Biographie
Peut-on savoir quelque chose de certain concernant la v: Lycurgue^? C'est ici que s'appliquent le mieux les mois lesquels Plularque introduit sa biographie : il n'y a rien, d qui ne soil contesté, ni son oiigine, ni ses voyages, ni sa r
Hérodote appelle Lycurgue 5oxi(;.oî àvr,p, un notable. II dans cet auteur, fils d'Agis, frère d'Écheslratos, tuteur de holas ; il a régné huit mois ^.
Lphore en fait un h'ère de Polydectés, le tuteur de son n Cbarilaos; Lycurgue devient Eurypontide *.
Pour Aristole, il a été tuteur de Charilaos. C'est un noli il n'a pas régné ^.
Plularque l'appelle fils d'Eunomos, demi-frère de Polyde tuteur de Cbarilaos. Tandis que dans la biographie de S< il le Iraîte de roi, dans celle de Ciéomène Plularque le prés comme un simple particulier. Il a un fils, Anlioros ".
Pausanias reproduit à peu prés le récit d'Hérodole ',
< Rohde, Rh. Mus. XXXVI, p. r>i! ; Busolt I, 139.
' Slein, Kritik der Ueberliefurung iiber den sparianischen Gesets Lykurff,Gyinn. l'rogr., Gialz, 1882.
s Hérodote 1.65, 66; VII, 20i.
' Épliore, dans Strabon X, p, 482. C. (Muller, Fragm. Hist. gr. I, p N" 64.)
= Arislote, Poi., IV, 11 ; II, 7.
«Plularque, Lycurgue; Solon; cf. Justin III, t.
^Pausanias lil, 3. 3-
lui .'lussi, Lycurgue est le tuleui' de Laholas; il a un fîls, Eucosmos.
Denys tl'llaiicarnassc fail de Lycuit;ue le tuteur d'Eunomos '.
Le scoliastc de Platon admet ta version de Simonide que cimii déjà Plularquc * : Lycurgue est fils de Prylanis, frère d'Kunomos, oncle et tuteur de son neveu Charilaos. Il a régné dixhuit ans.
Dans Suidas, qui se rattache évidemment à Simonide, Lycurgue est l'oncle de Charilaos et le frère d'Ëunomos *.
Les auteurs anciens ne sont donc d'accord que sur un point : Lycurgue a été le tuteur de son neveu.
Dans Héiodole, il est Agiade ; à partir d'Épliorc, il est Eurypontide. Ces deux versions prouvent, ce que nous savions déjà, que les deux maisons royales se disputaient la personne du législateur, chacun cherchant à confisquer à son profit sa popularité.
Il est sùi' que beaucoup des noms indiqués comme ceux des parents de Lycuigue ont un sens caché. Ils ont été forgés à dessein afin de caraclériser en quelque sorte l'aclioa bienfaisante du législateur. Eunomos est le père de Lycurgue, qui a apparié aux Sparliales Veunomie. Eucosmos est son fils, te résultat de sa législation. Charillos a été transformé en Oiari- Utos « celui qui réjouît le peuple s. b)t Léobotas est devenu LaOotas « le pasteur du peuple s. Il est facile d'analyser ainsi te nom de presque tous les personnattes qui sont mis en rapport avec le législaleui'.
Quia ima^-iné ces noms? Le peuple? Oui, pour une bonne part, mais aussi les philosophes. Lorsque les Grecs se rendirent compte du caractère particulier des institutions de Sparte, l'inlérèt s'attacha à l'homme auquel la tradition les faisait remonter, et comme celte tradition élait fort pauvre à l'oii^ine, on l'enrichit de noms et de faits.
Nous avons vu comment on forgea les noms. Mais où prendre
< Dion. Hal. II. 49.
lAd. Romp. 474,31. Bekker.
■ Suidas, s. v. AuxaSp-fa;.
- tt -
les faits? TouL natureltemenl dans la biographie de Solon dont la vie était mieux connue, et donl la législaliun faisait le pen>dant pour ainsi dire de celle de Lycurgue, On peut ne pas pousser le parallèle entre la biographie des deux lég" aussi loin que Siein t'a fait, mais il est sûr qu'il y a eu hreux emprunts'. Cela se voit en particulier fort bien voyages attribués à Lycurgue.
La situation de Sparte avant Lycurgue nous est p comme identique à celle d'Athènes avant Solon : les d'Athènes demandent un partage des teri-es; la légende bue un à Lycui-gue. Comme le législateur athénien, 1 renonce au pouvoir; comme Solon, il exige de ses cor le seinienl qu'ils rospecteronl ses lois jusqu'à son reto les deux sont partis pour un exil volontaire.
