‹ Essai sur Mélusine, roman du XIVe siècleChapitre 60 sur 130 · LOT · texte numérisé non relu

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La seigneurie de Lusignan suivit désormais les vicissitudes par lesquelles passa le comté de Poitiers, donné par Charles V à Jean de Berry en 1355, abandonné à l'Angleterre par le traité de Brétigny en 1360, rendu à Jean de Berry en 1369, quitte à en faire la conquête. Nul de ces maîtres qui se succédaient si rapidement « n'était issu de Raimondin et de Mélusine par pére ou par mére ». La volonté de Mélusine s’accomplissait.

De la nomenclature des domaines que le romancier prodigue aux Lusignan, il faut retrancher probablement ceux de Guyenne et de Gascogne et la plupart des possessions de l’Aunis et de la Saintonge‘. Jamais ils n'ont eu la Rochelle, ni Saintes, ni Châtelaillon. Parmi les posses-

devint fort malade. Ce que considerant le roy, fit laut parallees et venues de certains gentils-hommes vers luy qu'il luy persuada de donner à la coronne de France à tout jamais ses comtez. Il mourut l'an mil trois cent sept et fut enterré au milieu du chœur du monastère des Freres Prescheurs dudict Poictiers. Ce convent fut fondé par luy, comme aussi celuy des Cordeliers, tant par luy que par ses predecesseurs Hugues le Brun second de ce nom et Godefroy à la grand dent. Or incontinent que le roy de France 8e fut mis en possession de ces trois comtez de la Marche, Angoulesme et Lusignan, les heritiers s'esleuerentl et opposerent, soustenant que ce testament estoit de nulle valeur, ayant este frauduleusement suggeré et faict en leur preiudice, et que le defunct ne les pouuoit des-heriter ne luy ayant donné aueune occasion. Lesdits heritiers estoient ceux-cy : Violand ou Yoland. femme du comte de l'ont, Marie, femme du comte de Sancerre, ses sœurs : Aimar de Lusignan, sieur de Falences, Dreux de Marie, fils de la sœur de G-ofroy second, baron de larnac et Chasteauneuf, fils de Gcofror 1°, lequel Geofror 1°" cstoit fils de Hugues, comte de la Marche, Lusignan et Angoulesme et frere de (zodefroy surnommé a la Grand Dent. Mais le roy les pacifia facilement et les accommoda, leur donnant quelques autres terres en récompense, et c’est où finerent les comtes de Lusignan,le dernier desquels fut ce Guydo; comme ainsi soit que les rois de France ont tousiours depuis jouy de ladite comté, l'ayans annexee à leur coronne el ne s'en sont jamais voulu desfaire, pour ce que ce seroit vn riche diamant, ou precieux rubi, oste de leur chapeau, lors que ceste comté (fort remarquable, tant pour l'antiquité que pour la generosité et noblesse de ceux qui l'auoient gouuernee) seroit demembree de leur domaine (Histoire de Cypre, fol. 198, ve, ss.). Le 28 novembre 1308, le représentant de l'évêque de Poitiers réclamait la possession du château de Lusignau à raison de la mort du comte de la Marche (Léopold Delisle. Chronologie historique des comtes de La Marche, issus de la maison de Lusignan dans le mémoire précité, p. 543). A quel titre faisait-il cette réclamation ? — Girault de Saint Fargeau dit que la terre de Lusignan fut confisquée par Phiüitippe Le Bel et que Mélusine pleura douze nuits.

t. Cependant Guillaume de Lusignan, Hils d'Eustache Chabot, était scigneur de Soubise.

sions du Poitou, on doit supprimer Niort, Saint-Maixent, Melle, Talmont, Pons et Mirebeau. Il reste Parthenay, Vouvant et Mervent. Mélusine ordonne dans son testament que son fils Thierry en soit le seigneur. Il y a en cet endroit quelque apparence historique. Au temps de Jean d'Arras, la maison des Parthenay-Larchevèque possédait ces trois seigneuries.

