Fol. 4o, ve, 2 col
Guion veuille prendre pour femme sa fille Florie. La lettre a été remise à Urian par les barons d'Arménie après la mort du roi. Urian et Guion ont donné leur consentement. Les barons sont revenus au Crugq apportant la réponse, ils ont préparé la réception de Guion, ils attendent, avec les dames et les damoiselles de Florie, leur nouveau maître pour lui faire les honneurs de son futur royaume. Il est invraisemblable qu'au même instant Florie, montée sur la maîtresse tour du château du Crugq, s'afflige à la pensée qu'Urian ne voudrait pas lui accorder son frère.
Geoffroy veut s'emparer par surprise de Fribourg-en- Brisgau. Pour avoir l'ouverture des portes il se déguise, lui et ses dix chevaliers, en marchands ambulants. Dix grands sacs chargés sur l'arçon de leur selle renferment, prétendent-ils, leurs marchandises. Ces sacs sont remplis de foin et quelques lignes plus loin ce foin se trouve changé en mauvaises draperailles *.
En racontant l'aventure du chevalier fantôme de la Tour Poitevine, Jean d'Arras oublie d'abord que Raimondin tient Lusignan en fief du comte de Poitiers, Bertrand. « Vous autres », dit Geoffroy à ses receveurs, « avez vu les lettres comment le bon comte Aimery de Poitiers le donna à mon père. » Puis l'auteur qui a enfermé pour toujours Raimondin dans le Montserrat peu après le départ de Mélusine, nous le montre au bout de quelques années, à Lusignan, apprenant le moyen de mettre fin aux injures que la main mystérieuse fait subir à la Tour Poitevine *,
Pour Jean d'Arras les Sarrasins sont des païens. Îls jurent par leurs dieux Mahon et Apollin, c'est-à-dire Mahomet et Apollon. Mais quelquefois ils s'oublient et jurent conime les chrétiens, par leur foi".
. Fol. 158, v’,1" et 2° col.
4. Fol. 96. v° 1" col.: 123, r°, ae col. : 124, r°,# col. : 124, ve, # col. ; 132,
v?,1® col.
ns
Tout homme qui n'est pas chrétien est Sarrasin. Les Sarrasins ne sont pas seulement les Turcs, et par ce mot on entend les infidèles de la Turquie, de la Syrie et de la Barbarie. Mais Zélodus, le roi de Cracovie, et ses sujets sont Sarrasins. Grimault, qui garde le tombeau d’Elinas, un roi chrétien, père de la pieuse Mélusine, jure par Mahomet, par sa loi, par le Coran. comme les soudans de Barbarie et de Damas et leur truchement ; et la Bretagne, au château de Montjouet en Guérande, a son géant sarrasin, Gardon, le cousin de Grimault*.
Voulant être pathétique, Jean d'Arras est faux, pesant. Il a le goût mauvais. Elinas n'est pas un traître, il n'a pas manqué de parole à sa femme. Les reproches de Presine et de ses filles sont injustes. Il n’est coupable que d’un excès d'empressement inspiré par la tendresse conjugale et par l'amour paternel.
Les frères de Lusignan combattent le roi d'Alsace sous les murs de Luxembourg. La noise est grande du charpentis des armes, du cri des blessés, du son des trompettes. La damoiselle de Luxembourg, dans la maîtresse tour, avec ses damoiselles, avait à ses côtés le gentilhomme qui était venu lui annoncer le secours que lui amenaient les fils de Mélusine. Il mit la tête dehors à une fenétre. Il aperçut la bataille et reconnut Antoine et Renaud : « Ma damoiselle, venez voir honneur en son siège royal et en sa haute majesté. Venez voir le dieu d'armes en sa propre figure. » — « Ami, » dit la damoiselle, « qu'est-ce que vous me dites ? » — « Orvoy, » dit le gentilhomme, « je vous dis de regarder les deux enfants de Lusignan, la fleur de toute noblesse et de toute courtoisie qui, de lointain pays. sont ici venus aventurer leur honneur et leur vie pour vous défendre. » C'est entasser des phrases aussi insipides que fastueuses dans un instant où il convenait de parler bref.
La damoiselle vient à la fenétre, elle voit le sol couvert