‹ Essai sur Mélusine, roman du XIVe siècleChapitre 27 sur 130 · Fol. 41, r° zre col. ; 145, r°, 17° col · texte numérisé non relu

Fol. 41, r° zre col. ; 145, r°, 17° col

3. Fol. 2, r°, > col. Cpr. le psaume 111 : In memoria aeterna erit justus : ab auditione mala non timebit. Fol. 5, r°, # col. ; 55, rm, 1r° col. ; 114, V°, 1" CO]. ; 149, v°> col. : 146, r°, a° col. Br., pp. 114, 139.

4. En sens contraire Partenay, pref. p. v, p. vi, n. 1. Le catalogue des manuscrits de GAUL, Suissk, etc. par D.-G. IaRnrL contient l’article suivant : 189. Roman de Mélusine, traduction en vers du latin de Jean d'Arras. — BaunN£eT, Manuel du libraire, parle de ce roman tiré du latin de Jean d'Arras. Ceci concorderait avec ce que dit Couildrette des deux livres latins de la Tour de Maubergeon que l’on aurait fait traduire en français. — Le Père de Lusignan termine ses critiques méprisantes contre Jean d'Arras et ses imitateurs en disant qu’ils ont eu des précurseurs : « Au reste plusieurs ont escrit devant mesme ces romans et vrays historiographes, que Afelusine estoil fort versee en l'art magique et les autres, que encore pour le iourdhuy on voit vne fenestre en la tour du chasteau de Lusignan et un baing où elle se lauoit, et qu'elle s'enfuyt par icelle en forme de serpent ; et mesme que quand quelqu'un de la maison des roys de France, ou bien de la race des Lusignans, cst proche de la mort, vn serpent tourner trois tours autour du dit chasteau, et iette trois cris fort espouventables, Brief on en raconte merveilles. Les autres disent que

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Les inventaires de la librairie de Jean de Berry menlionnent deux manuscrits qui portent ce titre. Ils étaient en latin'. C'était peut-être un butin. Le due de Berry les aurait pris à Poitiers dans la tour de Maubergeon, centre féodal de la contrée. Ils ne seraient autres que les deux livres latins qu'au dire de Couldrette on aurait « trouvés » dans cette tour, fait traduire en français et dont il aurait lui-même tiré en partie son poème *,

Melusine estoit une femme fort addonnee à ses plaisirs et lubricitez et qu'à ceste occasion elle fist bastir cette tour, et edifier ce baing, et que pour l'enormité de son peché on la feint avoir esté demy serpent (Histoire de Cypre, foi. 191, v°).

1. Îtem un livre de L'Istoire de Lusignem, en latin, de lettre courant : el au commencement du second feuillet après la première histoire du dit livre, a escript : Ornatus slans super equm; couvert de cuir vermell empraint, à deux fermouers de laton et v petis boullons de mesmes sur chascune aiz (Cabinet des manuscrits, Paris, 1868-1881, t. IL, P. 190, n° 249. Guirrrer, t. 1e, p. 261, À, go. Deuisee, t. 11, p. 263, n° 249. Inventaires de 1413 et de 1418). Ce livre est au nombre de ceux qui furent inventoriés au château de Mebhun-sur-Yèvre (Désaivre, p. 112). Item un autre livre de L'Istoire de Lesignem, escript en latin, de lettre de fourme, bien historié, tt au commancement du sccond feuillet, aprés la premiére histoire, a éscript : Sola sed tantum. Couvert de drap de damas rouge, fermant à deux fermouers de laton et tixuz de soye (Inventaires de 1413 et de 1416. Baillé à la duchesse de Bourbonnais d'aprés celui de 1416. Cabinet des Manuscrits, ibid., n° 248. GuirFaey, ibid., n° 98r. DeLisLe, ibid., n° 249). « Le duc de Berry », dit M. Delisle, « fit traduire cette histoire en français par Jean d'Arras Pour sa sœur Marie, duchesse de Bar et marquise du Pont. Voir la préface mise en tête du manuscrit français 1482 » (1bid., n. 6). — Jean d'Arras dit simplement dans cette préface, comme dans celle des autres Manuscrits, que-1e duc de Berry lui a commandé de faire le traité de l’histoire qui s'ensuit et qu'il a commencé à mettre cette présente histoire en prose à telle date. 11 ne dit pas qu'il ait fait une traduction.

