LES CHRONIQUES ET LES HISTOIRES
Les chroniques et les histoires qui présentent des ressemblances avec le livre de Jean d'Arras s'échelonnent depuis le commencement du x1rn1° siècle jusque vers la fin du x1v°. Mais leur influence n'est pas toujours certaine, tant il y a de lieux communs, de formules toutes faites
tu. Fol, 161, r°, 2 col. et lc texte de Mandeville, en note. — Depuis Léon I+, roi d'Arménie en 1199, au dernier roi Léon VI de la Mure compte onze rois (PP. 524-528).
dans les ouvrages de cette période, et si grandes sont les libertés que Jean d'Arras prend avec les chroniques tout en déclarant qu'il s'y conforme. ‘Rarement il les traduit, mais elles lui suggèrent l’idée d'un épisode. Il s'empare d’un texte sur lequel il compose un long récit où ilne laisse subsister de la chronique que le nom du lieu, une idée générale et quelque analogie dans les faits.
Jean d'Arras ne doit peut-être rien à Villehardouin, mais le continuateur de Villehardouin, Henri de Valenciennes, est son créancier. Urian engage contre les Sarrasins la bataille de Famagouste. Il harangue ses gens. En 1207, les Latins vont livrer aux Vulaques et aux Comains la bataille de Philippopoli. Villehardouin et le chapelain Philippe exhortent les croisés. Comparons les discours :
« Ecoutez tous, beaux seigneurs », dit Urian, « nous sommes ici réunis pour défendre la foi de Jésus-Christ par laquelle il nous a régénérés. Vous savez comment il a souffert la cruelle mort pour nous racheter des peines d'enfer. Donc, vu qu'il nous a fait cette grâce, nous ne devons pas rechigner aux périls où il lui plaira de nous mettre pour soutenir les saints sacrements qu'il nous a administrés pour le salut de nos àmes.
« Nos ennemis sont bien dix contre un de nous. Mais quoi ! Nous avons bon droit. Nous ne devons pas hésiter. Jésus-Christ prit tout seul la guerre pour notre salut, et tous ceux qui mourront dans cette guerre auront la gloire du Paradis »'.
« Seigneurs », dit le chapelain, « ayez confiance en Notre-Seigneur qui souffrit pour nous peines et tourments et qui pour le péché d'Adam et d'Eve souffrit le martyre à cause du morceau qu’ils mordirent en la pomme, par laquelle nous allions tous dans les peines du ténébreux enfer, et par la propre mort de Jésus-Christ nous en fûmes rachetés ».
« S'ils ont plus de gens, que nous importe! » s’écrie