L’ALEXANDRINISME LATIN AU TEMPS DE NÉRON
En effet, après avoir montré comment le goût des faux brillants et du faux sublime envahit tous les genres, Perse entreprend de faire sentir par quelques exemples à quelles harmonies molles et à quels artifices puérils se réduit la perfection technique que l’on admire chez les versificateurs du temps. Remarquons d'abord que, dans tous les vers ou fragments de vers donnés par lui comme échantillons de la poésie contemporaine, il n’y a pas une seule élision. Et il semble que, pour rendre cette affectation plus visible, Perse se soit plu à multiplier ici, dans ses propres vers, le synalèphe de la finale en "», une de celles que déjà Ovide se permettait fort rarement (v. 96 : spumoswm et, et, dans le seul vers 98: Quidnam igitur tenerwm ef). La structure métri-
(1) Tout au plus pourrait-on retenir que l'exemple de Pédius, chez Perse, ne vient qu'en passant, à propos de la poésie contemporaine, comme celui de Pédius et de Corvinus vient chez Horace à propos du mélange des mots grecs aux mots latins dans la poésie.
ESSAI SUR PERSE 209 que des hexamètres raillés par notre-poète peut encore donner lieu aux observalions suivantes :
1° Le vers 95 est spondaïque ;
2° Tous les vers oné la césure penthémimère, que la trihémimère accompagne trois fois (v. 95, 100, 101) ou même quatre fois si on admet au v. 102 une trihémimère par tmèse (Eubhion in || geminat) ;
3 On rencontre quatre fois ce que j'appellerai la coupe bucolique imparfaile, c’est-à-dire que, quatre fois, le quatrième pied finit avec un mot sans qu'il y ait, d’ailleurs, aucune ponctuation sensible (v. 94 : Et qui caeruleum dirimebat || Nerea delphin ; v. 93 : sic costam longo subduximus || Appennino (ce vers, offre en outre, la trihémimère et la penthémimère); v. 99 : Torua mimalloneis implerunt || cornua bombis ; v. 102 : Euhion ingeminat; reparabilis || adsonat echo). On remarquera dans les vers 94, 100, 101 la coïncidence du temps fort et de l'accent tonique aux trois derniers pieds ; ; |
4° Les dactyles sont nombreux ; quand il y a, aux quatre premiers . pieds, deux dactyles et deux spondées, ils sont disposés selon le principe du groupement (4 ds s : v. 99) ou de l'encadrement (sd ds: v. 94: v. 100) (1);
5° Le vers 102 présente une succession de cinq dactyles destinée à produire un effet d'harmonie imitative que fait encore ressortir par contraste le v. 101, chargé de spondées (ds ss).
L'ordre des mots, considéré en lui-même ou dans ses rapports avec la structure métrique des vers, appelle aussi un certain nombre de remarques :
1° Quatre fois l’épithète se trouve placée à l’hémistiche, le substantif étant à la fin du vers, ou inversement (v.94 : … cacruleum... delphin; v. 95: … longo... Appennino; v. 99 : mimalloneis... bombis; v. 100 : uitulo .. superbo). On remarquera que, trois fois, les deux mots sont de terminaisons identiques, ce qui produit la consonance dite homoeoteleuton (v. 95; 99 ; 100) (2) ;
(1) Sur ces dispositions, cf. Plésent: Le Culex, p. 431, 432, 434.
(2) L'homoeoteleuton existe mème entre les vers 99 et 101 d'une part, 100 et 102-d’autre part, mais ce n’est probablement là qu'un hasard (cf. E. Norden: Die antike Kunstprosa, 11, p.881), quoi qu’en ait pensé Casaubon (v. Casaubon- Dübner, p. 105).
2 Deux vers qui se suivent contiennent l’un et l’autre deux substantifs accompagnés chacun d'une épithète, et, dans l’un et dans l’autre, il y a disjonction, avec rapprochement des adjectifs au v. 99 (disposition ab AB) et des substantifs au vers 100 (a BA b);
3° La disjonction du substanlif et de l'adjectif se trouve deux autres fois : aux vers 400-101, où le substantif est mis encore plus en relief par le rejet (Et raptum uitulo caput ablatura superbo Bassaris) et au vers 102, où le verbe est encadré entre l'adjectif et le substantif (reparabilis adsonat echo);
4 Par contre, on ne trouve que deux fois le substantif et l'adjectif rapprochés l’un de l’autre (v. 93 : Berecyntius Attis) et au vers 101 (Maenas flexura..….) ; encore faut-il noter que, dans le second Cas, l'intention est visible de renverser la disposition du membre de phrase précédent : ablatura superbo Bassaris. I est vrai que le même effet pouvait se combiner avec une nouvelle disjonction; il aurait suffi d'écrire : eé Maenas lyncem flexura corymbis. Mais le mouvement Et raptum.… et lyncem eût été détruit : R
5 Tous les hémistiches et tous les vers se terminent par un mot important, presque toujours par un substantif ou un adjectif, une fois (v. 102) par un verbe. Aiïlleurs le verbe est en tête (3 fois : v. 94, 95, 99) ou à l’intérieur (1 fois : v. 101) du second hémistiche, et il ne termine pas la phrase :
6° Il y a un effet de symétrie entre les deux fins de vers ablatura superbo el flexura corymbis.
