CHAPITRE IT
Perse et la société stoicienne. Thrasea.
Il n'est pas impossible que l'étude du stoïcisme ait été traditionnelle dans la famille de Perse. Depuis l’époque déjà lointaine où Panaetius avait initié à la philosophie du Portique Scipion Emilien et son cerele (1), beaucoup de membres de l'aristocratie romaine, répudiant le préjugé national qui voyait dans les philosophes des bavards ridicules ou dangereux, avaient senti que, mème au point de vue pratique, tout n'était pas vain dans les découvertes de la sagesse grecque et, en particulier, qu'il y avait’une sorte d'accord préétabli entre les meilleures parties de l'esprit romain et les tendances dominantes du stoïcisme. Un système qui subordonnait la logique et même la physique à la morale, et qui présentait la philosophie comme l'apprentissage d’un art, le plus haut de tous, celui de bien vivre ; qui faisait de l'acceptation consciente d'une loi supérieure la fin de l’homme; qui fondait la morale et le droit sur cette loi immuable et éternelle devait trouver bon accueil auprès de ces hommes d'action et de ces juristes : il lui suffisait de s'offrir à eux dépouillé de la dialectique épineuse dont Chrysippe l'avait armé contre les attaques de la nouvelle Académie. Or Panaetius se distinguait de ses prédécesseurs par la clarté et l'agrément de la forme (2). Que son orthodoxie laissàt à désirer, c'était chose peu grave aux
yeux de ses disciples romains, enclins à ne voir dans les discussions
purement doctrinales que des querelles de mots. C’est done au IE siècle
avant J.-C., quand l'existence de la république ne semblait pas encore menacée, que commence ce qu'on peut appeler la période grécoromaine du stoïcisme.
() V. Ed. Zeller : Philosophie der Griechen, IIL, 15, p. 557 et suiv. (2) V. ibid., p. 560 et n° 8.