IT AUTRES OUVRAGES PHILOSOPHIQUES DE CORNUTUS
Parmi les questions de théorie pure qui divisaient les philosophes depuis qu’Aristote avait renouvelé les formes de la pensée grecque,
B. Schmidt (De Corn. theol. Gr. compendio cap. duo) s'est attaché à réfuter ces diverses hypothèses; il juge que la plupart des incohérences ne sont pas aussi choquantes qu'on l’a dit,et qu’il y a dans tout l'ouvrage une parfaite unité de style. Seulement, l’auteur à puisé à des sources diverses : Apollodore pour un grand nombre d'étymologies et pour la plupart des détails relatifs à la figuration et aux attributs des dieux ainsi qu'aux plantes et aux animaux consacrés à chaque divinité; certaines interprétations plus particulièrement stoiciennes peuvent venir de Chrysippe et de Posidonius, directement ou plutôt par l'intermédiaire d’un abrégé; un commentaire d'Hésiode, remontant peut-être à Cratès, a fourni deux passages (p. 27, 19- 31, 18 et p. 6, 20-8, 9); quelques détails ont été empruntés à un abrégé mythologique, d'autres à Philoxène, grammairien d'Alexandrie, d'autres, enfin, semblent appartenir à Cornutus lui-même.
(1) « Ce savant homme, dit C. Martha (les Moralistes sous l'Empire romain, p. 112), qui fut un grand homme peut-être où qui parut tel à ses contemporains.» Passait-il vraiment, de son temps, pour un grand homme? Je ne veux rien conclure du silence de Tacite sur l'exil de Cornutus, puisque la date de cet événement demeure, après tout, incertaine et que la fin des Annales nous manque; j'admets aussi qu'Épictète, qui, par son maître Musonius, se rattachait à la tradition cynico-stoïcienne et non au stoïcisme savant, ait volontairement négligé un auteur dont les tendances s’écartaient des siennes. Mais, vraiment, le seul témoignage de Dion Cassius (52, 29, 2) — je ne dis rien de celui de Perse, trop prévenu en faveur de son ami — ne suffit pas à prouver que Cornutus ait jamais été tenu pour une des gloires de son siècle.
(2) V. les fragm. dans Reppe: De L. Annaeo Cornulo, p. 77 et suiv., p. 83.
il n’en était peut-être pas de plus technique, de moins importante pour la conduite de la vie humaine que celle des catégories. Cornutus y avait pourtant consacré un livre spécial (1); il s’en était occupé aussi dans un traité de rhétorique (2), et, loin de jeter sur le débat des clartés nouvelles, il n'avait même pas réussi à voir la vraie nature du problème. Sans accepter toutes les conclusions du stoïcien Athénodore, qui avait déjà combattu sur ce point la doctrine d’Aristote, il s'était imaginé comme lui que les catégories aristotéliciennes devaient servir à classer les mots en tant que mots, tandis qu’elles ont pour objet de distinguer les significations premières, c’est-à-dire les principaux points de vue d’où l'esprit peut considérer les choses : essence, quantité, qualité, relation, lieu, moment, etc. Dès lors, il y cherchait ce qu’Aristote s'était bien gardé d'y mettre, par exemple la distinction entre le sens propre et le sens figuré (3). Son erreur est d’autant plus surprenante que le système des catégories, chez les stoïciens, se rapproche dans son principe de ce qu’il est chez Aristote et présente seulement des divisions différentes et en moins grand nombrè (4). Cornutus ne s’égarait pas autant lorsqu'il proposait de placer le poids, qui se définit par la légèreté ou la lourdeur, sous la catégorie de la qualité (5) et de ranger les adverbes près et loin sous la catégorie de la relation (6) : mais il aurait mieux valu laisser le premier sous la catégorie de la quantité et les deux autres sous celle du lieu. Mieux inspiré quand il s’attaquait à Athénodore, il définissait la relation d’une manière plus précise que ne l’avait fait ce stoïcien (7). Aïlleurs,
(1) V. Porphyre : In Arislot. caleg., p. 86, 20 Busse (Reppe : p. 76) et Simplicius : In Arist. categ., f. 15" 32, 1. 10, éd. de Bâle, 1551 (Reppe, p. 77). Cf. Reppe, p. 18.
(2) V. Porphyre, ibid.; cf. Reppe, p. 18.
(3) V. surtout Porphyre : Zn Aristot. categ., p. 59, 10, Busse (Reppe, p. 76) et Simplicius : Zn Arislot. caleg.f. 5°, 24, 1. 1, éd. de Bâle, 1551 (Reppe ibid. ; CR DA) el eo)
(4) V. Arnim, II, p. 124, n° 369-375.
(5) Simplicius, ibid., f. 33", 14, 1. 4 (Reppe, p. 77; cf. p. 24 et 26); je rappelle que les stoïciens ne distinguaient pas la catégorie récoy(quantité); cf. Arnim, ibid.
(6) Simplicius, ibid., f. 91°, 6, 1. 10 (Reppe, p. 78 (fin de la page).
(7) Simpl., tbid., f. 47%, 51, L. 45 (Reppe, p. 77 ; cf. p. 24).
nous dit-on, 1l se perdait dans des considérations étrangères au sujet : on s'explique cependant qu'il eüt été amené à définir le temps qui était pour lui, comme pour les maitres du Portique, l'extension du mouvement (1) : n’avait-il pas à se demander si le temps et l’espace ne doivent pas être envisagés comme des quantités ?
Au demeurant, dans toute cette discussion assez oiseuse, Cornutus avait montré plus d’érudition et de subtilité que de justesse d'esprit. D'ailleurs, parmi les questions controversées, il en examinait parfois de plus intéressantes que celle des catégories, par exemple le problème de l’immortalité de l'âme, auquel les stoïciens eux-mêmes avaient apporté des solutions différentes. La plupart admettaient que l’âme des hommes ordinaires survit au corps pendant un certain temps, mais que, seule, celle des sages dure autant que le monde, c’est-à-dire jusqu'à la conflagration universelle (2). Il semble résulter d’un témoignage de Jamblique (3) que Cornutus avait suivi sur ce point la doctrine de Panaetius (4), d’après laquelle Fâme mourait toujours avec le Corps.
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