‹ Essai sur Marc-AurèleChapitre 14 sur 16 · ES8AI · texte numérisé non relu

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ressources des orateurs, l'adresse à réfuter, le talent d'émouvoir, de charmer, d'exciter, de détendre les passions de ceux qui t'écoiitent? Si tu méprises cette science pour l'avoir apprise, tu mépriseras aussi la philosophie en l'apprenant (1). » JVfarc-Aurèle, cependant, laissait dire l'éloquent rhéteur : il aimait son bon maitre, lui écrivait souvent, le consolait par son affection, mais écoulait les leçons du philosophe Ruslicus : « Ce sage c< précepteur, dit-il, m'a fait comprendre que j'avais a besoin de redresser, de cultiver mon caractère; il « m'a détourné des fausses voies où entraînent les so- « phistes; il m'a dissuadé d'écrire sur les sciences spé- « culatives, de déclamer de petites harangues qui ne a visent qu'aux applaudissements, de chercher à ravir « l'admiration des hommes par une ostentation de mu- « nificence. Je lui dois d'être resté étranger à la rhétoa rique , à la poétique , à toute affectation d'élégance a dans le style, et d'écrire avec simplicité. Je lui dois « encore de me montrer prêt au pardon dès l'instant où « ceux qui m'ont offensé par leurs paroles ou leur con- « duile veulent revenir à moi ; de mettre à mes lectures « une scrupuleuse attention, de ne jamais donner avec « légèreté mon assentiment aux grands discoureurs; a enfin je lui dois d'avoir eu entre les mains les coma mentaires d'Epiclète ; c'est lui-même qui m'a prêté ce a livre (2) ».

'■ . ■ iTir

(1) Lettre de Fronton à Marc-Aurèle sur Uéloq uence, édit. et trad. de M. Cassan^ t. Il, p. 17.

(2) Pensées de l'empereur Marc-Aurèle, l. i , c. 7, trad. de M. Al. Pierron, p. 3.

C'est en l'an de Rome 893 (de notft ère 140) que Marc-Aurèle parvint pour la première fois à l'honneur des faisceaux consulaires. Une statue, déposée maintenant au musée de Palerme et qui a été trouvée à Tyndaris, le représente sous des habits sacerdotaux, présidant à un sacrifice : elle lui a été probablement consacrée à Toccasion de son avènement à ce premier consulat, ainsi que le font présumer l'air de jeunesse répandu sur ses traits et l'inscription gravée sur la statue (1). De nombreux monuments épigraphiques parvenus jusqu'à nous, et où Marc-Aurèle ne porte encore que le titre de César, prouvent que de semblables honneurs étaient rendus souvent par les villes de province au fils adoptif d'Antonin (2).

(i) M. AVRELIOIIVERO.CAESARE.COS ||IMP11T. AELI.IIADRIANI|| ANT0NINI.AUG||Pni|FlL10||P.P.D.D. Voy. BulL de IHnst, arcàéoL, année 1845, p. 55. Les deux sigles P.P. qui ne peuvent signifier ici, d'après M. Borghesi, que Permissu Proconsulis sont une des singularités de cette inscription. Cette fornaule, dit l'éminent épigraphiste, ne s'était rencontrée jusqu'à présent que dans la province d'Afrique.

(2) Dans les ruines du théâtre de Fermo : M.AELIO AURELIO CAES.COS.IÏ FIL . LMP . ANTONCVI AUG PII P. P. D. O.P. L'inscription, qui n'appartient pas à une base de statue , mais à une frise , semble avoir été placée sur rentrée principale du théâtre, qui sans doute venait d'être construit, ainsi qu'on l'apprend par la marque des briques» et qui avait été dédié au jeune César. Son second consulat date de l'an de Rome 898 (de J. C. \lx^). Voy. BulL deVinst. archéoL, 4839, p. 89. — En Espagne, près de Séville , l'ancienne Hispalis, on a trouvé une autre inscription consacrée à Marc-Aurèle, César, par une corporation de bateliers, ou pour mieux dire de caboteurs : M . AURELIO VERO |1 CAESARI . LMP . CAESAR1S|| TITl . AELII . H ADRI A- NIUANTONIJSl.AVG.Pn.P.P. IIFU.IO SCAPHARIl QVI || IVLIAE RO-

Déjà consul désigné, le jeune prince avait été nommé sei^ir iurmis equituni romanovum^ c'est-à-dire commandant de Tun des six escadrons de chevaliers romains. Sans Tex pression de se\dr employée à ce propos par

MVLEAE NE||GOTIANTUR.D.S.P.D. D. Voy. Henzen, 3« vol. d'OreUi, n* 7277. Une autre inscription est consacrée au génie de la colonie des habitants de Pouzzoles, qui s'adressent à cette divinité protectrice pour la santé du jeune César, pro sainte M, Adii Aurelii Caesaris nosfri. {\oy. Mommsen, I.R.N. 2464 et Henzen, 3* vol. d'Orelli, 6315). Jusque dans la Transylvanie, on a retiouvé des monuments exprimant les vœux formés par la population en faveur du jeune prince qui partageait avec Antonin la reconnaissance des peuples les plus éloignés du centre de Tempire. Une in-^cription découverte près de Klausenburg porte : 1 . . M . || TA VI AND || PRO SA LVTE || IMP . ANTO || NINl ET MIJAVRELl CAES ||GALATAE CON || SISTENTES || MVNiaPlO. VOsvervnt (Oreli, n° 1285). M. Honzen a prouvé qu'il fallait ici lire TAVIANO et non pas TRAIANO comme l'avaient fait Gruter et Orelli. Il s'agit, dans cette inscription trouvée en Transylvanie, du Jupiter adoré à Tavium, en Galatie, où il avait, ainsi que nous l'apprend Strabon, un colosse d'airain et un temple qui servait d'asile inviolable aux coupables lorsqu'ils avaient pu s'y réfugier (L. xii, c. v, p. 485, éd. Didot). Nous apprenons ainsi que des Galates avaient été transportés au delà du Danube, probablement au temps de Trajan, et qu'ils continuaient dans leur nouvelle patrie, à rendie un culte au Jupiter de leur pays natal (voy. Bull, de Vlnst, archéol., 1848, p. 131). La Dalmatie rend également hommage au César Marc-Aurèle à l'occasion de son second consulat (voy. Murât., 239, 4, et Orelli, 857). — A Rome, les préfets du prétoire, les officiers et les soldats des cohortes prétoriennes et des cohortes urbaines, ainsi que les statores evocati chargés, comme nous l'apprend Suétone, du service intérieur du palais {Galba, c. x), consacrent au jeune prince une inscription qui mentionne pour celte époque, c'est à- dire sous le règne d'Anton in , dix cohortes prétorienn{ s et trois cohortes urbaines : TRIBVNI COHOR- TIVM PRAEÏORIARVM DECEM ET VRBAJN ARVM TRIVM ( voy. Fa-

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J. Capitolin, on serait tenté de croire qu'il s'agit ici du commandement général des six escadrons formés par la noblesse romaine, commandement qui appartenait aux jeunes Césars, princes de la jeunesse (1), attendu que le simple sévirat, ou commandement d'un escadron, précédait le plus souvent la questure, et se trouve même quelquefois concédé avant le vigintivirat. Toutefois les inscriptions nous fournissent quelques exemples de sévirs ayant déjà été questeurs (2).

bretti, p. 131, 68 et Orelli, 3422). — Une autre inscription romaine en l'honneur de Marc-Aurèle, lorsqu'il n'était encore que César, est datée du consulat d'Érucius Clarus et de Claudius Sévérus en Tan de J. C. 446. C'était la huitième année du règne d'Antonin (Orelli, 2456). On voit par ces exemples, auxquels nous pourrions en ajout» r d'autres, et qui ont survécu à tant d'autres monuments du même genre détruits par le temps, combien les peuples de l'empire se trouvaient unanimes pour associer dans leur sentiment de gratitude le César Marc-Aurèle à son père ado[>tif.