Hérodote n'attribue aucun voyage à Lycurgue. il dit ment que, d'après les Spartiates eux-mêmes, Lycui^u ses lois de la Crète (ix KpïiTTt; àya-j'écdai) ; nous verrons la Crète vient faire ici. De ces mois, Éphore a conclu à table voyage en Crète, qui correspond au voyage d'ins qu'a fait Solon. Comme ce dernier, Lycurgue va à De son activité législatrice est introduite par un oracle. Sole Iribué à répandre les poèmes d'Homère Lycurgue se Chios oii il rencontre le poète; il rapporte ses œuvres i pays.
Solon a visité Chypre et l'Egypte. Éphore fait voyager gue en Egypte; il va même en Libye (Plutarque), Le lè^ athénien a parcouru l'ionic; Lycurgue aussi a visité ces d'après Plutarque. Puis comme les Grecs croyaient troi analogie entre les mœurs guerrières des Ibères, la vie ( gymnosophistes de l'Inde d'une part et la discipline M Sparte de l'autre, ils ont envoyé Lycurgue en Inde el en ï pays qui étaient à partir d'Alexandre-le-Grand les deu extrêmes du monde connu des anciens.
I Slûin, Kriiik, p. U sqq. ; comp. la biograpiiii! de Lycurgue c Solon dans Plutarque,
les deux l(<gislii leurs il y a une annlo^iie sa cendre est répandue sur l'ile entière
à Élis ou on Crète, ordonne que se I mer pour que ses concitoyens ne soien ■ment.
irgue n'est dune qu'une copie de la vi< rails individuels. Lorsque la répulalioi ;'esl répandue dans te monde <;rec, di
a créé un rival plus ancien el plus véné ie Lycurgue ',
a Institutions de Lycorgae-
,ycuigue. Lui est-elle personnelle? Pou est intéressant île sourneltre à un exii icerne l'origine de ses instilulions^.
uble. Pour Tyrlée, c'est Apollon qui es n. Mais Hérodote déjà, après avoir nip iielques-uns, ta Pythie dicta à Lycurgui lient faire le bonheur de Sparte, oppnsi des Spartiates eux-mêmes, d'après Icque prunté ses lois à la Crète.
Ion que Lycurgue a présenté ses loi ollon, de même que la conslitulion cré \ de Zeus. Les instilnlions des deux pay part le philosophe; celles des Spartiate îs Cretois',
js institutions des Lacédémoniens i'œu l'gue, quand bien même il a, au début
'rsuckuni/en, p, î71. D'après ce savant, cV-st . faut allribucr la paternité de ces récils l^en
ii/ier die Heimslûtlen der lykurgisrhen Ver biirg IS88. Busolt, I. p. 127 .; Lois, 68.ÎA., G96A.
Éphore ulilisedes sources créloises; lesinstiluUonsde bCi à son avis, se sont développées à Sparle. Son lémoignage est portant, parce qu'il affirme que d'autres personnes, dont il < bal le sentiment, considèrent les institutions Spartiates cor Ayant servi de modèle aux autres. Il croit, du reste, aui l'influence de Delphes'.
Aristote constate le fait qu'il y a beaucoup de lessenibl. «ntre les deux constitutions : «Il parait et l'on dit que celle Spartiates a imité celle de la Crète. » Les lois etl'éducalioi sent aussi surtout la {guerre. Mais le philosophe note une c rence importante dans l'organisation des syssities*.
Héraclide rapporte des détails de l'éducation donnée aux je Cretois, détails qui se retrouvent en Laconie. Le but de 1' cation est le même : on veut développer le courage des en «l les endurcir; les enfants ont en Crète le même habi comme hiver; ils vivent ensemble, dorment ensemble, sont di bues en à.y€kM. On leur enseigne peu de chose. Mais la pédér s'est développée dans l'îie. Les étrangers y sont bien reçus*
Polybe nie qu'il y ait une ressemblance entre les deux é Il semble qu'un dieu ait inspiré Lycurgue. Mais le légisk n'a pas été que le fidèle .serviteur de la Pythie; en réalité, prêté ses institutions à Apollon pour les faire accepter plus temenl par .=ies concitoyens*.
Plutarque nous dit que Lycurgue, dans son voyage en C a trié parmi les institutions de ce pays celles qui conviendri te mieux à Sparte. De retour dans sa patrie, il a commence consulter l'oracle. Puis il a conféré avec les meilleurs d'( les citoyens^.
Un voit que les deux traditions, l'une delphique, l'autre toise, se maintiennent l'une à côté de l'autre pendant des sic Elles se combinent même dans Platon et dans Plutarque.
1 Ëpliore, dans Slrabon X, p. 735.
