LE STOÏCISME ET LES PREMIERS CÉSARS
Dès lors les idées du Portique ne cessèrent jamais de compter de nombreux adeptes dans la noblesse ct les familles équestres de Rome. Le mouvement qui porta vers elles, à l’époque des Césars, tant d'hommes graves et cultivés n’eut donc point son origine, comme on Pa dit trop souvent, dans une révolte de la conscience contre la tyrannie, dans le désir de dresser, au milieu de la servilité générale, Pimage fière du sage prèét à subir sans se plaindre l'exil et la mort plutôt que de violer la loi morale : c’est simplement une tradition qui se continue ; et, si le succès de la doctrine parait croitre sans cesse, cela peut s'expliquer uniquement, au moins dans les premières années, par les loisirs que la vie publique laissait aux grands. Ceux que ne contentaient point la pure rhétorique, les petits vers ou les travaux d'érudition et dont l'esprit sérieux réclamait un genre d’élude qui pût servir à leur perfectionnement moral; ceux aussi qui, rongés d’ennui, promenaient d'objet en objet une curiosité lasse, allaient écouter les philosophes ; et les deux systèmes qui, depuis longtemps, se disputaient la faveur des Romains, l'épicurisme et le stoïcisme, voyaient l’un et l’autre grossir le nombre de leurs adeptes. Il se formait même des écoles éclectiques, d'existence éphémère, par exemple celle des Sextii qui combinait le stoïcisme, réduit à la morale, avec des idées pythagoriciennes et aussi, peut-être, des idées platoniciennes (4). Beaucoup de grands personnages avaient chez eux un philosophe ; mais ils ne faisaient en cela qu'imiter Scipion Emilien, Ti. Gracchus, M. Pupius, Piso Calpurnianus, Cicéron et Caton chez qui avaient vécu de longues années Panaetius, C. Blossius de Cumes, le péripatéticien Staséas, Diodote, Athénodore (2). Auguste lui-même
1) V. E. Zeller: Philosophie der Griechen, HI, 15, p. 615. (2) V. ibid., p. 534, 558, 585 et suiv. (note) ; 628 (n° ?).
n'avait il pas eu un philosophe domestique, Arcios (4) ? La philosophie lui était si peu suspecte qu'il avait composé et qu’il lut, devant un cercle d'amis, un ouvrage où il en conseillait étude (2). On a remarqué avec raison que «tous les hommes distingués de son temps, historiens ou poètes, jurisconsultes ou hommes d'Etat, Horace comme Labéon, Pollion comme Tite-Live s’en sont occupés avec ardeur (3).» Si Pollion et surtout Labéon peuvent passer pour des opposants, Horace ct Tile- Live comptaient parmi les familiers du prince, et qui ne sait que l’éclectisme du premier fit au stoïcisme une part de plus en plus considérable ?
Comment, d’ailleurs, la défiance des Césars se fùt-elle immédiatement éveillée à l'égard d’une secte qui s’élait développée quand déjà l'indépendance politique était morte dans les pays grécs, et dont les membres n'avaient jamais été, pour les successeurs d'Alexandre, des sujets rebelles? On ne voit mème pas que les sloïciens cussent alors cherché à faire renaitre la vie publique dans les villes qui conservaient encore une ombre de liberté. Ils admetltaient en général que le meilleur gouvernement serait celui qui combinerait la monarchie, laristocratie et la démocratie (4). Mais ils s’accommodaient fort bien de la simple monarchie. Le sage, selon Chrysippe, acceplera volontiers le sceptre. S'il ne peut régner en personne, rien ne lui délend de s'atla-
(1) Nous sommes mal renseignés sur ce philosophe; si on doit, comme l'admettent Zeller (ouv. c., p. 614, n° 2) et Croiset (Hist. de La Lil. gr., t. 5, p. #13) l'identifier avec Arecios Didymos, c'était un éclectique professant un syncrétisme voisin de celui d'Antiochos d’Ascalon on peut être du scepticisme de Philon de Larisse (v.R. Hirzel: Untersuchungen zu Cicero's philos. Schriflen, III (Leipzig, 1883), p. 242.
