‹ Essai sur Mélusine, roman du XIVe siècleChapitre 57 sur 130 · FAVUE, p. XI · texte numérisé non relu

FAVUE, p. XI

des plus illustres du Dauphiné et de la France'. La seigneurie de Sassenage s'étendait à toutes les montagnes du Villars de Lans qui dominent ou surplombent de leurs formidables apics les vallées du Drac et de l'Isère. Les profonds défilés d'Engins et de la Bourne les traversent de part en part. Elles renferment, à leur sommet, comme dans une forteresse, les noires forêts et les pâturages de Corençon, de Lans, de Méaudre, d'Autrans et des Écouges. Au bas des abîmes, ce sont au couchant, les riantes campagnes, les forêts de noyers eutremêélés de hautes vignes du Royans, et au levant Sassenage au débouché du Furon, son château suspendu sur la gorge du torrent en face de l’une des sept merveilles du Dauphiné, les grottes et les cuves.

La seigneurie de Sassenage fut longtemps un alleu, les seigneurs la possédaient en souveraineté. En 1297, ils firent ce qu'en beaucoup de contrées une multitude de propriétaires d’alleux faisaient alors et firent encore plus tard, ils convertirent leur domaine en un fief, et avouèrent comme seigneur de leur fief le dauphin de Viennois*. Leur terre y gagna en honneur. Ce fut la seconde baronnie du Dauphiné.

Les habitants de la terre de Sassenage étaient persuadés que leurs seigneurs étaient du sang de Mélusine et que la fée s'était réfagiée dans les grottes de Sassenage. Ils citaient en preuve les cuves qu’elle habitait et la table de pierre où elle mangeait ; ils l’appelaient la table de Mélusine’. Mais ils n'étaient pas d'accord dans leurs récits,

Les uns racontaient une légende que Salvaing de Boissieu mit en vers latins avec beaucoup d'amplifications et d'embellissements. Mélusine a quitté Lusignan indignée contre son mari. Elle vient bouiler éternellement dans les cavernes de Sassenage. Cependant elle veut récompenser

1. De Sainwr-Azcais, Nobiliaire universel de France, t. V (Paris, 1872- 183), p. 235.

2. Cuortgr, p. 555. Guy Ariranv, Dictionnaire historique du Dauphiné (Grenoble. 1864), ve Sassenage. SALVAING, p. 65.

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