Enfin la langue et le style présentent certains caractères particuhers:
1° On est frappé du grand nombre des mots grecs : 5 noms propres (Altis, Nerca, Bassaris, Macnas, Euhion), 5 substantifs (delphin, bombis, lyncem, corymbis, echo), 2 adjectifs (Berecyntius, mimalloneis) ;
2° Le style est très fréquemment figuré. Je relève: caeruleum appliqué à Nerea; dirimebat Nerea pour secabat mare ; costam subduximus Appennino; torua cornua; impleruntcornua bombis; flexura corymbis ; reparabilis adsonat echo. Mais, sauf la métaphore costam subduzximus Appennino dont on n'a aucun autre exemple et qui, d’ailleuurs, isolée de son contexte, demeure inintelligible pour nous, on ne peut pas dire que ces figures aient rien de rare ou de vraimentnouveau. Caeruleum Nerea rappelle caerula Cymothoe (Properce, 2, 26, 16). Déjà
ESSAI SUR PERSE e11 Tibulle (4, 1, 58) et Ovide (Métam., #, 187) avaient dit Nereus pour mare ; Virgile (Én., 7, 399) avait appliqué l’adjectif /oruus au son ; Lucrèce (4, 544) et Catulle (64, 263) s'étaient servis du mot bombus en parlant des trompettes et des cors ; corymbae pour dire kedera se rencontrait chez Tibulle (4, 7, 45); et enfin l'expression reparabilis adsonat echo n’est guère que la combinaison de deux fins de vers d'Ovide : plangentibus adsonat echo (Métam., 1,11) et resonabilis echo Gbid., 8,358) ; s’il y a de la hardiesse à prendre l'adjectif en bilis dans un sens transitif, Ovide, après Horace (Odes, 1, 3, 22 : Oceano dissocrabili), en avait donné l'exemple, et la substitution de reparabilis à resonabilis ne peut être considérée comme un grand effort de création (1). D'autre part, les expressions wifulo superbo et Euhion ingeminat, qui peuvent sembler heureuses, sont purement et simplement traduites, la première d’Euripide (Bacch., 743), la seconde de Sophocle (OEdipe roi, 201).
Nous pouvons nous demander maintenant dans quelle mesure les vers que nous venons d'étudier rappellent les caractères connus de la poésie à la mode au temps de Claude et de Néron. Cette absence totale d’élisions que nous y avons signalée s'accorde bien avec les indications données plus haut, notamment d’après les églogues de Calpurnius et celles du manuscrit d’Einsiedeln et d'après le Panégyrique de Pison, sur la technique des versificateurs de cette époque ; la régularité parfaite des fins de vers (l’hexamètre spondaïque mis à part), celle des césures, le nombre et la distribution des dactyles y répondent également. Mais, d’ailleurs, la plupart des artifices de métrique, de construction et de style qui nous ont frappés dans ces sept vers ou fragments de vers appartiennent à l’Alexandrinisme latin et relèvent tout particulièrement de la technique de l’épyllion dont de récentes études ont bien mis en lumière les procédés favoris (2).
L'hexamètre spondaïque n’est pas rare dans les Noces de Thétis
(1) Cf. d’ailleurs, Calpurnius : Ægl. 5, 20:
Tune etenim toto uernanti gramine silua Puliat et aestiuas reparabilis inchoat umbras. (2) Je citerai: Drachmann: Zur Cirisfrage (Hermes, 43 (1908), p. 44 et suiv.); Ch. Plésent: Le Culex, étude sur l'Alexandrinisme lalin (Paris, 1910) ; G. May: De stylo epylliorum Romanorum (Kiel, 1910).
212 F. VILLENEUVE et de Pélée et dans la Ciris (1). Nous savons que, dans cet hexamètre, la fin de vers, fréquemment fournie par un nom propre, d’ordinaire un nom propre grec, était considérée comme ayant beaucoup de douceur. Le plus souvent, d’ailleurs, un seul mot la formait tout entière : or, Quintilien nous dit que les mots constituant à eux seuls deux pieds qnt une harmonie molle (Inst. orat., 9, 4, 65 : … hic singulis uerbis bini pedes continentur, quod efiam in carminibus est permolle), et il cite précisément la clausule Appennino (2) à côté de armamentis (Ovide : Métam., 11, 456) et de Orione (Nirg. : Én., 3, 517). Les effets d'harmonie imitative étaient recherchés par les auteurs d’épyllia (3). Je citerai, comme offrant un rythme comparable à celui du vers 102 de notre satire, les hexamètres suivants :
Mollia sed tenui pede currere carmina, uersus.. (Culex, 3).
Saepe redit patrios ascendere perdita muros (Ciris, 172).