(2) V. Suët : Aug., 86. Cf. R. Hirzel : Der Dialog. (Leipzig, 1895), t. 2, p. 2.
(3) G. Boissier : Religion romuine, t. 1, p. 6. Cf. R. Hirzel (Der Dialog., t. ?, p. 4) qui nomme aussi Messalla Corvinus dont Horace dit (Odes, 3, 21, 9) : Socralicis madel sermonibus, et Iccius (v. Hor. : Od., 1, 29). Il fait remarquer qu'Auguste paraît avoir encouragé surtout une philosophie pratique comparable à celle que Xénophon a tirée de l'enseignement de Socrate (v.tbid., p. 3).
(4) Diogène Laërce:7, 131 (= J. von Arnim : Stoicorum ueterum fragmenta, t. 3, p. 175, n° 700).
ESSAI SUR PERSE à
cher à un roi; et il ne considèrera point comme une condition indispensable que ce roi soit déjà avancé sur le chemin de la sagesse (4). Assurément Caton d’Ulique élait stoïcien, mais Brutus professait une sorte léclectisme (2) et Cassius était épicurien (3). Aussi bien Sénèque dit-il expressément que Brutus à commis une grave erreur et ne s'est pas conformé aux principes du stoïcisme en redoutant le nom de roi, alors que, pour une cilé, rien ne vaut une monarchie juste (4). Du reste, pour le vrai sloïcien, la révolte est vaine (5), et pourvu qu'il garde sauves son indépendance ct sa dignilé morales, il ne doit pas se jeter dans la lutte des partis pour défendre, contre tout espoir, une constilulion qui lui plait davantage et qui a fait longtemps la grandeur du pays, mais que l’élat des mœurs ne comporte plus (6); sans doute on peul féliciter Caton d'avoir cru qu'il était plus honorable pour Rome de tomber dans la servitude que d'y courir (7), et Sénèque luimème a, plus d’une fois, loué sans restriction ce modèle du stoïcisme romain ; mais il lui arrive aussi de se demander si ce grand homme n’eùt pas mieux fait de se tenir à l'écart, puisque, après tout, on ne combattait plus que pour le choix d’un maitre et puisque loute tentative de restauration républicaine élait d'avance frappée de stérilité (8). Mais, s’il n’y avait en principe rien d’inconciliable entre la doctrine stoïcienne ct le régime impérial, il faut reconnaitre qu'une sensible
incompatibililé d'humeur devait bientôt se déclarer entre les Césars et
(1) Plutarque : De Sloic. repugn.,.?', p. 1.013? (= v. Arnim, op. cit, t. 8, p: 173, n° 691). C£: ibid., 30, p. 1.047 f. et de comm. not. 7, p. 1.061* (= Arnim : ibid., p. 173 ct 174, n°s 691) ct 6 13).
-(2) Selon Plutarque (Brutus, 2), il s'était attaché particulièrement à l'ancienne Académie. Cic.: Parad, Prooem., ?, laisse entendre que Brutus était un académicien professant la morale stoïcienne.
(3) V. Cic. : Ad famil., 15, 16 et 19 ; Plut.: Brut., 37. Cf. Zeller, I, 18, p. 376.
(4) Sén. : De benef., ?, 20, 2. Cf. dans Plut.: Brut., 12, une conversation de Brutus avec l’'épicurien Statilius et le stoïcien Favonius : Favonius déclare qu'une guerre civile est plus funeste que la plus injuste monarchie.
(5 Sén. : Epist., 13.
(6) Sén. : De benef., à, 20, 2: existimauit ciuitatem in priorem formam posse reuocari amissis pristinis moribus.
(7) Sén. : Episl., 95, 70.