2 Couldrette Parle d'abord d'un petit livre que le seigneur de Parthenay aurait fait faire :

Si me dist en son doux langaige

Que je prenisse l'exemplaire

D'un sien livret, qu’avoit fait faire :

11 de fait le me bailla

Pour savoir mon qui entailla

Luzignen, le chastel nobille,

Et aussi qui fist faire la ville :

Car c’est ung tres merveilleux fort.

Puis il indique Les livres latins :

Dedens la tour de Mabregun

Deux beaux livres furent trouvez

En latin et tous approuvez,

Qu'on fit translater en françois.

| .(Mellusine, pp. 4, 6).

Aussi bien ignore-t-on ce qüe contenaient les mannscrits que possédait Jean de Berry et s'il y était dit un mot de Mélusine.

Supposons que ces manuscrits se réfèrent à la fée de Lusignan; si l’on devait prendre leur titre dans le sens strict, Jean d'Arras leur aurait emprunté la partie essentielle de son roman, c’est-à-dire les aventures de la fée et peut-être celles de Geofiroy à la Grand Dent, presque aussi populaire que sa mère.

Mais lorsqu'on examine les références de Jean d'Arras à « l'histoire », on voit qu'elle a presque la même étendue que le roman. Elle est citée pour la première fois au commencement du chapitre du roi Elinas et pour la dernière fois à la fin de l'aventure du château de l'Epervier. L'auteur en invoque le témoignage non seulement à propos de Mélusine et de Geoffroy, mais au sujet du voyage de Raimondin en Bretagne, de sa retraite en Espagne et de

Ces deux livres seraient-ils les deux exemplaires de « l'Histoire de Lezignen », de la librairie de Jean de Berry”? La reprise du Poitou sur les Anglais en aurait rendu le duc possesseur. Et la translation de ces livres en français, serait-ce la Mélusine de Jean d'Arras”?

Le livre appartenant au comte de Salisbury qu'aurait vu Couldrette et qu’il mentionne en dernier lieu traitait aussi du château de Lusignan,et sa teneur était la même que celle des livres latins.

Et puis après cinq ou six mois Forment celle histoire autry Le conte de Salz et de Berry D'un livre qu’avoit du chastel Qui tant par est fort et bel ; Mais il parloit en tous ses dis Comme les livres dessus dis.

Et de ces divers livres, dit Couldrette à son seigneur : Fu vostre livre extrait (4/ellusine, ibid.).

Pour la tour de Maubergeon, v. Davity, Description générale de l'Europe (Paris. 1660),t. Il, p. 418. A costé du Palais de Poictiers est l’ancienne tour de Maubergeon, de laquelle releuent tous les fiefs capitaux de la prouince, lequel terme par vne diction vn peu fléchie et accommodée à nostre langue, vient de AÆ#allobergum, car Mals ou Mallobergs estoient les auditoires publics : parce que suiuant les loifx de France, ils deuoient estre à l’abry, et à couuert, l’esté contre l’ardeur du soleil, l’hyuer contre la pluye et autres injures de l'air : ce que le mot signitie. Vn des comtes de Poictou la ist bastir, et representer à l'entour les sept anciens vicomtez du pais, qui sont Chastelleraud et Thoüars, aujourd’huy erigez en duchez, Aunay, Roche-Uhoüard, Brosse, Bridiers et Monbas.

