‹ Essai sur Parménide d'EléeChapitre 12 sur 48 · VI. l’être est continu et indivisible · texte numérisé non relu

VI. l’être est continu et indivisible

Mais l’unité de l’ètre absolu doit être une unité absolue, c’est-k-dire une unité sans divisibilité aucune, ni réelle, ni possible. « L’ètre, dit Par- » ménide, est un et continu * , un tout d’une seule » espèce ^ ; il est maintenant tout entier a la fois » Il est donc indivisible , puisqu’il est en tout » semblable à lui-méme; et il n’y a point en lui de » côté plus fort ni plus faible qui l’empêche de se » tenir uni et cohérent; mais il est tout plein de » l’être; et de la sorte il forme un tout continu , » puisque l’être touche à l’être. »

La continuité de l’être sort, en effet, comme une conséquence immédiate de son unité. Si l’être n’est pas un continu , il est composé de parties qui sont au moins distinctes, bien qu’on puisse supposer qu’elles se touchent et ne sont pas séparées. Mais, dans cette hypothèse , il y aura pluralité dans l’être, et non unité, et une pluralité sans vide , puisqu’il n’y aura aucun intervalle entre les parties de l’être. Or, on sait que l’être est un ; donc il est en même

DOCTBINE.

temps continu; donc il est simple , indivisible et incorporel , puisqu’il est en tout semblable à luimême, et que son essence exclut l’idée de toute distinction , de toute différence * .

Si d’ailleurs on admettait pour un instant que l’être est composé de parties distinctes , ces parties seraient une pluralité; et toute pluralité est adéquate à une divisibilité 2, Mais alors si l’essence de l’être est la pluralité et la divisibilité, l’unité disparaît entièrement; de sorte que l’être n’étant qu’une pluralité sans unité, perd bientôt lui-même toute réalité , toute essence ; et la pluralité divisible à l’infini , qui est le contraire de l’unité, conduit au vide absolu, à la négation de l’être. Or, cela est impossible; donc l’être n’est pas composé; donc il est une unité absolue sans pluralité aucune.

Croira-t-on, d’un autre côté, pouvoir éluder la difficulté en prenant un milieu entre l’unité absolue et la pluralité absolue ? et voudra-t-on supposer que l’être est en partie divisible, et en partie non divisible; qu’il est en quelque sorte comme l’argile 5? Mais cette supposition, sur quoi

^ Simpl. , in Phys., 1 , 31 , A.

S Arist., De gen. et corrupt., 1 , 8.

3 Ibid. ; Et ftiv yip jrotvTïj StatpSTÔv , oùSiv cîvoti ev ' worj ovSi m).\à , àXki xtvov TÔ ô^ov ' tl Si rp pJv > Si ptj , irtTr^cxrpivip Tivi toOto àv iotxivat' piypi jroaov yàp x«i Sià ri ri piv outoç tytt ToO ôXo'J , xai TrlÂpt’c errt , TÔ Si Sippnpivov ;

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riKMÉHIDE d’bLÉE.

l’appuyer ? Elle est arbitraire, et partant inadmissible. Pourquoi, en effet, existerait-il dans l’étre des parties qui auraient la propriété d’être divisibles et d’autres qui ne l’auraient pas ? Comment, par quel motif, suivant quelle règle déterminerat-on que la divisibilité existe ici et non pas là ; que certaine partie est pleine et indivisible, et l’autre divisée ? Cette hypothèse d’une divisibilité partielle doit donc être rejetée complètement; toute pluralité est incompatible avec l’être , qu’elle soit absolue ou relative et partielle; donc, il y a un abîme entre ime unité véritaljle , c’est-à-dire absolue, et une pluralité véritable, laquelle ne peut pas ne pas être absolue; donc, puisque l’être est un et que lui seul existe, la pluralité n’existe en aucune manière, ni à aucun degré; donc, l’être est un et continu, simple et indivisible.

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