(8) Sén. : Epist., 14, 13.
certains hommes de haut rang simplement résignés au nouvel ordre de choses, chez qui l’orgueil aristocratique se forlifiait et s’ennoblissait de l’irréductible dignité du stoïcien. On se trompe lorsqu'on oppose les Romains aux Grecs comme des esprits uniquement préoccupés d'intérêts immédiats à des âmes éprises de l’idée. Aimer en artiste le jeu de la pensée, se plaire à construire des systèmes d’une architecture harmonieuse, admirer la beauté logique d'un raisonnement juste ou, tout au moins, spécieux, ce sontdes joies intellectuelles auxquelles les Romains n'étaient guère sensibles (1), et il est bien évident que l'invention philosophique leur faisait défaut. Mais les meilleurs d’entre eux, une fois convaincus de la valeur pratique d’une doctrine, étaient capables de s’y attacher passionnément. L'éducation nationale, qui, pendant des siècles, avait formé les âmes au culte de la patrie et au respect de la loi, les avait préparés à sentir qu'il n’y a rien pour l’homme de plus grand que la subordination volontaire à un principe. Lorsque les progrès de la culture intellectuelle et du bien-être eurent développé l'esprit critique et l'individuälisme, lorsque les discordes civiles qui, longtemps, avaient agité Rome sans la déchirer, la jetèrent enfin dans une sorte d'anarchie chronique et qu’il devint diflicile de distinguer où était, au milieu des égoïsmes déchainés, l’intérêt véritable du pays, le stoïcisme vint proposer aux cœurs bien placés un culte nouveau, celui de la beauté morale ; et ces Romains l’embrassèrent avec le même esprit de sacrifice qui avait
(1) Et, même sur ce point, il faut se garder d'exagérer. Les jeunes Romains étaient fort capables de se passionner pour la dialectique. Patin a dit fort justement (Etudes sur la poésie latine, t. 2, p. 412) : « Cet éloignement de la société romaine pour la philosophie sur lequel il (M. Boissier) revient souvent, ne m'est point démontré. Je vois bien que les pouvoirs publics s'en défiaient comme d'uné nouveauté dangereuse, mais leurs coups d'État mêmes contre elle, me donnent à penser qu’elle n’était point, auprès des classes du moins que cela pouvait regarder, sans quelque faveur. On avait beau d’ailleurs l’'éconduire, l'exiler, elle reparaissait toujours, ramenée par ces philosophes grecs, ordinaires commensaux des grandes maisons, par ces fils de famille que les écoles d'Athènes renvoyaient à Rome épicuriens, stoïciens, péripatéticiens, académiciens, souvent un peu tout cela, et qui, méme entrés dans la vie active, ne revenaient pas sans plaisir aux spéculations dont s'élait enchantée leur jeunesse. »
rendu leurs ancêtres si forts. Ils furent prêts à mourir pour ne pas déchoir dans leur propre estime. Et je sais bien qu'ils n'étaient pas indifférents à l’eslime des autres. Ii y a toujours eu, comme on dit, de l’attitude chez eux, et la simplicité n’est point une vertu romaine. Mais n’est-ce pas précisément un principe de la physique stoïcienne que la perfection d’une chose répond au plus haut degré de tension (rives) des éléments dont elle est formée? Ce serait sans doute un jeu de mots d’en conclure que la raideur est une des conditions de la sagesse selon le Portique ; il n’en est pas moins vrai qu'en dénonçant le moindre relàchement de l’âme comme un danger pour la santé morale, le stoïcisme faisait, de leffort continuel ct de la perpétuelle surveillance de soi, la loi essentielle de son éthique :
Apposita intortos extendit regula mores (PERSE : Satire, 5, 88).
La vertu par excellence, c’est de tendre sa vic tout entière le long d’une règle unique (1), c'est de «vivre avec conformité (£ucAcyevpévos Ev)», c’est-à-dire de suivre avec une reclitude inflexible la raison, qui est Dieu même en nous. Ce fut bien là l'idéal de ce Rutilius Rufus que Cicéron a loué avec une admiration un peu ironique, et qui, poursuivi par la haine des publicains, aima mieux se laisser condamner injustement que de recourir pour sa défense aux artifices oratoires et à la mise en scène consacrés (2); ce fut l’idéal de Caton, héros qu'il est permis de trouver peu aimable, mais dont l’austérité, si nous en croyons Plutarque, enveloppait beaucoup de douceur et une sensibilité très vive (3). À côté de lui, avec un peu de complaisance, on mettait Brutus, et tous deux devinrent pour les stoïciens de Rome de véritables saints. Auguste ne prit point ombrage des louanges qu’on leur donnait : il voulait passer pour le restaurateur de la république et du vieil esprit romain, il ménageait chez les nobles ces regrets
(1) Cf. Sén. : Zpist., 71, 19-20 : Hoc (i. e. honestum) nec remitti nec intendi posse, non magis quam regulam, qua rectum probari solet, flectes. Quicquid ex illa mutaueris, iniuria est recti. Idem ergo de uirtute dicemus : et haec recta est ; flexuram non recipit.