Bien qu'il soit à présumer que les héros d'un roman n'aient existé que dans l'imagination de l'auteur, on s'est efforcé depuis plusieurs siècles de retrouver dans l'histoire les personnages du livre de Jean d'Arras. Mélusine, Raimondin, Geoffroy à la Grand Dent surtout ont été l’objet de ces tentatives. |

Si l'on en croit de la Mure, Raimondin est Raimond, comte de Forez, troisième fils et successeur de Guy Il. Raimond épousa une certaine Marie de Lusignan. Elle n'est autre que Mélusine. Le père de cette Mélusine est Hugues le Brun, sa mère Sarrasine. On rencontre, en effet, ces deux noms dans la série des Lusignan, mais ils ne conviennent pas aux auteurs supposés de la prétendue Mélusine. De plus, il ne suflit pas à Hugues le Brun d'être seigneur de Lusignan, il est Élinas, le roi d'Albanie. Ce n'est pas sur l’Ecosse qu'il règne. Son royaume est l’Albauie de l'Adriatique, contrée voisine du pays de sa femme. Ces réveries font douter de l'historiographe forézien.

Il y a longtemps que les motifs de telles fantaisies ont disparu, mais on à continué à discuter les mêmes questions. Et d'abord y a-t-il eu une Mélusine ?

Certains généalogistes ont hésité entre trois grandes dames du x1r° et du x siècle qui tiennent par quelque lien à la maison de Lusignan *.

Deux d'entre elles s’appelaient Mélisende (Milesendis, Milisendis). Mélusine et Mélisende sont un même nom, disait-on.

1. Appendice. Table genéalogique des Lusignan d'après de la Mure. 2. Appendice Table généalogique de la famille des seigneurs de Lusignan pour l'éclaircissement du roman de Mélusine.

La plus ancienne était fille de Baudoin du Bourg, troisième roi de Jérusalem, et femme de Fouique d'Anjou, quatrième roi de Jérusalem (1131-1142). Ses deux petitesfilles, Sibille et Isabelle, épousèrent deux Lusignan, l'une Guy, neuvième roi de Jérusalem et premier roi de Chypre, l'autre Amaury ou Aimery, second roi de Chypre.

La seconde Mélisende est la fille d'Amaury et d'Isabelle, par conséquent l'arrière petit2-fille de la première. Elle épousa Boémond IV le Borgne, prince d'Antioche.

Mais il y a quelque distance entre Mélisende et Mellusigne, l’action principale de l'histoire de Mélusine a lieu dans le Poitou, les deux Mélisende étaient des princesses d'Asie, la première n’était même pas une Lusignan et rien enfin ne les désignait pour cet excès d'honneur.

La troisième postulante est Eustache Chabot, fille unique de Thibaut Chabot II, seigneur de Vouvant, Rocheservière et autres lieux, mariée à Geoffroy 1‘, seigneur de Lusignan, qui fut un vaillant guerrier de la troisième croisade. Elle mourut en 1229. Son seul titre est d'être la mère d'un fils de Mélusine, Geoffroy à la Grand Dent.

Les descendants de Mélusine et les événements de leur vie ne sont pas tout à fait imaginaires.

Le nom de Geoffroy, comme celui de Hugues, paraît avoir été héréditaire dans la famille de Lusignan. Plusieurs seigneurs de Lusignan le portèrent et fournirent à divers romans de chevalerie du xu° et du xur siècle le personnage d’un Geoffroy de Lusignan, « adroit, vaillant, vigoureux chevalier », redoutable aux Bordelais dans la chanson de Garin le Loherain, intatigable joûteur dans les passes d'armes que représentent les romans de Flamenca et du châtelain de Coucy'. Mais les romans ne disent rien

1. Garin le Loherain, chanson de geste composée au xu° s. par Jean de Flagy, mise en nouveau langawe par A. Paulin Paris (Paris). Avec Guillaume de Poitiers il est de la compagnie de Fromont de Lens (P. 126). Son frère, Thierry de Lusignan, est tuë par Garnerin dans les combats devant Bordeaux. Geoffroy tue Garncrin. Rigaut, frere de Garuerin, tue Geoffroy (P. 300). Pour les joûtes données par le sire de Bourbon dans le roman de Flamenca et pour celles du chätelain de Couci, v. Ch. V. Langlois, La Société française au X111°s. d'après dix romans d'acenture (Paris. 1904), pp. 185,197, 19y.

de la dent d'un Geoffroy de Lusignan. Elle lui est venue plus tard.

