CHAPITRE IT
Le style
Le style de Perse frappe tout de suite le lecteur par deux caractères qui semblent d'abord peu conciliables : il est singulier et, d'autre part, on y reconnait à chaque instant l’imitation d'Horace. Notre poète est-il donc, comme l'a cru Nisard, un écrivain sans originalité qui se donne beaucoup de mal «pour dissimuler par des altérations de toutes sortes les larcins que son impuissance l’obligeait à faire à ses devanciers (1) » ? Je ne le pense pas. S’exerçant dans un genre que deux maitres avant lui avaient illustré et qui lui offrait, chez lesecond tout au moins, de parfaits modèles, il élait autorisé par les habitudes des Romains à imiter sans serupule des œuvres connues de tout Île monde. On ne s’expliquerait pas qu’il eùt voulu s’en cacher comme d’une honte : et il faut convenir qu'il aurait, en ce cas, singulièrement perdu sa peine, puisque la plupart des emprunts faits par lui à Horace se découvrent au premier coup d'œil. En réalité, on lui avait montré, chez le grammairien et chez le rhéteur, comment les bons écrivains ont su s'approprier les trouvailles d'autrui et avec quel art Virgile, par exemple, avait embelli des expressions d'Ennius, de Lucrèce, de Varron d’Atax (2). C'était, d’ailleurs, une habitude dans les écoles, lorsqu'un trait vigoureux ou piquant avait été lancé par quelque rhéteur, de chercher à le renouveler et à renchérir (3). Sénèque le Père raille ceux qui, en pareil cas, se flattent de réussir en enlevant, en changeant ou en ajoutant un mot: « Multi sunt qui detracto uerbo aut mutato aut adiecto putent se alienas sententias lucri fecisse » (Contr., 10, 5, 20) ; ailleurs (Contr., 4, 1, 5 ; 1, 3, 11; 1,5, 9) il nous rapporte
(1) D. Nisard: Poètes latins de la décadence, 1, p. 252; cf. p. 223. (2) V:Sénèque le Père : Contr.,1, 1, 27: Suas., 219: (3) Cf. supr., p. 16 et suiv.
ESSAI SUR PERSE 305 des assauts d'esprit (1) livrés autour de certains traits célèbres devenus de vérilables lieux communs. Ce qu’on poursuivail dans ces luttes, c'était une concision de plus en plus grande. On félicitait Salluste d’avoir parfois dépassé en brièveté ses modèles grecs. Arellius Fuscus avait pris un trait au rhéteur grec Adaeus; on le lui fit remarquer ; il répondit qu'il s’appliquait à lutter contre les meilleurs traits et tàchait de-ne pas les affaiblir, mais plutôt de les surpasser ; et il cita, en attribuant à Thucydide, la phrase suivante, qui est de Démosthène : derval yap ai ebrpabiu ovyxplbar ro ovoxidoo à ÉxGGTUY apr huata,-AVeC limitation que Salluste en a faite: res secundae mire sunt uitiis obtentui. Sénèque le Père, qui rapporte cette anecdote (Contr., 9, 4, 13) ajoute: «Cum sit praecipua in Thucydide uirtus breuitas, hac eum Sallustius uicit et in suis illum castris cecidit: nam, in sententia Graeca tam breui, habes quae saluo sensu detrahas : deme uel sxoÿba uel suoxiaca., Meme £xéorwy : constabil sensus, etiamsi non aeque comptus, aeque tamen integer. At ex Sallusti sententia nihil demi sine detrimento sensus potest», Il est donc possible que Perse se füt déjà exercé chez Verginius Flavus à rivaliser de concision et de nerf avec les grands écrivains.
Mais il y a autre chose qu’un effort de ce genre dans la manière dont il imite. Il s'attache à rapprocher des mots qui ne vont pas d’ordinaire ensemble. Au demeurant, il ne fait ici que mettre en pratique deux préceptes d'Horace : 1° Aré poët., v. 46-47 :
Dixeris egregie, notum si callida uerbum Reddiderit iunctura nouum
2 jbid., v. 242-243 :
Tantum series iuncturaque pollet, Tantum de medio sumptis accedit honoris.
Le Cornutus de Perse se souvient certainement de ces vers lorsqu'il dit à son élève, dans la sat. 5 (v. 14) :
Verba togae sequeris iunctura callidus acri.
