XXVIII NOTICE
a Choisissez un filon dans cette mine inépuisable <( qu'on appelle Thistoire de l'empire romain et ce qui est, par le fait, l'histoire du monde. Ainsi, a par exemple, vous voulez faire de l'épigraphie « la base de votre travail : ne vous occupez pas ce des débuts de l'empire. Les inscriptions sont ce encore rares sous Auguste, et, malgré toutes nos ce pertes, les historiens ne nous font pas absoluce ment défaut pour cette admirable époque.
« Pourquoi parler des temps de Tibère et de Néce ron après Tacite.^ Dans son éloquente conci-
danger s'était éloigné. M. Borghesi s'était rétabli pour €[uelques mois de cette rude atteinte. Il a repris ses travaux, il a écrit à ses amis, leur offrant comme toujours le tribut de sa science et de ses parfaits conseils. Cependant son écriture était plus tremblée, ses lettres plus courtes, ses réponses plus tardives. Il éprouvait le sentiment d^un affaiblissement général du corps, bien que ses idées fussent aussi fraîches que dans la jeunesse. Jusqu'au dernier moment il a conservé la passion de ses chères études. Il lisait dans son lit, où le retenait une légère opération surmontée sans accident, lorsqu'il fut pris d^un accès de toux convulsive pendant lequel il expira, frappé probablement d'une nouvelle attaque d'apoplexie. Il est du plus haut intérêt pour le monde savant que l'œuvre à laquelle le comte Borghesi a consacré sa longue carrière, si laborieusement remplie, soit promptement publiée. Elle sera pour l'histoire romaine une véritable transformation, et la réputation de l'illustre archéologue ne peut que grandir encore quand on connaîtra mieux le magnifique héritage scientifique qu'il laisse après lui.
SUR BART. BORGHESI. xxix
« sion il n'a rien oublié, et votre Montesquieu a « dit de lui : Il abrégeait tout parce qu'il voyait « tout. Mais, avec la fin du premier siècle de notre (c ère, à la mort de Domitien, tous les documents « historiques nous manquent à la fois. Nous a n'avons plus Tacite ; nous n'avons plus même <c Suétone. Nerva , Trajan , Adrien , Antonin, ce Marc-Aurèle, ont à peine des biographes sans a talent, sans critique , sans méthode , abrévia- « teurs d'écrivains moins incomplets dont les tra- <c vaux sont perdus pour nous. Les monuments « épigraphiques abondent au contraire. Il sem- « ble que chacun ait prévu le naufrage qui de- « vait engloutir les livres écrits à cette époque, et ce se soit empressé de faire graver sur le marbre « ou sur le bronze ses titres à l'attention de la ce postérité. »
J'ai suivi les conseils que me donnait M. le comte Borghesi : j'en avais tout d'abord compris la justesse. On n'a pas habité longtemps l'Italie et appris à reconnaître Tâge de ses ruines vénérables sans avoir été frappé du grand nombre de monuments qui rappellent, sur ce sol privilégié, le second siècle de notre ère. Avec lui, l'ordre s'était rétabli dans l'empire. Les arts, ami
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de la paix, se retrempèrent au contact du génie de la Grèce. De toutes parts on voit leur empreinte, et, à défaut d'historiens, ces nobles vestiges nous racontent en partie la vie des Antonins. Trop peu connue, cette grande époque est celle d'une organisation apparente et d'une lutte cachée. T/organisation amena l'unité entre toutes les provinces du vaste empire des Césars; la lutte se prépara chaque jour plus ardente entre l'ancienne civilisation et la loi nouvelle. La philosophie parlait alors aux hommes le langage le plus élevé dont elle ait jamais emprunté les accents ; elle cherchait à remplacer le vieux polythéisme qui faisait encore le fond de la société romaine. Il était bien usé ; mais, s'il n'avait plus d'autorité, il avait toujours des séductions. Le peuple se laissait charmer par ses fêtes licencieuses, et quelques esprits moins futiles caressaient dans ces ingénieux mensonges les souvenirs d'une tradition qui se rattachait à un passé glorieux. Tandis que les empereurs, éclairés par la pure morale du stoïcisme d'Épictète, déploraient les erreurs d'un culte qu'il leur fallait professer publiquement sans y croire, le christianisme persécuté se répandait avec rapidité dans le monde