INTRODUCTION ET BIOGRAPHIE
religieuses telles que la mythologie des poètes les répandait parmi le peuple.
Les fragments du poème de Parménide qui ont échappé aux ravages du temps sont encore assez considérables, puisque le tout forme un ensemble dip cent cinquante vers. Il serait impossible , à l’aide de ces seuls débris , de reconstruire l’œuvre en entier, et il est même fort difficile d’en tirer des inductions certaines sur l’étendue qu’elle devait avoir; mais ils suffisent amplement, avec les témoignages des anciens , à constater leur propre authenticité. Un seul auteur, Callimaque, cité par Diogène ^ , a prétendu que le poème attribué à Parménide n’est pas réellement l’ouvrage de ce philosophe. Mais outre que Diogène, qui rapporte cette assertion , ne nous fait connaître aucune des raisons sur lesquelles Callimaque s’appuyait, que peut valoir cette opinion isolée , dénuée de preuves et de développements , contre une foule de témoignages opposés ? Platon, au temps duquel le poème de Parménide devait être fort connu , en cite souvent des vers sans que l’authenticité lui en paraisse jamais suspecte. Aristote en fait autant. Galien, Clément d’Alexandrie, Cœlius Aurélianus, Plotin, Proclys, Stobée et Philoponus fournissent des extraits de ce poème ; Sextus Em-
PARMÉIUDE d’ÉLÉE.
piricus en donne tout le prologue , et Simplicius nous en a transmis les morceaux les plus importants et les plus considérables.
Aucun de ces écrivains ne balance à les attribuer à Parménide ; et , chose remarquable , tous les fragments que nous possédons s’accordent parfaitement les uns avec les autres. Plutarque ^ parle du poème de Parménide en termes qui font croire qu’il l’avait entre les mains , et Plutarque ne le soupçonne nullement d’être apocryphe. Il est vrai que peu à peu ce poème devint rare. Cependant Proclus, dans le V® siècle, paraît encore l’avoir eu en sa possession. Simplicius dit ® que s’il s’étend aussi longuement qu’il le fait sur les opinions de Parménide, c’est à cause de l’ignorance de ses contemporains sur tout ce qui a rapport à la haute antiquité, et sur le poème de Parménide en particulier. Ce passage du commentateur alexandrin atteste la rareté des exemplaires du wjoî fw<rtuf à cette époque ; et les citations importantes et nombreuses qu’il en fait témoignent en même temps que ce poème existait encore , au moins en partie. La simplicité même du style et du rhythme , qui d’ailleurs convenait si bien à un ouvrage du genre didactique , est une autre preuve de l’ancienneté
1 Adv. Colot., passim. et itripUc.
9 In Phys., J , 9 , A, et 31 , Â.
IHTBODVCTION ET BIOGBAPHIE.
de ces Fragments. Nous devons donc rejeter entièrement l’assertion de Callimaque.
Ce n’est pas sans motif que nous insistons pour dégager ce poème de tous les doutes et pour en maintenir l’authenticité; car les Fragments, qui ont survécu à l’oubli des siècles , sont la source la plus certaine , la plus positive et la plus abondante où l’on doive puiser pour retrouver le système de Parménide. L’antiquité, qui s’est montrée si avare de détails biographiques sur le philosophe, ne nous a guère laissé de développements sur une doctrine qui , par son opposition audacieuse et complète au sens commun , aurait cependant mérité d’être connue dans tous les détails de son organisation pour être appréciée avec justice. Philoponus croit * qu’ Aristote écrivit un livre pour réfuter Parménide, faai Si *ai ytypifOM axirâ iSiK npiç HapptviSov Sô^av. Il ne nOUS est
rien parvenu de ce livre ; Philoponus est le seul écrivain qui en parle ; et Fabricius n’en dit rien dans sa table des écrits d’Aristote. Mais il y a plus, et ceci paraît décisif, c’est que le passage de la Physique d’Aristote , sur lequel Philoponus appuie son assertion , n’annonce en aucune manière un ouvrage dirigé spécialement contre Parménide. Aristote, dans ce passage après avoir réfuté
1 In Phys., 1 , 1 3 , A , Venise , 1535 , Zanetti , in-f“. * Phys., 1,3.
PÀSNÉinsB d’éiée.
Mélissus , dit que les mêmes raisonnements s’appliquent à Parménide, sans préjudice d’autres arguments qui portent particulièrement sur lui , x«i lî rivi; «X>ot tSioi liatv ; mais ces mots d’Aristote font allusion , sans nul doute , à des raisonnements que l’on opposait à ceux de Parménide, et qui avaient cours dans les écoles , parmi les philosophes ; et il est impossible d’y découvrir l’indication d’un livre où Aristote les aurait développés. Or, Philoponus, après avoir parlé du prétendu écrit d’Aristote , ajoute immédiatement : ô vüv atvirrerai Sià roO uTntv xai St Ttvsc âXXot srspoi. L’assertion de Philoponus, malgré le fatri Si qu’elle contient , n’est donc qu’une conséquence tirée par quelques commentateurs , y compris Philoponus lui-méme , des paroles d’Aristote, conséquence dont nous venons de voir le peu de valeur.
Suivant Diogène * , Théophraste aurait aussi écrit un ouvrage sur Parménide ; mais c’est tout ce que nous en savons. Il nous faut donc demander aux Fragments mêmes le fond de la doctrine de l’homme qui donna au système éléatique sa plus grande rigueur , et au nom duquel cette doctrine sè rattache le plus étroitement. Nous nous appuierons ensuite , autant que cela nous sera possible, sur les écrits de Platon , d’Aristote et de
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INTSODÜCTIOR ET BIOGEÀPBIE.
Simplicius, principalement pour le développement des idées que contiennent ces Fragments. Il faut se servir de Platon avec précaution , parce qu’il mêle sans cesse ses opinions à celles des philosophes qu’il introduit dans ses dialogues. Cependant Platon , comme nous le verrons plus tard , est trèsimportant pour éclairer les doctrines éléatiques, parce que, idéaliste comme Parménide, mais n’absorbant pas tout dans l’unité absolue , il met en relief la grandeur et les défauts de l’école d’Élée, et peut servir à déterminer le rôle de cette école au sein de l’idéalisme antique.
Une fois cette exposition faite, selon nos forces, complétée et fortifiée par tous les témoignages que nous avons pu recueillir, il nous restera à examiner quelles ont été dans la philosophie ancienne la fortune de l’Éléatisme , et son influence dans le développement général de cette philosophie. Enfin nous essaierons , par un examen critique de cette doctrine , d’en montrer la valeur et de signaler ce qu’elle contient de vrai.