(1) Le titre de Princeps juventutis n'est jamais donné à Marc-Aurèle, ni par les historiens, ni sur les inscriptions ou les monnaies , à moins qu'on ne veuille prendre pour une commémoration de ce titre une médaille qui appartient à Tannée de son premier consulat, et qui porte pour exergue IVVENTAS.S.C. avec la figure d'un jeune homme près d'un trophée tenant une lance de la main gauche, type qu'on retrouve fréquemment sur les monnaies des Césars avec l'inscription PRINCEPS IVVENTVTIS. Voy. Eckhel, t. Vil, p. 43.

(2) Voy. Valérius Festus sous Néron {Bull, archeoL Napol, n^Lvii, p. 34); — Cornélius Dolabella Métilianus du temps de Trajan (Gudius, p. 121, 8); — L. Publius Petronius Volusianus {fscr. o?ior. di con cordia par Borghesi, Ann. deVlnsL archéoL, 1853, p. 139). Quanta la charge de seoir turmis equîtum romanorum, la phrase de J. Capitolin où il est dit qu'elle fut accordée à Marc-Aurèle est le seul passage qui la mentionne chez les historiens , tandis qu'on la ren-

Dès rage de qainze ans, Marc-Aarèle avait été fiancé par la volonté d'Adrien à la fille du César ifilius Véras ;

contre fréquemment d ms les inscriptions. Fabretti (Inscr.y p. 410) et Marini {Fr, Arv,, p. 773) étaient les seuls qui en eussent dit quelques mots, lorsque M. Borghesi {Giornale arcadico, t. XLVI, p. 174 et suiv.) a cherché à l'éludier de plus près : « Dans la profonde obscurité où nous sommes à ce sujet, dit-il, je crois que les turmse auxquelles présidaient les sévirs equitum romanorum étaient celles auxquelles fait allusion Suétone lorsqu'il dit, en parlant des jeux donnés par César (Cœs,, c. 39) : Des jeunes gens partagés en deux escadrons, turma duplex, célébrèrent les jeux appelés Troyens.— Cette brillante jeunesse fut probablement répartie plus tard en six divisions ou escadrons, qui, dans certaines fêtes déterminées et dans les fêtes extraordinaires, exécutaient ces decur$iones dans lesquelles consistaient les ludi Trojani célébrés par les vers de Virgile (/En., y, 545 et suiv.). On peut conclure de plusieurs passages des auteurs latins que les jeunes gens qui célébraient ces jeux étaient tous patriciens ou fils de sénateurs ; et chacun sait que, quelque élevés en dignité que fussent les patriciens, leurs fils, tant qu'ils n'étaient pas inscrits dans Tordre sénatorial, restaient au rang des chevaliers. Or ces sévirs, dont la mention est si fréquente dans les inscriptions, y figurent tous comme très-jeunes, puisque cette charge est un de leurs premiers titres; piiis, d'autre part, je n'en pourrais citer lin seul qui fiU un komo novus dans le sens que les Romains donnaient à ce mot, tandis que, pour un très-grand nombre, la noblesse de leur origine est manifeste. » Les monuments épigraphiques eipriment par différentes formules la charge de sévir equitum romanorum. Tantôt on y lit : SEVIR TVRMARVM EQVESTRFVM (Mommsen, l.N , 4237); tantôt 111111 VIR EQVITVM ROMANORVM (Orelli, 2258), ou bien SEVIR TVRMARVM EQuitum ROManorum {Crut,, p. 436, 7), ou 111111 VIR TVRMIS DVCENDIS (Grut., 399, 6), ou simplement SEVIR (Or., 2377, 2751), ou SEVIR TVRMAE PRI- MAE ou SECViNDAE ou TERTIAE, etc. (voy. Orelli, 6007, 6048, 3045, 5999). Orelli avait cru que les monuments lapidaires ne mentionnaient pas la sixième turma : M. Borghesi a observé à ce propos qu'on l'a trouvée sur un fragment donné deux fois par Muratorî, p. 820, \ et p. 2032, 4 (.^nn. de Clnst. archéoL, 1853, p. 190).

lorsque Anlonin devint maître de l'empire, il voalat marier sa fille Faustine à son fils adoptif ; mais, malgré la raison d'État, malgré la parfaite convenance que celte alliance semblait offrir, tel élait le respect du jeune César pour la foi jurée qu'il semble n'avoir cédé qu'à la considération de la grande différence d'âge qui existait entre lui et la fille d'^Elius Vérus. Et cependant Faustine n'était pas seulement la fille de l'empereur ; elle était bien belle, ainsi que nous l'attestent ses bustes, ses statues, ses médailles. Plus tard Marc-Aurèle prouva combien il l'aimait, en se montrant aveugle sur ses défauts. Cet aveuglement ne peut même trouver d'excuse que dans la passion ; sans elle il toucherait au ridicule. Désigné sur la scène, comme un mari trompé, par des bouffons qui nommaient au public les amants de Faustine, jamais il ne voulut se reconnaître, et, quoiqu'on ait prétendu qu'il répondait à ceux qui le pressaient de répudier sa femme : « Alors il faut rendre la dot, » or la dot, c'était l'empire, nous croyons qu'un antre sentiment que la reconnaissance des bienfaits d' Anlonin lui fit garder près de lui la mère de ses enfants. Il ne la vit jamais ce qu'elle était; ou plutôt il la vit toujours ce qu'elle ava't été lorsque, jeune, charmante et sans doute encore fidèle, elle habitait avec lui sa villa de I.orium ou sa belle retraite de Lanuvium sur les dernières pentes du mont Albain. C'est de là qu'il décrivait à Fronton son bonheur intérieur, les joies immenses de la paterniié ou ses inquiétudes pour la santé de ses enfants encore tout jeunes. Là il se délassait, au milieu des affections de famille, de l'étude ou du fardeau

des affaires; car Antonin l'avait associé à l'empire en lui accordant la puissance tribunitienne (1). Dès lors il eut sa part dans tous les événements de ce règne de vingt ans sur lequel Thistoire nous a laissé moins de souvenirs encore que sur le sien propre, bien qu'il ait