La disjonction du substantif et de l'adjectif est un des Do ris de la poésie latine; l'emploi en est presque constant dans l’épyllion comme dans l’élégie. En particulier, l'artifice qui consiste à placer l’adjecüif devant la césure et le substantif à la lin du vers, ou inversement, bien qu'il n'ait jamais exercé sur l’hexamètre d’aucun poète la même tyrannie que sur le pentamètre de certains élégiaques, compte parmi les procédés dont Catulle dans les Noces de Thétis et de Pélée et, après lui, l’auteur de la Ciris et celui du Culex usent le plus volontiers. Bien entendu, dans ces trois poèmes, il s’y ajoute très souvent l'effet de consonance que nous avons relevé aux vers 95, 99 et 100 (4).
(1) V. May, op. cit., p. 93-95.
(2) Cf. Cornelius Severus, cité par un scoliaste de Perse (Sat.,1, 95): pinea frondosi coma murmurat Appennini; Ov.: Métam., ?, 226 : Acriaeque Alpes et nubifer Appenninus ; Lucain, ?, 396 : Umbrosis mediam qua collibus Appenninus Erigit Italiam.
(3) V. May, op. cil., p. 99-101.
(4) Zbid., p. 43-53. Sur la disjonction comme procédé de versification, cf. J. Marouzeau : Un artifice de construction chez les poètes latins, Rev. de Phil., 35 (1911), p. 205 et suiv.
Les Alexandrins de Rome aiment à réunir dans un même vers deux substantifs accompagnés chacun d’un adjectif et, en ce cas, la disposition ab À B (Perse, 1, 99) est, à côté de la disposition «a BBA, celle qui domine (1). La disposition «a B Ab (Perse, 1, 100) n'est pas sans exemple, mais elle est beaucoup plus rare (2).
En revanche, tandis qu'on rencontre souvent chez Virgile l'adjectif isolé dans un vers et le substantif rejeté au vers suivant, selon la disposition relevée ci-dessus (3) (v. 100101 : ablatura superbo Bassaris) ou une autre analogue, cet ordre n’est pas très fréquent chez les auteurs d’épyllia connus de nous : ils s’en servent cependant plus d’une fois avec l'intention visible de donner au substantif un relief particulier; et, d'autre part, l’usage d’Ovide se rapproche sur ce point de celui de Virgile (4).
Le soin de réserver les places d'honneur de l’hexamètre (commencement, césure, fin) à des mots importants n’est pas un trait qui appartienne exclusivement aux Noces de Thétis et de Pélée, à la Ciris ou au Culex. Mais, du moins, en ce qui concerne les fins de vers, il semble que les Noces de Thétis et de Pélée soit, dans toute la poésie latine, l'œuvre où il est le plus sensible (5). D’autre part, dans les mêmes poèmes, les mots mis ainsi en valeur sont des substantifs et des adjectifs plutôt que des verbes, et on a fait remarquer que cela était naturel dans des ouvrages où les développements descriptifs tiennent plus de place que les morceaux dramatiques (6). Ajoutons que, comme dans les vers raillés par Perse, le verbe s’y trouve souvent en tête du second hémistiche (7).
Le vers 102 doit être mis à part, puisque nous y voyons un verbe détaché par la césure en même temps que par une ponctuation bien marquée. Mais ici apparait nettement le désir de produire un effet : les deux hémistiches se répondent l’un à l’autre comme l'écho répond au cri des bacchantes. Or, nous reconnaissons là un artifice cher à
1) V. May, p. 24-34.
(2) V. Drachmann : article cité, p. 418 (Ciris, v. 362; 451). (SN VE supr., D 210:
(4) V. May, p. 31 et suiv.
(5) Zbid., p. 38.
(6) Zbid., p. 14 et suiv.
(7) Tbid., p. 17.
è14 F. VILLENEUVE
l’'Alexandrinisme latin et qui lui est commun avec la rhétorique : le parallélisme des membres de phrase (1). Nous en avons encore un exemple dans les deux fins de vers ablatura superbo et flezura corymbis, et peut-être aussi dans le mouvement £Y raptum.….. et lyncem.
Il est à peine besoin de rappeler que l'emploi d’un grand nombre de mots grecs, noms propres et noms communs, est un des caractères saillants de la langue des épyllia. Pour m’en tenir à ceux de ces mots qui ont trouvé place dans les vers examinés ici, je relèverai bombis (Catulle, 64, 263 : bombos), corymbis (Culex, 144 : corymbos), echo (Culex, 152) ; je noteraïi en outre que Berecyntius se rencontre chez Ovide (Métam., 11, 107 : Berecyntius heros ; cf, Virg. : Én., 6, 784 : Berecyntia mater), ainsi que Æwhion (Ars amat., 1, 563); et le même poète appelle quelque part les Bacchantes Mimallonides (Ars amat., 4, 541). .
Après cette série de remarques, nous ne saurions nous refuser à considérer comme très vraisemblable une récente hypothèse de M. Reitzenstein : « La supposition, dit-il, faite par Drachmann que cette technique (celle des vswrcoc:), après les œuvres. maitresses de Virgile, n’a plus trouvé aucun partisan, semble tout à fait contraire à l’histoire. Ce que Perse raiïlle dans sa première satire, comme la poésie à la mode parmi les amateurs de son temps, c’est l'harmouie molle, les mots grecs, la recherche des vers spondaïques, en un mot la technique alexandrine et l’art de l’épyllion (2) ». J'indique comme dernier argument en faveur de cette opinion que, tout entier le vers 99: torua mimalloneis implerunt cornua bombis est une réplique du vers 263 de l’épyllion de Catulle : Multis raucisonos efflabant cornua bombos.
