LA COMPOSITION DANS LES SATIRES D HORACE
Les satires d'Horace, y compris les satires morales, se laissent beaucoup moins aisément ramener à l'unité. La diatribe est un discours, même lorsqu'elle emprunte les procédés du dialogue ou affecte le ton de la causerie ; la satire d'Horace est véritablement une causerie. Le poète, à force d'art, réussit à nous donner l'illusion qu'iln’a pas arrêté son plan, que nous assistons au travail même de sa pensée, que l’ensemble s'organise peu à peu par l'association spontanée des idées (4). Non seulement il est rare chez lui que le sujet soit posé nettement dès le début comme un thème à développer, mais il arrive que nous ayons à le chercher à travers les digressions, les parenthèses, les confidences ; et parfois, après cette recherche, la réduction à l'unité apparait impossible. Il y a entre la diatribe cynico-stoïcienne et la satire d'Horace toute la différence qui peut séparer une leçon dogmatique et volontiers pédantesque d’une des formes les plus souples et les plus aimables qu’ait jamais revètue la littérature personnelle. Et qu'Horace lui-même en ait eu conscience, c'est ce que prouvent les trois satires du second livre (2, 3, 7) où il s’est donné le plaisir d’imiter, avec une fidélité qui est une ironie, le sermon philosophique.
Après cela, je ne fais pas difficulté de convenir qu’on retrouve chez Horace un bon nombre des procédés de développement les plus employés par les prédicateurs cyniques ou stoïciens : la prosopopée sous toutes ses formes; le dialogue fictif, soit entre l’auteur et un interlocuteur, anonyme ou non, soit entre deux personnages qui peuvent être pris dans la fable ou dans l’histoire, ou demeurer à l’état
(1) Cf. Cartault: Étude sur les satires d'Horace, p. 64.
Rat
de types généraux ; les interrogations qui ne sont que des artifices oraboires el celles qui, par la figure appelée akoyiouse, sont suivies d'une réponse donnée par l’auteur lui-même ; les exemples et les anecdotes tirés de la mythologie, de l’histoire, de la réalité contemporaine ; les fables et les courtes scènes traitées à la façon de petits mimes. Ces procédés, il se peut qu'Horace et; avant lui, Lucilius les aient empruntés à la littérature morale de la Grèce, mais cela n’empêche point que la satire d'Horace ne soit tout autre chose qu’une diatribe en vers.
Cela dit, il nous sera facile de voir si Perse est vraiment le continuateur d’Horace ou s’il n’a fait que déguiser, sous un vètement horatien, de véritables diatribes. J’examinerai d’abord les cinq dernières satires, c'est-à-dire les satires morales : la première, littéraire avant tout et dirigée contre la poésie à la mode, n’a pas de pendant chez les pbilo-
sophes.