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DOCTHIRE.
partie de son poème, ainsi qu’un appendiœ et un accessoire. Et voilà comment ce qu’on peut appeler sa physique ne se rattache en rien à ce qu’il dit sur l’unité absolue, et comment il ne Êmt s’en occuper que subsidiairement, après la première partie de sa doctrine.
Lors même que Parménide ne se serait pas exprimé d’une manière aussi explicite, la suite de son système et tout l’ensemble de son argumentation suffiraient pour établir avec force son opposition à la certitude de la connaissance sensible. Il est vrai que Pbiloponus prétend* que Parménide faisait seulement une distinction entre la certitude des sens et celle de la raison , et les admettait toutes les deux. Les historiens de la philosophie , qui ne savaient comment accorder le système de Parménide avec le sens commun, ont visiblement penché pour l’opinion de Pbiloponus. Mais tous les témoignages de l’antiquité contredisent cette assertion. Ainsi , lorsqu’ Aristote parle* des philosophes
1 In Phys., 1 , 4» A.
S Gener. et corrupt, ,1,8: Evioi; yàp ïScÇt rüv to
Sv if àvayxig; r» trjaixcù àxc'vDTOv' TÔ fdv yàp xtvov oùx 5v' Tttvt)dnvai S oùx âv SiivatrOeu , pi) ôvTo; xcvou xi;^u^ta'fx(vov. où3 av TToXià itv« pai ôvTOf ToO Stsipyovroç... Èx piv ouv rtÙTUV TÔv X6yuv , virtjoêocvTiç Tnv «taSv<riv xcù iraptSôvus aùniv , ûf tw Wyia Siov àxo^oudtty , (Ivai yecat to niv iv xrî àxtvnrov xai intipov iviou TÔ yàp •nipa.t izspedvtiv irp'ot t& xtvôv. Oc ph ouv ovto>;, xoci ità rocvTa; tcc; ahiaç àmfnveevTo itipi rq; à\r)0tict(.
PABMÉniDE D’éLÉE.
qui rejettent et méprisent la connaissance sensible, comme si la raison devait être notre seul guide, et prétendent que l’univers est un , à qui fait-il allusion si ce n’est aux Eléates ? Proclus et Aristoclès^ séparent les deux parties delà doctrine deParménide, et Simpliciusdit expressément* * que Parménide plaçait les corps parmi les choses de l’apparence. Ailleurs le même commentateur signale la distinction que faisait Parménide entre la certitude rationelle qu’il élève au-dessus de toute espèce de doute, et la fausse certitude des sens.
Un passage de la Métaphysique d’Aristote semble au premier aspect donner raison à Philoponus. Dans ce passage*. Aristote dit que Parménide, forcé de se mettre d’accord avec les faits , et en
< /n Parm., V. p. 310 ; éd. Cous. — Cf. Aristocl. ap. Euseb. Præp. ev. XIV, 17.
* In Phys, I, 19, A.
S7)« Cœlo, m, 138.
* Mét., 1 , 3 : Tô Si toûto Çïjteîv , èan tô Tijv trépuv à-p’/ÿt'v Ç*l- Tirv , wî «y npsîç fctiti/tn , ôflrv « àp^ tvç r.mio'euç. Oi fJtiv oSv.... ÀXl’ îvcot yt TMV îv XeyovTuv , S>amp nmiôîvTtç \tish TaÛTïjf Çn- Tqoiwc . TO iv àxivqTÔv ftcaiv (Tvai xai tqv yiiacv ô}.vv , où fiôvov xarà yivtaiv xiù xceri y$opàv (toûto pèv yàp àp^oûôv Tt xai Trâvrc; <ûpo- Xôyjjirav), àXX« xai xorà nh» âXXi 7 V (jtrraëoXqv Trâaav’ xai toûto aÙTÜy iStov itrrt. Tüv piv ouv iv péùov faaxàvniv ri nâv , oùôtvi cvvsSt) Ti)v TotaÙTnv aviviî»tv aiuav , trXùv el apa Ila^fUvtSn , xal TovTu xarà toooûtov ôaov où povov iv , àXXà xai Sùo irû( rtôvaiv aMaç tivat. Tocc Si nXiiw irotoûatv fxâXXov nSé^irat Xiytty, olov tô 9tpphv xai yjluyjiô)) , i itvp xai yùx. Cf. Phys., I, 5.
