VIII
IKTBODOCTIOR ET BIOGBA.PHIE.
Simplicius ‘ , qui disent , sans tenir compte de la prodigieuse différence des doctrines , que Leucippe et Empédocle furent les disciples de Parménide ; on peut du moins en inférer que ces philosophes furent plus que contemporains, et que les écrits, et sans doute aussi les entretiens de Parménide contribuèrent en quelque chose aux modifications qu’ils apportèrent l’un à l’Ionisme , l’autre au Pythagorisme. J’ajouterai qu’en réservant le titre de disciples pour les hommes qui se sont faits , par voie de transmission orale , les héritiers directs et les continuateurs de sa doctrine , les vrais et les seuls disciples de Parménide furent 2 Zénon d’Élée, et Mélissus de Samos.
Voilà tout ce que l’antiquité nous a transmis sur la vie d’un homme dont le nom et la doctrine jetèrent un si grand éclat en Grèce , vers le milieu du V® siècle av. J. -G. Mais ces renseignements , s’ils sont peu nombreux, nous permettent du moins d’établir avec certitude ce qu’^1 nous importait le plus de savoir et ce qui est essentiel : 1° le lieu et l’époque de la naissance de Parménide; 2“ les influences principales auxquelles il fut soumis , et en quelque sorte le milieu philosophique où il vécut; 3° l’époque où les doctrines
i In Arist. Phys., Venetüs, in-P’, Aldus, 1526, fol. 7 , A. S Diog. Laër., IX, 2A.
PABMÉNIDE d’ÉLÉE.
italiques se rencontrèrent avec les doctrines ioniennes , et où s’établit à Athènes, comme sur l’Agora, et en présence dn bon sens de Socrate, la lutte, qui devait être si féconde, de l’esjjrit dorien et de l’esprit ionien ; 4° enfin , l’ordre de filiation des doctrines éléatiques et la succession des différentes phases de ce système, de Xénophane h Parménide, et de Parménide à Zénon et à Mélissus. Selon toute apparence , la vie de Parménide fut exclusivement consacrée à la philqsophie et au culte de la pensée; aucun fait, aucune anecdote , même suspecte, ne viennent démentir ce que Diogène nous apprend à ce sujet.Tous les écrivains, au contraire , qui ont eu occasion de prononcer le nom de Parménide , l’ont toujours fait en termes pleins de respect et d’admiration. Platon * l’appelle « le respectable, le redoutable, le profond Parménide » ; et Timon de Phlionte * , en disant que ce fut un esprit éminent , ajouté que sa carrière fut très-honorée. «
Parménide propagea sa doctrine par ses discussions et par ses écrits. Sextus Empiricus ^ dit formellement qu’il s’occupa de dialectique ; Diogène
1 ThéétUe, trad. de M. Cousin , II, 154; H. E. p. 183, e — 184, a.
3 Ap. Diog. Laër. , IX, 23 ; UapfuviSoD te /Si'tiv fir/a'kifpovcc
xoù TroXûSoÇov.
iJdv. Math., VII, 5.'
iimoDrcnon et biogeuhie. 23
de Laërte * lui attribue la découverte de l’argument appelé \ Achille; et Platon, dans le Sophiste, fait mention de ce qu’il appelle la méthode interrogative de Parménide. Or, il est évident ici que l’expression de Platon ne désigne nullement une méthode semblable à la fiauurtxq de Socrate ; mais bien plutôt cette méthode qui consiste à envisager la même idée sous les points de vue les plus opposés , à la placer dans les hypothèses les plus contraires , afin d’en tirer, par le raisonnement , toutes les conséquences quelle renferme; méthode que 2^non sut employer et perfectionner avec tant d’habileté qu’il a passé pour en être l’inventeur , et dont nous trouvons un exemple dans tout le Parménide.