(1) La puissance tribunitienne^ ce pouvoir dont Auguste avait imaginé le nom, nous dit Tacite, pour éviter de prendre celui de roi ou de dictateur, et se réserver toutefois un titre supérieur aux autres dignités (.-/nn.,1. m, § 56), se renouvelait, comme on le sait, tous les ans, et servait ainsi à dater, par sa progression numérique, les années de chaque règne. Les empereurs l'accordèrent quelquefois, de leur vivant, à ceux qu'ils voulaient désigner comme leurs successeurs. Tibère fut associé par Auguste à la puissance tribunitienne, Titus par Vespasien, Trajan par Nerva, iElius César puis Antonin par Adrien, enfin Marc-Aurèle par Antonin. Toutefois , comme la puissance tribuuilienne était plus qu'un litre et conférait des droits réels à l'exercice du pouvoir, les souverains n'accordèrent pendant longtemps cette part de Tempireàleurs enfants légitimes ou d'adoption , que quand ils avaient atteint la maturité de la vie. Les jeunes princes Gains et Lucius César, quoique désignés par Auguste comme ses successeurs, n'eurent point part à la puissance tribunitienne, et Tibère avait quarante-cinq ans lorsqu'elle lui fut accordée. Plus tard, Tibère, éci ivant au sénat pour la demander en faveur de son fils Drusus, rappelait que, ce prince ayant été décoré d'un triomphe et de deux consulats, ayant une femme, trois enfants, et étant parvenu à Tàge oii lui-même avait été appelé à cet honneur par Auguste, on ne pouvait accuser son choix de précipitation {Tacite^ l. c). La jeunesse de Néron fut sans doute la cause pour laquelle Claude, en l'adoptant, ne l'admit point au partage de la tribvr^ nitia potestas. Trajan, ^Elius César, Antonin, arrivés à Tâge mûr lorsqu'ils furent adoptés, le premier par Nerva, les deux autres par Adrien, purent obtenir en même temps la puissance tribunitienne. Enfin Marc-Aurèle, quelque tendresse qu'Antonin lui eût témoignée, ne fut appelé par lui à porter ce titre qu'après huit années d'adoption. Devenu César, l'an de Rome 891 (de J. C. 139), à Tàge de dix-huit

été également consacré tout entier au bonheur de Thumanilé. Pas de conquêtes, peu de guerres : a Antonin, a dit Eutrope, ne rechercha jamais les triomphes qu'on « obtient par les armes. II défendit les provinces, mais (c il ne voulut pas les agrandir; et cependant il inspi-

ans, c'est seulement en Tan 900 (de J. C. 147), et par conséquent à vingt-six ans, ainsi que nous l'apprenons par le chiffre de ses puissances tribunitiennes, qu'il obtint ce que Vopïj^cus appelle pars maxima regalis imperii [Fie de Vempereur Tacite , c. i). Malheureusement ces exemples de sagesse dans le choix d'un collègue ne furent pas imités par le plus sage des empereurs. Marc-Aurèle fut le premier à enfreindre la loi que s'étaient imposée ses prédécesseurs de ne confier l'exercice du pouvoir qu'à des esprits mûris par les années. Nous le verrons, dans sa faiblesse coupable pour son fils si peu dignede lui, accorder la puissance tribunitienne à Commode alors qu'il n'avait pas encore quinze ans. On a longtemps agité la question de savoir si les Augustes renouvelaient la puissance tribunitienne au jour même où elle leur avait été concédée avec l'empire, ou bien à une époque donnée, la même pour tous les empereurs. Eckhel, s'appuyant sur l'examen des nombreuses médailles impériales qui portent à la fois la date de la puissance tribunitienne et le consulat, croit devoir conclure, d'une manière trop absolue toutefois, que, depuis Auguste jusqu'à Antonin, les empereurs avaient changé le chiffre de la tribunitia potestas diU jour commémoratif de leur avènement, tandis qu'à partir d'Antonin, c'était aux kalendes de janvier que se faisait le changement. C'est ainsi que Marc-Aurèle investi, dans le courant de l'année de Rome 900, de la puissance tribunitienne, et parvenu à l'empire le 7 mars 914, année dans laquelle il avait pris son troi>ième consulat aux kalendes de janvier, porte sur les monnaies frappées dans les deux mois de janvier et de février de cette même année 914 (c'està dire alors qu'il n'était encore que César) les titres de AVRELIVS CAESAR.TR.P.XV.COS.III. Évidemment, s'il n'eut pas changé le chiffre de la puissance tribunitienne aux kalendes de janvier, en même temps qu'il prit le consulat^ il aurait compté au commencement de 914

ff rait aux natioDS alliées tant de véoération et de crainte « respectueuse que, renonçant à faire entre elles usage « de la force, elles lui exposaient leurs griefs et s'en « rapportaient à sa justice {Hist. rom.^ viii, 8). »

Tous les documents historiques sont muets sur ce bienfaisant patronage auquel Marc-Âurèle, dans sa droiture et sa justice, eut probablement unes! grande part. Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire, a-t-on dit; peut-être pourrait-on dire aussi : Heureux les princes dont la vie n'est pas chantée par les poëtes ou célébrée par les cent voix de la renommée. Ils ont passé sur la terre, non comme de brillants météores qui éclairent en brûlant, mais comme des consolateurs dont la mission providentielle est d'essuyer les larmes qui sont trop souvent le prix auquel on achète la gloire.

sa quatorzième puissance tribunitienne, qu'il avait encore à la fin de l'année 913, alors qu'on insciivait sur les monnaies : TR.POT.XHn. COS.II.DESIG.IIl (voy. Eckhel, t. Vil, p. 48). D'autre part, devenu Auguste par la mort d'Antonin, il ne change point le chiffre XV. On lit sur les monnaies de cette année postérieures au 7 mars : IMP. CAES . M . AVREL . AJVTONUN VS . AVG . TR . P . XV . COS . UI. U n'avait donc pas renouvelé la puissance tribunitienne à son avènement, contrairement à ce que fit Trajan, par exemple, qui ayant été adopté à la fin d'octobre 850 par Nerva et investi en même temps de la tribunitia polestas , la renouvela à la mort de son père adoptif, le 28 janvier 851, et compte dès lors sa seconde puissance, puis sa troisième au bout d'une année, le 28 janvier 852, ainsi qu'on peut le constater par le rapprochement des monnaies et des inscriptions suivantes : Gruter, p. 128, 3; — Ortlli, 278; — Mommsen, Inscr. helv., 321 ; — Muratori, 329, 8; — Donati, p. 472, 13; — Arneth. Archeol. Analecten, Wien, 1851, t. xi, 22; — Gruter, 246, 4 ; — Mommsen, .I.R.N. 5205, Orelli, 444; — Murât., 448, 6.

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En Tan 161 de notre ère, dans les premiers jours de mars, AntoDin, se sentant mourir, fit porter dans la chambre de Marc-Aiirèle une statue d'or de la Fortune, qui, selon l'usage, devait toujours se trouver dans l'appartement de Tempereur ; puis, donnant pour mot d'ordre au tribun de service le nom de la vertu que le stoïcisme plaçait avant toutes les autres, œquanimitas ^ égalité d'âme, il expira. Par l'adoption, par le don de la puissance tribunitienne, par cet envoi de la statue de la Fortune, symbole de la fortune de l'empire, Marc- Aurèle se trouvait désigné comme seul héritier du trône. Cependant il n'hésita pas un instant à y faire asseoir à ses côtés Lucius Yérus, plus jeune que lui de neuf ans (Maro-Aurèle en avait alors quarante), et l'ou vit pour la première fois deux Augustes se partager le fardeau de la souveraine puissance, fardeau que rendirent lourd les événements qui éclatèrent au début du nouveau règne. « Le bonheur et la sécurité dont on devait jouir sous un si bon prince, dit Jules Capitolin dans sa Vie de Marc-Àurèle, furent troublés tout d'abord par de terribles fléaux. Le Tibre déborda d'une manière plus désastreuse qu'on ne l'avait encore vu, entraînant la destruction d'un grand nombre d'édifices, la perte de beaucoup de bestiaux, et causant une grande famine qui fut la suite de ces premiers malheurs. Dans le même temps eut lieu la guerre des Parthes ; la guerre était en outre imminente en Bretagne, et les Cattes a\ aient fait une irruption dans la Germanie et dans la Rhétie. Caipurnius Agricola fut envoyé conlre les Bretons, et Aufidius Victorinus contre les Cattes. Quant à la guerre des Parthes,

L. Vérus en fut chargé, du consentement du sénat, tandis que Marc-Aurèle restait à Rome, où le soin des affaires exigeait sa présence (1). »

Telle est la manière sèche et concise dont Capitolin présente des faits aussi importants. Aucune date précise, aucuns détails sur la cause des événements. Peutêtre, cependant, parviendrons-nous, à l'aide du rapprochement de ce simple énoncé avec d'aulres documents recueillis sur Tétai des provinces, à suppléer au silence de rhistoire. Une inscription nous apprend que, pendant les dernières années du règne d'Antonin, la légation de la Bretagne était confiée à un vaillant et habile général, Statius Priscus, dont les victoires en Arménie valurent plus tard à Marc-Aurèle et à Vérus le surnom d' Arméniques (2). Que Priscus ei\t été légat de la Bretagne vers

(1) J. Capitolin, fie de Marc-Àurèley c. thi.

