‹ Essai sur Parménide d'EléeChapitre 13 sur 48 · VII. IMMOBILITÉ ABSOLUE DE l’ÉTRE DANS l’ ESPACE · texte numérisé non relu

VII. IMMOBILITÉ ABSOLUE DE l’ÉTRE DANS l’ ESPACE

A ces propriétés de l’être , il faut joindre l’immobilité absolue dans l’espace et dans le temps. Voyons d’abord comment l’être est immobile dans l’espace.

a L’étre, dit Parménide^ est immobile dans » l’espace ; il est immuable dans les limites de ses

* V. 59, irptitii — 97, «xtvjjTOv,

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» grands liens * . Il reste donc le même en lui- » même, et demeure en soi; ainsi, il demeure » stable, car une forte nécessité le retient sous » la puissance de ses liens, et le presse tout au-

B tour 2. »

Cette immobilité de l’être est absolue , et ne ressemble en rien à ce que nous appelons mouvement , ni à ce que nous appelons repos. Le repos et le mouvement que nous connaissons, n’existent pas par eux-mêmes; mais sont toujours relatifs à quelque objet; ils ne sont donc ni un véritable repos, ni un mouvement véritable. Tout ce qui est conditionnel n’est pas en soi , et n’est pas véritablement; tout ce qui se meut ou est en repos seulement par rapport à un objet quelconque , ne se meut pas , ni ne se repose en soi , et par conséqiient n’est ni dans un repos, ni dans un mouvement véritable.

Au contraire , l’être absolu , un et continu , n’a de rapports qu’avec lui-même; ou plutôt l’idée de rapport implique des termes distincts, ne peut s’appliquer à l’être absolu. Celui-ci ne peut donc être ni dans un repos, ni dans un mouvement analogues au repos et au mouvement que nous connaissons. Son immobilité consiste à rester en lui -même, à ne subir aucune altération , aucune

* V. 84 et stiiv.

parmémde d'élée.

transformation. Nous ne concevons les corps que sous la condition de l’espace qui les renferme ; et le mouvement des corps n’est autre chose qu’un changement de leurs parties , relativement aux divers points de l’espace qu’ils occupent. Mais l’étre absolu et un n’a point de parties qui aient des rapports avec les divers points de ce que nous appelons l’espace. Le mouvement et le repos des corps ne sont que des apparences comme les corps eux-mêmes; au contraire, l’immobilité de l’être est réelle et absolue L« L’un, dit Parménide dans » Platon^, ne sera nulle part, car il ne peut être » ni en lui -même , ni en aucune autre chose. » Si, en effet, il était en une autre chose que lui- » même , il en serait entouré comme en cercle , » et la toucherait par beaucoup d’endroits. Or, » ce qui est un , indivisible , et ne participant au- » cunement de la forme du cercle , ne peut pas » être touché en plusieurs endroits circulaire- » ment. S’il est en lui-même, il s’entourera lui- • même, sans être pourtant autre que lui-même, » si c’est en lui-même qu’il est; car on ne peut » être en une chose qu’on n’en soit entouré. Par » conséquent , ce qui entoure sera autre que ce » qui est entouré ; car une seule et même chose » ne peut pas faire et souffrir tout entière en

1 Proclus, in Parm,, VI, 141 , sqq.

2 Platon , Parmén. , p. 28 , Irad. Cousin ; — p. 138 , a , b , rd. H. E.

DOCTRINE

» même temps la même chose : Tun ne serait plus » un, mais deux. L’un n’est donc nulle part, et il » n’est ni dans lui -même, ni dans aucune autre » chose, etc.» Platon montre ensuite que l’un ne peut changer de place , qu’il est immobile , etc.

Proclus < élève contre l’immobilité de l’être de Parménide une difficulté dont le germe se trouve dans Platon*, et qui se rattache à un des points les plus débattus dans l’ontologie antique , à savoir la cause première du mouvement et le rapport du premier moteur aux choses mues. On sait que , suivant Aristote , le premier moteur meut par attraction , en restant lui-même immobile. Suivant Platon , le mouvement véritable étant la pensée , les idées seraient la cause immédiate du mouvement, et l’esprit ne pourrait connaître sans se mouvoir. Or , Parménide , comme nous le verrons plus tard , admettait l’identité absolue de l’être et de la pensée. Proclus en concluait que Parménide, pour être conséquent avec lui-même, devait regarder le mouvement comme inhérent à l’être, puisque la vie et l’existence de l’être se confondent avec la pensée , et que la pensée n’est autre ‘ chose que le mouvement , la vie de l’intelligence. Il allait même plus loin , et cherchait à déterminer

• In Pann., VI, 141 , et suiv.

s Soph., p. 260-61 , trad. de M. Cousin ; — p. 248-49 , éd. H. C.

Digilized

PÀRMâNIDE d’ÉlÉE.

le mode d’existence et de génération du mouvement qui, selon lui, constitue la pensée. « Puis- » que Parménide déclare , ajoutait-il , que l’être » est une sphère , et que l’étre est identique avec » le connaître , il est évident que la pensée est un » mouvement sphérique. » Quant à l’objection en elle-même , nous avons peine aujourd’hui à comprendre comment la pensée peut consister en un mouvement sphérique. Depuis Descartes , nous n’apercevons plus qu’une expression figurée , dont le sens exact et précis serait difficile à déterminer^ là où les anciens croyaient voir la solution d’un grave problème ; mais il n’en est pas moins curieux de retrouver ici la filiation des idées sur une question importante ; de la voir s’entretenir et se transmettre fidèlement de Platon aux derniers Alexandrins , et de saisir au vif, dans un de leurs points de contact les plus fermes et les plus caractéristiques ,' les deux grands systèmes idéalistes de la philosophie ancienne.

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