Les chroniques s'accordent âvec Jean d'Arras pour reconnaître à Geoffroy non seulement la dent mais l'humeur d'un sanglier. Il est le blasphème incarné. « Il n'y a pas de Dieu », est le cri de guerre du Geoflroy historique. « Par la dent Dieu », le juron du Geoffroy fabuleux. L'un et l’autre ont le mépris et la haine des moines, quelle que soit leur robe. Le Geoftroy des chartes et des annales persécute avec une égale brutalité bénédictins de Maillezais et cisterciens de Notre-Dame de l’Absie en Gastine dans le Haut Poitou. À Maillezais, il est le modèle accompli du mauvais avoué, portant la désolation dans la maison qu'il a charge de protéger, la plaie la plus cruelle et la plus fréquente des églises en ce temps-là. Toute l'Eglise pâtit, disait-on, de l'insolence des avoués'. Geoffroy ruine les établissements et les seigneuries de Maillezais et il est excommunié. Le roman le montre plus coupable encore, brûlant l’abbaye avec tous les moines, sans épargner son frère Fromont, et allumant le feu avec une lampe de l'église. Saisi d'un repentir aussi prompt que sa colère, il va demander au pape l’absolütion de ses crimes. II l'obtient, selon le roman, à Rome, à condition de relever l'abbaye. Mais Jean d'Arras parle d'un pape Benoît, et Couldrette d'un pape Léon. Les derniers papes de ces noms sont Léon IX, mort en 1054 et Benoït XII, mort en 1342. En réalité, c'est de Grégoire IX qu'il reçoit son pardon, à Spolète le 15 juillet 1233, movennant la renonciation à ses droits d'avouerie.

En 1242, saint Louis est en guerre avec Hugues X, sire de Lusignan, comte de la Marche. Geoffroy est le cousin du comte et tient de lui en fief Vouvant, Fontenay, Soubise et d’autres domaines. Il prend les arimnes contre le roi de France, Mais au mois d'avril de l'année suivante, il transporte au comte Alphonse de Poitiers l'hammage de

1, Omnis ecclesia Jlaborat insolentia advocatorum.

ses fiefs, se faisant ainsi le vassal du frère de son adversaire. Îl meurt avant 1250. Il ne laisse pas d'enfants. Sur ce point encore l'histoire et la fiction concordent'. Son tombeau est dans l'église de Maillezais, dit Couldrette, et il a sa statue à la porte de l’église. Jean d'Arras dit qu'il l'a fait faire après la reconstruction de l'abbaye, de sa grandeur et au plus près que l’on put de sa ressemblance.

1. De La Cuexaye-Despois et BaDiEn, Dictionnaire de la noblesse, t. XI (Paris. 1868), col. 577, ss. Geoffroy dévaste l’abbaye de Maillezais en 123. L'année suivante, il se rend auprès du pape. Avant de partir il répare les injustices qu'il avait commises. V. sa lettre de 1232 dans THIBAUDEAU, Histoire du Poitou et la tiaduction anglaise dans M. Ë., p. 385. To all who shall see these letters, Geofroi de Leziniem, vicomte of Chatellerault, lord of Volcent and Mayreuent, salut éternel. You know that i am about to journey to the court of om, to put an end to iny differences with the church of Maillezais. 1 wished to satisfy to the best of my ability, before my departure, all who have claims against me,especially such as are in holy orders. Geoffroi. abbot of Absie, having heard of my will, has demanded restitution for damages done, and losses and injuries that i and my father have caused to the abbey of Absie. I have learnt, from the testimoay of men worthy of belief, that these claims are just ; and for the salvation of my soul, and of my father's soul, i have satistied the said abbot. 1332 — De la Mure traite rhistoire de Geoffroy comme il a fait celle de Raimondin. Geoffroy n'est pas seulement seigneur de Vouvant et de Mervent en Poitou. Il est seigneur dans le Forez et bienfaiteur du monastère de Beaulieu en Roannois. Mais il a réellement brülé l'abbaye de Maillezais avec tous les religieux. y compris son frère Raymond (Sur ce Raymond, v. D'Escuavanxes, Notice historique sur la maison de Lusignan, Bauoot, p 258). De la Mure donne à l'appui de ses inventions la charte suivante qu’il rapporte a Geoffroy à la Grand Dent, mais qu'il est diff. cile de concilier avec ce qu’il raconte lui-méime des forfaits de Geoffroy. Cette charte s'est trouvée, dit-il, au monastére de Beaulieu. Elle est de l'année 1216. On y voit un certain Geoffroy de Leziniaco, malade et à l'extrémité, faire une donation à Notre-Dame de Beaulieu. Parmi les témoins figurent l'abbé de l'Absie, le chapelain de Vovant qui serait Vouvant et Aimery, fils de Geoffroy.