Quelques réserves me paraissent pourtant nécessaires : d’abord, dans ces échantillons d’art alexandrin que nous donne Perse, la métrique est bien celle des versilicateurs du temps, c’est-à-dire que, dans l’ensemble, elle rappelle Ovide plus que Catulle : dans le vers même qui est imité de ce dernier, la disposition d d s s a remplacé la disposition sdss. L'influence d'Ovide se traduit encore dans quelques
(1) May, p. 78-88.
(2) R. Reïtzenstein : Die Inselfahrt der Ciris, Rhein. Mus. 63 (1908) p. 615- 617, note.
expressions que nous avons relevées : or, si on peut considérer le poète des Métamorphoses comme le continuateur des vewzsosr, sa facilité suffit à mettre entre eux et lui une différence assez profonde (1). Enfin, s’il est vrai que l’Alexandrinisme latin, à ne considérer que les œuvres écrites en hexamètres, a réalisé pour ainsi dire son type dans l’épyllion, d’autres œuvres pouvaient présenter, tout au moins dans certaines de leurs parties, la même technique ou une technique très voisine. Je trouve, par exemple, dans le Panégyrique de Pison (2), le morceau suivant où on reconnaitra sans peine plusieurs des procédés étudiés ci-dessus :
Si carmina forte
Nectere ludenti iuuit fluitantia uersu, Aonium facilis deducit pagina carmen ; Siue chelyn digitis et eburno uerbere pulsas, Dulcis Apollinea sequitur testudine cantus Et te credibile est Phoebo didicisse magistro. Ne pudeat pepulisse lyram, cum pace serena Publica securis exultent otia terris, Ne pudeat : Phoebea chelys sic creditur illis Pulsari manibus, quibus et contenditur arcus ; Sic mouisse fides saeuus narratur Achilles, Quamuis mille rates Priameius ureret heros Et grauis obstreperet modulatis bucina neruis : Illo dulce melos Nereius extudit heros Pollice, terribilis quo Pelias iuerat hasta.
Arma tuis etiam si forte rotare lacertis Inque gradum clausis libuit consistere membris Et uitare simul, simul et Captare petentem :
Mobilitate pedum celeres super orbibus orbes Plectis et obliquis fugientem cursibus urges ; Et nunc uiuaci scrutaris pectora dextra, Nunc latus aduersum necopino percutis ictu.
(Laus. Pisonis, v. 163-184) (9).
Mais un rapprochement frappant entre tous est celui que nous fournissent quatre vers et demi de Néron provenant peut-être des 7roica,
(1) Cf. May, op. cil., p. 28 et suiv. Je trouve, malgré tout, que M. May exagère cette différence. La note juste me parait donnée par M. Plésent : Culex, p. 485; p. 489.
(2) Cette pièce a, dans l’ensemble, un caractère oratoire qui ne permet pas de l’assimiler à un épyllion.
(3) J'ai reproduit le texte d’E. Baehrens : Poelae lat. min., I, p. 232-233.
c’est-à-dire d’un poème épique en plusieurs livres (1): ceux-ci d’abord, conservés par le scoliaste de Lucain (Adnotationes super Lucanum, 3, 261, p. 99 Endt) :
Quique pererratam subductus Persida Tigris Deserit et longo terrarum tractus hiatu “Reddit quaesitas iam non quaerentibus undas ;
ensuite l'hexamètre cité par Sénèque (Nat. quaest., 1, 5, 6) : Colla Cytheriacae splendent agitata columbae ;
enfin le fragment qui se lit chez Suétone (Vie de Lucain, p. 51, 10 Reiff.) :
Sub terris tonuisse putes.
Il n’y a aucune élision dans ces vers ; on y trouve deux fois ce que j'ai appelé la coupe bucolique imparfaite, avec coïncidence des trois derniers temps forts et de l’accent tonique (subductus Persida Figris ; terrarum tractus hiatu); les véritables césures y sont tout à fait normales. Partout le substantif et l'adjectif sont disjoints, et, avec une implacable monotonie, chaque césure ramène son adjectif, chaque fin de vers son substantif; deux fois cet effet trop prévu se double de la consonance des finales (quaesitas..… undas:; Cytheriacae ... columbae) et deux fois aussi un second substantif accompagné de son adjectif vient compliquer la structure de la phrase en donnant les dispositions abABet AbaB; cette seconde disposition ajoute une élégance à une autre puisqu'elle encadre le vers entre deux substantifs (2). Les verbes deserit et reddit sont, par recherche de la symétrie, placés l’un et l’autre au commencement de deux vers qui se suivent, et je note, de plus, une sorte de jeu de mots antithétique : quaesitas iam non quaerentibus. Je relève trois mots grecs, noms propres et adjectif ethnique (Persida, Tigris, Cytheriacae) dont deux sont rapprochés de manière à
(1) Il est certain, en tout cas, que les trois vers cités par le scoliaste de Lucain sont tirés d'un poème en plusieurs livres, puisqu'ils sont introduits par la formule suivante : «De hoc ait in primo libro Nero ».
