Fol. 131, ve, 1° col. : 136, v°, 2° col
4. On a confondu probablement Exoudun avec la Tour Blanche d'issoudun en Berry, l’un des nombreux donjons construits par Philippe- Auguste. Sur la confusion faite entre les seigneurs d'Exoudun, comtes d'Eu, qui étaient de la famille de Lusignan, et leurs contemporains les seigneurs d'Issoudun, v. Léopold Desisie, Mémoire sur une lettre inédite adressée à la reine Blanche par un habitant de la Rochelle (Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1:* année, t. 11, 1856), p. 546.
Parmi les ouvrages de défense militaire alors en usage, il yen avait un que l'on employait pour surprendre les derrières de l'ennemi occupé à l'attaque de la forteresse et pour servir de refuge. Des souterrains, partant de l'intérieur de la place, débouchaient dans la campagne au milieu de buissons ou de taillis épais qui en cachaient l'issue ‘. Mélusine fit le souterrain long de six lieues, de Lusignan aux arènes de Poitiers. Elle creusa un large souterrain du château de Sucinio au couvent des Trinitaires de Sarzeau. Elle y voyageait, tantôt sur un bateau, tantôt dans un carosse traîné par des bœufs. Il ne lui en coûtait qu'un coup de talon pour fendre la terre. C'est ainsi que, fuyant devant saint Louis qui l’a chassée de Fontenay et de Vouvant, elle se fait un chemin qui la mène à la Fumerie de Jazeneuil, où elle revoit la lumière, à seize lieues de Vouvant.
Mélusine ne travaille que la nuit. Elle apporte au clair de la lune, les tours et les murailles du château Salbart, Elle construit en une nuit la chapelle de l’abbaye de Valence en Poitou. Une nuit lui suffit pour élever les sept tours de Vouvant. Elle en met trois à construire l’église de Parthenay.
Surprise par le jour ou par un importun, Mélusine suspend aussitôt son vol, arrête son travail et se dérobe. Le soleil levant cause la chute des pierres de Vouillé qu'elle destinait à l'achèvement du château Salbart. Il manqua toujours une pierre à la chapelle de Ménigoute. Mélusine allait la poser lorsque le chant du coq la mit en fuite. On racontait la même chose de l'église de Parthenay. Jamais les maçons ne purent combler le vide que Mélusine avait laissé. La pierre qu’ils posaient tombait toujours. La fée s'était échappée au galop de son cheval et l'empreinte des fers de sa monture se voyait sur les
1. EnLarT, Manuel d'archéologie française, premiére partie. Architecture civile et militaire (Paris. 1904), p. 553 (souterrains des églises rurales fortitiées et des villages), p. 556 (passage intérieur du Pont des Consuls à Montauban).
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dernières pierres qu'elle avait placées. On construisait le château de Pouzauges. Le matin, les ouvriers s'étonnaient de trouver leur travail plus avancé qu'ils ne l'avaient laissé la veille. L'un d'eux se cacha dans les broussailles. Mélusine vint à minuit et se mit à maçonner, mais elle aperçut le téméraire.
Les ouvrages de Mélusine sont souvent inachevés. Un caprice de la fée produit parfois le même effet que l'apparition du jour ou d'un intrus. Les maçons que l'on a retenus pour construire l'église de Verruyÿe se croisent les bras. C'est Mélusine qui bâtit elle-même. Il ne manque plus que la clef du cintre à une fenêtre du clocher. La fée, sans qu'on puisse en savoir la cause, abandonne le travail. Les maçons placent plusieurs fois la pierre inutilement. Elle retombe entraînant avec elle tout ce qu'ils ont fait depuis le départ de Mélusine. Il fallut renoncer à cette fenêtre. Il en est des ouvrages de Mélusine comme de ses fils ; il y a dans les uns et dans les autres quelque chose de manqué ou d'incomplet.
Ïl ne suffit pas à Mélusine de construire elle-mème et sans relâche églises, villes et châteaux. Elle s'intéresse aux travaux qui se font dans ses domaines. Elle veut être l'architecte. Une miniature la représente donnant ses commandements aux tailleurs de pierres et aux maçons. Elle surveille les travaux et ceux qui lui déplaisent ne s'achèvent pas. Un château était en ruines sur la route de Parthenay à Poitiers, auprès de Vouillé. Jamais on ne vint à bout de le reconstruire. Mélusine ne le voulait pas. À Clussais près de Melle, à Verruge, à Saint-Paul en Poitou, tantôt montrant son opposition, tantôt accordant son aide, elle amène les habitants à deviner l'emplacement de leur future église. L'ouvrage que l'on faisait ailleurs était toujours à recommencer. On ne le retrouvait plus le matin. Mais elle transportait elle-même chaque nuit les pans de murailles au lieu qu'elle avait choisi.