‹ Essai sur Marc-AurèleChapitre 10 sur 16 · SUR BART. BORGHESI. KV · texte numérisé non relu

SUR BART. BORGHESI. KV

M. Borghesi pour l'antiquité s'élevait jusqu'à l'éloquence, sous la double inspiration de la science et du goût, que je conçus le désir de publier une histoire de l'empire romain appuyée sur les monuments épigraphiques. D'abord je la voulais complète : une époque ne me suffisait pas. Mais le maître calma mon zèle : « Vous avez « à choisir dans un vaste sujet, me dit- il ; il reste <c à dire sur l'histoire de l'empire bien des choses a que l'on croit savoir et qu'on ignore. Le jeu a des institutions politiques , sociales ou relice gieuses, leurs modifications selon les temps et <c les lieux, le développement du droit , la concc centration des pouvoirs civils et militaires dans <c la main des mêmes agents, puis leur sépara- « tion, le nivellement impérial, tout cela em- (c brasse le monde. Sachez vous borner sous peine <c de vous perdre dans l'immensité de vos recher- <c ches. J'ai eu moi-même l'aspiration ambitieuse <c de tout connaître chez le peuple dont le génie <c avait absorbé l'univers. Encouragé dès l'enfance ce à l'étude de la numismatique par l'exemple de a mon père, formé à l'épigraphie par les leçons « de Gaetano Marini, je voulais réunir tout ce ce que ces deux branches de l'archéologie peuvent

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« produire, je voulais, en reconstruisant par leur « secours les fastes de l'empire, y joindre Thiscc toire de l'administration, celle des familles, ce étudier la législation, l'armée, le sacerdoce, la a vie privée, expliquer le monde moral par Taooc tion de la loi, la loi par les mœui's, les mœurs oc par la conquête, reconnaître l'influence des ra- « ces ou des climats. C'était une tâche trop rude oc pour un seul homme obligé d'affiner lui- « même les instruments dont il devait se servir, oc Pendant vingt années j'ai parcouru l'Italie, visitant ses musées, compulsant ses bibliothèoc ques. J'avais promptement reconnu dans quel oc état désespéré nous sont parvenues la plupart a des inscriptions antiques. L'ignorance, l'incuoc rie, la fraude en ont altéré un grand nombre. oc II a fallu revoir les marbres, comparer les niacc nuscrits, démasquer les faussaires. Aucuns ce monuments peut-être n'avaient été plus audace cieusement défigurés que les inscriptions con- « sulaires, qui devaient former la base de mon oc travail. Retiré depuis trente ans à Saint-Marin, « j'y fais l'inventaire et la description de mes ce conquêtes. Maintenant les matériaux sont dis- « posés par ordre ; peu à peu la lumière se fait

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« dans ce chaos ; des lacunes sont comblées chace que jour ; mais le temps s'écoule et la vieillesse c( est venue. J'ai réduit mon plan : je me borne (c aux fastes consulaires, et cependant, si je laisse « après moi une œuvre bonne, neuve, conscien- « cieuse, où je n'ai jamais risqué un second pas « sans m'assurer qu'en faisant le premier je m'étais « établi sur un terrain solide, cette œuvre ne sera « pas complète, et elle aura consumé ma vie(i).

(1) M. Borghesi est mort le 16 avril dernier, dans sa quatrevingtième année. A peine si j'avais pu constater, pendant le dernier séjour que j*ai fait à Saint-Marin, quelque hésitation dans cette sûreté de mémoire, qui faisait Tétonnement de tous ses amis. Quant à Tintelligence, elle était demeurée parfaite. Je lui avais apporté^ pour les soumettre à sa révision^ les inscriptions anciennes de la Grande-Bretagne^ que j'avais rassemblées en Angleterre et en Ecosse. Cette révision l'intéressait, car il avait trouvé, parmi ces monuments épigraphiques, quelques légats qui lui étaient inconnus. Or^ la législation de la Bretagne étant consulaire, c^est-à-dire ne pouvant être exercée que par des personnages ayant déjà exercé le consulat^ les nouveaux consuls devaient prendre rang dans les fastes, et j'eus de nouveau Toccasion d'admirer avec quelle sûreté de critique il savait profiter des moindres indices pour assigner une date à ces hauts fonctionnaires oubliés par Fhistoire. Rappelé à ma campagne, près de Rimini^ pour quelques affaires, je devais revenir à Saint-Marin vers la moitié de janvier 1859, lorsque je reçus du neveu de M. Borghesi la triste nouvelle que son oncle venait d'être atteint d'une attaque d'apoplexie qui mettait sa vie dans le plus grand danger. Il me fallut, quelques jours après^ partir pour Rome, non pas sans avoir appris^ toutefois, que le

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