Fol. a, ve, 1° col
ss TS
Mélusine suit à travers les siècles la destinée de ses créations. Elle en est la providence et la gardienne. « Cette illustre forteresse », dit Jean d'Arras, parlant de Lusignan, «est allée de maiïn en main et elle est venue par raison et conquête de l'épée à mon très cher et redouté seigneur. Et l’on tient pour certain que depuis qu'elle fut fondée, elle ne demeura pas trente ans accomplis en la possession d'homme qui ne fût issu de Raimondin et de Mélusine »'. Ainsi l'a voulu Mélusine. Les biens doivent rester dans les familles.
Elle se désole lorsque ses châteaux sont en danger de destruction. Saint Louis, en guerre avec les Anglais, prend la tour de Béruges et la veut démolir. Il entend un cri de douleur, pense à Mélusine et s'écrie : « Amis, plus ne défaites ». Elle pousse les hauts cris quand le duc de Montpensier ordonne la démolition de Lusignan.
Mais elle n'hésite pas à détruire ses ouvrages ou à les abandonner à la ruine si on la mécontente ou s'ils tombent dans des mains indignes. Dans sa colère contre le fâcheux de Pouzauges, elle crie :
Pouzauges, Tiffauge, Mervent, Châteaumur et Vouvant Iront chaque an, je le jure, d'une pierre en périssant.
Mélusine, comme saint Louis, est l'amie des pauvres. Quand la nouvelle de son départ fut connue dans le pays, tout le peuple faisait pleurs et gémissements et il aurait fallu voir les pauvres gens regretter leur dame. Elle apprend que le seigneur de Châtelaillon est dur aux malheureux. Elle se présente au château pendant une nuit d'orage, sous l'apparence d’une misérable femme. On la repousse. Elle maudit le château, arrache des pierres de la falaise où il est assis, adjure l'Océan de continuer l'œuvre de destruction, et depuis elle vient joindre ses eftorts à ceux de la mer et fait tomber la forteresse pierre par pierre. Flle transporte les pierres à l’abbaye de