(2) M. SlatioM.F.CL.PRlSCOlXICIMO.ITALICO.LEGATOAVGVS- TORm II PR . PR . PROV . aAPPADOaAE . LEG. AVGi|PR.PR. PROV. BRITANMAE. etc. Celte lo gue inscription, dont nous ne citons ici que les quatre premières lignes et quia été trouvée à Rome où elle décorait probablement la base d'une statue, a été publiée par Gruter, 4931 ; Manuce, Ort., 108; Smet., 66, 1; Panv. Civ. r, 49; Horsley, Brit. rom.y 270 ; Henzen, 3* vol. d'Oielli, 5480. Elle nous appreni , avec la brièveté du style lapidaire, toutes les dignités auxquelles Priscus fut appelé pendant la durée de trois règnes. Nous savons par el e que ses longs services dan^ les armées roumaines commencèrent en Judée, où, sous le règne d'Adrien , il fut préfet de la quatrième cohorte des Ungones et obtint des récompenses militaires. Tribun dans la première légion, dans la dixième et dans la quatrième, préfet d'une aile de cavalerie, légat de la treizième et de la quatorzième légion, il connaissait toutes les armes et avait pour lui Texpérience de nombreux scnrices

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la fin du règne d'Antonin, nous n'en pouvons douter ; car les fastes nous apprennent qu'il fut consul en l'an de Jésus-Christ 139, et, la légation de Bretagne étant consulaire, il ne pouvait l'exercer qu'après avoir obtenu l'honneur des faisceaux ; or, Anlonin étant mort en 161, Priscus doit avoir été nommé légal peu de temps après son consulat, puisque l'inscription de Bretagne qui nous l'a fait connaître comme chef de cette province, l'appelle LEGATvs AVG., légat dc l'cmpereur , et non pas LEGATvs AVGG., légat dcs cmpcrcurs, ainsi qu'on n'aurait pas manqué de le nommer s'il était parvenu à cette charge alors que Marc-Aurèle et Vérus étaient déjà montés sur le trône. Une fois ce premier point arrêté, nous pouvons arriver à reconnaître de quelle nature étaient les troubles qui décidèrent Tenvoi d'un nouveau légat en Angleterre. Un fragment de Porphyrogénète nous apprend que, vers celte époque, l'armée de Bretagne voulut élire pour empereur son chef, nommé Priscus, qui se refusa à ses vœux (1). Le mouvement n'eut

militaires. Ses charges civiles n'avaient pas été moins nombreuses. Procurateur de l'impôt du vin^'tième sur les successions, dans laNarbonnaise et dans l'Aquitaine, questeur, tribun du peuple, préteur, légat de remfiereur dans la Dacie, il fut nommé consul ordinaire, puis bientôt après légat de Bretagne, d'où il fut rappelé pour être envoyé en Orient. L'histoire est d'accord avec l'épigraphie pour nous signaler Staiius Priscus comme l'un des hommes qui contribuèrent le plus à la gloire militaire du règne de Marc-Aurèle.

(1) "Oti ol év Bptrawia arpaTitôTat npt(ncov OiroffTpaTyi'j^ov iiXovto aÙTOJCpotTopa*

5 ^e wapyjTipaaTo x. t. X. Mai, p. 224. Borghei^i (Giorn. arcad.y 1829, p. HZifDe fragmm, constant inianis)^ se fondant sur Pinscription que nous avons citée dans la note précédente, rapporte cette manifestation

tO ESSAI

donc pas de suite, mais il suffit à expliquer les paroles de Gapitolin et le rappel du gouverneur de la province. Il est naturel, en effet, d'une part, que cette manifestation en faveur d'un chef aimé de ses soldats ait eu lieu de préférence à l'époque d'un changemeut de règne, et, d'autre part, que, malgré le refus par lequel Statius Priscus repoussa l'offre de l'empire, Marc-Aurèle, sans se priver des services d'un bon et fidèle général, n'ait pas voulu le laisser à la tête des troupes qui venaient de pousser le dévouement en sa faveur jusqu'à lui offrir la pourpre impériale.

Dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres qui se représentent dans l'histoire de Rome, les troubles indiqués si sommairement par les historiens n'avaient pas leur origine dans le peuple, mais dans l'armée. Ce fut un mouvement tout militaire. Quant aux provinciaux, leur voix ne comptait que lorsqu'ils étaient enrôlés sous les étendards de la légion romaine. Alors ils pouvaient faire et défaire des empereurs; tandis que, habitants

des troupes romaines en Bretagne à la légation de Statius Priscus^ tandis que Bek^er {Remarques sur Dion, Lxxn^ ^i § ^) croit qu'il s'agit d'une autre tentative de révolte qui éclata vers l'époque de la mort de Pérennis, sous Commode, tentative dont Spartien parle en ces ternies : Appellatus est Commodus etiam Britannieus ab adU' latorihus, oum Britannî etiam imperatorem contra eum diligere voluerint (yie de Commode ^ 8). Le nom de Priscus dans le fragment de Porphyrogénète, et la connaissance que nous avons de la légation en Bretagne de Statius Priscus, connaissance que nous devons à son inscription honoraire, donnent à la conjecture de M. Borghesi toute espèce de probabilité.

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des municipes, ils ne pouvaient qu'accepter avec recoanaissance ou supporter avec résignation le légat qui leur était envoyé, selon qu'il se niontrait adniinistrateur intègre ou avide despote. Sans doute, on voit à cette époque les habitants des provinces réclamer leur part dea honneurs ou du pouvoir que Rome accorde à ceux qui la servent. Ils arrivent aux premières dignités, franchissent même les degrés du trône et s'y assoient avec Trajan ou Adrien. Marc-Aurèle lui-même appartient à une famille originaire de la Bétique : mais il faut d'a^ bord conquérir la cité romaine, et la cité romaine s'ouvre surtout aux soldais qui ont versé leur sang pour elle. La légion est donc la force de l'État: ceux qu'elle proclame régnent sur le monde romain, des frontières de la Perse aux forêts de la Calédonie. Si le maître du monde meurt et devient dieu, chaque armée provinciale s'agite et voudrait lui nommer pour successeur le chef qui la conduit. La reconnaissance du nouvel élu assurera aux compagnons qui l'auront proclamé une part plus prompte dans les dépouilles de l'univers. De là les mouvements qui agitent l'empire au siècle des Antonins, dont le règne fut cependant un repos pour l'humanité. De là cette révolte des armées de Bretagne lorsqu'elles apprirent la mort du fils adoptif d'Adrien, comme nous verrons, quelques années plus tard, les armées d'Asie proclamer Avidius Cassius, à la fausse nouvelle de la mort de Marc-Aurèle.