(2) V. May, p. 7-18.
former une fin de vers n’offrant, comme Berecyntius Athis que des sonorités étrangères : Persida Tigris (1).
La seule différence appréciable entre la technique de ces fragments de Néron et celle des vers à la mode que nous lisons chez Perse est dans le nombre des spondées, puisque le premier fragment nous offre la composition suivante :
dsss
dsss Ss5s
Mais, comme les deux autres fragments donnent, d’une manière tout à fait conforme aux habitudes du temps, ddsd et sdd..., il n’y a peutêtre, dans cette multiplication des spondées, qu'une recherche d’harmonie, dont, à vrai dire, la valeur m’échappe: l’auteuraurait-il voulurendre ainsi plus sensible la longüeur de cette course souterraine du Tigre ?
Il n’est donc pas certain que les sources ou les modèles directs des vers cités ou fabriqués par Perse fussent des épyllia plutôt que quelques-uns de ces morceaux mythologiques dont s’ornaient volontiers tous les genres de poèmes écrits en hexamètres (2). Je reconnais d’ailleurs qu'Attis et les Bacchantes étaient d'excellents sujets pour la poésie de tradition alexandrine. Catulle avait traité le premier dans le rythme galliambique (Carm., 63) et consacré au second une épisode des Noces de Thétis et de Pélée (v. 251-264). Nous pouvons inférer d’une épigramme de Martial que la poésie mythologique de son temps s’exerçait encore sur eux (3). Or, nous trouvons précisément dans
(1) Le goût de Néron pour les expressions rares et affectées est confirmé par ce que nous dit Pline : N. H., 37, 50: il avait, dans une piêce de vers, appelé les cheveux de Poppée sucinos (Cf: Jahn: Proleg., LXXVI).
(2) Remarquons d'ailleurs que le vers costam longo subduximus Appennino peut avoir une source tout autre qu'un poème où qu’un épisode mythologique.
(3) Au moins sur la fable d'Attis: v. Martial : 2, 86, 1 et suiv.
Quod nec carmine glorior supino,
Nec retro lego sotaden cinaedum,
Nusquam graecula quod recantat Echo,
Nec dictat mihi luculentus Attis
Mollem debilitate galliambon,
Non sum, Classice, tam malus poeta.
Au demeurant, il semble bien que Martial, dans ces vers, se souvienne du présent passage de Perse.
Dion Cassius (61,20) l'indication suivante : ’Exbapodnoé se "Azriy tua à Bévyaz 5 Abyousres, c’est-à-dire, je pense (1) : le prince déclama, en s’accompagnant sur la cithare, je ne sais quel poème d’Attis ou des Bacchantes.
Puisque je rencontre pour la seconde fois, dans cette discussion, le nom de Néron, je crois le moment venu de m'expliquer sur un problème que M. Reitzenstein a peut-être tort de considérer comme ne se posant pas ou ne se posant plus : dans une parenthèse que j'ai tout à l'heure laissée de côté, il déclare en effet, assez cavalièrement, « qu'on n’a même plus à mentionner l'opinion folle qui attribuait les vers dont Perse se moque à l’empereur Néron ». Je sais bien que l’autorité des plus grands noms n’est qu’un faible argument si elle ne se fortifie pas de preuves positives. Mais enfin, l'hypothèse écartée par M. Reitzenstein avec une si méprisante hauteurn’apas seulement pour elle le sufrage d'hommes tels que Casaubon et Jahn, elle peut invoquer des témoignages anciens dont on ne saurait se débarrasser sans les avoir
soumis à un examen critique (2). É 4
LA
PERSE A-T-IL RAILLÉ, DANS SA PREMIÈRE SATIRE, LES PRÉTENTIONS POÉTIQUES DE NÉRON ?
On lit dans le dernier paragraphe de la Veta Persii : « Cuius libri (i.e. Lucili libri decimi) principium imitatus est, sibi primo, mox omnibus detrectaturus cum tanta recentium poetarum et oratorum insectatione ut etiam Neronem principem illius temporis inculpauerit ». Donc Perse, dans cette peinture satirique de la littérature à la mode, aurait pris à partie le prince lui-même. Mais faut-il entendre que l'attaque tenait tout entière dans un vers retouché plus tard par
(1) V.O. Jahn, p. 109; Cf. Proleg., p. LXxvIr. (2) J'ai largement mis à profit dans cette discussion un article fort net de