«Aristole, Pol., il. 9, 10.
'Héraclide de Pont, dans Huiler. Fraym. ffist. gr.. Il, p. 810.
* Polybe VI, 48, 2 ; X, 2, 8.
'■Plutarque, Lycurgue.
ons d'abont ce qui concerne la Ci'cle.
île n été colonisée par des Argiens, sous Allh^mène, et Doriens, sous le Laconien Polis, environ une généralion I conquêli; du Péloponnèse. Les villes de Lyctos er de sont des colonies l;icédémoniennes; c'esl dans ces villes, ne, que les anciennes institutions se sont le mieux con- . Wlte lie, occupée par les Doriens qui venaient de ir le Péloponnèse, a èlé organisée par eux comme le l'ils avaient quitté. El voiliï pourquoi on retrouve en s trois classes d'hommes et les mêmes corps politiques lesquels les cosmes ont pris la place de la royauté dispalulro pari, le caractère jiuerrier de l'éducation s'est u en Crète comme sur le continent et pour h même les Doriens étaient devant l'ennemi, représenté par la on indigène. L'éducation des enfants dans des circonsnalo^iies a du se proposer le même bul.
la r.réte est ouverte de tous côtés aux navigateurs; son cernent devail être tout difTérenl de celui de Lacédémonc. m;iois y étaient bien reçus, le commerce les amenait. Tient une influence sur les institutions. De là vient que lié a disparu de lionne heure; de là vient aussi certain .' Polybe a relevé : !a pédérastie élait tolérée. [■omnient se fait-il que In Iradition Spartiate ail aflirniè cn'toise <les lois du pays?
>acéi)ênioniens avaient puisé cette idée dans la simple lisnn des institutions des deux pays. Lorsque la civilisaptionne fut connue des (irecs, ils firent de même un raplenl entre la caste des guerrière et les insiiiiitions milles Sp;irli«tes. ot la lépende fit voyagier Lvcurçrue eu coinme elle l'avait promené en Crète, A l'épi-que clasa Crète passait pour avoir donné à plus d'un pays sa lé- I, Solon y était venu, Zaleucos aussi, d'autres encore. , placé t'ii Crète le ihèùlre de s«'s Luis. Cette lie était le
.> IV, 51 : ni.>.i.ir,- V. SO : F.; lier*, .lins Muller. Fr ■■;.», Bist. gr., et G.llvrl,'; û '...<M,rrs.r.''.,l|,(>-;ih: C'irX. i~. H i't.çrequt.
berceau vénérable de Zeus, le grand dieu hellénique. Que la constitution de Sparte vînt de Crète, elle était d'origine divine. Il y a eu du reste, dans les temps postérieurs, une influence réelle de la Crète sur Lacédémone. Je rappelle Olympos et Thalétas apportant aux Spartiates les mélodies et les danses Cretoises ^ 11 n'est pas étonnant que Ton ait étendu cette influence à toutes les institutions de la cité, puisque la vanité nationale y trouvait son compte.
En opposition avec la tradition Cretoise, la tradition delphique paraît avoir gagné du terrain dans le cours des siècles. D'abord contestée par Hérodote, elle est ensuite représentée par Platon, Ephore, Aristote, Plutarque.
Des liens solides unissaient Sparte à Delphes dès l'origine^. Conclue peut-être sur les bords du golfe Maliaque, cette alliance se maintint au travers des luttes qui rendirent les Lacédémoniens maîtres de la péninsule. Les deux puissances y trouvaient leur compte. Les Lacédémoniens appuyaient, étendaient l'influence d'Apollon, et le dieu, de son côté, s'est montré extrêmement favorable aux Spartiates dans leurs luttes contre les Messéniens. Cette influence servit aux premiers dans leur propre ville; c'est au nom d'Apollon que Tyrtée apaisa le peuple et le ramena à l'obéissance.
Éd. Meyer a cru trouver l'origine de la tradition delphique dans le livre que le roi Pausanias écrivit pour soutenir les droits de la royauté contre Lysandre et son parti ^. C'est lui qui aurait inventé cette origine; elle ne daterait donc que du IV^ siècle.
Pour qu'on pût se rallier à l'opinion d'Éd. Meyer, il faudrait considérer comme apocryphes les vers de Tyrtée; Téminent historien n'a pas hésité à le faire. Mais que fera-l-ii du passage d'Hérodote qui établit que cette tradition existait déjà en plein cinquième siècle? Sans doute elle n'est encore que la version d'un petit nombre, mais enfin elle existe.
* Hans Flach, Geschichte der griechischen Lyrik, p. 444, 267 sqq.
^ Bouché-Leclercq, Histoire de la Divination dans l'antiquité, i^f^O.