Notum sit omnibus hominibus tam praesentibus quam futuris quod cum ego Gaufridus de Lezsiniaco laborareiu in extrermis, de salute animae meae spem firnam ponens in Domino, bona tide et charitate dedi et concessi, nomine perpeluue elvemosynae, Deo et abbatiae Fontis ÆEbraldi elloco Beatae Mariae de fiello Loco, quidquid ad me pertinebat tam in decimis quam in terragiis de territorio Ciconiae quod ad me habebat Praescripta domus de //ello Loco et per longa tempora a me et ab antecessoribus meis quiete tenuerat. Actum anno gratiae m, ce. xvi, sub Praesentia et testimonio venerabilis abhatis de Zapsia et r. Garnodi, Capellani de Vovant,et Aimerici de Leziniaco, militis, tilti mei et Vuillelmi de Blo, diaconi et multorum aliorum ad cujus rei notitiam praecepti Praesentem chartam sigilli mei munimine roboravi (T.ie+r, p. 501). Ce document fournit matière à quelques observations. fl n'est pas certain que Lesiniaocum soit Lusignan. Ne serait-ce pas plutôt Lezigneux en Forez

Rabelais l’a décrite à sa façon et l’on en possède encore la tête ‘. | | L'histoire ne connaît aucun autre fils de Mélusine. Elle ignore Urian, roi de Chypre, Guion, roi d'Arménie, Renaud, roi de Bohême, Antoine, duc de Luxembourg, Eudes ou Odon. comte de la Marche, Raimonnet, comte de Forez, Thierry, seigneur de Parthenay, Fromont, moine de Maillezais. Toutefois le premier roi d'Arménie de la maison de Lusignan s'appelait Guy, mais il régnait un siècle et demi plus tard que le premier roi de Chypre de cette maison. Il y eut aussi peut-être un Raimond, frère de Geoffroy à la Grand Dent, moine à Maillezais. Ce serait le Fromont du roman *. Enfin le comté de la Marche appartint vraiment aux Lusignan. Le roman fonde leur titre sur le mariage d'Eudes, fils de Mélusine, avec la fille du dernier comte. L'histoire dit que Hugues IX prétendait avoir des droits sur la Marche et qu’il profita de la mort du roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion pour

près de Montbrison? D'autre part, si l'on accepte cette secoude interprètation, comment expliquer la participation à l’acte de témoins venus d’un pays aussi lointain que le Poitou”? Enfin, plusieurs formules sont étranges, par exemple omnibus hominibus — anno gratiae, sub praesentia testium, ad cujus rei noliliam praecepti — roboravi.

1. Mellusine, p. 300. lol. 157, ve, 1° col. Ch. ARNAULD, Histoire de Maillezais (Paris. 1840), reproduit la tête de la statue de ücoffroy trouvée à Maillezais et conservée au musée de Niort.

