Fol. 56, r°, 1e et 2e col. : Cpr. 83, r*, æ col
Villehardouin. « Ils ne valent rien. Et sachez bien que celui qui mourra pour Dieu en cette besogne, son âme ira toute glorieuse en paradis devant Dieu »*.
Urian, après avoir parlé, fait porter sa bannière sur une hauteur, la fait tenir élevée par son frère, qui est monté sur un grand destrier, et de toutes ses forces crie : « Tous ceux qui ont dévotion de venger la mort de Notre Créateur, d'exhausser sa loi et d'aider au roi de Chypre, qu'ils tirent sous ma bannière. » Le chapelain, pendant tout son sermon, tient en main la croix de notre rédemption etquand il a fini il montre la croix où Notre-Seigneur, pour racheter son pauvre peuple, reçut mort et passion.
Jeau d'Arras a connu Joinville, puisqu'il a relié pour le roi la Vie de saint Louis. Ne le connutil point par ailleurs, un relieur aussi lettré ne pouvait manquer de jeter un coup d'œil sur le contenu des livres auxquels il donnait ses soins. Un incident de la guerre de Chypre rappelle la défense du pont de la Mansourah. Urian et son armée ont campé dans une prairie bordée par une rivière que traverse sur un pont la route de Famagouste. Les Sarrasins occupent l'autre rive. Ils attaquent le pont. Comme à la Mansourah, les défenseurs, d'abord peu nombreux, font face à l'ennemi, les arcs et Les arbalètes font rage; « nous étions tout couverts de traits », dit aussi Joinville. Urian amène des renforts, le connétable de France les arbalétiers à pied du roi, et le combat se termine par la déconfiture des Sarrasins ?.
1. La Conquête de Constantinople par Geoffroi de Villehardouin avec la continuation de Henri de Valenciennes. Texte original accompagné d’une traduction par M. Natalis de Wailly (Paris. 1852), $S$ 534, 53: ; pp. 1925, 3925. Cpr. les paroles de l'empereur Henri de Hainaut la veille de la bataille : « Et si nous avons moins de gens qu'ils n’en ont, nous avons Dieu en notre aide » ($ 520, p. 315) « Et qui mourra ici pour lui, » reprend le chapelain, « il ira par devant lui au sein de saint Abraham » ($ 588, p. 32:).
a. Fol. 52, r°, > col., ss. G. Paris et E. Langlois. Chrestomaltie du moyen de (Paris. 1904), pp. 226. ss. — Upr. aussi ces formules : À la bataille de la Mansourah. Turcs et chrétiens « tuit estoient meslé. » (P. 223). Dans Mélusine : Bataille de Damas. Les batailles sont assemblees tout en une ambrouche (Fol. 126, v°, 1 col.). Les batailles furent assemblées toutes en une (Br., p. 525) — Bataille de Porrentruy. Les batailles s’assemblent tous en une broisse (Fol. 154, ve, 1" col.).
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Jean d'Arras a lu plusieurs chroniqueurs de son siècle. Guillaume de Nangis a pu lui inspirer l'histoire de la surprise du château de Sion. La « haute roche » sur laquelle Sion est assis et que Jean d'Arras place en Irlande est le mont Snowdun entre le pays de Galles et l'Angleterre. C'est «a la montagne escarpée » qu'en 1276 le prince de Galles Lewellyn fortifie pour résister au roi d'Angleterre Edouard I+. Il a appris, dit Guillaume de Nangis, que le roi a arrêté sa fiancée. Eléonore de Montfort. Il prend aussitôt les armes. Le roi envahit son pays. Lewellyn s'enferme dans le fort de Sion. Le siège dure longtemps. C'est l'hiver, beaucoup d'Anglais périssent dans les marais et les défilés. Mais le roi ne renonce pas à son entreprise, il oblige le prince à se rendre, et la guerre se termine, pour le moment, par le mariage de Lewellyn et d'Eléonore que le roi fait célébrer en sa présence. Le fait principal dans l'histoire de Guillaume de Nangis et dans la fable de Jean d'Arras, c'est la révolte du vassal contre son suzerain, suivie du châtiment '.
C’est encore un autre évènement historique qui a donné à Jean d'Arras l'idée de son siège de Porrentruy. Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, avait enlevé cette ville à son légitime seigneur, l'évêque de Bâle, Henri d'Isny. Celui-ci réclama le secours de l'empereur Rodolphe de Habsbourg. En 1283, l'empereur mit le siège devant la place, s'en empara après six semaines de résistance et la rendit à l'évêque.