(2) Cic. : De orat. 1, 53, 227 et suiv.
(8) Plutarque : Cal. Utic., 9.
qu'une classe dépossédée du pouvoir conserve longtemps; et, avec cela, nous l'avons dit, il se montrait favorable à la philosophie et aux philosophes. Mais il n’est pas surprenant que le stoïcisme, à cause du grand nombre d’adeples qu’il faisait parmi les grands, ait, de bonne heure, paru dangereux aux Césars. S'ils avaient gouverné selon la justice et säns se mettre au-dessus des lois, ils n'auraient éprouvé nulle colère contre des hommes qui, pour la plupart, tout en regrettant le passé, considéraient l'empire comme une nécessilé et acceptaient même des fonctions publiques. Mais leur despolisme supportait mal l'idée qu’il y eùt au Sénat quelques âmes fières tirant du sentiment de leur dignité, exalté par leurs convictions philosophiques, la force de ne pas plier devant eux, et, peu à peu, la secte tout entière leur devint suspecte. si
Cependant est-il bien juste d'affirmer que, « à partir de Tibère, une sorte de persécution fut organisée » contre les philosophes « et continua sans relâche jusqu'aux Antonins » (1)? Il ne parait point que Tibère ait vu un lien de cause à effet entre l'esprit d'opposition et le stoïcisme. Sans cela les accusateurs de Crémutius Cordus ne se seraient pas contentés d’invoquer contre leur victime les sentiments républicains qui éclataient, à Iles cnlendre, dans son admiralion pour Brulus et Cassius (2) : car, bien que personne ne nous dise expressément que Cordus passât pour un disciple du Portique, cela ressort du langage que Sénèque lui prète dans les dernières lignes de la consolation à Marcia, puisque le dogme stoïcien de la conflagration universelle s’y trouve affirmé (Ad Marc. de consol., 26,6). Mais, pas plus que Tacite ou que Dion, il ne nous dit que la haine de Séjan en ait liré un nouveau grief contre Cordus. C'est également pour avoir déplu à Séjan, et non comme philosophe, que le stoïcien Attale fut exilé (3). Sous Claude, Sénèque fut enveloppé par Messaline dans la disgrâce de Julie, sœur de Gaius, et relégué en Corse, mais il ne se trouva personne, je pense, pour rendre la philosophie responsable de l’adultère dont on accusait le philosophe ; et si, comme il est fort possible (4), |
(1) G. Boissier : L'opposition sous les Césars, p. 97. (8) Tac. : Ann., 4, 34. (Cf. Dion Cass., 57, 24).
(3) Sénèque le Père : Suas., 2, 12.
(4) Cf. René Waltz : Vie de Sénèque, p. 86 et suiv.
cette accusation n’élait qu'une calomnie, un simple prétexte, rien ne nous autorise à croire que le stoïcisme de Sénèque fût pour quelque chose dans la malveillance de Messaline contre lui. En tout cas, la faveur dont l’enseignement philosophique jouissait depuis longtemps auprès du public éclairé ne diminua point, puisque Agrippine, si soucieuse, quand celle eut épousé Claude, de flatter l’opinion, fit précisément appel à Sénèque pour diriger éducation et les études de son fils. Je sais bien qu'elle vit surtout en lui l’orateur et l'écrivain dont le talent, si bien adapté au goût du jour, charmait ses contemporains (1), l'homme du monde aimable, le causeur séduisant qui pourrait enseigner à Domitius l'art de conquérir les cœurs (2) : car, pour son compte, elle faisait peu de cas de la philosophie et n’y voyait rien qui püt convenir à un futur maitre de Rome : elle détourna son fils de cette élude (3). Mais on ne saurait prétendre qu’elle ait défendu à Sénèque de lui en donner la moindre teinture : sinon comment expliquer qu'il se fùt adjoint pour l'instruction de son élève deux autres philosophes, le stoïcien Chaerémon et le péripatélicien Alexandre d'Égée ? (4) On refusera peut-être d'accepter sur ce point le témoignage de Suidas, autorilé médiocre ; mais, si l'enseignement philosophique n’avait tenu aucune place dans l’instruction de Néron, je ne comprendrais pas que, plus tard, il eût « donné aux philosophes quelques moments après le repas » (5), se faisant un plaisir de les mettre aux prises. Cela prouve bien qu'il ne voyait dans la philosophie «qu’une jonglerie » (6), mais la jonglerie n’eût pas été pour lui très récréative s’il n'avait pas été inilié en quelque mesure à la diversité des systèmes.