DOCTRINE
admettant l’unité par la raison , d’admettre aussi la pluralité par les sens, en revint à poser deux principes et deux causes : et ces deux principes étaient le chaud et le froid, le feu et la terre. Mais Aristote n’a pas pris garde qu’il oubliait, en s’exprimant ainsi, et le texte même des Fragments de Parménide, et ce qu’il avait dit lui-même^. Parménide admettait le chaud et le froid , le feu et la terre, comme principes et comme causes , mais seulement lorsqu’il se plaçait dans le point de vue de la réalité sensible. Or , ceci ne contredisait en rien ce qu’il avait avancé au sujet de la certitude exclusivement attribuée à la raison , puisqu’il déclarait , préalablement à toute théorie sur la nature et le monde extérieur , que les sens étaient dépourvus de toute certitude; qu’aucune science ne pouvait reposer sur leurs données , et que, s’il s’en occupait, c’était de sa part une pure condescendance pour les croyances vulgaires. Il pouvait donc bien, une fois l’hypothèse de la réalité sensible admise, chercher une explication des choses de l’apparence , et donner pour principes à ces choses le chaud et le froid : mais cette explication ne pouvait à ses yeux avoir plus de certitude que la réalité et l’existence des choses expliquées, et cette réalité, il l’avait auparavant déclarée nulle et sans vérité aucune.
t Gener. et corriipt., I, 8. — V. plus haut, p. 39, note 2.
PABMÉNIDB d’ÉlÉE.
La contradiction prétendue que signale Aristote, dans le système de Parménide , ne s’y trouve donc à aucun degré; et l’opinion de Philoponus ne reposant sur rien, nous pouvons regarder comme hors de discussion le fait de la négation absolue de la réalité sensible par le philosophe d’Elée. Cela posé, voyons maintenant comment il procède, en s’appuyant exclusivement sur la raison et le raisonnement, pour construire sa théorie de la vérité; nous exposerons ensuite sa doctrine sur les choses de V opinion.
III. POINT DE DÉPART DE LA DOCTRINE DE LA VÉ- RITÉ, Oü DD rà irpàç àW9»te»v. OPPOSITION DE
l’étre et du NON-ÉTRE.
Il est de fait que tout jugement primitif de l’intelligence humaine contient l’affirmation d’une existence; nous ne pouvons exprimer une idée sans que le jugement qui la contient ne renferme la conception de son objet. Et cette notion de l’existence étant ainsi inséparable de tous les objets de la connaissance , si on élimine de nos jugements ce qu’ils renferment de particulier et d’individuel , on verra que ce qu’ils ont de commim , ce qui appartient à tous , c’est la notion de l’existence, l’idée de l’être. La conception de l’être, s’étendant ainsi à toutes nos connaissances, est l’idée la plus générale que nous puissions avoir; et
DOCTKINE.
kZ
c’est cette notion qui frappa d’abord Parménide. Non pas qu’il vît là un simple jugement de l’esprit, une pure opération intellectuelle , ni qu’à ce titre il en observât les caractères et la valeur; mais, au contraire , sans s’arrêter au fait psychologique de la généralisation de la notion d’existence, il ne vit que l’objet de cette notion qui est la plus générale et la plus vaste que notre esprit puisse concevoir; et réalisant cet objet, non pas tel que le donnent les jugements particidiers et concrets, mais tel qu’il serait s’il correspondait dans^le fait à la conception abstraite de l’être, il .confondit l’être en soi et l’existence , et tira tout son système de ces deux idées devenues, dans son esprit , adéquates l’une à l’autre. « L’être est , » dit-il \ , et le non-être n’est pas. On peut tout » affirmer de l’être et rien du non-être. » Ce sont là les deux premières propositions qui lui servent de point de départ; il les formule de la manière la plus générale, et il en conclut* qu’il faut admettre absolument ou l’être ou le non-être , ou l’existence absolue ou le néant absolu.
On peut remarquer ici le procédé de Parménide. Il a commencé par détruire la certitude des sens en l’opposant à celle de la raison. Maintenant, il trouve un nouvel antagonisme dans les seules conceptions
PABVémDE d’élée.
de la raison ; il oppose l’étre au non-être, et conclut de l’un contre l’autre. Nous le verrons ainsi prendre constamment l’idée la plus générale pour en faire l’image de la vérité réelle, et donner à toutes ses abstractions la valeur de la réalité absolue.
Après avoir opposé entre eux l’être et le nonêtre, il reprend, l’une après l’autre, l’idée du nonêtre et celle de l’être , et s’efforce de tirer de chacune de ces idées ce qu’elle contient. Cette recherche développe sur tous les points ce qu’il y a d’essentiellement contraire et opposé dans ces deux conceptions de la raison, prises l’une et l’autre d’une manière absolue; Parménide fait ressortir la notion de l’être du vague d’une conception indéterminée, en énonçant les conceptions moins générales qui la déterminent et l.i précisent ; et il aboutit à la célèbre conclusion de l’Éléatisme, que l’être est et est tout, et que le non-être n’est rien et n’est pas. C’est là en deux mots toute l’argumentation de Parménide. Essayons d’en pénétrer le dédale et les subtilités.