'un partage général des terres aurait eu lieu dans cette ville.
Isocrate déclare que jamais mesure semblable n'a été prise à Sparte *.
Après avoir exposé la grande inégalité qui régnait parmi les Lacédémoniens de son temps et la diminution inquiétante de la population, Arislote émet l'idée que le meilleur remède à cet état de choses serait l'égalité des biens ^. Ce passage est décisif, puisque, si un partage avait eu lieu autrefois, le philosophe aurait invoqué ce précédent en faveur de sa thèse. Ailleurs, Aristole attribue à Phaléas de Macédoine l'honneur d'avoir le premier préconisé l'égalité des biens ^.
Éphore parle de l'isonomie qui existait à l'origine parmi les habitants de la Laconie"^. Dans le passage où il traite de Lycurgue, il n'est fait aucune mention d'un partage des terres ®.
Polybe est le premier auteur qui parle d'une égalité des biens terriens particulière aux Lacédémoniens^. Il semble, il est vrai, avoir puisé cette idée dans trois des auteurs que nous venons de passer en revue, Éphore, Xénophon et Platon : t^;
[JL£V Sv) Aax,e5at[j!.ovt()t)v TToXtTeta; t<^tov elvat (paat TupwTov piv Ta
1 Plutarque, Lycurgue, 8.
2 Platon, Lois, V, 736.
3 Xénophon, Constit. des Lac. V, VI.
♦ Isocrate, Paneg. II, p. 660.
BAristote, Pol. II, 6, 10->I2.
eAristote, PoL II, 4, 4. .
7 Éphore, dan? Strabon VIII, p. 560 (Muller, Fragm. Hist. gr. 1, p. 237) «Dans Strabon X, p. 735 (Muller, i^ra^/w. Hist. gr. I. 249, Nû 64). 9 Polybe Vï, 45.
Toi>ç 7uo>.iTaç ïaov ejreiv Set tyïç tuoTlITixtiç y topa;...
L'interprétation de ce passage a donné lieu à une controverse. Comment comprendre le oolgH est-ce un on dit qui ne désigne personne en particulier, ou bien ce verbe a-t-il pour sujets les auteurs cités quelques lignes plus haut ?
Grammaticalement, les deux interprétations sont possibles, disait déjà Schoemann*. Logiquement, dit Wachsmuth, ce verbe se rapporte aux historiens nommés et vise en particulier Ephore, comme le prouve le chapitre 46 où il est pris à partie personnellement Wachsmuth conclut qu'Éphore a parlé dans son ouvrage d'une égalité des biens à Sparte, sans que Ton puisse dire s'il la faisait remonter à Lycurgue. 11 appuie sa Ihése sur le fait que Justin 111, 3, attribue un partage des terres à Lycurgue ; cet historien n'a fait qu'abréger Trogue Pompée qui puisait lui-même dans Ephore. 11 existait donc une ancienne tradition qui affirmait une égalité originale des lot9 Spartiates; celle-ci fut utilisée par les écrivains qui appartenaient à l'entourage des rois Agis et Gléomène.
Ephore, Xénophon, Callisthènes, Platon auraient donc eu connaissance d'une tradition Spartiate attribuant un partage des terres au grand législateur. Gomment se fait-il qu'on ne trouve pas trace de cette tradition dans les œuvres de Xénophon, de Platon, que nous possédons, ni dans les fragments d'Éphore qui sont parvenus jusqu'à nous? Si Polybe s'est trompé manifestement pour Xénophon et Platon, ne pouvons-nous pas admettre qu'il s'est trompé pour Ephore et Gallisthéne?
Polybe a guerroyé plus d'une fois contre Ephore; le blâme général qu'il lui inflige dans le passage qui nous occupe, à propos des constitutions Spartiate et Cretoise, est immérité, Wachsmuth le déclare lui-même (p. 1815). N'y a-t-il pas là un manque d'exactitude qui doit rendre l'affirmation de Polybe suspecte en ce qui concerne le partage des terres?