2. Aaymond de Lusignan, frere de Guy et Aymery ou Amaulry, roys de Hierusalem et de Crpre, fut religieux de l'ordre de saint Benoist au monastere, lequel conuent fut bruslé par Geofroy à la Grand dent, frere dudit Raymond, l'an de grace mil deux cens trente : et fut le dict Godefroy pour penitence de son forfaict contraincl par la censure du pape a rebastir ledict conuent par luy bruslé (Histoire contenant one sommaire descriplion des genealogies, alliances et gestes de tous les princes et grans seigneurs, dont la pluspart estoient François, qui ont iadis commandé ès royaumes de Hicrusalem, Cypre, Armenie et lieux circonvoisins. Composé par le R. Pere F. Estienne de Lusignan, de la royale maison de Cypre, lecteur en theologic de l'ordre S. Dominique. À Paris. Chez Guillaume Chaudiere, rüe S. Jacques, à l'enseigne du Temps et de l'Homme sauvage. 157. Avec privilege dv roy. — Les princes de la maison de Lusignan, lesquels ont priat l'habit et faict vœu de religion. Fol. 52, r°). Quant à Raymond, il fut rendu moyne au monastere de Malezais. lequel fut bruslè par Geofroy de Lusignan son frere, l'an mil deux cens et trente : pourquoy il fut condamné par le pape à le faire reedilier (Histoire de Cypre, fol. 195, v°). Cpr. plus haut ce que dit La Mure, peut-être d'après le P. de Lusignan.

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Raimondin,

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s'emparer du comté. Ses descendants le conservèrent jusqu'à la mort de Guy. Le comté fit alors retour à la couronne à la suite des négociations de Philippe le Bel avec Ja sœur du défunt, Yolande.

Le roman attribue aux fils de Mélusine une nombreuse postérité, les rois de Chypre, d'Arménie, de Bohème, les ducs de Luxembourg, les comtes de la Marche, les seigneurs de Parthenay, les Pembroke en Angleterre, les Sassenage en Dauphiné, les la Rochefoucauld, les Cabrières en Aragon, et si l’un des meilleurs manuscrits de Mélusine n'est pas en défaut, le roi d'Aragon lui-même, parce qu'il est un Cabrières. Les Cadillac, qui seraient du Quercy d'après la version anglaise de Mélusine, faite vers l'an 1500, descendent également des frères de Lusignan et celle version ajoute à la nomenclature, en les plaçant au premier rang, les Château-Renaud :.

Les Lusignan de Chypre et d'Arménie ont laissé dans l'histoire les plus nobles souvenirs. Guy, le premier roi de Chypre, était fils de Hugues VIII le Brun, huitième seigneur de Lusignan. Le royaume leur demeura jusqu’en

La gloire de cette dynastie fut Pierre le Vaillant. Resté face aux Sarrasins le seul champion de la chrétienté perdue de guerres fratricides, il rêvait d’une nouvelle croisade. Deux fois, pour ranimer la ferveur, il parcourut la France et l'Angleterre, contrées où sa campagne en Egypte et la prise d'Alexandrie l'avaient rendu célèbre. C'était le Godefroy de Bouillon de la dernière heure. Son

1. Fol. 95, ve, 1 col. Moreri. De Mas Latrie, Comtes de la Marche, seconde maison, les Lusignan.

2. Fol. 157, ve, > col., et, de plus, pour les Cabrières, fol. 157, r°, 1° col. ; ils seraient issus du mariage de Bernardon, fils d'Eudes, comte de la Marche, avec la tille unique du dernier seigneur de Cabrières. Les Cabrières sont-ils ceux de Languedoc ou les Cabrera de Catalogne entre Mataro et Barcelone ? Ceux-ci probablement, Jean d'Arras avait lu dans les Loisirs impériaux l'histoire merveilleuse de leur ancêtre Girald ct de son cheval Bon Ami (V. le texte de Gervaise en appendice). — Et en sont yssuz les hoirs de Cabrieres qui a present est roy d'Arragon (Bibliothèque Nationale, ancien fonds français, n°1485, fol. 129, v°). — Cadillac et Château-Renaud (M. Æ., pp. 355, 356).

meurtre devait retarder jusqu'aux dernières années du xive siècle l'exécution de ses desseins et aboutir au désastre de Nicomédie.

