SI
fiOCTRINE.
B car il faut un substratum, \>iToxüa6ai, pour qu’il » y ait naissance, yivsm;.... Ils prétendirent donc » que rien ne devenait, qu’il n’y avait rien de » cette pluralité que nous crovons être, et sup- » priinereat toute général ion. » Aristote répète ailleurs* à peu prés la même chose; mais il ajoute cette fois quelques mots qui semblent indiquer une école autre que celle des Éléates : « Quelques- » uns des anciens philosophes , dit-il, supprimè- » rent toute génération et toute corruption. Ils » avancèrent avec Parménide et Mélissus que rien » de ce qui est ne naît ni ne meurt , mais seule- » ment que cela nous semble tel. » Quels sont ces philosophes qu’Aristote assimile avec les Éléates , et qu’il en distingue en ajoutant immédiatement :
« Et ces philosophes , parce qu’ils ne pensaient » pas qu’il existât aucune autre substance que celle » des choses sensibles , et que les premiers ils » avaient compris qu’il fallait certaines natures de » ce genre pour que la connaissance et la science » fussent possibles, appliquèrent aux choses sen- » sibles les notions empruntées à cet autre ordre » d'objets. » On ne voit pas, au premier abord, à qui s’adressent ces paroles ; car ce ne peut être ni aux Ioniens ni aux Àtomistes , puisqu'ils admettaient le mouvement et la pluralité ; et ce
I De Cœlo, III, 1.
PABMÉIUDE d'ÉLÉE.
n’est pas davantage aux Pythagoriciens, puisque cette école cherchait la loi des mouvements astronomiques
Simplicius adopte ® l’argumentation de Parménide sur l’immobilité de l’être , et la donne * comme la conséquence nécessaire du rejet de la connaissance sensible : « Parménide et Mélissus , » dit-il, semblént avancer que tout est incréé , «yi- » v»T«, attendu que nous ne connaissons ni les » choses qui naissent , ni celles qui meurent. » Ce
1 S’il faut en croire Simplicius (In de Cmlo, III, 1, P* 137), c’est Heraclite qui admettait l’unité du substratum , comme Aristote lui-méme le dit dans la suite du passage cité. Ce pourrait être aussi Empédocle, qui insistait beaucoup sur l’unité du inonde matériel. (Y. Arist., Mét., II, 4, et Simplicius, sur le ntpi oùpuvoO, P" 686.) En effet, Empédocle et Héraclite disaient tous deux que l’être est à la fois un et multiple (V. Arist.
Phys., 1,4; Mét., 1,3; Du monde, c. 5). Seulement l’unité d’Héraclite était le feu ; celle d'Empédocle , le chaos.
Tous deux disaient que le monde se maintient par la haine et •
par l’amitié , et qu’il existe toujours quoique changeant sans cesse. (V. Arist., Ethic. Nicom. , VIII, 1; De Cœl., I, 10;
Diog. Laërt. , VIII , 2 ; Simplicius , sur la Phys., 1,1^ 11.) Héraclite, en particulier, disait qu’une chose subsiste éteruellement , savoir : ce d’où toutes choses naissent et se transforment, c’est-à-dire le feu(V. Arist., De Cœl., III, 1); mais, cependant ni Héraclite, ni Empédocle ne niaient complètement toute génération et toute corruption.
2 In Phys., I, 34, B.
Z De Cœlo, III, 138.
BOCTRISE.
raisonnement prouverait que nous ne connaissons, en effet , ni les choses qui naissent ni celles qui meurent, mais non que la naissance et la mort sont impossibles en elles-mêmes , et contradictoires avec l’essence de l’être. Simplicius est bien plus fidèle à la pensée générale de Parménide lorsqu’il dit* : «L’être est immobile; car, ce qui est » mû ne peut être mû qu’autant qu’il est changé ,
» qu’il devient autre que ce qu’il était : si donc » l’être était mû , il serait changé de ce en quoi il » est. Mais l’être existe dans l’être lui-même ; et ce » qui est changé , en cessant d’êti-e ce qu’il était , » est tombé dans la corruption; et comme l’être » est incorruptible, il ne peut ni changer, ni se » mouvoir. » Cette argumentation a l’avantage de s’appliquer à la double immobilité de l’être dans l’espace et dans la durée. Alexandre d’Aphrodisée, cité par Simplicius dans le même endroit, attaque cet argument. Suivant lui , s’il n’y avait d’autre mouvement que celui qui s’opère , quant à la substance , li xot’ où7c«v x(vi3(Ttf , lequcl s’appelle plus exactement changement et non mouvement, peut-être les Éléates auraient-ils raison ; mais il y a d’autres mouvements, et, par exemple, celui qui s’opère dans la qualité. Il n’est donc pas vrai de prétendre que l’être est au-dessus de toute espèce de mou-
* In Phys., 1 , 17, B.
parmÉnide d'ÉlÉE.
venient. Nous dirions dans la phraséologie moderne : s’il n’y avait de mouvement ou de changement que le changement absolu, c’est-à-dire le passage de l’être au non-être , on pourrait dire avec justesse que l’être est immobile. Mais il y a aussi le mouvement ou changement qui fait qu’une qualité se change en une autre sans que la substance périsse : donc il y a un mouvement autre que le passage de l’être au non-être ; donc l’être , immobile quant à la substance , est mobile quant à l’accident et aux qualités.