Les historiens ne nous en apprennent guère plus sur les causes do la guerre parthique que sur celles des mouvements qui avaient lieu vers le même temps dans

la Bretagne. Il est vrai que les querelles si fréquentes entre Rome et les Parlhes semblent s'être ranimées au début du règne d'Antooin , lorsque ce prince donna à TArménie un nouveau roi (en Tan de Rome 893, de Jésus-Christ 140) (1); mais la Parthie était alors gouvernée parVologëse II, prince paciGque qui n^avait point oublié ce que son pays avait eu à souffrir de la guerre contre Rome au temps de Trajan, et qui dissimula son ressentiment. Lorsque Vologèse III monta sur le trône, vers Tan de Rome 902 (de Jésus-Christ 149) (2), il était disposé à se montrer moins endurant; mais il semble, d'après un passage de Capitolin, que les lettres d'Antonin aient suffi pour le détourner alors d'attaquer l'Arménie, fidèle alliée des Romains. Ce fut à la mort de l'empereur que tout à coup le roi des Parthes fondit sur cette contrée, rupture qui semble du reste avoir été prévue par Antonin, s'il est vrai, comme l'affirme son biographe, que, dans sa dernière maladie, il ne parlait que des rois qui l'avaient mécontenté : Nihil aliud quant de re gibus quibus irascebalur loquuius est (3). Quoi qu'il en soit, l'Arménie se trouvait alors dégarnie des forces qui auraient pu la défendre. Sévérianus, légat de la Cappadoce, s'était porté vers la ville d'Elégie (maintenant llidjah), sur la rive gauche de l'Euphrate, à l'entrée de la vaste plaine d'Erzeroum ; mais il y avait été conduit

{r)Voy. Eckhel,t.VU, p. 15.

(2) Voy. Visconti, Icon. Gr.y t. U, c. 15.

(3) Capitolin, Vie d^ Antonin le Pieux y c. xii.

.ff

SUR MARC-AURÈLE. aS

bien plus par les fausses prédictions d'un imposteur (1) que par suite de plans stratégiques formés en prévision d'une invasion de la part des Parthes. En effet, les préparatifs de la défense étaient nuls ; en trois jours la ville fut prise. Une légion , peut-être la vingt-deuxième (2) qui portait le nom de Dejotariana , avait été taillée en pièces, Sévérianus lui-même n'avait pas survécu à sa défaite (3) : la Syrie fut envahie, et, la nouvelle de ces désastres étant parvenue à Rome, Vérus se mit en marche pour rOrient, où l'on espérait que la présence d'un des deux empereurs allait relever l'ardeur des soldats, amollis par un long repos et découragés par la défaite. A en croire Fronton, l'armée d'Asie était en effet bien dégénérée de sou antique valeur et de son ancienne discipline : « On t'a confié, écrit-il à Vérus, une armée pervertie par le désordre, l'oisiveté et la débauche; des soldats habitués à applaudir chaque jour les histrions d'Anlioche, et que l'on trouve plus souvent dans des lieux infâmes que sous leurs enseignes ; des chevaux mal tenus; des vêtements luxueux; des armes impuissantes, à ce point queLselianus Ponlius, homme des anciens jours, brisait du bout de ses doigts les cuirasses, et fit arracher la plume dont les cavaliers avaient

(1) Lucien, Alexander, seu Pseudomantis, xxxn, 27, éd. Didot.

(2) Voy. la conjecture formée à ce sujet par M. Borghesi, Inscrizio^ ni del Reno, Ann, de l'inst arch., 1839, 172-173, et comparez l'article Légion par Grotefend dans le Real EncyclopMia de Pauly, vol, rv, p. 856, sqq.

(3) Lucien, Quomodo àistoria sit conscribenda, xxv, 21^ éd. Didot. Cf. Dion Gassius, 1. lxxi, 2.

MAFC-ADRÂLÏÏ, 3

garni leurs selles (1). » Le frère adoptif de Marc-Aurèle n'avait pas les vertus guerrières et l'austère énergie qui auraient pu remédier à tant d'abus. Il se laissa séduire à son tour par cA air éneiTant qui avait fait d'Antioche, ainsi que de son faubourg Dapboé , des lieux de plaisance, et ne combattit que par ses lieutenants. Mais Marc-Aurèle les lui avait choisis. Un diplôme militaire nous apprend que ce prince, à peine parvenu à l'empire, c'est-à-dire dès le mois de mai 914 (de Jésus-Christ 161), avait cédé le consulat, qu'il exerçait depuis les kalendes de janvier, à Avidius Cassius, qu'il voulait pouvoir mettre comme personnage consulaire à la tête de cette expédition, dont il prévoyait que son collègue ne serait que le chef nominal (2). Un autre consul substitué (consul

(1) Lettres de Fronton à L, Férus, Cassan^ t. II, p. 193.

(2) Im'p. Cœs, M. Aurelius. Antoninus» Aug, Pont, max, Trib,

pot.Xy, COS. 777 a.D.PR. NON . MAI. . .CELSO.PLANGIANO. . .

arlDIO.CASSIO.GOS. (Cardinal!, Diplomi imperiali , tab. xxi, et p. 232-233, cf. Borghesi, Iscrizioni di Sepino, p. 37). On sait que les consuls restaient en charge toute Tannée tant que dura la république. C'est vers Tannée de Rome 753, la première de notre ère, ou du moins de 750 à 755, que commença Thabitude régulière des consules suf^ fectif ou consuls substitués succédant, au bout de six mois , aux consuls ordinaires. Si Ton trouve encore, dans les premières années postérieures à 755, quelques consuls ayant conservé les faisceaux pendant Tannée entière, cette faveur est accordée en généra à des membres de la famille impériale ou à des personnages alliés à cette famille. Ainsi, par exemple, M. iËmilius Lépidus, resté consul pendant toute Tannée 759, tandis que son collègue L. Arruntius était remplacé par L. Nonius Asprenas aux kalendes de juillet, se trouvait allié de très- près àScribonla, femme d'Auguste, en ipême tepps qu'il était frère de L. Paulus , mari de Julie, et par conséquent il ten^jt par

su(fectus)AQ la même année, Furius Salurninus, dut aussi probablement sa nomination au besoin qu'on avait de généraux consulaires, pour une guerre qui menaçait d'être longue et pénible; du moins on peut le présumer en combinant le passage où Lucien en parle

un double lien à la famille des Césars. L'année suivante^ en 760, on voit encore rester en place toute Tannée Q. Caecilius Créticus Métellus^ alors que son collègue A. Licinius Nerva Silianus est remplacé^ pour le second semestre, par Longus (voy. le Aalend. amit, au mois d'août) : mais Métellus était consocer de Germanicus. Eiitin Geimanicus luimême, en 765, ne sort point du consulat aux kalendes de juillet. Il en est de même, en 767, de Sextus Apuléius et de Sextus Pompée, tous deux parents d'Auguste d'après le témoignage de Dion Cassius (1. lvi, c. 29), et dans Tannée suivante, 768, c'est Drusus, fils de Tibère, qui conserve aussi le consulat jusqu'aux kalendes de janvier de Tannée 769. Ces exceptions n'infirment donc en rien la règle adoptée par Auguste pendant les douze dernières années de son règne^ règle qui ne donnait plus au consulat que six mois de durée. Tibère troubla quelquefois cet ordre , mais seulement dans les années où il exerçait lui-même le consulat. Considérant que cette magistrature lui appartenait alors pour toute Tannée^ il se croyait le droit de nommer à sa place, pour un mois ou deux, ou même pour quinze jours, des personnes de son choix qu'il voulait ainsi favoriser. Le fragment' des fastes trouvé à Porto d'Anzio (voy. Henzen, 3e vol. d'OrtlIi, n° 6442) a prouvé ces anomalies. A part de tels caprices de prince, la marche régulière continue à être de deux collèges consulaires par année^ et Suétone nous dit que Néron Ta presque toujours observée : Consulatum in senos plerumque menses dédit {fHe de Néron, c. 15); assertion ccmfirmée par Tétude des monuments épigraphiques de Tépoque. Dès Tavénement de Galba, on trouve un changement dans la distribution du consulat, et un passage de Tacite semble indiquer pour Tannée même de la guerre civile (de J.-C. 69, de Rome, 882) trois collèges de consuis désignés : les consuls ordinaires étaient Galba et Yinius. Entrés en place aux kalendes de janvier, ils sont massacrés le 15 du même