Mais le terme werba toqae est peut-être plus net encore que les termes correspondants d'Horace, notum uerbum et de medio sumptis : il
Î (1) Le mot est de G. Boissier : Tacile, p. 18.
désigne, à n’en pas douter, les mots qui sont d’un emploi courant dans la vie de tous les jours, par opposition au vocabulaire pompeux de la tragédie. La satire comme la comédie tirait volontiers du sermo cotidianus les éléments de son langage. Nous n'avons aucune raison d'admettre a priori (1) que Perse ait subi sur ce point l'influence de la diatribe : il demeure dans la tradition du genre satirique, soit qu’il emprunte aux poètes comiques, à Lucilius, à Horace lPexpression familière qu’il se propose de renouveler, soit qu'il la prenne directement dans le latin populaire.
C'est encore un précepte d'Horace (Art poét., 48 et suiv.) que les écrivains latins ont le droit de créer des mots en les dérivant discrètement de la source grecque :
Si forte necesse est ch Indiciis monstrare recentibus abdita rerum, et Fingere cinctutis non exaudita Cethegis, Continget dabiturque licentia sumpta pudenter, Et noua fictaque nuper habebunt uerba fidem, si Graeco fonte cadent parce detorta. : =
S'agit-il de mots «empruntés tels quels par le latin (philosophia, historia,elc.) » ou de «mots latins calqués sur des mots grecs ou revêtus d’une nouvelle signification d’après le correspondant grec (beluosus, inaudax, etc.) (2) » ? La question ne me semble pas tranchée. En tout cas Perse a suivi le conseil dans les deux sens qu’il peut avoir. Et il lui est arrivé aussi, à l'exemple d’Horace, d’imiter certains tours de la syntaxe grecque.
Il ne s’écartait pas non plus des habitudes de la satire en multipliant les termes concrets et les figures de toute espèce. La vie, la couleur, la variété étaient des lois essentielles du genre. Mais on peut dire que l'éducation littéraire de notre poète le préparait bien à les accepter. On sait la place que la description avait prise dans les déclamations, et dans les controverses aussi bien que dans les suasoires (cf. supr., p. 15). D'autre part, les controverses permettaient, par la nature même de leurs sujets, de traiter avec une précision souvent très crue, des scènes de mœurs de toute espèce. Elles ont contribué à développer dans la
(1) Comme semble le faire M. Eichenberg : De Persii sat. natura, etc., p. 6. (2) F. Plessis et P. Lejay : Œuvres d'Horace, p. 590.
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littérature de ce temps une tendance au réalisme qu’on y a bien souvent signalée. Élève d’un rhéteur et poète salirique, Perse avait une double raison d'être réaliste dans ses peintures.
Le goût du concret conduit à faire un fréquent usage de la comparaison et de la métaphore. Aussi bien ces deux figures sont-elles à leur place dans la littérature morale, puisqu'elles permettent de saisir plus aisément des idées parfois peu accessibles sous leur forme abstraite. Encore faut-il qu’elles soient simples et naturelles : sinon, au lieu de rendre la pensée plus claire, elles deviennent une cause d’obscurité. Par une évolution fâcheuse que l’on retrouve dans toutes les littératures, la métaphore avait trop souvent perdu, chez les écrivains du Ier siècle après J.-C., les qualités de justesse et de couleur expressive qui sont, surtout dans les ouvrages d'inspiration philosophique, sa première raison d'être : elle était devenue, en bien des cas, un pur ornement. Dès lors elle semblait d'autant meilleure qu’elle était moins attendue, et, comme la périphrase chez nos poètes du XVIII siècle, elle tournait à la devinette. Il s’en faut de beaucoup que Perse ait toujours évité l’écueil.
Je voudrais maintenant, sans prétendre épuiser la matière, suivre de plus près le poète dans son curieux travail d'expression. Je commencerai cette étude par le prologue, où je trouve, en dépit de la différence du mètre, les mêmes procédés de style que dans les satires (1).
(4) Les principaux commentaires sur les satires de Perse, notamment ceux de Casaubon, Jahn, Conington-Nettleship, Némethy et van Wageningen, ainsi que la thèse de M. Schônbach: De Persü in saluris sermone el arte, m'ont rendu les plus grands services pour toute cette étude. J'ai utilisé aussi (sans parler d'un certain nombre de grammaires latines, celle de Kühner en particulier, de la thèse de M. Brenous sur Les hellénismes dans la langue laline et du livre de M. A. Otto: Die Sprichwôrler der Rômer) les dissertations et articles suivants : A. Heckmanns: Persiana; H. Küster: De A. Persii Flacci elocutione ; V. Gérard: Ze latin vulgaire el le latin familier dans les satires de Perse ; À. Eichenberg : De Persiü sat. nalura atque indole; A. Gustarelli: De Graeci sermonis apud Persium uesligus.