1 Schoemann, Opusc. acad. I, p. 447, d'après Wachsmuth, Gôtting. gelehrte Anzeigen, 1870. p. 4817.
Qu.inl A l'argument lir<^ <li3 Justin, Wachsmuth convjeni i\e fort bonne grdce (p. 1819) qu'il n'a, seul et par lui-iiicme, aucune valeur, étant donnée la manière donl Trogue Ponipéi; a travaillé ses sources qui étaient assez nombreuses. Il n'esl pas même sur que Trogue l'ompée ail vraiment utilisé h!lphore d;ins le passage où il traite de Lvcurgue. Au contraire, la ditTérence notable qui existe enlre les rapports ri'Épbore (Strabon 481, 483) et de Justin (III, 2) concernant le législateur, a amené Gilbert (S/udieH p. 104) à conclure que Trogue Pompée s'est attaché dans ce passage à l'bistorien Aristocrate de Sparte qui vivait dans la seconde moitié du II*' siècle avant J.-C. Ne l'a-t-ii pas abandonné précisément parce qu'il n'y trouvait pas ce partage des terres, qui était devenu tradition générale au moment où il écrivait?
Le passage de Polybe, on te voit, prête à la discussion. 11 n'est pas prouvé qu'Kphore ait admis un partage général des terres à Sparte, et encore moins qu'il l'ail attribué à Lycurgue.
Polybe me parait être ta victime d'une confusion qui a été faite par d'autres aussi. Comme tous les envahisseurs, les Doriens, après la conquêle, ont procédé à un partage des terres. Platon y fait allusion en disant qu'il s'est accompli sans difficulté ^ Ce partage déjà n'était pas égal sans iloute, puisque les chefs auront reçu plus de terres que les simples guerriers, et que les loLs ne se valaient probablement pas l'un l'autre. f)u resie comme la Laconie entière on ce temps-là n'appartenait pas aux Spartiates, il est douteux que tous les guerriers aient pu être pourvus en une fois. Mais au fur el à mesure de la conquête, on attribuait des lots sur les terrains conquis aux citoyens qui n'en avaient pas encore. C'est une manière de faire que tous les peuples de l'anliquité ont pratiquée. 11 s'établit ainsi un régime de petite propriété qui amena une ceriaine égalilé entre les citoyens. Mais l'égalité relative des premiers temps résutlait plus encore du genre de vie que menaient les Spaitiates. Tous les citoyens vivant de même, étaient également fortunés. Les
1 Platon, Lois, lit, 68i.
syssities civaient précisément pour but de maintenir chez tous cette frugalité nécessaire à un peuple guerrier. Éphore le déclare positivement pour la Crète : ces repas communs sont un moyen de faire disparaître l'inégalité entre les riches et les pauvres^ L'erreur de Polybe ne consiste-t-elle pas à avoir confondu cette égalité relative des Spartiates, affirmée sans doute par Éphore, avec une égalité complète imaginée par les écrivains postérieurs?
Sparte, il est vrai, a connu les troubles agraires. Pendant les guerres de Messénie, on ordonna aux Lacédémoniens qui avaient des champs dans ce pays de les laisser incultes afm d'empêcher le ravitaillement des ennemis. Cette mesure réduisant à la misère un grand nombre de citoyens, ceux-ci demandèrent un partage des terres, nous dit Aristote*. Tyrtée parvint à les apaiser par son Eunomie : le partage n'eut pas lieu. Sans doute on indemnisa provisoirement les propriétaires lésés, et comme la guerre finit heureusement pour Lacédémone, les Spartiates appauvris momentanément retrouvèrent bientôt leur fonds de terre et leur bien-être antérieur.
Cet épisode même nous prouve que la répartition qui s'était faile après la conquête ne put se maintenir longtemps sans changement. Malgré les moyens employés pour assurer d'une part la conservation des familles, de l'autre l'intégrité des patrimoines, il y eut de bonne heure à Sparte des riches et des pauvres 3. Même lorsque les syssities fonctionnaient encore bien, ces deux classes de citoyens existaient déjà*. On connait le vieux proverbe cité par Aristote : « I/avarice perdra Sparte, et rien d'autre^. » La cupidité des particuliers trouva des moyens d'éluder la loi qui défendait la vente du patrimoine, et la loi d'Epitadeus, qui autorisait le testament et la donation entre vifs, eut des effets
1 Muller, Fraym. Hist. gr. I, p. 250.
2 Aristote, Pol. V, 6.
» Voyez les nombreux documents accumulés |)ar Fustel de Goulange ; Acad, des sciences soc. et pol. CXIII, p. 629 sq.
♦ Xënophon, Constit, des Lacéd. V.
s Muller, Fragm. Hist. gr. II, p. 434, No 88 ; Diodore, tome III, p. 3.