Le royaume de la Petite Arménie fut fondé en 1183. Les Lusignan ne commencèrent à y régner qu’en 1342. Ils formèrent la troisième dynastie. Mais Ile fondateur du royaume, Léon II le Grand, épousa Sibille, fille d'Amaury de Lusignan, second roi de Chypre, et d'Isabelle d'Anjou, reine de Jérusalem et sœur du troisième roi de Chypre, Hugues 1° (1210). En 1341, après la mort de Léon V, les «nob'es et les non nobles » d'Arménie élurent régent Jean de Lusignan, prince et connétable du royaume. Le premier Lusignan roi d'Arménie fut Guy (1342-1344). Après un interrègne de vingt-et-un ans pendant lequel deux usurpateurs, Constantin IV et Constantin V, se succédèrent, Pierre le Vaillant fut élu (1365). Il régna jusqu'à « la dure aventure ». Le second usurpateur posséda le royaume jusqu’à sa mort en 1393. Léon VI de Lusignan, fils de Jean de Lusignan, fut couronné en 1374, avec sa femme Marguerite de Soissons. L'année suivante, il perdait son royaume et la liberté. Il tint prison au Caire jusqu'en 1382. L'intervention du roi d'Aragon le délivra. Il mena dans la suite une vie errante, à Venise, en Avignon, en Castille, en Aragon. Il arriva enfin à Paris en 1384, « n’ayant pas de quoi vivre », dit Froissart. Il reçut de Charles VI une assistance royale qui ne se démentit jamais et mourut au palais des Tournelles, le suprême asile que le roi de France lui avait ménagé, le 29 novembre 1303. quelques mois après l'achèvement de Mélusine. Il fut inhumé à côté du grand autel des Célestins de Paris dans un magnifique tombeau qui fut transféré depuis à Saint- Denis. Avec lui finit la domination des Lusignan en Arménie. Elle avait été très courte et très malheureuse et le dernier roi avait véritablement porté le nom de « bête mue ». C'était le châtiment annoncé par Mélior à son petit neveu qui ne voulait que « le don du corps d'elle » pour salaire de ses nuits de veille au château de l'Epervier.

mue par excellence puisqu'il est le roi des animaux!! Parmi les familles d'Enrope que Jean d'Arras dit être des Lusignan, le Père Etienne de Lusignan, bien placé

tres », n'en reconnaissait que deux, les la Rochefoucauld et les Parthenay-Larchevèque, mais il leur adjoignait les Saint-Gelais, les Saint-Severin, les Saint-Vallier, les Valence, les Montignac et enfin les Soubise dont il faisait une branche des Larchevèque. « Or n'ai-je trouvé », concluait-il, « qu'autres races soient descendues de Ja maison de Lusignan » ?.

Cette liste est incomplète. I] y a des fantaisies dans celle de Jean d'Arras.

On a vu que les cotes de la Marche étaient des Lusi. gnan. Il en est de même des comtes de Pembroke. La tige des Pembroke fut Guillaume de Lusignan dit de Valen quatrième fils de Hugues X, seigneur de Lusignan et comte de la Marche, et d'Isabelle d'Angoulême, veuve de Jean sans Terre, roi d'Angleterre »?.

Les Parthenay-Larchevéque Pourraient venir des Lusi- &nan. Îls en portaient les armes brisées d'une bande de gueules. Leur Maison aurait été fondée au commencement du xne siècle Par Guillaume, fils de Gilles de Lusignan (1100-1130). Quoi qu'il en soit. les deux familles étaient

1. Pol. 165, PF, # col. — Sur les Lusignan d'Arménie, v, Jean Danube. Chronique d'Arménie (1332-1384) dans Recucil des historiens des Croisades, Cuments arméniens, t, LE, pp. 21-108 ; Froissart, liv. LIL, chap. 21-93, LI, pp. 69, ss. La figure de Léon VI représentée en marbre blanc sur SOn tombeau de marbre noir se trouve gravée dans les Monumens de la e Montfaucon, t. II, planche 32,

PP. 188, 189. Le tombeau a été publié par Lenoir, Statistique monumentale

de Paris. Eglise des Célestins.

