BRanTÔUER, Œuvres, éd. Lalanne,t. V, p
Parmi ces fables est-il possible de discerner celles que l'on disait avant que Jean d'Arras eût écrit son livre et celles qui ne doivent leur existence qu’au succès du roman ?
En voici qu'il a fait naître, mais combien parfois s'en éloignent-elles ?
La Bretagne prétendait posséder le tombeau de Mélusine qui n'en aura jamais et celui de Raimondin que Jean d'Arras enterre au Montserrat. Mélusine, disait-on, avait fondé le couvent des Trinitaires de Sarzeau. Les deux époux avaient élu leur sépulture dans l'église des religieux. Ils y reposaient sous une grosse pierre.
Marcilly-le-Château, signalé par une scène tragique du roman, était, selon les gens du pays, le séjour ordinaire de Mélusine lorsqu'elle venait dans la contrée. « Elle y faisait ses prestiges et ses permutations de formes. » On y montrait au frontispice de l'église paroissiale une antique pierre sculptée qui représentait une femme allaitant des serpents. Cette femme était Mélusine ; les serpents étaient ses enfants. Elle leur faisait sucer la prudence du serpent *.
La légende de Luxembourg et celle de Lutzelbourg sont a peu près les mêmes.
Sigefroy, premier comte de Luxembourg, épouse une femme nommée Mélusine. Il s'oblige à ne pas chercher à la voir le samedi. Emporté par sa curiosité, il regarde par le trou de la serrure. Mélusine, dans une cave, peigne ses cheveux. Son corps se termine par une queue de poisson. Le cri que pousse son mari la chasse. Mais elle revient dans le château. On la voit sortant du puits ou sur la tour ronde qui porte son nom. Dans certaines maisons voisines elle vient frapper trois coups la veille d’une mort”.
Si la légende de Lutzelbourg ne nomme pas Mélusine,
1. Jean 111, duc de Bretagne, fonda en 1341, le couvent des Trinitaires de Sarzeau (Jean px LA Haye, Mémoires et Recherches, 1581. ME, pp. 378, 359).