oomiûe ayant pris part à la guerre parthiqae {Qiwmodo tiisL sit conscrib.j c. 21) avec les inscriptioDS données par Maffei (3/£/^. A^er., p. 249, 8) et Orelli (3667, 3668). Statius Priscus, qui avait été rappelé de la Bretagne, à l'occasion des troubles dont nous avons parlé tout à

mois; Othon et son frère se substituent à leur place : ce Mais, ajoute « Tacite, Othon ne garda le consulat pour son frère et pour lui-même <( que jusqu'aux kalendcs de mars. Afin de donner quelque satisfaction « à l'armée de Germanie, il destina les deux mois suivants à Virginius <( et lui adjoignit Pom|)éius Vopiscus. Les autres consulats restèrent à d ceux que Galba et Néron avaient désignés. Les deux Sabinus, Cœlius « et Flavius , furent consuls aux kalendes de juillet : Arrius Antoninus « et Marius Celsus aux kalendes de septembre. Yitellius même, après « sa victoire, les laissa jouir de cet honneur (Hist. i, 77). » Il paraît en effet résulter du texte de Tacite que Tannée avait été d^abord distribuée entre Galba et Vinius, consuls ordinaires entrés en charge le l«r janvier, Cœlius et Flavius qui devaient leur succéder en mai, puis Arrius Antoninus et Marius Celsus désignés pour les quatre derniers mois de l'année à partir des kalendes de septembre. Oihon et son frère, après le changement de gouvernement, n'auraient fait que disposer à leur profit de ce qui restait de temps à écouler pour la magistrature de Galba et de Vinius, puis accorder à Virginius et à Vopiscus, pour récompenser leurs services, les deux premiers mois destinés à Cœlius et Flavius : le consulat, dès lors , aurait été quadrimestrieL Cependant M. Borghesi, dont les grands travaux, encore inédits pour la plupart, éclairent d'un jour, si nouveau Thistoire des fastes consulaires pendant la période impériale, a été amené à supposer que c'est seulement sous Titus et Domitien que ce partage régulier des douze mois de Tannée entre trois collèges de consuls, demeurant chacun en charge quatre mois, était devenu régulier. Sous Vespasien, le consulat ordinaire serait encore resté semestriel, et les deux collèges de consuls substitués se seraient partagé les six derniers mois de Tannée (voy. Borghesi dans une dissertation deMinervini, SulV epigrafedi Tetiia Casta, p. 26). Quoi qu'il en soit, et à partir du règne de Vespasien, sous Titus, Domitien,

SUR MARCAURÈLE. 3T

l'heure, et auquel on avait confié la légation de la' Cappadoce en remplacement de Sévérianus^ tué dans la première attaque des Parthes ; T. Claudias Fronton , qui s'intitule dans une inscription honoraire légat propre* teur des deux Augustes, pour la conduite de l'armée lé-

Nerva^ Trajan, Adrien, Tépigraphie nous apprend que la charge des consuls était d'une durée de quatre mois ; les consuls ordinaires entrant en charge, selon l'usage , aux kalendes de janvier, le second couple aux kalendes de mai, et le troisième aux kalendes de septembre. Sous Antonin, sans pouvoir précisément déterminer Tépoque, Texercice du consulat devint trimestriel, et au lieu de six consuls il y en eut huit par an. C'est ainsi que nous trouvons cette magistrature établie pendant tout le règne de Marc-Aurèle. A partir de Commode, qui nomma jusqu'à vingt-cinq consuls dans la même année, il ne faut plus espérer d'être guidé par des règles fixes dans les recherches relatives aux fastes consulaires. On peut donc. dire que c'est jusqu'à la fin du règne de Marc-Aurèle seulement que dura à Rome Tordre régulier des charges. Nous devons encore faire observer que, quand les empereurs acceptaient le consulat, ils le gardaient rarement jusqu'au terme légal, et le cédaient, le plus ordinairement, après un ou deux mois d'exercice , à quelque ami ou à quelque personnage dont les services pourraient être utiles à TÉtat dans un rang plus élevé que celui qu'il avait occupé jusqu'alors. Telle fut sans doute la cause qui détermina Marc-Aurèle à se substituer Avidius Cassius, chef militaire dont les talents et l'expérience, au début de la guerre des Parthes , allaient être utiles aux armées qu'il ne pouvait commander en chef que comme consulaire. Ce renoncement des empereurs à la dignité de consul eut lieu, quelquefois, peu de jours après leur entrée en charge. Suétone nous l'apprend pour Tibère (f^ie de Tibère, c. 26), et son assertion nous est confirmée par le fragment des fastes trouvé à Porto d'Anzio (Henzen, 3* vol. d Orel., 6442). Les fastes d'Ostie nous apprennent encore que Domitien avait cédé son seizième consulat à Vénuléius Apronianus dès les ides de janvier de Tan de Rome 885 (voy. Fea, Fasti^ p. xuv^

^onnaire et des troupes auxiliaires envoyées en Orient dans TArménie, rOsroène et l'Anthémusie (Orelii, 5478 et 5479), Martius Vérus, P. Julius Géminius Marcianus, LEG.AVGG.SVper VEXILLATIONES IN.CAPPADO- CIA {Corpus 1. gr.^ n** 5366), contribuèrent à venger

no 19)^ et je possède une tessère gladiatoriale récemment découverte où on lit : MAXIMVS||VALERI||SP.1D.IAN||T.CAES.AV0.F. III.AELIAN.II. C'est-à-dire : « Le gladiateur Maximus, appartenant à Valérius, a combattu dans un spectacle public aux ides de janvier sous le consulat de Titus Gœsar^ fils de l'empereur^ consul pour la troisième fois^ et d'iËlianus, consul pour la seconde. » Or la date du troisième consulat de Titus est parfaitement connue : elle répond à l'année 827 de la fondation de Rome^ soixante -quatorzième de notre ère. Les deux consuls ordinaires avaient été^ pour cette année^ Vespasien pour la cinquième fois et son fils Titus pour la troisième ; notre tessère nous apprend donc que^ dès les ides de janvier^ Vespasien avait renoncé au consulat en faveur de Ti. Plautius Silvanus iGlianus auquel d'importants services^ décrits dans la longue inscription qu'on lit encore sur le mausolée des Plautius au Ponte Lucano^ près Tivoli (voy. Orelli, n° 750), méritèrent cette faveur. Il va sans dire que^ quand les empereurs exerçaient le consulat, ils n'acceptaient que celui qui ouvrait Tannée, le consulat ordinaire; il était le plus honorable. Nous en avons la preuve dans un passage de Sénèque {De ira, c. 31) où il nous dit, pour peindre les ambitieux de son époque, qui, comme ceux de toutes les époques, ne sont jamais satisfaits de ce qu'ils obtiennent tant qu'ils peuvent obtenir davantage: « Tania tamen importunitas hominum est ut guamvis multufn acceperint, injurise loco sit plus accipere potuisse. Dédit mihi prœturam ; sed consulatum speraveram! dédit duodecim fasces ; sed non fecit ordinarium consulem ! » Que les consulats fussent ordinaires ou substitués, du reste, on ne rencontre jamais sur les inscriptions Pépithète desuffectus ajoutée au titre de consul, A quelque époque de l'année que les membres de cette suprême magistrature aient reçu l'honneur des faisceaux, pendant longtemps ils s'appelèrent tous indistinctement consules sans y rien adjoin-

SUR MAHC-AURÈLE. 39

la gloire des armes romaines , tandis que le jeune Auguste vivait dans les villes de Syrie , bien plus en débauché qu'en soldat.