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Les sept premiers vers du prologue sont caractérisés par un mélange d'expressions épiques et d'expressions familières.
V. 2.— Nec fonte labra prolui caballino. Virgile a dit (Én., 4, 739): pleno se proluit auro. Mais la métaphore n'appartient pas exelusivement au style noble. On lit chez Horace (Sat., 1, 5, 16): multa prolutus uappa naulta, et (Sat., 2, 4, 26-27) : leni praecordia mulso Prolueris melius. C’est de l’eau qu’on boit à la source-d’Hippocrène : praecordia proluere n’eùt donc pas convenu ici, et la substitution de labra à praecordia est heureuse. La périphrase ons caballinus est une traduction plaisante de ‘Trrev zp6vn : le mot caballus esk un mot populaire qui, de tout temps, a fait partie du vocabulaire de la satire : on le rencontre chez Lucilius, Horace, Pétrone, Martial, Juvénal (cf. Lejay: Sat. d'Horace, 1, 6, 59). L’adjectif caballinus que l’on retrouve chez Pline l'Ancien (N. H., 28,265 et ailleurs) est formé d’après equinus.
V.2et 3. — Necin bicipiti somniasse Parnaso Memini ut repente sic poeta prodirem. L'expression épique biceps Parnasus est un souvenir d'Ovide (Mét., 2, 221) : Parnasusque biceps. D'autre part, Perse qui raille ici le songe d’Ennius avait présent à la mémoire le texte même du vieux poète : Memini me fieri pauum (fragm. XIV Vahlen). La locution poeta prodire, si concrète et si expressive, est tirée d'Horace (Sat., 2,7, 54: prodis ex iudice Dama turpis).
V. 4.6. — JHeliconidasque pallidamque Pirenen Illis remitto, quorum imagines lambunt Hederae sequaces. L'adjectif Eruovie, ic appartenait au vocabulaire des tragiques (v. Sophocle : OEd. roi, 1109); seulement, pour désigner les Muses, on se servait d'ordinaire de la forme ‘Exmovigdes (Hésiode: Trav. et J., 656 ; Théog., 1 ; — Pindare: Isthm.,1, 2, 50, etc.) que Lucrèce avait transportée en latin (3, 1035 : Heliconiadum comites). Mais Perse trouvait aussi chez les Grecs la forme ‘Ejuxwvidss (Anthol., 7, 612). S'il a innové ici, sans doute par
ESSAI SUR PERSE 369 nécessité métrique, c’est en puisant à la source grecque (1). Cependant les meilleurs manuscrits donnent /eliconiadas que l’on peut conserver si on adme ici l'emploi sans exemple (2) d'un anapeste au second pied du choliambe ou la synizèse très dure //eliconiades.
Pallida Pirene est une expression insolite dont le scoliaste a bien vu la signification : « Pirene fons in Helicone Musis consecratus. Pallidam autem ideo quod poelae palleant scribendi lassitudine ». L’ad- Jectif pallida est donc pris au sens actif : qui fait pâlir. Properce et Horace avaient dit de même : pallida uina (Prop., 4, 7, 36), pallida mors (Hor. : Od., 1, 4, 13). C’est, je pense, pallida uina qui a suggéré pallidam Pirenen, puisque; de part et d'autre, il s'agit d'une boisson.
L’adjectif seguax appartient au vocabulaire de- Virgile, mais on ne le trouve appliqué au lierre ni chez lui (Bucol., 4, 19 : errantes hederas) ni chez Ovide (Mét., 10, 99 : Zexipedes hederas). Il y a donc peutêtre ici une création. En tout cas, la métaphore /ambunt, au lieu de cingunt, est inattendue. Je me demande si Perse l’a employée pour sa valeur expressive ou pour outrer plaisamment le ton épique : car la métaphore /ambere était consacrée dans l’épopée pour parler de la flamme (Lucr. : 5, 386: 1gnis lambens. — Vire. : Én., 2, 684: tactuque innoxia molles Lambere flamma comas. — Horace (Sat., 1,5, 73-74), parodiant un vieux poète, peut-être Ennius : «Nam uaga per ueterem dilapso #amma culinam Volcano summum properabat /ambere tectum »). Horace, il est vrai, en avait fait un emploi neuf et heureux dans les Odes en l’appliquant à un fleuve (Od., 1, 22, 8) : ue/ quae loca fabulosus Lambit Hydaspes. Gomme- tant d’autres métaphores usées, celle-ci était-elle passée, avec une nuance de ridicule, dans le langage familier ? Nous n’en savons rien. Macrobe se souvient visiblement de Perse lorsqu'il écrit (Saturn., 1, 19, 2) : « Sed cum thyrsum tenet, quid aliud quam latens telum gerit cuius mucro Aedera lambente protegitur? »
V. 6-7. — Jpse semipaganus Ad sacra uatum carmen adfero nostrum. Le mot semipaganus parait être une création de Perse. Il y
(1) On retrouve Heliconis chez Stace : Silves, 4, 4, 90, mais comme adjectif (Parnasique iugis siluaque Heliconide).
