‹ Essai sur Lycurgue et ses institutionsChapitre 7 sur 9 · Chronologie · texte numérisé non relu

Chronologie

Si dans les pages qui précédent nous avons réussi à établir quelle a été Tœuvre réelle de Lycui^ue, à savoir Tintroduction d'un code éducatif destiné à rendre les jeunes Spartiates capables de continuer J'œuvre de leurs pères, il vaut la peine de chercher à fixer l'époque à laquelle son influence s'est exercée. Les indications des anciens concernant le temps auquel Lycur- «rue a vécu sont extrêmement diflerenies les unes des autres. Voici les principales :

Hérodote place Lycui^ue à l'origine de la fondation de l'état dorien en Laconie * .

Xénophon se borne à dire que ses lois sont très anciennes : * On dit que Lycui*gue a vécu du temps des Ilèraclides*. »

Thucydide déclare au livre premier de son histoire que la constitution de Sparte dure depuis un peu plus de quatre cents ans au moment où il écrit ^.

Ctésias se fondant, dit Brandis, sur une liste laconienne des rois de Sparte, a placé le commencement de la tutelle exercée par Lycurg:ue en Tannée 884 *.

Éphore en fait un contemporain d'Homère *.

Pour Arislote, il est contemporain d'Iphitus ; le philosophe citait à Tappui de son dire un disque conservé à Olympie, dans

ï Hérodote L 65.

* Xénophon, Constit, *frrs Ltc. X.

* Thucydide h 18-

* C. ilulier. /V.iov»*. ','A/-o«. 4. — Brandis. Ar Tenu-'-r. >j,'>ie':,'iHt. rat. ti. ^ Ê^»horv\ dans Strabon X, 48?. Mu!»tr. Frf.^;m. H Ut. 'jr. K p. 249, V^ 64.

THéraion, qui contenait la formule de la trêve olympique et porlait le nom du législateur ^

Timée, pour se tirer des diffiçullés chronologiques que suscitent ces différentes estimations, imagina deux Lycurgue, dont Tun aurait vécu du temps d'Homère et l'autre aurait pris part à la fondation de la trêve olympique*.

Eratoslhêne plaçait Lycurgue 108 ans avant la K® olympiade, soit en Tan 884 avant J.-C. ^

Apollodore en faisait un contemporain d'Homère; il paraît avoir distingué, comme Timée, un second Lycurgue d'une date postérieure*.

De toutes ces indications, la plus sùie paraît être celle de Ctésias, puisqu'elle repose sur les listes laconiennes des rois de Sparte.

Malheureusement, ces listes de rois ne peuvent avoir pour nous aucune valeur historique. A l'origine il n'y avait pas de listes officielles; Hérodote n'a pu consulter que des traditions de famille qui n'indiquaient pas même la durée du règne de chaque roi. Ces arbres généalogiques, ce n'était pas autre chose, paraissent même avoir été combinés dans un temps postérieur à ces rois. La tradition affirmant que ceux-ci étaient des descendants d'Hercule, les familles royales ont cherché à établir leur généalogie, à mettre leurs représentants en rapport avec leur grand aïeul, en imaginant des intermédiaires fictifs. Donc les séries de rois que nous trouvons dans Hérodote et Pausanias n'ont aucune valeur historique^.

* Plutarque, Lycurgue, 1. Ce disque était certainement ancien, mais non pas contemporain de l'inslitiition des jeux olympiques. Pour Wilamowitz (Hom. Untersuchungen, p. 283^, il remonte à la première olympiade ; c'est un acte qui remet en honneur la trêve. La personne d'Iphitus est du reste purement myltiique. Gilbert [Studien, p. 32) ne voit dans ce disque que l'offrande d'un particulier, vainqueur au jeu du disque. Stein [Kritik, p. 44) reconnaît dans ce trait de la légende un épisode imite de la vie de Selon.

3 Plutarque, Lycurgue^ 4.

:* Gleraens Alex., Strom. I, 24, p. 402.

^Busolt, I, p. 432; Rohde, Rh. Mus. XXXVI (4884), p. 543; cf. p. 528.

5 Gilbert, Studien^ p. 4 sqq.

Clésins, (lil Brandis, aurait ulilisô pour sa chronolo^iie des listes Inconiennes des rois sparliales. Si ces listes avaient existé, Xénophon en aurait profité le premier. Gommenl se fait-il qn'il ne s'accorde pas avec Ctésias en ce qui concerne Lycurgue? Le caraclère vague de son indication « on dit que Lycnrgue a vécu du temps des Héraclides » prouve bien qu'il n'avait connaissance d'aucun document officiel.

