‹ Essai sur Mélusine, roman du XIVe siècleChapitre 30 sur 130 · Fol. 51, ve, à° col · texte numérisé non relu

Fol. 51, ve, à° col

a. Tire Live, IX, 19: Jusrin. XÉ,6: ARRIEN, L, 11; PLUTARQUE, Alexandre,

3, PLUTARQUR, César, 19. La harangue de César à l'assemblée des centurions, telle qu'il la rapporte lui-même est moins violente. Il n’invite personne à quitter le service. Il connaît la frayeur qui a gagné les tribuns militaires, les préfets de la cavalerie et d'autres qui l'ont suivi par emitié, ayant peu d'expérience de la guerre. Je pars, dit-il seulement, je verrai si la crainte prévaut sur le devoir et l'honneur. (1, 39. 40).

que dans Mélusine, une comparaison trop singulière pour qu'elle soit venue spontanément à la pensée des deux auteurs. Urian avait les plus grandes oreilles qui jamais furent vues à un enfant. Quand il fut grand elles étaient aussi larges que les anses d'un van.

Gervais de Tilbury, à la fin du XIIe siècle, Vincent de Beauvais, au siècle suivant, racontent une histoire semblable à celle de Mélusine.

Le récit de Vincent de Beauvais est très court et la scène se passe dans la province de Langres. Un noble rencontre en fin fond de forêt une belle femme, revêtue d’habits précieux. Il l'aime et l'épouse. Elle se plaisait à se baigner. Un jour une jeune fille la voit se rouler dans l’eau en forme de serpent. Dénoncée à son mari et surprise au bain, elle disparaît pour jamais ; sa descendance dure encore *.

Gervais de Tilbury est le Gervaise de Jean d'Arras. L'auteur de Mélusine ie nomme cinq fois. Sans le nommer, il lui prend une circonstance de son récit sur les apparitions des lutins. Ils ôtent quelquefois les enfants des berceaux. Puis, le traduisant à la lettre, il continue : « Et encore dit le dit Gervaise que d'autres fantômes se montrent de nuit, en forme de femmes à face ridée, de basse et petite stature, et qu'elles font les besognes des maisons par complaisance et sans faire aucun mal. » Jean d'Arras pense aussi probablement à deux contes de Gervaise sur les horreurs du mont Canigou et sur la dame du château de l'Epervier lorsqu'il indique la punition des sœurs de Mélusine. Mais dans les Loisirs impériaux, le Canigou est

1. Vannosae aures. Liber de monstris et belluis publié par Jules Berger de Xivrey.

2. In Lingonensi provincia quidam nobilis in sylvarum abditis reperit mulierem speciosam preciosis vestibus amictam, quam adamavit et duxit. Îlia plurimum balneis delectabatur, in quibus visa est aliquando a quadam puella in serpentis se specie volutare. Incusata viro et deprehensa in balneo, nunquam deinceps comparitura disparuit et adhuc durat ejus progenies. (Speculum naturale, à. 12°, GE&RvASIUS, p. 68). Cpr. Gervaise : et cujus jam successio ad nos usque pervenil (P. 6), et Jean d’Arras : Et me orrez deciairer la noble lignie qui en est yssue, qui reguera jusques en la fin du monde, selon ce qu’il appert qu’elle a regné jusques a ore. (Fol. 2, v°, rr° col.).

la demeure des démons, la dame du château de l’'Epervier est un démon que les paroles de la consécration mettent en fuite et le château est situé dans le royaume d’Arles et dans l'évêché de Valence'. Dans Mélusine il est à mille lieues de là et deux bonnes chrétiennes remplacent les diables du Canigou et du château. Palestine veille sur le trésor de la future croisade. Mélior oppose les lois de l'Eglise à son arrière petit neveu qui la demande en mariage.

Ce sont là choses de détail, mais le passage suivant des Loisirs impériaux rendu assez librement par Jean d'Arras résume toute sa Mélusine : « Gervaise dit encore que les fées se mettaient en forme de très belles femmes et que des hommes les ont prises pour femmes moyennant certaines conditions qu’elles leur faisaient jurer. Tant que ces hommes tenaient leurs accords, ils étaient en abondance de biens. Sitôt qu'ils y manquaient, ils étaient déchus de leur bonheur et quelques-uns étaient changés en serpentun ou plusieurs jours de la semaine. Gervaise donne l'exemple d'an chevalier nommé Roger du Château de Rousset dans la province d'Aix qui trouva d'aventure, sur le soir une fée en une prairie. Elle consentit à être sa femme. Ils furent longtemps ensemble et le chevalier voyait de jour en jour croître sa bonne fortune. Or il advint qu'un jour il fit tant qu'elle enfonça sa tête dans l’eau où elle se baïignait et devint serpent. Jamais elle ne revint et le chevalier peu à peu commença de perdre toutes ses prospérités. En outre, Gervaise dit qu’il croit que c'est pour certains méfaits dont nul n'a connaissance excepté Dieu, que Dieu punit les fées si merveilleusement. Comment de telles choses se peuvent faire, humaine créature ne le peut savoir. Tous ces points et bien d'autres, Dieu les a retenus en ses secrets et il en montre les exemples aux lieux et aux personnes qu'il lui plaît »°.

1. Fol. a, re, ar ei 2 col. ; ve, 1° col. ; 1685, vo, ire col. 2. Fol. 2, ve, tre col. et v. plus loin les textes de Gervaise en sppendice. Histoire littéraire de la France, 1. X VII (Paris. 1532), p. 90.

ER ee

Dans le texte original de Gervaise, le chevalier du chàteau de Rousset s'appelle Raimond. C'est le nom du mari de Mélusine. Raimond du château de Rousset rencontre sa fée sur les bords du Laris. Raimond du Poitou trouve la sienne sur la Fontaine de Soif. L'une et l’autre appellent par leur nom les deux Raimond qui ne les ont jamais vues. Le Raimond provencal, comme le poitevin, perd sa femme pour l'avoir regardée au bain. Les deux fées sont éloignées par la violation du serment de leurs maris, mais elles reviennent la nuit donner leurs soins à leurs petits enfants. Les nourrices les voient, le maris ne les verront plus’. Ils pleurent leur faute. Ils n'en seront pas moins punis, eux et leur lignage, par la diminution et la perte finale de leur félicité temporelle. En définitive, l'essentiel du roman de Mélusine est dans Gervaise. C'est le maréchal du royaume d'Arles qui est le premier auteur de Mélusine. Jean d'Arras a transporté dans le Poitou une légende provençale.

Les voyages de Marco Polo au xin° siècle et ceux de Mandeville antérieurs de quelques années à Mélusine tiennent une place bien différente dans l'ouvrage de Jean d'Arras. Celle de Marco Polo est presque imperceptible*. C'est que Marco Polo est le voyageur exact et véridique. 11 met pour vu ce qu'ila vu, pour entendu ce qu’il a entendu. Si la préface du Devisement du monde annonce que l’on y trouvera « les grandissimes merveilles de la Grande Arménie, de la Perse, de l’Inde et de maintes autres provinces », ce sout plutôt des merveilles naturelles comme la fontaine d'huile de la Grande Arménie et non point des féeries telles que le Château de l'Epervier*.

Il n'est guère croyable que Jean d'Arras n'ait pas connu Marco Polo dans la version française lue avidement et

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