2. Histoire de Cypre, fol. 188, ve; 199, ve 3 De Mas Latrie. Léopold Delisle, Chronologie historique des comtes de la Marche, issus de la maison de Lusignan dans le mémoire précité, p. 535.

alliées. Valence de Lusignan, fille de Guillaume, fils de Geoffroy Ie et d'Eustache Chabot, épousa Hugues III de Parthenay. C’est par ce mariage que la seigneurie de Vouvant dont Eustache Chabot avait été la dame, puis Geoffroy à la Grand Dent le seigneur, et la seigneurie de Mervent qu'avait possédée le père de Valence, passèrent chez les Parthenay-Larchevêque".

Les la Rochefoucauld et les Luxembourg avaient du sang des Lusignan.

Du mariage de Hugues III de Parthenay et de Valence de Lusignan naquit Létice, épouse d'Aimery +, seigneur de la Rochefoucauld *.

Vers le milieu du xv° siècle, plus de cinquante ans après l'apparition du livre de Jean d'Arras, Louis, fils de Pierre de Luxembourg, comte de Brienne et de Saint-Pol, et de Marguerite des Beaux d'Andrie avait pour cri de guerre « Lusignan ». Il descendait à la septième génération de Hugues [*, troisième roi de Chypre. Marie, fille du roi Hugues, avait épousé Gautier IV le Grand, comte de Brienne. Au xi1v° siècle, leur arrière petite-fille Isabeau, comtesse de Brienne et duchesse d'Athènes, apporta en dot ses droits et ses titres à Gautier IV, seigneur d'Enguyen en Hainaut. Le mariage de leur petite-fille Marguerite avec Jean de Luxembourg les fit entrer dans la maison de Luxembourg. Pierre de Luxembourg était le fils de Jean et de Marguerite. Ils s'étaient épousés vers l'époque où Jean d'Arras écrivait son roman et le mariage de ce lointain descendant des Lusignan lui fit imaginer de rap-

1. Favre, p. xuit. f. Æ., p. 395. Le P. de Lusignan ne parle que de Gilles de Lusignan et il indique des dates plus récentes. Gilles est frère de Geoffroy à la Grand Dent et il fut tait connétable de France l’an mil cent nonante par Philippe Auguste « Et d’i-eluy sont descendues deux illustres familles, sçauoir celle de Partenay et de Soubise, autrement dicte l’Archeuesque, lesquelles sont encore pour le iourdhuy en France en grand honneur » (Histoire de Cypre, fol. 1g5, v°). ‘

2 Moreri. Au dire du Pére de Lusignan, « Aimar dont est sortie la tres illustre et tres puissante maison de la ftoche-foucault » était issu de Hugues le Brun de Lusignan pere de Hugues. premier comte de la Marche (Histoire de Cypre. fol. 193, v*, Mais il place Hugues le Brun à la fin du x: siècle au lieu de la seconde moitié du siècle suivant.

procher le lion de Luxembourg du lion de Lusignan. Plus tard, le relief que le roman avait donné au nom de Lusignan mit dans l'esprit de leur petit-fils de prendre le cri des Lusignan"*.

Il existait quelque affinité entre les Chäteau-Renaud de Touraine et les familles de Lusignan et de Luxembourg. Ils étaient de la grande mai-on des Châtillon-sur-Marne, de la branctie des comtes de Saint-Pol et de Blois. Marie de Châtillon, qui vivait au commencement du xrv* siècle, avait épousé Aymard de Valence, de la maison de Lusignan. Sa contemporaine Jeanne de Châtillon était mariée avec Gauthier V, comte de Brienne, et Pierre de Luxembourg était leur descendant :.

Il n'y a peut-être aucune preuve que les autres familles nommées dans le roman, en partiv-ulier la plus connue, les Sassenage, soient des branches de la famille de Lusignan. Ismidon I: et Hector de Sussenage, père de saint Ismidon ou Ismier, qui vivaient au commencement du xi° siècle, étaient fils d’Artaud, grand seigneur du Viennois. Mais cet Artaud doit être distingué de son contemporain Artaud III, comte de Forez’. Au surplus, les deux Artaud

1. Appendice. Table généalogique des Luxembourg, de ja branche de Brienne-Saint-Pol.

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