Simplicius, qui accepte sur ce point la doctrine de Parménide, relève l’objection d’Alexandre d’Aphrodisée. Comment, dit-il, l’être qui ne soutient de rapport avec aucune chose , qui n’a ni accidents ni qualités , comment pourrait-il éprouver un changement relatif et partiel , un changement dans ses modes? L’être absolu ne peut donc ni changer absolument ni changer relativement, et il est vraiment immuable et éternel. En outre, Simplicius prétend qu’ Alexandre d’Aphrodisée se contredit lui-même. En effet, le commentateur péripatéticien , après avoir déclaré que le passage de l’être au non-être implique contradiction, aurait ensuite reproché un peu plus loin aux Eléates de dire que si l’être se changeait absolument, il tomberait dans la corruption, c’est-à-dire, deviendrait le non-être. Or, le reproche d’Alexandre d’Aphrodisée , pour être d’accord avec son objec-
DOCTRIIfE.
tion , devrait porter sur l’hypothèse qu’il n’y a de changement que le changement absolu, et non sur ce que le changement absolu entraîne la corruption ou l’anéantissement de l’être changé. Si le changement, dit Simplicius , faisait venir tel être déterminé de tel être déterminé, rien n’empêcherait qu’à son tour il ne devînt par un nouveau changement tel être déterminé ; de sorte qu’il y aurait ici mouvement, et non corruption. Mais si au contraire l’être est changé absolument, que deviendra-t-il ? Car il ne pourra devenir tel être déterminé, puisqu’après le changement absolu il ne devra rien subsister de lui; et l’existence intermédiaire et transitoire de l’objet qui change est contraire à l’hypothèse du changement absolu. Ce sera donc une corruption absolue , un véritable passage de l’être au non-être , comme disent les Eléates; assertion contradictoire selon Alexandre d’Aphrodisée, qui est mal venu ensuite à reprocher aux Eléates d’avoir vu là une impossibilité. Mais, ajoute Simplicius, cette corruption, cet anéantissement de l’être , répugne en soi. Comment, en effet, l’être pourrait-il devenir le nonêtre , lui qui est toujours et en tout le même , qui est l’être et n’est que l’être ?
L’auteur du livre de Xenophane , Zenone et Gorgia, dit* que l’on ne peut avancer de l’être de
1 Cap. 2.
FÀBMÉHIDE d’ÉlÉE.
Parménide , qu’il est semblable à quoi que ce soit , à moins qu’on ne, veuille dire qu’il est semblable à lui -même; dans ce’ cas , l’univers, suivant lui, serait semblable en ce sens qu'il serait composé de parties semblables. Mais cette interprétation de la pensée de Parménide, qui aboutit à trouver des parties dans l’être , n’est pas conforme au texte même des Fragments.» L’être, y est-il » dit , n’est pas divisible , puisqu’il est en tout sem- »blable à lui-même. »En effet, l’être qui n’a ni passé ni avenir , n’a ni commencement ni fin ; comme il est continu et indivisible , il n’a pas de différences en lui-même ; et c’est ce qu’exprime le mot semblable à lui-même , nâv iarlv Ôjzotov. L’unité de Parménide est partout semblable et égale à ellemême , parce quelle ne peut être ni plus ni moins ici que là; elle échappe aux lois de la quantité, et ne peut être mesurée par aucun nombre.
Simplicius conclut < de l’indivisibilité de l’être qu’il est incorporel. Il prétend aussi 3 que l’être est la fin dernière de toutes choses , le principe d’où tout vient, l’abîme où tout rentre. Mais ici Simplicius applique les raisonnements de Parménide à un ordre de choses dont Parménide a nié la réalité. Pour les Eléates il n’y a pas de choses qui viennent ni qui retournent; il n’y a pas de mou-
1 In Phys.,1, 31 , A,
SOCTKIHE.
vement. La remarque de Simpliciiis montre combien il est facile de perdre de vue l’idée vraie et fondamentale de l’Eléatisme. Aristote en est une preuve plus éclatante encore. Dans ses discussions sur le système de l’unité absolue , il oublie trop souvent que Parménide rejette les données des sens, et raisonnant comme si la matière existait pour les Eléates , il trouve facilement des contradictions là où il n’en existe pas. Ainsi, par exemple les expressions de amixU et de «SicUperav paraissent contradictoires à Aristote. Et sans doute, si l’on dit d’un corps qu’il est continu et n’est pas divisible, au moins par la pensée , on dira une absurdité. Mais quand Parménide déclare que l’être absolu , indivisible et simple , est continu , il veut dire que dans cet être absolu il n’y a place pour aucun non-être, aucune séparation , aucune différence; et , loin d’être contradictoires , les deux termes , indivisible et continu , appliqués à l’être absolu de Parménide, peuvent se conclure l’un de l’autre, et se supposent réciproquement.