III. VALEUR LITTÉRAIRE DU POÈME irc/5t yûatwc. AU
THElfTICITÉ DES FRAGMENTS QUI EN SUBSISTENT.
Le seul écrit de Parménide dont l’antiquité nous ait conservé des fragments , et le seul auss dont elle fasse mention , est un poème qui avait pour titre mpi çùasMf , comme prescpie tous les ouvrages des anciens philosophes. Ce poème était divisé en deux parties , dont les titres séparés , Tà itphç à>*iefiav , et ri irpiç , nous sont parvenus avec
i IX, 23.
PÀRHÉNIDE d’ÉlÉE.
les fragments qui s’y rattachent. Dans la première partie, Parménide traitait de l’être en soi et de la vérité absolue; et, dans la seconde, il s’occupait des choses sensibles et variables , des principes naturels, ce qui fait que Plutarque ^ appelait cette partie du poème une cosmogonie. Les anciens ont en général jugé avec sévérité le style de ce poème, (c Parménide , dans sa poésie , dit Proclus ^ , obligé » sans doute , à cause de la forme poétique , d’em- » ployer des expressions métaphoriques et des alwlégories, recherche néanmoins, pour dévelop- » per sa pensée , les tours les plus simples , les plus
» dénués d’ornement De sorte que c’est plutôt
» de la prose que de la poésie. » Cicéron ^ et Plutarque* trouvent également les vers de Parménide médiocres : et ce jugement est assez juste. Je voudrais cependant que l’on fit exception pour le prologue que nous a conservé Sextus Empiricus, et dont le tour semble parfois dérobé à Homère. Il y a d’ailleurs, dans ce début, quelque chose de sombre et de solennel , où respire le génie austère de la race dorienne, et qui n’est pas sans charme. Il est vrai que le style du reste des
* Amator. IX, 32, Reisk.
2 In Parm., IV, 62, éd. Cous.
. s Jcad., I, L. II, 23 : Minus bonis.... versibus. it De audit., c. 13, VI, 163, Reisk.
IKnObUCTION R BIOCkAPHIE.
Fragments est simple et dépourvu de tout ornement poétique; c’est à peine s’il s’y trouve quelques métaphores. Mais il ne faut pas oublier que
le but de Parménide était d’enseigner une doctrine éminemment abstraite , et que s’il écrivit en vers, ce fut sans doute parce que la forme poétique rendait ses idées plus faciles à retenir , et parce que l’usage d’écrire en prose n’était pas encore habituel.
On ne connaît de Parménide aucun autre ouvrage que le poème dont nous possédons les fragments. Diogène qui dit* * que Parménide écrivit en vers , ne parle nullement d’écrits en prose.
Suidas® dit bien : ïypcpfit 31 nva xoraXoyâSnv,
Zv fiipvnTat nictTcüv. Mais dans ce passage Suidas fait allusion évidemment à ce mot de Platon dans le Sophiste^ : toOto àTnfiapvjpecTO TreÇij rt u3e éxscototj Ityav xat (irrà fûTpm. Mais pourquoi le mot ne signifieraitil pas les discussions orales de Parménide, celles où brillait sa dialectique , et qui seraient ainsi opposées à ses écrits?
Ménandre le rhéteur, cité par Karsten*, dit que Parménide composa des hymnes sur la nature.
s Au mot na^^.
PiUUiiKISE D’ÉI/ÉE.
ûftvouç fufftoXoyaovc. Faudrait-il entendre par ces mots des espèces de récits où il décrivait, en les personnifiant sous les noms des dieux et des déesses , l’action des principes de la nature , comme c’était assez l’usage à l’époque d’Empédocle? Rien ne l’indique : et il est bien plus simple de supposer que les expressions de Ménandre s’appliquent à la seconde partie du poème de Parménide.
Enfin , s’il faut en croire Platon et Macrobe > Parménide aurait aussi parlé des dieux. On lit dans le Banquet * : t« 5è TraXaià npayiiXTu tt»/»! Otovf , & HaioSof xat UapfttviSni ^sfox/aiv. De son côté , Macrobo dit : Pjihagoras ipse atque Empedocles , Parmenides quoque et Heraclitus de dûs fabulati sont *. Ces deux passages sont formels : Parménide a écrit ou parlé sur la divinité. Mais qu’il ait fait un ouvrage, distinct de son grand poème, pour parler des dieux , c’est ce qui ne résidte pas aussi clairement des passages que nous venons de citer ; il vaut mieux en conclure ou que Parménide dans le cours de son poème parlait en effet des dieux comme en a parlé Hésiode \ ou bien que Platon et Macrobe faisaient allusion à la partie du poème de Parménide intitulée Tà npot îoÇax , dans laquelle il avait sans doute reproduit les croyances
s Somn. Scip . , I , c. 2.