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INTBODUCTION BT BIOGKBFBIE.
jouer dans sa patrie un rôle politique considérable ; et il aima mieux se retirer dans la solitude, comme l’atteste Diogène, qui ajoute expressément que ce fut par les conseils d'Aminias et non par ceux de Xénophane. Or, ce n’est pas seulement Diogène qui insinue de la sorte qu’il y aurait eu peu de relations entre Parménide et Xénophane. Plutarque * parle aussi , quoique vaguement , de la différence de leurs opinions. Faudrait-il croire qu’il y ait eu entre eux quelque mésintelligence ? Il est plus probable que Diogène, en constatant le peu de rapports qu’ont eus l’un avec l’autre ces deux philosophes , ne songeait à rien de semblable; mais que Xénophane était trop avancé en âge, lorsque Parménide naquit, pour que son influence ait eu sur son jeune disciple un empire un peu prolongé. Les deux fondateurs de l’Éléatisme ayant habité la même ville, l’un sur la fin, l’autre au début de sa carrière, et leurs doctrines procédant l’une de l’autre , les écrivains postérieurs ont dù inévitablement faire du plus jeune le disciple du plus vieux ; et les remarques de Diogène nous prouvent suffisamment qu’il ne faudrait pas ici donner à ce mot de disciple une signification trop précise.
A côté du témoignage de Diogène, qui fait vivre
1 Ap. Euseb. , Prœp. «'.1,8.
PÀHMÉNIDE d’ÉIÉE.
Parménide dans la solitude , on trouve une tradition suivant laquelle il aurait été le législateur de sa patrie. Cette tradition , qui a le défaut d’être commune à presque tous les anciens philosophes, est cependant appuyée sur les témoignages de Speusippe * , sur celui de Plutarque ^ , qui dit que tous les ans le magistrat forçait les habitants d’Élée à jurer l’observation des lois de Parménide , et sur celui de Strabon Mais il faut remarquer que Speusippe ne parlait de ce fait que comme d’un bruit qui courait de son temps, environ soixante ans apres Parménide : Aéyrrat Si *ai vô(iouf Osïvai toTç mlireitt , ûç fï)<Ti 2irri(Tt7riroç tv tm nepi yt^oco^v. Strabon eSt encore moins précis , et son récit contient une conjecture et non une affirmation positive : « Élée, » dit-il , a été la patrie des deux pythagoriciens » Parménide et Zenon; et sans doute ^ soit par le » conseil de ces philosophes , soit même antérieure- » ment à eux , les Éléates surent se donner une ex- » cellente législation, car on les vit résister à leurs » ennemis, etc. » Or, Diogène qui cite Speusippe,
1 Ap. Diog. L. , IX, 23.
S Adv, Colot., c. 32 , X , p. 628 , Reisk.
5 VI, 1 , p. 2 , éd. Tauchnitz , 1829 : ..... jrôXif' üv oi piv XTtaccvTt; 9uxauïç Ttirjv , oî Si É^X»v ànà xpvwç Ttv6( , oi Si vxiv ÈXiav èvopcéÇoufftv" èj ijî napf/cvi'Snf r.ai Zflvwv èysvovTo êivSpe; IIu- Sayopuot. Aoxtï Si poi xai Si ixttvov; , xai ère T^pàrtpov tvvopndvvai’ Siixai irpit Atvxecvoi; «vTS<T)rov,xai npoç IlatTeiScovteiTaç , xaixpiirrov; «TrrlsïKv, xxcizep ivSiiaTtpoi x«i /upci x«i TeXuiOee mypàru'j
INiaODTICTlON ET BIOGKAPBIE. 19
n’ajoute aucuns détails; et Plutarque, postérieur à Speusippe et même à Strabon, ne rapporte cette tradition que dans le but de, repousser les accusations de Colotès contre les philosophes. Serait-il impossible que ce fût l’écrivain le plus récent qu^ eût ajouté quelque chose de plus précis au vague de la tradition primitive? Nous croyons qu’on doit en général se défier du goût qu’ont les historiens à relever l’importance des personnages qui appartiennent à la haute antiquité ; et que des trois auteurs sur la foi desquels repose la tradition qui fait de Parménide le législateur de sa patrie, ceux dont l’autorité serait la plus décisive ne s’exprimant à ce sujet qu’avec réserve, il faut opposer leur témoignage à celui de Plutarque, plutôt que de les regarder comme ses auxiliaires , et tenir cette tradition pour suspecte.
L’événement le plus considérable de la vie de Parménide est en même temps celui qui nous est parvenu de la manière la plus authentique ; c’est le voyage qu’il fit à Athènes avec son disciple Zénon, et que rapporte Platon dans le Parménide et dans h Sophiste. Ce voyage , si important à remarquer pour l’histoire des idées philosophiques, aurait eu lieu, suivant la chronologie que nous avons essayé d’établir, vers l’an 454 avant Jésus- Christ. Le but avoué de Parménide et de Zénon était de se mettre en rapport avec les Ioniens dont les doctrines remplissaient tout l’orient de la
pakménioe d’élée.
Grèce , et de combattre leur système : l’histoire de cette lutte est l’histoire même de Zénon.
Ainsi ce fut à dater de cette époque que la doctrine des Eléates commença de se produire et de se répandre dans le public, soit par les disputes, soit par les écrits qu’elle suscita, et que leur dialectique hardie et subtile ébranla les doctrines opposées, en même temps qu’elle attirait sur eux quelques rayons de cette gloire qui déjà faisait d’Athènes la première des cités de la Grèce.
Combien il est à regretter que nous n’ayons pas de détails sur les particularités de ce voyage du fondateur de l’Eléatisme , de l’ami des Pythagoriciens , dans la ville qui était devenue comme le rendez-vous de tous les esprits d’élite , et cela à une époque où vivaient Héraclite et Anaxagore, Leucippe et Empédocle ! Quelles relations Parménide et son disciple ont-ils eues avec chacun de ces philosophes ? Comment et dans quelles limites les principes de l’Eléatisme ont-ils réagi sur ces grands représentants de l’empirisme ionien , dans les principales transformations qu’il subit alors ? Questions obscures , que la critique historique n’a guère d’éléments pour résoudre. Mais il est certain que le voyage de Parménide ne fut pas stérile ; car s’il ne faut pas prendre au pied de la lettre les assertions de Diogène de Laërte ^ et de