‹ Essai sur Mélusine, roman du XIVe siècleChapitre 61 sur 130 · Dictionnaire de la noblesse, col. 458. De Mas-Latrie · texte numérisé non relu

Dictionnaire de la noblesse, col. 458. De Mas-Latrie

3. Chorier fait cette confusion. probablement avec une arrière-pensée ; il songe à Raimonnet, le hls de Mélusine, comte ds Forez, ce pourrait être son Artaud. De la Mure, dont l'autorité en histoire vaut celle de Chorier, ne veut pas admettre les Sassenage dans sa fabuleuse généalogie des comtes de Forez, mais il dore la pilule aux seigneurs dauphinois. Les Sassenage, dit-il, descendent des ducs d'Aquitaine et des comtes de Poitiers, d'où proviennent aussi les Lusignan. « Ce seroit donc faire injure et violence aux antiquités de l'illustre ma'son de Sassenage que de la soustraire à la maison de Lusignan-Poitiers. de lui donner une au're origine que celle-là qui est si relevée et dont elle est en possession, avec tant de droits et par tant de preuves, sa tradition ayant prescrit contre tout autre qu'on lui voudroit chercher. » Dan- le fait, il n‘y a ni droits ni Preuves autres que la mention des Sassenage dans le roman de Jean d’Ar’as, et la tradition ne repose que sur celt: unique autorité. Mais de la Mure donne ses preuves pour se défaire des Sassenage. Artaud fil a vécu au plus tard jusqu'en 1017. Artaud. du Viennois, vivait encore en 1030 : en l’an 1003 il avait déjà plusieurs fils et filles. Artaud LIT était alors à peine en âge de se marier. Prit-il femme plus tard? Ce qui est certain, c'est qu'il ne laissa pas d'enfants. puisque son frère aîné lui succéda dans le comté de Forez (T. I, pp. 92, 53).

n'en feraient-ils qu'un seul, celui-ci ne serait pas un Lusignan.

Ismidon I et Hector furent les auteurs des deux familles de Sassenage, la première éteinte en 1338, la seconde, celle de Bérenger, encore existante. Deux Bérenger prirent part à l'expédition que Pierre le Vaillant conduisit en 1367 au secours du Cruq attaqué par le Grand Caraman. L'un, Raimond, grand maître de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, amenait ses chevaliers. L'autre, embarqué sur une galère du roi de Chypre, était « le sire de Sassenage, chevalier sage et loyal », dit Machaut'. Mais nulle part il n'est dit que le seigneur de Sassenage et le grand maître aient été cousins du roi. En somme, les Sassenage sont une famille « pure dauphinoise », indigène, ils ne sont pas de la maison de Lusignan *.

1. Et si avoit dou Dauphinal Un chevalier sage et loial, C'est li sires de Chassenages (La Prise d'Alexandrie, p. 144).

Le roi avait fait armer six galéres pour lexpédition. Machaut énumère les seigneurs et les chevaliers montés sur les galères. Sassenage était dans la sixième commandée par Rermond de la Voulte. — En 1396, le sire de Sassenage,avec deux autres commissaires, représente le roi Charles VI au traité qui réunit Gênes à la France (Le Laboureur, Histoire de Charles VI, Paris, 1663, p. 33:).

2. C'est la conclusion de le Laboureur, autrement sincere que Chorier et que de la Mure. « Sassenage est une très ancienne maison de Dauphiné qu’on a voulu faire sortir d'un cadet des comtes de Forez : ce qui n’est pas bien prouvé. Je la tiens pure dauphinoise, et assez illustre de son chef, sans qu’elle ait eu besoin d'unc gloire étrangère pour la soutenir. » (Projet de la seconde partie des mazures de l'Isle fjarbe, De la Mure, t. I, p. 93, n. 1). — Nous avons suivi Chorier dans ce br:f exposé de la généalogie des Sassenage (Histoire génsalogique de Sassenage. L'Estat politique du Dauphiné, Grenoble, 1691, v* Sassenage). — Salvaing ne s'exprime pas d'une manière aussi affirmative en ce qui concerne la commune origine des Bérenger et de la première race des Sassenage. Il se contente de rapporter ce qu’avance Chorier. « Cette première race finit en la personne de Béatrix de Sassenage, fille de François et d'Agnes de Gez de Joinville et sœur d'Albert, souverain capitaine des armées du roy Philippes de Valois en Poitou et en Xaintonge, l'an 1338, laquelle fut mariée à Aymar Berenger, seigneur souverain de Pont en Royans, issu en ligne masculine d’Ismidon, prince de Royans, qui vivoit l'an 1050. Et à cause de ce mariage Henry Berenger, tils de cette Béatrix, fut obligé de prendre le nom de Sassenage, suivant la disposition testamentaire de François de Sassenage

Quelques autres personnages du roman peuvent appartenir à l’histoire. Le « haineux » Mataquas, fils d'Elinas, est le Maccabaeus des chroniques latines, le Macbeth de l'histoire d'Ecosse et de la tragédie de Shakespeare. L'un et l'autre s'élèvent au trône d'Ecosse par la trahison. Celle de Mataquas détruit sa propre famille. Presine s'éloigne avec ses filles, Elinas devient fou. Macbeth tue le roi Duncan. Mais une fois maître du royaume, il gouverne avec douceur et habileté il est ferme et juste. De même Mataquas se conduit « vaillamment ». C'est exprimer d'un mot toutes les qualités d'un bon roi.

On chercherait vainement le nom d’Aimery dans la généalogie des comtes de Poitiers”. Mais les souvenirs que Jaissa Hugues le Veneur ont servi peut-être de modèle pour le récit des aventures de chasse par quoi débute l'histoire de Raimondin, et pour le portrait du comte Aimery. Il aimait beaucoup la chasse, les chiens et les oiseaux. « Il avait nombre de braconniers et fauconniers, oiseaux de proie, chiens braques, lévriers, chiens courants, limiers et chiens de grosse chasse ? ».

Saint Guillaume, dont Aimery est le trisaïeul, qui

du 15 avril 1928 Pierre Boissat, en son Histoire de l'Ordre de Saint Jean de Hierusalem, traitant la vie de Reymond Berenger, grand maitre du même ordre. dit que la maison de #erenger est véritablement issue des anciens Berengers, rois d’'{talie. Quelques autres la font descendre des Berengers.comtes de Provence. qui s’appelloient communement Ray-monds, comme ont fait les Berengers de : auphiné pour marque de leur origine. Mais Micoias Chorier, historiographe de Dauphiné, justifie par des anciennes chartes qu’Ismidon, prince de Royans, chef de ia maison des Berengers, étoit fils d'Artaud II, comte de Lyon et de Forests et frère d'Hector qui eut en partage la terre de Sassenage, suivant qnoy la première et la seconde race de Sassenage n'avaient qu'une même tige {P. 31).

1. Duncan fut tué en 1039. Polydori Vergelii Vrbinatis Anglicae Historide libri viginti septem (Basileae. 1555) pp. 115. 151: Maccabaeus, homo scelere et audacia singulari. Walter Scott. Histoire u’Ecosse, chap. u, trad. Albert Montémont (Paris. 1535), t. 1°" p. 23. Cpr. Macchabet ou Macbede (Moreri, an. 1040-105:).

2. Bouchet, dans ses Chroniques, dit qu’il n’a pu trouver un duc ou un comte de Poitou nommé Bertrand ou Airmery. Îl en conclut que l'histoire tout entière est une de celles auxquelles il est impossible d'ajouter loi, Mais qui sont en même temps très agréables à lire (Partenay, p. xur, n° 2).

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