M. Haguenin: Perse a-t-il attaqué Néron? Rev. de Phil., 23 (1899), p. 301 et suiv.
Cornutus ? Voici en effet ce que dit la Vita, à la suite du passage cité ci-dessus : « Cuius uersus in Neronem cum ita se haberet : awriculas asini Mida rex habet, in eum modum a Cornuto, ipse tantummodo, est emendatus : auriculas asini quis non habet? ne hoc in se Nero dictum arbitraretur ». Je vois trois manières possibles d'interpréter cette phrase : ou bien elle n’est que le développement immédiat de la précédente et les mots «auriculas asini Mida rex habet » nous sont donnés comme le seul trait dirigé contre le prince : en ce cas l’auteur de ces lignes ignorait qu’on eût attribué à Néron les vers raillés par Perse ou tenait cette attribution pour fausse. Ou bien ce grammairien, après une indication générale, a voulu citer un exemple particulier, d'autant plus intéressant qu’on ne le trouvait plus dans l’édition définitive des satires de Perse, et, dès lors, nous en sommes réduits aux hypothèses touchant les allusions qui avaient paru à Cornutus moins dangereuses. Où enfin il s’agit de deux faits sans lien l’un avec l’autre : Perse avait, plus ou moins directement, reproché à Néron d’être un méchant écrivain, et, d’un autre côté, il avait écrit les mots auwriculas asini Mida rex habet qui ne visaient pas Néron, mais que le prince aurait pu prendre pour lui. Cette dernière interprétation est celle qui cadre le mieux avec le sens propre de l'expression ne hoc in se Nero dicltum arbitraretur, et elle s'accorde parfaitement avec le texte de la scolie au vers 121 (Persius sic scripsit : « auriculas asini Mida rex habet », sed Cornutus hoc mutauit ita ponens : « auriculas asini quis non habet ? » werilus ne Nero in se dictum putaret). Cornutus aurait craint que Néron ne se méprit sur la véritable pensée du poète, par une erreur d'autant plus naturelle que Perse ne l’avait pas épargné dans le reste de la satire. Mais alors on ne comprend plus ce que signifient les mots cuius uersus in Neronem (1), et, en même temps, l’incertitude demeure plus complète que jamais sur la nature des allusions ou des attaques voulues : tout au plus peut-on dire que les termes employés dans la Vita (cum tanta insectatione ut. Neronem ineul-
(1) M. Haguenin (art. cité, p. 306) se demande si les mots in Neronem ne sont pas une glose d'un grammairien qui aura été dupe de la forme relative cuius : celle-ci en effet semble introduire un simple développement de la phrase précédente. |
220 F. VILLENEUVE pauerit) s’'appliquerait bien à la sortie énergique qui suit les quatre» vers sur les Bacchantes.
Vague et peu net dans les indications que je viens d'examiner, le dernier paragraphe de la Vifaest, toutentier, d'une autorité douteuse. D'abord, comme j'ai eu précédemment (1) l’occasion de le rappeler, il se rattache de la manière la plus gauche au reste du morceau. Que d’ailleurs, sous la forme où nous le lisons aujourd’hui, il ait été rédigé à une époque déjà basse, nous en avons pour preuve l’emploi de la tournure mox ut (2). Je ne dis rien de l’apposition principem illius temporis que le grammairien a cru devoir ajouter au nom de Néron : ce n’est peut-être qu’une glose introduite après coup dans le texte. Je ne n’arrêterai pas non plus à deux observations de M. Haguenin, plus ingénieuses, il me semble, que solides ‘ c’est, d’après lui (3), un signe de légèreté trahissant un commentateur tardif d’avoir éru que Perse, dans cette première satire, s’en est pris aux orateurs comme aux poètes de son temps ; en réalité l'exemple de Pédius est introduit d’une manière purement incidente. D'autre part, le tour même de la seconde phrase marque, assure-t-il, un étonnement qui surprendrait si l’auteur de ces lignes était un contemporain : un contemporain, en effet, se füt souvenu que les attaques contre Néron avaient été nombreuses. Mais, outre que l'expression cum lanta recentium poetarum et oratorum insectatione ne définit pas nécessairement le sujet même de la satire, la légèreté des commentateurs n’a pas de date ; aussi bien pourrait-elle invoquer ici une assez bonne excuse : Perse a présenté tout d’abord (v. 13 et suiv.) ses critiques sous une forme assez générale pour qu’on püt les croire dirigées contre des œuvres littéraires de toute espèce. Sur le second point, j'estime qu’il ne faut pas exagérer la force du tour cum tanta... insectatione ut etiam.…. ; l'emploi en est ici fort naturel ‘ Perse n'avait épargné aucun écrivain, pas même le prince.
Si la rédaction de ce supplément à la Via est très postérieure au kr siècle de notre ère, le fond, en revanche, doit provenir pour une
(HuCL SuprS p-170. | (2) Sed mox ut a schola magistrisque deuertit.. V. M. Bonnet: Le latin de Grégoire de Tours, p. 320; cf. Marx: Lucili reliq., I, p. 145.
(3) V. Haguenin : art. cité, p. 303.
part d'un commentaire de la bonne époque : car il offre, sur le livre 10 de Lucilius comme source de la première satire de Perse, un renseignement tout à fait précis et vraisemblable qu’un grammairien de l'extrême décadence n’eùt guère pu inventer. Ce qui est dit de Cornutus remplaçant Mida rex habet par quis non habet n'a pas moins de précision, mais l'invention, ici, s’expliquerait sans peine : les mots auriculas asini quis non habet substilués à la forme proverbiale de l’expression ont pu déconcerter un commentateur superficiel : connaissant mal les habitudes de Perse qui aime à renouveler par quelque changement inattendu les locutions courantes et populaires (1), mais se rappelant que Cornutus avait été l'éditeur posthume des satires de son élève, il aura imaginé l’anecdote qui termine aujourd’hui la Vita, et qu’on retrouve dans la scolie au vers 121 sans qu’on puisse dire quelle est, des deux rédactions, la plus ancienne (2).