Ce n'élait donc pas une chose surprenante, dans les dernières
(1) Tac. : Ann , 13, 3 : fuit illi uiro ingenium amoenum et temporis eius auribus accommodatum.
(2) Ibid., 2 : Diuersa arte ex aequo pollebant, Burrus militaribus curis et seueritate morum, Seneca praeceplis eloquentiae el comitale honesta. Cf. Waltz : ouvr. c., p. 153-154.
(3) Suétone : Ner., 52.
4) Suidas : s. u. AXéEavdoos Alyaios.
5) Tac. : Ann. 14, 16.
( ( (6) R. Waltz : ouv. c., p. 153.
années du principat de Claude (1), de voir un jeune homme de bonne famille suivre les lecons d’un philosophe. On peut supposer même que la mode s’en mêla : car, si Agrippine lui avait fait une concession en remettant son fils aux mains de Sénèque, un exemple venu de si haut dut, par un retour naturel, avoir bien des imitateurs. Mais, pour Perse, ce ne fut point affaire de mode ni de bel air ; non seulement sa nature le rendait avide de ce genre d’étude, mais la société qui lui fut ouverte quand il eut pris la toge virile et fait, comme nous dirions, son entrée dans le monde, était précisément cette fraction de l'aristocratie romaine pour qui le sloïcisme était devenu une véritable religion. Perse s’y trouvait pour ainsi dire chez lui, à cause de sa parenté avec Arria (2), femme de Thrasea, fille de cette autre Arria dont Pline le Jeune a célébré l’héroïsme (epist., 3, 16).et que Perse, dans son enfance, avait pu connaitre : en effet, il était âgé d'environ huit ans lors de la tentative malheureuse du légat de Dalmatie, M. Furius Scribonianus, pour s'emparer du pouvoir impérial (42 ap. J..C.) (8). On sait que le mari d’Arria, Caecina Paelus, qui s’élait associé à cette sédition, fut amené à Rome pour y êlre jugé; que sa femme, à qui on ne permit pas de s’embarquer avec lui, loua une barque de pêcheur et le suivit ; que, pour l’encourager à mourir sans regret, elle se frappa la première et lui tendit le poignard en prononçant les paroles bien connues (4). Nous croyons volontiers le biogra phe de Perse quand il nous dit que le poète, à peine adolescent, avait composé quelques vers sur cette mort (5) : qu'étaient les exploits lointains dont il lisait dans les livres l’histoire à demi légendaire, à côté d’une action accomplie tout près de lui, comme pour lui révéler que la force d'âme était une réalité toujours vivante ? Cette force, d’ailleurs, ne la sentait-il pas, cachée, il est vrai, sous les manières
(1) En l’année 49, date du mariage de Claude avec Agrippine, Perse avait quinze ans et suivait encore les leçons du rhéteur. V. Vila, 4.
(2) V. Vila Persi, 5 : .….. summe dilectus a Paeto Thrasea est... cognatam eius Arriam uxorem habente.
(3) Dion Cassius, 60, 15 ; Suét.: Claude, 13.
(4) V. Pline le Jeune : Lettre citée.
(5) Vila Persi, 8 : scripserat in pueritia... paucos in socrum Thraseae [in| Arriam matrem uersus.