‹ Essai sur Parménide d'EléeChapitre 30 sur 48 · n Tint., p · texte numérisé non relu

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^ V. plus haut, p. 59-60.

tkinimm D’Éub.

de croire qu’il représente l’opinion la plus accréditée parmi les Alexandrins sur la doctrine de Parménide.

Jean Fhilopon* fournit quelques renseignements épars sur l’Eléatisme. Dans un passage* de son Comnmntaire sur le De Generatione et Corruptione, il dit que les Eléates s’appuyèrent sur des principes obscurs et hypothétiques. Mais en général , Philopon , surtout dans son Commentaire sur la Physique (T Aristote , s’en tient à l’opinion du Stagyrite; il entend les dogmes éléatiques commt Aristote les entend lui-méme , et accepte les objections péripatéticiennes contre Parménide; i n’apprend à peu près rien au sujet de l’influeno de la doctrine éléatique sur les Alexandrins.

Simplicius est^, dans cette école, celui auque nous sommes le plus redevables pour l’histoire dt l’Eléatisme. Il ne se borne pas , comme Philopon . auquel il paraît très -supérieur, à reproduire k pensée du maître; il la juge souvent en même temps qu’il la développe. Mais ses critiques sont presque toujours des critiques de détail, et il semble , à l’exemple d’Aristote , s’attaquer à Mélissus bien plus qu’à Parménide.

1 Flor, vers 539, mort vers 608. [Manuel de Tenncroann, trad. fr, I, 381, 2® éd.)

2 F. 35, B, Aid., 1527.

5 Fl. vers 549.

SON INFttSNCE SÀNS L’ANTIQriTÉ.

Quoique profondément Alexandrin , il maintenait en face l’un de l’autre le critérium de la raison et celui des sens, les objets de la nature exté- ' rienre et les axiomes de la géométrie ; et il signalait avec netteté'* la vanité des disputes de la plupart des écoles exclusives, qui combattent, sans avoir un terrain commun ou elles puissent se mesurer. Il est un de ceux qui ont mis au jour avec le plus de force*, après Platon et Aristote, le vice de l’ancienne dialectique qui ne distinguait pas ce / qui est en soi de ce qui n’est qu’acciden tellement.

Il applique cette remarque au düemme éléatique, l’être ou le non-être, et la réduit à la distinction des genres et des objets individuels de la substance et des qualités. Suivant lui, les Eléates auraient raison de prétendre que l’être exclut le non-être, si l’être n’existait que d’une façon. Mais dans l’être on distingue la substance qui est invariable des qualités qui varient et disparaissent successivement, sans que la substance soit détruite. Pareillement la substance peut être détruite, tandis que ses ‘qualités se manifesteront dans une autre substance. L’être ne peut donc être pris dans le swis d’un seul être. Car si on dit qu’il y a quelque chose en dehors du cancre, et que ce n’est plus le cancre.

t In Phys., 1,8.

8 Ibid., I, 25, A.

PABHÉIUDE D’ÉLil.

on demandera aussitôt en dehors de quel cancre, le cancre marin, ou celui d’eau douce, ou le cancre céleste , et par suite toutes les conséquences que Parménide tire de son dilemme fondamental s’évanouissent.

Simplicius prétend que Parménide qui rassemble ses propositions de manière à les lier heureusement les luies aux autres , n’en tire pas la conclusion qui devrait en sortir *. Après avoir dit que ce, qui est en dehors de l’être n’est pas l’être, et que ce qui n’est pas l’être n’est rien , Parménide conclut que l’être est un , tandis que suivant Simplicius , il devrait renfermer la conclusion dans la négation du non-être. Mais le reproche de Simplicius n’est pas légitime ; car s’il n’y a rien en dehors de l’être , il faut admettre que l’être existe seul. Il est vrai que si l’être existe seul , ce n’est pas une raison pour qu’il soit essentiellement un , d’une imité qui exclue toute dualité, tout rapport; et c’est sur ce point que Simplicius n’attaque pas, mais pourrait attaquer le raisonnement de Parménide.

D’ailleurs, Simplicius, fidèle à la tradition alexandrine depuis Plotin et Proclus , admet l’unité comme le principe de toutes choses ^ , et comme contenant tout ; mais l’unité des Néopla-

i In Phys., I, 22.

S Ibid., 1 , 31 A.

SON INFLUENCE DANS l’ ANTIQUITÉ.

toniciens, quelque idéale qu’elle soit, n’est point cette unité absolue des Eléates, qui ne se manifeste pas , dont il n’émane rien et dont on ne peut rien affirmer si ce n’est l’existence pure.

Simplicius est un des derniers représentants de la philosophie en Grèce. Après lui, l’enseignement philosophique, officiellement détruit par l’édit de Justinien (529), ne produisit aucun monument qui mérite d’arrêter notre attention. Le Christianisme se répandait sur le monde , et un nouvel avenir avait commencé pour les peuples comme pour la philosophie.

Sans doute il se produisit au moyen-âge , et surtout dans des temps plus rapprochés , des ^stèmes plus ou moins analogues aux dogmes de Parménide ; mais ils appartiennent à un mouvement d’idées très-différent de celui auquel avait obéi l’esprit humain pendant les douze siècles qui séparent Thalès etPythagore de Jean Philopon et de Simplicius.