Si nous passons maintenant à l'examen des diverses scolies où il est fait mention de Néron, nous ne rencontrons que renseignements contradictoires et invraisemblables. Celles qui accompagnent les vers 93 et 99 juxtaposent trois opinions différentes sur l’origine des hexamèlres dont se moque Perse : 1° ces hexamètres sont d’un poète hellénisant, inconnu d’ailleurs ; 2 ils sont de Néron; 4 ils ont été fabriqués par Perse. On ne saurait donc tenir pour certain qu’il ait jamais existé une tradition ferme les attribuant à Néron (3). Dira-t-on que c’est trop de scepticisme alors que les scolies aux vers 4, 29, 120, 121, 128 signalent une-série d’allusions à Néron ? Mais quelle valeur peut-on accorder à ces scolies ? La première (v. 4) qui reconnait Néron sous Polydamas, soit parce que le prince avait eu plusieurs femmes, soit parce qu’il était lâche, parait ridicule: Perse ne fait ici qu'utiliser deux expressions homériques passées depuis longtemps en proverbe (GP Cie. : ad Att., 2; 5, 157,448; 16, 2). La seconde (v. 29) où il est dit que les poèmes du prince étaient répandus dans les écoles ne
(1) Nous verrons d’ailleurs que auriculas asini quis non habel n’est qu'une variante du paradoxe célèbre täs depwv uivetur.
(2) V. Haguenin, p. 307.
(8) Je ne dis rien de la citation que le Mythographus Vaticanus (3, 12, ?) fait des vers de notre satire sous le nom de Néron: l’auteur de cette compilation n'avait peut-être d'autre autorité que nos scolies.
ere F. VILLENEUVE
trouve sa confirmation chez aucun historien ; aussi bien l’allusion serait-elle vague puisque beaucoup d’autres œuvres, en tout cas, servaient aux exercices des écoliers. La troisième (v. 120) contient une inexactitude matérielle : il n’est pas vrai que Néron eût les oreilles grandes (1). Au reste, une injure de ce genre surprendrait de la part de l’homme qui dit un peu plus loin : /usco qui possit dicere : lusce. La quatrième veut que l’Iliade dont il s’agit au vers 121 soit l’Iliade de Labéon ou les Troica de Néron. La première interprétation est bien plus satisfaisante que la seconde puisque Labéon a déjà été attaqué deux fois dans la satire ; mais pourquoi ne serait-il pas question tout simplement de l’Iliade d'Homère ? Perse ne vendrait pas son droit de railler pour une Iliade, c’est-à-dire pour ce qu’il existe, aux yeux d'un poète, de plus précieux. La cinquième (v. 128) qui parle d'attaques de Néron contre des auteurs de tragédies (contra tragoediographos) ne peut s'expliquer, si le texte n’est pas altéré, que par un contre-sens du scoliaste. |
En somme, il n’y a là que du fatras, et l'invention, en ce genre, est si facile que des commentateurs modernes (2) ont considérablement allongé cette liste de prétendues allusions ; ils ont appliqué à Néron tout le portrait du riche amateur tel qu'il se dessine à partir du v. 45 : Néron ne déclamait-il pas en public, n’avait-il pas un débit affecté, n'aimait-il pas à justifier ses gouts d'acteur par le proverbe nullum occuliae musicae esse respectum (Suétone : Néron, 20 : cf. Perse, 1, 24-27)? N'était-il pas de race patricienne (cf., v. 61), fastueusement libéral, avide de louanges ? N’avait-il pas le ventre proéminent (Suét. : Nérobt::uites uentre proiecto : cf. Perse, 1, v, 57) ? Il est vrai qu’il n’élait pas chauve (V. Suét. : Nér., 51), quoi qu’en dise le scoliaste de Lucain (1, 53, 58, 59), trompé sans doute par le caluum Neronem de Juvénal (4, 38) : qu’à cela ne tienne ! on n’a qu'à ne pas prendre le calue de Perse (v. 56) au sèns propre (3). On voit comme c’est simple.
(1) V. Haguenin, p. 305 et note: «... Voir... les bustes dans Bernouilli et au Louvre : les oreilles sont normales, seulement un peu détachées et légèrement obliques ». |
(2) V.Jahn: Proleg., Lxxvm, et Lehman : Zeüschrift für die Altertumswissenschaft 10 (1852), p. 193 et suiv.
(3) «Dummkopf» (Lehmann, art. cité p. 201, d'après Casaubon (v. Casaubon-
ESSAI SUR PERSE 223 Est-il au moins vraisemblable en soi d'attribuer à Néron les vers raillés par Perse ? Il parait étrange que Cornutus eût laissé subsister, même dans une œuvre posthume, alors que la mère et la sœur du poète vivaient encore et pouvaient être frappées dans leurs biens, leur liberté ou même leur vie (1), un trait de satire aussi mordant contre le prince. Qu’on songe, en effet, à l’âpreté des paroles dans lesquelles le poète résume son jugement (v. 103-104) :
Haec fierent si testiculi uena ulla paterni Viueret in nobis ?