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Mariage de Mélusine

toutes les aventures des fils de Lusignan en Luxembourg, en Bohême, en Allemagne, en Irlande, en Chypre et en Syrie. Au surplus, l'expression « Histoire de Lusignan » peut avoir eu le sens le plus large. Couldrette qui raconte les mêmes aventures que Jean d'Arras, en y ajoutant celle de Palestine, intitule son poème : « Le livre de Lusignan », et lorsque les manuscrits de la Mélusine de Jean d'Arras ont un titre original et non pas ajouté, ce titre est « La noble histoire de Lusignan. » C'est le titre même des manuscrits latins de la bibliothèque du duc de Berry.

Les bibliothèques que l’on vient d'indiquer ne sont pas sans douie les seules qui aient fourni des livres à Jean d'Arras. Parmi ceux qu’il a employés, il y en a plusieurs que ne mentionnent pas les inventaires de Charles V et de Jean de Berry.

De quelque bibliothèque que proviennent les sources de Jean d'Arras, elles sont de trois sortes, l'Ecriture Sainte et les ouvrages de l'antiquité grecque et latine, les livres des merveilles, les chroniques et les histoires parmi lesquelles il faut comprendre les romans de chevalerie tels que l'Histoire du noble et vaillant roi Florimont, fils du noble Mataquas, duc d'Albanie, et probablement le Livre de la chevalerie errante'.

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Le Moyen Age unissait dans sa vénération les livres sacrés et plusieurs livres des anciens. Platon, Aristote,

1. Ha pu trouver PHistoire de Florimont dans la bibliothèque de Charles V (VAN PRAET, Inventaire ou Catalogue des livres de l’ancienne bibliothèque du Louvre, 439. Derisir, 11, ‘106; à la fin du livre est l'ouvrage de Mandeville). Jean d'Arras fait une allusion évidente à cette histoire en disant que sa propre histoire « n'est pas entreprise pour Florimont », et un peu plus loin, parlant de la montagne de l'Ile Perdue, il met en prose deux vers du commencement de Florimont :

Fiorimont ot nom en françois, Eleneos est dist en greçois.

Florimont a été joint à une édition de Mélusine donnée à Rouen (M. kE, P. #5). — Le Chevalier errant faisait partie de la librairie de Jean de Berry (142).

Virgile, Sénèque, étaient presque des chrétiens, on les citait à côté de Salomon et de saint Paul. Ils enseignaïent les mêmes vérités. Au début du livre de Jean d'Arras, David, Aristote et saint Paul viennent attester les mystères du monde invisible et certifier, témoins inattendus, la véracité d'un conte de fées.

Plusieurs proverbes de Mélusine sont des maximes d’Aristote. Jean d'Arras leur a donné la verdeur, la verve du beau français de son temps. «Si jamais on ne commençait rien, jamais nulle chose ne serait achevée. Il faut en une chose commencement et milieu avant la fin. Chose hardiment entreprise et suivie est à moitié faite. Qui n'apprend son mélier en sa jeunesse, c'est douteux qu'il soit jamais ouvrier »*°.

Il y avait dans la bibliothèque de Jean de Berry un petit livre en français, « Du gouvernement des rois et des princes, appelé le Secret des secrels que fit Aristote »*. On l'appelait aussi les Enseignements d'Aristote. C'était en réalité l'ouvrage de Pierre de Vernon qui le supposait tiré des lettres d’Aristote à son disciple Alexandre le Grand ‘. Mélusine l'avait lu lorsqu'elle donnait à ses enfants ses propres enseignements, leur recommandant d'être pieux, débonnaires, humbles, d'éloigner les méchants, d'être généreux envers l'ennemi abattu, de rendre justice sans acception de personne, de ménager leur peuple et de s’en faire aimer.

Les anciens auraient-ils également dicté les harangues de guerre des fils de Mélusine ? « La victoire », dit Urian abordant avec sa petite armée cent mille Sarrasins, « ne

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