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tatium, o poeta, incipient similia fingere. » Bücheler veut que le poète ainsi interpellé soit Silius et non pas Virgile et qu'il s'agisse des Puniques: Cornutus souhaite que les premiers de la cité fassent, à l'exemple de Silius, des poèmes d’un caractère moral. C'est possible. En revanche, il est bien téméraire d'en conclure que Cornutus vivait encore en 84 ap. J.-C., sous prétexte que les Puniques n’ont pas été commencées avant cette date : d'abord ce dernier fait n’est pas établi; et, quand il le serait, comment prouver que Cornutus ne parle pas d'une œuvre en projet ? (Cf. Reppe, p. 15-16).
(1) V. infr., 3° partie, ch. 1,$ 6.
(2) V. Reppe, p. 14-15.
(3) V. supr., p. 93.
(Néron, 29) assure, il est vrai, que Néron tolérait souvent une certaine - liberté de langage et qu’il lui était arrivé de supporter des critiques, ou même des attaques très vives, sans en rechercher ou sans en punir rigoureusement les auteurs ; on voudrait donc savoir si Cornutus était reçu d'ordinaire à la cour, où Lucain avait fort bien pu lintroduire, et s'il n'avait pas déjà, pour ainsi dire, tâté la patience du prince par quelques propos indépendants. Il est donc téméraire peut-être de s’écrier avec Renan (Les Apôtres, p. 344-345) : «Le martyr qui renversa du pied les idoles a sa légende ; pourquoi Annaeus Cornutus, qui déclara devant Néron que les livres de celui-ci ne vaudraient jamais ceux de Chrysippe (1), pourquoi Helvidius Priscus.. n’ont-ls pas leur image parmi les héros populaires que tous aiment et saluent? » Mais enfin le prince était capricieux et son indulgeace souvent très relative, même en pareil cas : il exila le cynique Isidore, coupable de l'avoir apostrophé en public pour lui reprocher de si bien chanter les maux de Nauplius et de si mal user de ses biens (Suétone : Néron, 39); et il faut remarquer que le mot de Cornutus devait blesser Néron plus encore : car enfin Isidore, d’une manière, il est vrai, ironique, rendait hommage aux talents dont le prince était si fier. On peut donc admettre que notre philosophe prévoyait l’exil qui punit sa franchise. Dira-t-on que la métromanie était chez Néron un travers assez inoffensif, et que le lui reprocher, sans s'être jamais risqué à élever contre ses crimes véritables la moindre protestation publique, c'était montrer plus de raideur pédante que de vertu ? Je veux bien, et j'imagine que Thrasea, en semblable circonstance, n’eût rien dit. Mais, au moment où l'indignation contre Néron était à son comble parmi les stoïciens et les simples honnêtes gens, elle ne choisissait pas toujours, pour se manifester, les meilleures occasions, et nous aurions mauvaise grâce à lui en faire un crime.
Je ne veux pas insister davantage sur un fait postérieur à la mort de Perse, puisque nous n’en pouvons conclure que Cornutus ait conseillé à son élève, quelques années plus tôt, de prendre une attitude hostile à l'égard du pouvoir. On peut même dire, ici, comme dans l'étude des relations de Perse avec Thrasea et avec Servilius Nonianus,
(1) On remarquera que Renan donne au mot de Cornutus un tour beaucoup plus hardi que ne fait Dion.
ESSAI SUR PERSE 97 que ies vraisemblances ne sont pas en faveur d'une hypothèse de ce genre (1).
La biographie de Perse cite, de notre philosophe, un trait de désintéressement fort honorable : Perse avait prié sa mère, par un codicille, de donner à Cornutus selon les uns cent mille sesterces, selon d’autres vingt livres d'argent travaillé et les œuvres de Chrysippe, formant environ sept cents volumes, soit toute sa bibliothèque. Cornutus w’aurait accepté que la bibliothèque et aurait laissé l'argent aux sœurs du poète, que leur frère avait instituées ses hérilières (2).