Il me semble qu’on abuse trop souvent ici d’une indication de Suétone sur la patience de Néron à l'égard des injures : #thil palientius quam maledicta el conuicia hominum tulit (Suét.: Nér., 39). Les exemples cités ensuite par l'historien montrent que cette patience avait des limites (2). D'autre part, si Perse avait réellement écrit auriculas asini Mida rex habet en songeant à Néron, on ne comprendrait pas que Cornutus eût été si prudent ici, après avoir été, là, si hardi. Mais, s’il s'agissait au contraire de prévenir une fausse application (C£. supr., p. 170), tout peut s'expliquer : Cornutus n’aura pas voulu qu'on püt prêter à Perse une injure assez grossière qui n élait pas dans sa pensée: ce n’élait pas de la prudence, mais du goût (3). Au demeurant, il n’y
Dübner, p.75): « Caluus in stultos et improbos notissimum et usitatissimum conuitium est »).
(1) Sans doute Néron n'a sévi ni contre la mère de Lucain ni contre la femme de Sénèque: mais c'est peut-être parce qu'il avait pu sévir contre Lucain et contre Sénèque. .
(2, Le cynique Isidore fut chassé d'Italie pour avoir reproché au prince de bien chanter les maux de Nauplius et de mal user de ses biens ; de mème - Datus, acteur d’Atellanes, qui «in cantico quodam, byixive mareo, dylauve pires, ita demonstrauerat ut bibentem natantemque faceret, exitum scilicet Claudii Agrippinaeque significans, et in nouissima clausula Orcus uobis ducit pedes, senatum gestu notaret ». D'autre part, Néron était particulièrement sensible aux injures qui l’atteignaient dans ses prétentions d'écrivain ou d'artiste. L'exil même de Cornutus en est une preuve; et Suétone nous dit (Vespasien, 4) que Vespasien fut disgrâcié et eut à craindre pour sa vie parce que, accompagnant Néron dans son voyage d’Achaïe, il lui était arrivé plus d’une fois de sortir du théâtre ou de s’y endormir pendant que le prince chantait.
(3) V. Jahn: Proleg., Lxxx. Le raisonnement est ingénieux, et il me semble que, sur ce point, M. Haguenin (p. 309-310) n'a pas été juste pour Jahn. Il
a pas lieu d’insister puisque l’anecdote est suspecte (CF. supr., p. 221).
On invoque aussi le texte de Dion Cassius (61, 20) sur le prince citharède exécutant un poème d’Attis ou des Bacchantes : mais il n’est pas dit que le morceau ainsi déclamé füt de sa composition. Ges sujets, d’ailleurs, pouvaient ètre en vogue chez les Alexandrins de l’époque, comme ils l’avaient été chez les y:6+:921 du temps de Cicéron et comme il$ devaient l’être sous Domitien, et plus d’un poète, peutêtre, les avaient récemment traités.
Il est fort possible qu’on ait attribué à Néron les vers anonymes en rapprochant tout simplement le texte de Dion Cassius des indications vagues de la Vifa ; en ce cas, loin de confirmer la scolie 1 uersus Neronis sunt, il se retournerait contre elle.
En somme, la seule raison sérieuse qu'on pourrait invoquer en faveur de cette scolie, ce sont les frappants rapports de facture que nous avons relevés entre ces hexamètres et ceux qui nous restent encore de Néron : mais ces rapports prouvent simplement que le prince faisait des vers à la mode, puisqu'on retrouve chez de autres poètes du temps des procédés identiques. Et, comme ils Pt précisément de rendre sensible le caractère mécanique de pareils procédés, la critique devait porter beaucoup mieux si Perse s’amusait à composer lui-même des vers selon la formule : c'était un bon moyen de prouver qu'il n’y avait rien de plus facile (1). Sans compter qu’on peut, avec M. Haguenin, estimer bien invraisemblable a priori que Perse ait cité quatre vers de suite : « Que le satirique, dit-il (p. 310), prenne au poète qu’il veut rendre ridicule une moitié de vers ou un vers, c’est un tour de bonne guerre et piquant : et Perse l’a employé un peu plus haut (Sat, 1, 78); mais qu’il empruntât quatre vers entiers, quatre vers peu surprenants en somme et tout bonnement conformes à la mode, — à une mode qui date de loin puisque Catulle a déjà des vers d’un rythme et d’une sonorité semblables, — cela briserait la teneur artistique de sa satire sans y ajouter le moindre
resterait que le v.103, s'il est un trait personnel, est fort grossier (Cf. Albini : A. Persi Flacci sat., p. x1, n.1) : mais, au moins, ce serait une grossièreté voulue.
(1) On peut comparer les deux pastiches auxquels Sénèque s’est amusé dans l'Apokolokyntose, 2.
er nant mat
PR
agrément. Les vers n’ont d’intérèt que s'ils sont composés par le poèle » (1). J’ajouterai que Perse peut bien lancer en passant, contre Labéon, contre Pédius, des attaques personnelles, mais que, dans les parties essentielles de la satire, en bon stoïcien convaincu, de l’universelle folie, il a dù donner à ses critiques une portée générale.