Cependant Marc^Aurèle, après avoir reconduit jusque dans la Gampanie son frère partant pour l'Orient, était revenu à Rome, où il avait sans doute à pourvoir aux désastres causés par l'inondation du Tibre et la disette qui en avait été la conséquence. Tout porte à croire que c'est à ce propos qu'il s'occupa activement d'une œuvre de bienfaisance à peine indiquée par les historiens, mais dont nous retrouvons des traces fréquentes dans les monuments épigraphiques. Lorsque Nerva et Trajan eurent fondé cette belle institution d'assistance publique qui consistait à assigner à l'éducation et à l'entretien des jeunes enfants de condition libre, en

dre. Cependant^ avec le cours du temps, les consuls nommés aux kalendes de janvier voulurent quelquefois indiquer la supériorité qu'ils se croyaient sur les autres^ puisque leurconsulat qui ouvrait Tannée servait le plus souvent à dater les actes de Tannée entière, et, qu'à Texception d'un petit nombre de monuments (comme par exemple les diplômes militaires ou les tessères gladiatoriales qui dataient d'après les consuls actuellement en charge), les noms des consuls éponymes apparaissaient pendant tout le cours des douze mois. En conséquence, on trouve dt s monuments où ils se distinguent de leurs collègues moins favorisés en B'intitulant consvles ordinarii. Quant aux consules suffecH, ils ne consentirent jamais à enregistrer ce signe d'infériorité et s'intitulèrent, ainsi que les autres le faisaient le plus souvent, tout simplement consiUes, U n'y a pas dVxemple plus ancien de Tépilhète d'ordinarius, prise par les consuls éponymes, d'après Borghtsi, que celui de Valérius Gratus Sabinianus qui fut consul ordinaire en Tan de Rome 974 (deJ.-C. 221), sous le règne d'Héliogabale (voy. InscrizUme diConcordiay/énn, de rinst, arch,, 1853, p. 200).

Italie, des sommes considérables placées par TÉtat sur hypothèque^ la surintendance de ces revenus fut confiée à des procurateurs^ simples chevaliers, ainsi que nous l'apprennent de nombreuses inscriptions relatives aux personnages revêtus de cette charge publique (1). Les

(1) On trouve un g^and nombre d'inscriptions rappelant les gusestores alimentorum, ou bien encore quœstores pecuniœ ou arcœ alir mentariae^ dont les fonctions semblent avoir été municipales. Ces questeurs se trouvaient sous la juridiction d'autres magistrats nommés par l'empereur, et qui ont porté pendant les règnes de Trajan, d* Adrien, d'Antonin, le nom de procuratores alimentorum ou alimonise. L'examen attentif de toutes les inscriptions qui se rapportent à eux fait connaître que cette charge accordée à des hommes ayant rempli des fonctions militaires jusqu'au tribunat, ou ayant exercé déjà d'autres procurafiones^ n'était confiée qu'à des personnes ayant rang de chevalier. Les procurateurs paraissent avoir étendu leur action chacun sur une des provinces de l'Italie où ils se trouvaient désignés par leurs fonctions pour exercer une haute surveillance sur tout ce qui regardait les secours alimentaires. C'e.vt ainsi que nous trouvons dans les monuments épigraphiques des procuratores alimerir torum per Transpadum, IHstriam et Liburniam, des procuratores ad alimenta Sruttii, Calabrlœ et Apuliœ , d'autres sintitulant procuratores alimentorum vise FlaminiXy etc. Au-dessus de ces procurateurs, et conformément à ce qui se passait pour d'autres administrations, telles que la direction des eaux présidée par X^consularis aquarum, ou celle des travaux publics présidée par le curator operum publicorum, la direction suprême des secours alimentaires avait été confiée par Trajan à un personnage consulaire dont relevaient tous les procuratores alimentorum des provinces, de la même manière que les procuratores rigesimx hereditatum relevaient du prsefectus ararii milltaris, M. Borghesi a supposé que le premier consulaire qui ait exercé ces fonctions importantes avait été le Pomponius Bassus dont on lit le nom dans la table alimentaire de Veleja, et qui plus tard est nommé patron de Ferentino par une délibération dans laquelle on

choses restèrent en cet état sous les règnes d'Adrien et d'Antonin ; mais, dès les premières années du règne de Marc-Aurèle, nous voyons des consulaires ou des préteurs mis à la tète de cette institution, dans les difTérentes provinces de l'Italie, sous le titre de préfets alimentaires , preèfecti alimenlorum. Il est à présumer que Marc- Aurèle, animé des sentiments de commisération qu'il devait à un naturel bienveillant, et que fa-

cile ce personnage éminent comme ayant été placé, sous Trajan, à la tête de rinstitution par laquelle cet empereur a veillé au salut éternel de ritalie : Demandatam sibi curam ah indulgent issimo imp, Caesare Nerva Trajano Augusio Germanico qua œternitati Italiœ suœ prospexit secundum liberalitatem ejus ita ordinari ut omnis «tas curœ ejus merito grattas agere debeat (Borghesi, Sui pre/etti alim.). Or les expressions employées en parlant de rinstitution à laquelle présidait Bassus ne peuvent guère s'entendre, surtout au début du règne de Trajan, que du senrice des secours alimentaires en faveur des jeunes enfants de condition libre, service créé vers cette époque; et l'inscription date en effet des premières années du règne de Tempereur, puisqu'il n'y porte pas encore le surnom de Dacicus (voy. la Table de Bronze publiée par Gruter, 456, 1, et par Orelli, n. 784). Quoi qu'il en soit, un prœfectus alimentorum personnage consulaire, des procuratores ali" mentorum pris dans l'ordre des chevaliers et préposés à l'administration alimentaire de chaque province, des quœstores alimentarii nommés par les municipes, telle parait avoir été, pendant toute la première moitié du second siècle, et jusqu'aux réformes apportées à l'institution par Marc-Aurèle, la hiérarchie des fonctionnaires employés à la distribution des secours alimentaires de fondation impériale (voy. le Mémoire sur la Tabula alimentaria Bœbianorum insérée par Henzen dans les Annal, de l'Inst, archéoL, 1844, pp. 39-48 ; les Ricerche intorno i due primi prœfecti alimentorum, par Borghesi,^u//. de Vinst. archéol., 1844, p. 125127, et l'intéressant travail de M. E. Desjardins De Tabulis allmentariis^ Paris^ 1854).

