Annales de Bourgogne, t. l°", p
2. Mathieu p'Escoucay, Chroniques (Edition Du Fresne de Beaucourt,
Paris. 1863-1864), t. 11, pp. 134, 241. Dans le premier texte d'Escouchy appelle Mélusine Melluzuine et dans le second Merlusine.
EN es
plusieurs de ces gageries et des plus importantes. Le margrave avait trouvé Mélusine à la cour des ducs de Bourgogne et ce fut lui qui la fit connaître à la Suisse et à l'Allemagne. À sa demande, l'écoutète de Berne, Thuring de Renggeltingen, traduisit Mélusine. Deux ans après les fêtes de Lille et de Cambrai, la traduction paraissait. Mais Thuring avait donné la préférence à la Mélusine de Couldrette, moins longue, moins savante et moins chargée d'épisodes.
Une autre traduction fut donnée à Augsbourg en 1494. La traduction de 1456 était imprimée vers 1497, peut-être à Strasbourg, en 1491 à Heidelberg. l’année où l'on publiait à Anvers une traduction flamande, et de nouveau à Augsbourg, sans date, mais avec les caractères d'Antoine de Sorg. circonstance qui place cette édition dans le dernier quart du xv‘siècle. La première édition française, probablement la plus ancienne, ne datait que de 1478. Encore était-elle imprimée hors de France, dans une ville impériale, Genève, et par un Allemand, Steinschaber de Schweinfurth. Toutes ces éditions, d'autres encore, ornées de figures sur bois, avaient rendu l'histoire de Mélusine populaire dans les pays de l'Empire germanique dès la seconde moitié du xv° siècle’.
Les gens de l'Est, plus que tous les autres, s'étaient passionnés pour la fée poitevine. Ils avaient leurs raisons pour se plaire au merveilleux récit & venu de si lointaine marche »*°. [ls avaient donné à Jean d'Arras les promoteurs de son œuvre, et ils ÿ retrouvaient leurs légendes. Une jeune mère sacrifiée par son mari revenait la nuit bercer en chantant ses petits enfants. Des lutins achevaient, la journée finie, le travail des artisans. Un misérable cordonnier voyait tout au matin, cousus avec tant de soin qu'il n'y avait pas un faux point, les souliers qu'il avait coupés le soir. Ces génies bienfaisants, malicieux aussi, enlevaient un enfant de son berceau, mettaient à sa
1. Jtevue l'Alsace, 1. LXXEV (1925), p. 92, n. 2. a. Fol. g5,r°,1" col.
place un vieux et horrible nain. Puis ils remportaient le nain et rendaient l'enfant.
Les nymphes des eaux, créatures sans Ames, pouvaient en obtenir une en se faisant aimer d’un homme et en l'épousant. Au xvi‘ siècle, l'alchimiste suisse Théophraste Bombast de Hohenheim, plus connu sous le nom de Para. celse, unissant aux légendes que l’on racontait sur les fantômes des eaux le souvenir de Mélusine, résumait ainsi les traditions. « Les Mélusines sont des filles de rois, désespérées à cause de leurs péchés. Satan les enleva et les transforma en spectres, en esprits malins, en revenants horribles et monstres affreux. On pense qu'elles vivent sans âme raisonnable dans un corps fantastique, qu’elles se nourrissent des éléments et qu'au jugement dernier elles passeront avec eux, à moins qu'elles ne se marient avec un homme. Alors, par la vertu de cette union, elles peuvent mourir de mort naturelle, comme elles peuvent vivre naturellement dans le mariage. De ces spectres on croit qu'il y a plusieurs dans les déserts, les forêts, les ruines et les tombeaux, les voñtes vides et sur les bords de la mer »:.
Cependant deux gracieux contes viennent de ces récits terrifiants, l’'Ondine de la Motte-Fouqué et la petite Sirène d'Andersen.
Le bonheur d’Ondine est encore plus court que celui de Mélusine. Comme Mélusine, reconnaissante d'être aimée et joyeuse d'avoir échappé à sa dure condition, elle a comblé son mari de ses richesses et des bienfaits de la féerie. Mais Huldbrand est un autre Raimondin. Le mari de la fée de Lusignan l'accuse durement d’être un fantôme. Huldbrand, naviguant avec son épouse sur le « beau Danube bleu », témoin des apparitions qui surgissent des
1. Contes allemands du lemps passé, trad. Frank et Alsleben (Paris. 1892), pp. 22, 8s. Gervasius von Tilbury. Otia imperialia, in einer Auswahl neu herausgegeben und mit Anmerkungen begleitet von Felix Liebrecht (Hanover. 1856). anmerkung °, p. 6.