Fol. 83, r, tre col. ; 4, ve, 2 col. : 193, ve, 2° col
reprendre la garde au matin, mais profitant de l'obscurité pour se rendre au port et rentrer dans son île (1291).
Les Hospitaliers, chassés de la Terre Sainte par la prise d'Acre, obtinrent de Henri II la permission de se retirer à Limassol. Ils y subirent de sa part de telles vexations qu'elles les déterminèrent à conquérir l'île de Rhodes pour y trouver la liberté.
Les torts étaient du côté des Lusignan. Les chevaliers de Saint Jean restèrent fidèles à la seconde mission que Raimond Dupuis leur avait assignée, celle de défendre par les armes la chrétienté.
En «187, leur maître, Garnier de Napoli en Syrie, à la bataille de Tibériade où fut pris le roi de Jérusalem Guy de Lusignan, s’ouvrait à coups d'épée un passage à travers les rangs ennemis, et mourait le lendemain de ses blessures. Sept ans plus tard, les Hospitaliers voulurent que le roi de Chypre portât aussi le titre de roi de Jérusalem, marquant de cette manière leur volonté d'arracher la ville sainte aux infidèles.
Sous le règne de Constantin IV, les Sarrasins d'Egypte envahirent la Petite Arménie. Constantin implora l’aide des chevaliers de Saint Jean. En dépit de tout ce qui pouvait leur répugner dans le nouveau roi, usurpateur et grec schismatique, le maître, Dieudonné de Gozon, plaçant au-dessus de toute considération le nom chrétien, répondit à cet appel. Les Hospitaliers ne quittèrent l'Arménie qu'après l'avoir purgée des infidèles. Ils préparèrent ainsi la restauration du dernier roi d'Arménie de la maison de Lusignan *.
1. MicHaun, Histoire des croisades (6* éd. Paris. 1841), t. V, p.131 et pièces justificatives, IV, p. 425. Relation du siège et de la prise d’Acre par les Sarrasins publiée par Dom \lartène, qui u’est autre chose qu’une lettre de Jean de Vile, maître de l'hôpital de Saint-Jean de Jerusalem. D’après les Gestes des Chiprois cette fuite aurait été concertée avec le maitre de l'H6pital. Le roi ei le maître seraient partis ensemble. « Le roy de Jerusalem et de Chipre, quant il vy seste meschanse, si vint au maistre de l'Ospitau, et vyrent bien que nul conseil ny secours ne valloit plus, si se sauverent et monterent es gualees » (Historiens des croisades, vol. précité, p. 814, 8 500).
2. De Saint-ALvais, Nobiliaire universel de France, 1. XX (Paris. 18:5), p. 3; (Année 1343).
L'union des Hospitaliers et des Lusignan se renouvela dans la campagne de 1367 achevée par la prise d'Alexandrie. Sans doute l'auteur de Mélusine pensait surtout à l'expédition de Pierre Î: lorsqu'il racontait celle des frères de Lusignan en Syrie. Plusieurs détails sont les mêmes. Les navires sarrasins sortaient du port d'Alexandrie, donnaient la chasse aux vaisseaux des chrétiens, et menaçaient les rivages de la Syrie. Il fallait les anéantir dans leur repaire. La prise de Jaffa par les fils de Mélusine et le maître de Rhodes est-elle autre chose que celle d'Alexandrie par Pierre le Vaillant et Raimond Bérenger? La flotte des infdèles est brûlée dans le port, la ville prise d'assaut, le butin chargé sur les vaisseaux. Mais après des combats furieux et des pertes énormes des deux côtés, les chrétiens se retirent ‘.
Deux choses sont remarquables dans le roman de Mélusine, lorsqu'on le considère au point de vue de ses rapports avec l'histoire. C’est que plusieurs personnages et certains évènements appartiennent au x1v° siècle, en particulier à l'époque où vivait Jean d'Arras. L'auteur savait qu'il intéresserait ses contemporains et ses patrons en mélant au conte de la fée serpente les choses et les gens de leur temps. C’est aussi le soin qu'il met à faire à chacun de ses protecteurs et à ses hautes relations une part définie parmi ces choses intéressantes. Leurs fiefs, leurs royaumes, devenaient le théâlre des scènes du roman. Mélusine était pour tous un livre d’actualités.
Le roi d'Aragon avait dans son lot Palestine au Mont Canigou, Raimondin au Montserrat. Les barons de sa cour, comtes d'Empurias, de Prades, d'Urgel, tous de la maison royale d'Aragon, et les comtes de Cardone étaient flattés de voir leurs ancêtres figurer dans le premier rang aux obsèques de Raimondin'. Vers la fin du xv* siècle, un comte de Cardone accueillit Thomas de Lusignan, de la famille des rois de Chypre chassée par les Tures, et
1. La Prise d'Alexandrie, p.315. DE SAINT-ALLAIS,t. XX, p. 40, n° xxx. 2. Fol. 156, r°, 2° col.
l'adopta. Il serait peut-être téméraire de penser que la mention des Cardone dans un livre alors en renom fut pour quelque chose dans cet acte de bienfaisance.
Le duc de Bar et les princes de la maison de Bohême- Luxembourg suivaient les chevauchées des enfants de Lusignan sur les rives de la Meuse, du Rhin et de l'Elbe.
Dans le « très vaillant prince » Asselin, seigneur de Luxembourg, père de Chrétienne « très belle et très bonne », ils reconnaissaient « Wincelin », c’est-à-dire Venceslas, fils du roi Jean l'Aveugle et de Béatrix de Bourbon, frère de l’empereur Charles IV, beau-frère du roi de France Jean le Bon et grand oncle de Charles VI, en faveur duquel Charles IV avait érigé le comté de Luxembourg en duché, en le mariant avec Jeanne, duchesse de Brabant et de Limbourg (1354). « Le gentil et joli duc », dit Froissart, « et quand il sortit de ce siècle, on disait que le plus haut et le mieux enlignagé de plus noble sang était mort », et sa veuve « n'eut jamais volonté de 8e remarier * ».
La générosité chevaleresque du duc Oste de Bavière, se joignant spontanément aux Lusignan et au roi d'Alsace pour sauver le roi de Bohême, plaisait aux cours de Lorraine et de France. La maison de Bavière y était depuis longtemps en honneur et Charles VI avait demandé au duc Frédéric sa fille Isabeau pour en faire la reine de France.
Le duc de Berry ne pouvait ètre qu'attentif à ce qui concernait le Poitou, sa noble et difficile conquête, et comme il est glorieux de triompher d'ennemis valeureux, l'auteur ne tarit pas d'éloges sur la bravoure des Poitevins, Devant Famagouste, au cap Saint André, sous les murs de Luxembourg et de Prague, les plus épais bataillons se laissent percer par leurs charges furieuses ?.
1. La Vérite sur la famille des Lusignan du Levant. A Monsieur le comte de Mas Latric (Paris. Imp“ F. Levé). P. 23.