i2 ESSAI

vorisait dès lors le stoïcisme régénéré, donna à l'insti- Uition philanthropique de ses prédécesseurs des bases plus larges encore, et voulut, dans son zèle pour les classes souffraoteSi que les administrateurs de ces deniers du pauvre fussent revêtus de pouvoirs plus grands, afin qu'ils pussent faire plus de bien. C'est à ce changement des procurateurs alimentaires en préfets, des simples chevaliers en consulaires, changement dont nous devons la connaissance à Tépigraphie, qu'il nous faut probablement rapporter une phrase de Jules Capitolin, où il dit d'une manière trop vague que l'empereur prit de sages mesures pour la distribution des aliments publics : De ulimentis publias mu/ta prudenter inve^ nit {\). A l'occasion de Tunion de sa fille Lucile, fiancée avec Lucius Vérus qu'elle alla rejoindre en Syrie où fut célébré le mariage, Marc-Aurèle créa aussi de nouvelles catégories de jeunes enfants que l'État' devait désormais se charger d'entretenir à l'aide des dons consacrés par les deux empereurs à cet usage : tout nous porte à croire que, de même qu'on avait donné le nom de Fiiustiniani ou d' Cfpiani snxx enfants secourus par les fondations dues à Faustine, la fenmie d'Antonin, ou à Trajan, qui appartenait à la famille Uipia, de même on appela Jureliani ou leriani les enfants admis à profiter de la nouvelle fondation. Ainsi s'expliquerait une phrase de Capitolin, par laquelle il nous apprend qu*en faveur de Theureuse alliance qui venait unir en-

Ci) fie de Marc-Aurtlej c« n.

SUR BIARG-AURÈLE. 48

core plus étroitement les deux empereurs, ils appelèrent à profiter de l'assistance publique de jeunes gafçons et de jeunes filles auxquels oti donna de nouveaux nomsy pour les distinguer de ceux qui recevaient leur pension alimentaire sur les foûdatiotis précédentes : Pueros et puella^ nouotuM notninum ftufnèntaH» perceptiorU ùdscribi prstceperant , Nous (iroyOûs devoir suivre ici la cotrectiott proposée par SaumaiM, qui lit dans de passage no\?orwrh hotninum^ au lieu de novorum homitium ^ expression qui M présenterait ici sous un aspect itilaolite (1).

C'est encore pehdant le séjour de L. Yérus en Orîebt que nous devons placer une réforme opérée pât" Marc- Aurèle dans l'administration de l'Italie^ et sur laquelle Gapitoiin s'exprime avec sa concision ou pour mieux dire sa sécheresse ordinaire : « Il donna, dit-il, des juges à ritalie, suivant l'exemple d'Adrien, qui avait chargé des consulaires d'y rendre la justice (2). » En effet, Spartien confirme la dernière partie de cette assertion dans sa vie d'Adrien y lorsqu'il nous apprend que cet empereur avait nommé juges quatre personnages consulaires dont la juridiction s'étendait sur toute la péninsule (3), et qui, ainsi que Ta conjecturé Noris, avaient probablement pour mission de diminuer, au profit de la centralisation ou

(i) Voy. la note de Saumaise dans Fédition des Script. HUt. Aug, cnm notis variorum, Leyde, 1671^ t. l^p. 3i8^ et Henzen, Tab, alim, Bsebian.^ p. 20.

(2) P^ie de Marc-Aurèle, c. xi.

(3) rie d* Adrien, c. m.

du pouvoir impérial^ l'indépendance des magistratures municipales. Rien de plus dans les historiens sur cette institution, si ce n'est que nous apprenons par Appien d'Alexandrie qu^elle cessa d^exister peu de temps après la mort d^Adrien (1) : mais ici encore l'épigraphie vient à notre secours. De nombreuses inscriptions, mentionnant les nouveaux juges ou Juridici institués par Marc- Aurèle, nous font connaître , d'abord^ que l'institution primitive avait été changée en ce point que ce n'étaient plus des consulaires, mais des personnages prétoriens, c'est-à-dire n'ayant encore exercé que la préture, qui étaient nommés à ces nouvelles fonctions^ puis ensuite que leur nombre avait été porté de quatre à cinq, entre lesquels se trouvaient partagées les onze régions de l'Italie délimitées par Auguste^ ou plutôt neuf de ces régions : en effet, nous ne trouvons aucune trace de Juridici dans la première région, composée du Latium et de la Gampanie, non plus que dans la septième, qui formait l'Étrurie. Probablement ces deux régions, placées

dans le voisinage de Rome, en appelaient directement aux tribunaux de la capitale, se trouvant d'ailleurs comprises, pour la plus grande partie, dans le rayon de cent milles sur lequel s'étendait la juridiction du préfet de la ville (2). Maintenant, et toujours à l'aide des ins-

(1) Apparet enim tune quoqu^ regiones Italias distributas fuisse proconsulibus ; qui mos^ quidem^ longo post tempore renovatus est ab Adriano imperatore; sed non diu post ejus obitum duravit {DeBello civil, y \. i,c. 38).

(2) La dixième région de Tltalie^ on la Vénétie^ et la onzième, ou la Transpadane^ furent réunies sous un même Juridicus appelé Juridicus

criptioDS, nous pouvons supposer qu'à leurs fonctions de juges suprêmes, les Juridici ajoutaient encore le soin important de veiller à rapprovisionneraent des contrées dans lesquelles ils administraient la justice. Nous voyons du moinSy par une inscription de Rimini, qu'un Jaridi eus j qui administrait l'Ombrie et la Flaminienne, reçoit des actions de grâce pour les services rendus à une époque de disette (l), tandis qu'une autre inscription de Concor-

Transpadanx ou Juridicus per Transpadum, La neuvième région, ou laLigurie, et lahuilièaie, ou l'Emilie, étaient de même réunies sous le Juridicus per jErniliam et Uguriam. La seconde région de Pline, composée de l'Apulie et de laCalabre^ avait à sa tèle le Juridicus per Apuliam et Calabriam. La troisième région, comprenant la Lucanie et le Bruttium, nous offre un Juridicus per Lucaniam et Brittios. Un autre Juridicus présidait aux cinquième et sixième régions de Pline, c'est-à-dire au Pioénum et à TOmbrie^ sous le titre de Juridicus per Flaminiam et Umbriam. Quant à la quatrième région de Pline, renfermant les Frentani^ les Maruccini, les Peligni, les Samniles, les Sabins, et pour laquelle on ne trouve pas dans les inscriptions de Juridicus particulier^ M. Borgbesi suppose qu'elle avait été divisée entre les deux Juridici du Pioénum et de l'Apulie (Voy. le Mémoire sur une inscription honoraire de Concordia, inséré par M. Borgbesi dans les AnncUes de corresp. archéol.y 1853, p. 196-209).

{\) C. Cornélius Félix Thrallus, Juridicus per Flaminiam et Umbriam^ est complimenté par les habitants des sept quartiers qui fco*maient la ville d'Ariminnm et par les différentes corporations de cette ville ob eximiam moderatUmem et in sterilUate annonce laboriosam erga ipsosfidem et industriam ut et civibus annona superesset et vicinis civilatibus suboetUretur (Voj. pour cette inscription, trcravée à Rimini, près de l'arc d'Auguste, ï Histoire de JUmini, par le docteur Tonini, 1. 1, p. 363^ et Orelli^ 3177;. On ne saurait confondre les attributions des Juridici^ relativement à l'approvisionnement des provinces, avec les foDCtioos remplies par les prxfecUalimentomm^ dont nous avons parlé tout à rbenre.

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