Entre la philosophie ancienne et la philosophie nouvelle si les ressemblances sont nombreuses, la filiation des systèmes n’est ni assez directe , ni as- .sez immédiate , pour que nous transportions une des plus vieilles doctrines de la Grèce au milieu de l’Europe moderne L L’examen ‘de l’influence de

< A mesure qu’on s'éloigne de l’antiquité , l’Eléatisme semble de moins en moins compris. Au moyen-âge, on ne voit plus

176 PÀHMÉHIDB d’ÉIÉE.

FÉléatisme dans l’histoire de la science doit donc s’arrêter pour nous avec le développement intellectuel au sein duquel il avait pris naissance.

dans ce système que le côté sceptique ; et , au seizième siècle, que le côté cosmologique. Je citerai peu d’exemples. Dans la Divina Commedia, il y a un passage où saint Thomas parlant à Dante, sous la forme d’une lumière éclatante, lui explique plusieurs difficultés ontologiques , et finit ainsi : t 11 est bien bas » parmi les insensés celui qui affirme ou nie sans réserve. Sous vent l’opinion commune a une fausse direction , et l’amour- » propre obscurcit notre entendement. Souvent celui qui vogue » à la recherche de la vérité, sans connaître l’art de la trouver, s s’éloigne en vain du rivage et n’y revient pas tel qu’il en est

• parti. £n veux-tu des preuves convaincantes ? Vois Parmé- » nide, Mélissus, Brissiis et tant d’autres, qui allaient et ne sa-

• valent où ils portaient leurs pas.... »

Che quegli è tra gU stoiti bene abbasso ,

Cbc aenza distinzione afferma o niega,

Cosl neir au corne noU’ altro pa.sso ;

Perch’ cgi’ incontra che pib voUe piega L’ opinion corrente in altra parte,

E poi l’affetlo lo intelletto lega.

Vie pib che indarno da riva si parte ,

Perché non toma tal quai ci si move,

Chl pesca per lo vero e non ha Parte :

E di cl6 sono al mondo aperte prove '

Parmenide, Hellsso, Brisso e molli I quali andaro c non sapevan dove.

Paradiso, Cant. XIII , v. 115-126.

Il est curieux de voir ici Parménide placé à côté d’un homme aussi oublié que Brissus, lequel est pourtant cité par Aristote. {Ànalyt. poster. I, 9. )

Voici maintenant comment Montaigne comprenait la physi-

SON INFLUENCE DÀNS l’a.NT1QL'1TÉ.

Pendant la période de temps que nous venons de parcourïV , il est facile de voir que la grande et sérieuse crifique de l’Éléatisme appartient à Platon et à Aristote : Platon surtout démêla merveilleusement l’importance de cette école, et sut en dégager tout ce qu’elle pouvait contenir d’utile pour les progrès ultérieurs de la dialectique et de la philosophie en général. Les Éléates et leurs théories reviennent souvent dans les commentaires

que de ParméDide et la confondait avec son ontologie. Après avoir énuméré les opinions bizarres que les philosophes ont soutenues au sujet de Dieu , il se moque de leurs prétentions à découvrir la vérité : f Parmenides , dit-il , a fait Dieu un » cercle entournant le ciel et maintenant le monde par l’ardeur « de la lumière.* Montaigne, comméra remarqué M. Le Clerc, avait emprunté cette opinion sur Parménide à Cicéron ( Dt natura Deor., 1, 11 ). Il avait également pris dans Macrobe (In sotnn. Scip.,\,ii,) l’assertion que l’àme humaine était suivant « Parmenides de terre et de feu. » (Voy. les£sia«, n, ch. 12).

Bacon identifie le système de Parménide avec le naturalisme de Télésio, et présume seulement que le philosophe de Cosenza » dont l’esprit était dépravé par les préjugés des Péripatéti- • ciens, a un peu mis du sien ( dans le système de Parménide), » en y ajoutant la supposition du mouvement d’Hylès, d’ex- » pansion et de contraction.* (Voy. l’ouvrage de Bacon intitulé : De principüs et originibus secuntlum fabulas Cupidinis et Cceli , site de Parmenidis et Telesii et prcecipue Democriti philosophia Iractata in fabula de Capidine, Op., t. III, p. 208 Ed. Elz.)

PÀ&MÉniDB o’ÉLÉB.

alexandrins; mais on reconnaît vite que Plotin r queProclus, etleurs successeurs enseignaient leurs propres doctrines , au lieu d’exposer les théories de l’école d’Elée. Le travail des Alexandrins sur l’Eléatisme fut ce qu’il devait être , un travail de glose et de commentaire. L’esprit de critique ne viviôait point leur érudition ; pour eux, l’histoire de la philosophie n’était point un flambeau qui éclaire les systèmes ; c’était un recueil de témoignages où chacun s’empressait de puiser , afin d’ajouter à la valeur de ses opinions et de ses croyances l’autorité des noms que le temps avait entourés d’une glorieuse auréole.

Pour achever la tâche que nous nous sommes imposée, il nous reste à examiner l’Eléatisme en lui-même, et à déterminer quelle part d’éloge ou de critique lui revient.

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