~ a8 ailles diins l'éluL pailiculier où se trouvait Sparte. Legoùl :e s'élail inlroiluil parmi les Lacéilémoniens, et pour le ire, les citoyens qui ne devaient pas se livrer au commerce lèrent à accaparer une grande richesse terrienne. Spartij la ville lie Grèce où il y avait la plus ^Tande disproportion liesses'. On sait que du temps d'Aristole les deux cinquiè- 3S terres appartenaient aux femmes. Au lllf^ siècle, sur înts bourgeois existant, cent avaient concentré en leurs toute la propriété foncière.
'on ne peut attribuer !i Lycurgue un partage des terres, enl expliquer le passage oii Plularque lui rapporte cette ■e?
jremier, Grole a montré d'où vient l'erreur*. Puis la thèse istorien anglais a été reprise en France et développée d'une re entièrement originale par Fusiel de Coulange et par > Jannet dans les ouvrages que J'ai déjà mainte fois cités. s la situation déplorable où se Lrouvail l'état des Spartiaidce d'un partage, émise par Aristote, devait se présenter ;llement à l'esprit des hommes qui présidaient aux deslie Sparte, et nous voyons que deux rois au HIo siècle ont lé A réaliser cette me,snre socialiste : c'est Agis IIJ et Cléo- Hl. Ces souverains voulurent ramener l'équilibre dans en rétablissant l'ancienne discipline de Lycurgue*. Ils t entourés de philosophes qui leur vinrent en aide dans întatlve de réforme. Deux moyens surtout devaient servir ■formateurs pour régénérer la cité : l'abolition des dettes partage des terres. Mais comment arriver â vaincre la réce des créanciers cl celle des grands propriétaires? i utopistes imaginèrent de prêter ces mesures à Lycurgue îme, de les présenter comme n'étant qu'une restauration tat ancien, et ils réussirent d'autant plus facilement que, èpète, la tradition générale était qu'autrefois les Spartiates
;l«l do Coulange, Acad. des sciences soc. etpoi. CXtV, p. 203.
Ile. Histoire de la Grèce, lit, p. .îïi sqq.
lyscn, Histoire de l'Hellénisme, III, iOo sqq., 506 sqij.
étaient égaux. On sait qu'Agis paya de sa vie sa généreuse tentative, tandis que Cléomène réussit à réaliser Tabolilion des dettes, mais non le partage des terres que le peuple réclamait à grands cris.
La réforme échoua donc. Mais la tradition créée au III« siècle par les écrivains stoïciens persista. Or Sphaeros, le précepteur d'Agis et le conseiller de Cléomène, Phylarque, Tami de ce dernier roi, sont au nombre des sources que Plularquea utilisées. Le biographe avait sans doute en mains le livre de Sphaeros sur Lycurgue, et ceci nous explique comment il a prêté à ce législateur un partage des terres qui n'est en réalité, comme dit Grote, que l'expression du rêve d'Agis.
Un fait à noter, c'est que Plutarque, dans les biographies d'Agis et de Cléomène n'attribue pas expressément à Lycurgue le partage des terres que ces rois voulaient réalisera Mais il dit fréquemment que ces rois cherchent à rendre leurs concitoyens égaux, ïcot, comme au temps de Lycurgue. Dans la biographie de Solon, il est dit que ce législateur mécontenta les pauvres parce qu'il n'avait pas rendu tous les citoyens égaux, comme Lycurgue 2. 11 y a là, me paraît-il, une différence sensible. Sans doute Plutarque lui-même croit encore au partage des terres opéré par Lycurgue tel qu'il l'a décrit dans la biographie du législateur; certains passages le prouvent^. Mais la manière dont il s'exprime au sujet du partage tenté par Agis et Cléomène prouve que les sources dont il a usé pour la biographie de ces rois ne faisaient que reproduire la tradition ancienne, qui affirmait l'égalité des anciens Spartiates, tandis que celles qui lui ont fourni les éléments de la biographie de Lycurgue faisaient remonter au législateur la première idée du partage que les rois socialistes du 111® siècle ont voulu faire accepter à leurs concitoyens.
* Plutarque, Agis, 8, 9, iO, 43; Cléomène, 7, 40, 44.
3 Plutarque, Solon, 46.
^ Plutarque, Agis, 5; Cléomène, 48.