Toutefois il vint un temps où l'on eut à Sparte des listes officielles des membres des deux familles royales ; elles contenaient les noms des rois, ceux de leur femme et de leur.^ enfanis. Ces listes paraissent avoir indiqué en années la durée du règne de chaque souverain. Mais elles ne remontaient pas au-delà de l'année 757/6 où commençaient aussi les listes d'éphorcs. Timée, qui a le premier étudié la chronologie Spartiate, a composé ces deux listes'; il a voulu établir entre elles un rapport chronologique. Mais cette chronologie établie au III« siècle est fort suspecte; elle ne remonlail du reste pas au-delà de 757.

Ce sont les Alexandrins qui ont poussé leurs investigations jusqu'à l'origine des olympiades et ont établi une liste complète des rois de Sparte; cette liste est devenue canonique pour la postérité. Nous ea possédons deux recensions. L'une, dans Eusébe, remonte à Apoîlodore et Ératoslhène; l'autre, dans Clément d'Alexandrie, remonte au Laconien Sosibios. Apoîlodore s'estatlaché à la série des rois agiades uniquement ; Sosibios a établi la série des Agiades et celle des Eurypontides, à la fois. Nous n'avons que sa liste des Eurypontides, et encore dans un état si fragmentaire qu'on ne saurait la comparer à la liste d'Apollodore.

Il résulte de cette exposition qui m'était nécessaire, qu'il n'y a eu dans l'anliquilé d'autre liste chronologique officielle des rois de Sparte que celle des chronographes alexandrins. Or celleci n'a aucune valeur historique élant donnés les matériaux qu'ils avaient à leur disposition. Nous ne saurions donc accepter

iPolibe Xll, 11, 1ï-

«Eusèbo, p. 319, Auclier. Clemenâ Alex., Strom. I, p. lil. Sylb.

comme sâre l'indication de Ctésias qui fixe à l'année S8 cornmencemenl de la lutelle exercée pur Lycurgue. Comi osl-il arrivé à cette date? Il a sans doute compté par générât! comme Éphore l'a fait encore après lui : ce n'est pas là une solide.

Du tablenu qui a été présenté plus haut (p. iO, Ai), il ré qu'il y a eu dans l'iintiquilé deux traditions concernani rép< de Lycurgue. L'une, la plus ancienne, se trouve chez Hérc et Kcnophon; elle place le législateur dans des temps fort ciens. C'est que les deux maisons royales se disputaient la sonne de Lycurgue : il est Aj^iade dans Hérodote, Eui^poi depuis les temps d'Ëphore et d'Aristole. Il importait aux familles de le placer aussi haut que possible afin qu'on ne pas Contrôler leurs prétentions.

Une tradition postérieure mit Lycurgue en rapport ave( noms connus, avec Homère dans Lphore, Iphitus dans Aris La rencontre avec Homère est lout simplement imagini l'exemple de ce qu'on racontait de Solon (v. p. 47). La rencc avec Iphitus est une légende qui date du temps où les El alliés aux Spartiates s'emparèrent de la direction des jeus c piques au détriment des habitants de Pisa^ Les Spartiates cèrent alors leur héros Lycut^ue à côté du héros éléen Ipl et imaginèrent, pour justifier la part qu'ils prirent dès lo la direction des jeux, qu'il avait restauré avec lui les conc olympiques.

On pouvait concilier cette iradilion avec celle d'Lphore, Taisait de Lycurgue un contemporain d'Homère, en plaçant tus non pas au début des olympiades, mais en l'an SSi*. L gislateur sparliale l'aurait rencontré dans les dernières an de sa vie; il serait mort en Élide. Cette date parait remoni Ctésias. Elle n'est évidemment imaginée que pour permettr arrangement. Mais la tradition générale de l'antiquité pi

1 Duncker (VI. 399 sqq.) place celle guerre dans les années .^80 Curtius (I, 3761 en l'an 573.

iL'Eléen Ârigtodème plaçait Iptiitus ï7 olympiades, Callimaque 13 i piades avant l'année de Corèbe ; v. Busolt I, p. 133,

ier celle e 11, 53.

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accompli son œuvre ^ ; il a été luleiir et législaleur en n temps. Lorsqu'on eut conclu du passage d'IiéroiJote qu'il voyagé avant de donaer ses lois, on li'iini^iiorta son ac législalrice à la fin de sa vie. C'est alors qu'on îma<;ina le rc qu'Kpliore, le premier, nous raconle. Selon qu'on le f; voyager pendant sa jeunesse ou pendant sa vieillesse, : qu'on augmentait ou diminuait le nombre et la durée dt voyages, on arrivait à des conclusions toutes différentes si longueur de sa vie.

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