‹ Essai sur Parménide d'EléeChapitre 26 sur 48 · SUR LE MONDE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

SUR LE MONDE EXTÉRIEUR

Quelques traces de l’Éléatisme se retrouvent chez les Mégariques. Ces philosophes prétendaient qu’il n’y a qu’un être , lequel est immuable , inaccessible aux sens et perceptible à la raison seule ; et Euclide identifiait cet être unique avec le bien , fv To àyaôôv ^ . L’unité absolue de l’être , d’où découlent son identité et son invariabilité, est donc pour Euclide la base de la réalité et de la moralité de cet être 2. Entre une pareille doctrine et celle de l’Éléatisme , l’analogie est évidente. Il est vrai qu’à côté de cette ressemblance se montre une différence, et ce qu’on pourait appeler une velléité de progrès. L’unité absolue des Eléates, en détruisant toute pluralité, ne pouvait jamais être admise par le sens commun. Euclide déclara que l’un porte plusieurs noms : il cherchait, sans • doute , un moyen d’expliquer comment le vrai le réel , tout en restant un , peut cependant offrir une apparence, une sorte de multiplicité. L’intention d’Euclide est visible ; mais sa tenta-

* Diog. Laërt., II, 106; — Cf., ibid.,Wll, 161. > Cic., Je. quœst., I , lib. ii , 42.

SON INFLUENCE DANS l’antIQUITÉ. 121

tive, trop faible et trop insuffisante, ne pouvait réussir * .

Diodore, surnommé Cronus, disciple d’Apollo^ nius Cronus , renouvela les attaques de l’Éléatisme contre la connaissance sensible , et surtout contre les grands phénomènes du mouvement, de la naissance et de la mort 2 . Il ne se borna pas à répéter les arguments de Zénon , et y ajouta quelque chose 5.

Mais ce n’est pas dans quelques dogmes isolés que gît l’originalité du Mégarisme. Le caractère le plus général de cette école est d’avoir exclusivement cultivé la dialectique ; ses philosophes en reçurent le surnom de disputeurs , ipi<rrtxoi. Or, on sait que Zénon passe pour avoir inventé la dialectique , ce qui veut dire qu’il fut le premier à réduire en système et en une sorte d’art l’exercice de la faculté de raisonner, laquelle est le partage commun de tous les hommes.

La dialectique est donc le grand lieu qui unit

1 S’il est vrai , comme l’ont pensé Schleiermacher et M. Cousin , que Platon , dans un passage du Sophiste , ait voulu faire allusion à l’école de Mégare , il faut croire que cette école distinguait plusieurs idées dans l’unité de l’être. (V. trad. deM. Cousin, t. XI, p. 253-263, et H. E., p. 2A6, b, c, et 249, c. d.)

2 Arist., Mit., IX, 13.

3 Sext. Einp., ado. Math., X, 85 etsui,v. — Cf. Stob., Ecl., I, p. 310.

PARMÉniDE d’ÉLÉEi

l’école mégarique à celle d’Elée. Mais quels qu’aient été les rapports de ces écoles , l’Eléatisme devint entre les mains des Mégariques à peu près ce qu’il était devenu entre celles des Sophistes. Les Mégariqiies et les Sophistes empruntèrent constamment et avant tout , à l’école d’Elée , sa polémique contre la connaissance sensible; et, vu à travers ces deux systèmes, l’Eléatisme prend la couleur d’mi véritable scepticisme. Il était jeté hors de ses voies primitives , et avait perdu tout-à-fait son caractère éminemment dogmatique. Il fallait donc qu’une discussion nouvelle vînt lui rendre sa véritable valeur , en dégageant sa pensée fondamentale de l’entourage purement sceptique dont on l’avait obscurcie , et par suite lui restituer l’importance que sa vive originalité lui avait obtenue dès sa première apparition.

Une pareille tentative exigeait une intelligence assez étendue pour bien comprendre l’Eléatisme , et assez ferme pour le juger. Il appartenait à Platon d’entreprendre cette tâche , dont le résultat fut d’acquérir définitivement à la philosophie ce qu’il y avait de vrai dans les principes de l’école

d’Elée,

SON INFLUENCE DANS l'aNTIQI'ITÉ. 123

V. PLATON. — IMPORTANCE DE SES TRAVAUX SUR l’ÉLÉATISME. RÔLE DU LANGAGE DANS LA FOR-

Page 1