Trois chroniques alsaciennes mentionnent cette guerre : les Annales Colmarienses (1211-1305), les Gesta Rodulfi el Alberti regum Romanorum de Godefroi d'Ensmingen (1293-1308), je Chronicon d'Albert de Strasbourg".
Albert est l'annaliste des deux premiers empereurs de la maison des comtes-ducs de Luxembourg, Henri VII et
1. Deux épisodes du roman de Mélusine par Jean d'Arras. Irlande et Bretagne (Annales de Bretagne. 1929).
2. Trouillat. Monuments de l’histoire de l’ancien évéché de Bâle, t. {1 (Porrentruy. 1854), 283, p. 353.
Charles IV. Son livre finit avec le règne de cet empereur en 1378. Le père de Charles IV était Jean l'Aveugle. Jean de Berry et Josse de Luxembourg étaient les neveux de l'empereur, C’est donc, semble-t-il, la chronique d'Albert de Strasbourg que Jean d'Arras eut sousles yeux, il la reçut de ses patrons. Ceci est d'autant plus probable que le chroniqueur raconte la mort glorieuse de l’aïeul du marquis de Moravie et du duc de Berry'. Aux quelques lignes relatives au siège de Porrentruy, Jean d'Arras joignit peut-être un souvenir de la tentative que le comte Egon de Furstemberg fit en 1366 pour s'emparer par surprise de la ville de Fribourg en Brisgau et de la déroute des bourgeois de Fribourg battus à plate couture à Endingen par Egon ligué avec plusieurs féodaux des marches du Rhin et massacrés par centaines dans le combat et dans leur fuite jusqu'à la porte de Brisac. Îl imagina ainsi une aventure qui devait plaire à ses hauts protecteurs de Luxembourg et de France; un roi de Bohéme y était à l'honneur, comme quarante-six ans auparavant leur ancêtre à Crécy.
Jean d'Arras est le contemporain de Guillaume de Machaut et de Froissart. Chacun d'eux fut au service d'un prince qui lui dictait en quelque sorte ses ouvrages. Le duc de Berry fut pour l'auteur de Mélusine ce que le roi Jean de Bohême avait été pour Machaut et Wenceslas de Luxembourg pour Froissart. Machaut composa le Jugement de Jean de Bohême. Froissart fit pour Wenceslas le roman de Méliador et Jean d'Arras écrivit son livre par ordre de son patron.
Un autre point commun, c'est la place que la maison de Luxembourg tient dans la vie et dans les œuvres de ces écrivains. Froissart dans ses chroniques s'étend sur les événements qui se rapportent à cette maison et Jean d'Arras la glorifie par le récit des exploits d'Antoine et de
1. Trouillat, t. 111, p. 838 (1346, 26 août). 2. (Œucres de Guillaume de Machaut publiées par Ernest Hoffner pour la Sociélé des anciens textes français (Paris. 1908).
Ce
Renaud de Lusignan, l’un duc de Luxembourg, l'autre roi de Bohéme.
Appartenant à la même clientèle, les trois auteurs ne pouvaient s'ignorer. Leurs ouvrages dépeignaient la vie chevaleresque. Le livre de Machaut, La Prise d'Alexandrie, était la biographie de Pierre I°" de Lusignan, dit le Vaillant, « le bon roi de Chypre » de Jean d'Arras. Peutêtre « ceux de Sassenage du Dauphiné » lui devaient-ils d'être placés par Jean d'Arras parmi les descendants de Mélusine, en souvenir du sire de Sassenage, compagnon de guerre de Pierre Ie".
Froissart, comme l'auteur de Mélusine, aimait le merveilleux. Son roman de Méliador est une féerie et ses chroniques renferment des contes de magie, d’enchantement, des histoires de revenants et la fameuse légende d'Orthon, l'esprit familier du seigneur de Coarasse. Semblable à la fée de Lusignan, Orthon est un génie bienfaisant, mais il a, lui aussi, son secret. Qui le viole n’a plus droit à sa protection. La morale des deux histoires est la même, la curiosité punie et les yeux ouverts après le péché".
L'œuvre de Froissart et celle de Jean d’Arras ont de telles ressemblances qu'il n’est pas douteux que le romancier se soit inspiré des récits du chroniqueur, qu'il ait imité ses formules. Quelques passages des deux auteurs que l'on a placés en regard les uns des autres le feront peut-être voir ?.
Auant que ie la com- En toutes choses commence (l'histoire) ie re- mencier on doibt toute prequier au Sauueur de tout mierement appeller lenom le monde, qui de neant du Createur des creatures,