Fol. 50, v°,1"° col
&. Fol. 66, r°, 2° col. ; 68, r°, x col.
5. Fol. 52, v-, 1" col. ; 54, r°,a° col. ; 57, r°,% col. ; 91, r-, 1° col. ; 83, ve, te col. ; 95, v°, 1° col. : 97, re, à col. ; 122, v*, 1° col. ; 126, r°, 1 Col. : 15%, r°, 2° CO). N
le soleil. Là pourrait-on voir belle compagnie, fleur de chevalerie, bannières ventiler au vent. Là entendrait-on harnais cliquer ensemble.
Les trompettes sonnent allégrement. Les frères de Lusignan, la lance au poing, F'écu joignant la poitrine, vont « le beau pas en bel arroi », leur bannière devant eux. Les cris de guerre retentissent : « Lusignan! Alsace! Saint- Jean de Rhodes! Antioche ! Barbarie ! Curdes ! Damas ! » Les archers lancent leurs flèches. Les arbalétriers tendent leurs bonnes arbalètes, mettent vitement viretons ou carreaux en coche et tous à la fois laissent aller feurs traits. Les salves se succèdent sans arrêt. Hommes d'armes et cavaliers ennemis se chargent durement. A l'abaisser des lances, c’est un grand fracas, touillis, triboulement, grande peleterie, foison de gens abattus. Îl y en a bien qui voudraient être au lieu d’où ils sont venus. Les lances rompues, on tire les épées, on empoigne la hache. On se frappe sans nulle pitié. Maint homme est tué à grande douleur. Le sol est couvert de morts. Les destriers vont par les champs, sans maitres, bondissant et leurs rênes traînant.
On se livre de fiers assauts. Dix mille Sarrasins suivent au dos leur roi ou leur soudan. Les Poitevins ont beau être rompus au métier des armes, très forts et durs, féroces comme des lions, et leurs seigneurs si puissants que nul, tant soit-il hardi, ne les ose attendre. La victoire est indécise. Il faut en finir par un coup de maitre, se défaire du chef ennemi.
Un fils de Mélusine se précipite sur les rangs ennemis «plus rapide que foudre qui choit du ciel ». Il les fend, frappant à gauche, à droite. Ses gens courent après lui, tout ébahis de ce qu'ils le voient faire. Ïl atteint celui qu'il cherche, Bradimont, le roi d'Alsace, le soudan de Damas, le duc d'Autriche. D'un coup bien asséné, il tue le roi sarrasin, il étourdit le prince chrétien, le prend à bras le corps, l'arrache de son cheval, le jette si rudement contre la terre que peu s'en faut qu'il ne lui crève le cœur au ventre.
Il se retourne vers les siens : « Lusignan », leur crie-t:il. « En avant, barons ! Frappez tant que vous pourrez, la journée est à nous, Dieu merci! » Les soldats font merveilles d'armes. L’ennemi, que la perte de son chef décourage, sc tourne en fuite. On le poursuit sans désemparer. On le massacre par les champs, par les buissons. « Et sachez qu’il en échappa bien peu. » Ainsi fut la bataille finie. Il ne reste plus qu'à nettoyer le champ du carnage, ensevelir les morts, brûler les chevaux qui ont péri.
Les chrétiens aperçoivent-ils une flotte sarrasine. Aussitôt on pavoise nefs et galères, an dispose les machines de guerre, on monte sur les châteaux des mâts, lances et dardes au poing, on sonne les trompettes. Au cri de Lusignan, on court sus aux Sarrasins à force de rames, toutes voiles dehors. Les navires volent comme des carreaux d’arbalète.
Les Sarrasins surpris reculent un peu tout en se mettant en arroi. Mais parmi les vaisseaux des chrétiens, les uns les vont environner et tournent autour d'eux d'une telle allure qu'ils en sont tout déconcertés. Les autres se font passage entre leurs navires de telle manière qu'iln'en reste pas quatre ensemble. Cependant les canons tirent « horriblement ». Quand on est à portée, on se lance des dards si fort et si dru qu'il semble voir grêle de viretons.
A leur première rencontre avec les Lusignan, les Sarrasins, se voyant si chargés qu'ils ne peuvent fuir, remplissent de bûches, d'huile, de graisse et de soufre un navire qu'ils avaient enlevé aux frères de Saint-Jean de Rhodes et dont ils avaient jelé à la mer ceux qu'ils y avaient trouvés, et ils v mettent le feu. Quand l'incendie est bien allumé, ils le poussent vers les chrétiens. Mais ceux-ci s'en donnent garde, ils assaillent leurs ennemis de l’autre côté, tandis que le vaisseau en flammes vient brûler trois navires sarrasins,.
Enfin la flotte chrétienne aborde les navires des payens. Elle les choque violemment et les effondre en mer, ou bien on les accroche avec de bons crocs de fer. On se lance sur
le pont des navires sarrasins. Geoffroy, à la bataille devant
Jaffa, saute dans le vaisseau du roi Anthénor. Les payens
sont perdus. Ils ont beau « réclamer » leurs dieux. Leurs navires, vidés de mécréants, pillés de tout ce qui s’y
trouve de bon, sant brûlés ou enfoncés dans la mer. Mais
lorsqu'un vaisseau est plein de « très beaux biens », on
l'amène au port.
Voilà des jouvenceaux, « sans barbe ni grenons » qui en savent autant que les capitaines les plus expérimentés de la guerre de Cent Ans, si bien qu’en suivant le récit de leurs expéditions, on pourrait apprendre comment on menait une guerre au xi1v° siècle. Ils tiennent leurs bommes en haleine, exigent l’obéissance entière et la soumission de tous les instants, l’ensemble et la précision dans les manœuvres, établissent leurs campements, règlent la marche de leur armée, ordonnent les batailles.
Ils connaissent aussi le droit de la guerre. Elle doit être chevaleresque. Leur mère n'a fait que leur redire ce qu'ils avaient entendu dès leur enfance.
« Soyez intraitables à l’égard des méchants. Soyez durs et ayez au cœur fierté de lion envers vos ennemis. Vous devez montrer votre puissance entre eux et votre seigneurie. Ne les lâchez pas jusqu'à ce qu'ils soient réduits en votre obéissance. Pourtant je vous recommande de ne pas vous faire un point d'honneur de les accabler. Si vous leur faites courtoisie, cela vous tournera à grand honneur »*.
Geoffroy, accouru devant le château de Guérin de Valbruyant avec les desseins les plus noirs, n’y trouve que la femme et les enfants de celui qu'il croit un rebelle et un félon. Aussitôt il les rassure *.
Zélodus, après avoir tué le roi de Bohème, a brûlé son corps. Le roi d'Alsace brûle le corps de Zélodus. « Par mon chef », dit Antoine, « vous avez très bien fait. Et
1. Fol. 46, r°, > col.; 84, r°, > col. ; 66, v°, 2° col. ; 72, r°,2° col. ; 116, r, > col.