(@) V. F. Plessis : Métrique grecque et latine, $ 194 (p. 179).
a ici une métaphore ingénieuse, trop ingénieuse même, puisqu'elle ne peut s’interpréter sans effort. Je pense qu’elle a été suggérée au poète par l'expression communia poelarum sacra que l’on trouve plus d'une fois chez Ovide (Pont., 2, 16, 17; 3, 4, 67; 4, 8, 81). [la assimilé ce culte commun à celui qui unissait pour les Paganalia les habitants dun même bourg, et il déclare qu’il n’est du bourg qu'à moitié : semipaganus. C’est le rapprochement de ce mot avec sacra uatum qui éclaire le. sens, mais la suppression de communia rend l'image peu nette. Du moins est-elle pittoresque et bien dans le ton de l’épigramme.
Le mot wates appartenait à la vieille langue épique. Tout à fait démodé au temps de Perse, il donne à l'expression une emphase ironique.
La tournure carmen adfero nostrum qui met le singulier adfero à côté du possessif pluriel nostrum pris dans le sens de meum (1) est assez hardie. Mais on lit déjà chez Catulle (68, 37-38): « nolim statuas nos mente maligna id facere». Chez Tibulle (Lygdamus), 36, 52 et suiv., le rapprochement est moins immédiat : :
Ite a me, seria uerba, precor.
Quam wellem tecum longas requiescere noctes Et tecum longos peruigilare dies, Perfida nec merito nobis inimica merenti.
Je ne crois pas que Perse aït voulu produire ici un effet de style par l'emploi d’une construction rare : il a obéi à une nécessité métrique, puisque meum ne lui donnait pas le spondée dont il avait besoin.
V.8-9.— Quis expedriuil psittaco suum chaere Picasque docuit uerba nostra conari. L'expression expediuit suum chaere est insolite : c’est, je pense, une métaphore qui signifie : &« fait articuler nettement, etc. (litt. a débrourllé) et psittaco est un datif. Perse a pu s'inspirer de la locution courante expedire aliquid alicui, « débrouiller quelque chose pour quelqu'un », c’est-à-dire «expliquer quelque chose à quelqu’un ». On peut aussi faire de psittaco un ablatif de la question wnde, d'après ces vers de Virgile (Én., 1, 701-702) : « Dant manibus famuli lymphas Cereremque canistris Expediunt ».
(1) Cf. supr., p. 354, n. 1.
ESSAT SUR PERSE 371
Chaere est chez Lucilius (v. 93-94 Marx) et ne se trouve pas chez Horace. Perse à peut-être voulu railler la grécomanie de ses contemporains, comme Lucilius, dans les vers indiqués, avait raillé celle d’Albucius.
Verba nostra conari me parait être une de ces combinaisons de mots nouvelles où Perse cherche la principale originalité de son style. Conari se trouve construit chez Cicéron avec un complément direct tout voisin de l’idée verbale (Orat., 10, 33 : Magnum opus omnino et arduum, Brute, conamur ; cf. ibid., 30,105: Vides illum (se. Demosthenem) multa perficere, nos multa conari) : mais werba conari est une hardiesse.
V.10-11.— Magister artis ingenique largitor Venter negatas artifex sequi uoces. C’est peut-être pour donner plus de solennité oratoire à sa réponse que Perse introduit ici le chiasme magister artis ingenique largitor. Venter est employé, je pense, à dessein, comme plus concret que /ames (1). Nous retrouverons plus loin (1,70) la construction de artifez avec l'infinitif. è V. 12. — Je vois dans le vers Quod si dolosi spes refulserit nummi un assez bon exemple de la manière dont Perse rajeunit des métaphores usées. On lit chez Velleius Paterculus (2,103) : « Tum re/ulsit certa spes liberorum parentibus » et chez Sénèque (Consol. ad Helv., 46,3) : « Non tibi diuiline uelut maximum generis humani bonum refulserunt.» Mais il y a chez Perse autre chose que la combinaison de ces deux métaphores connues : en substituant à diuifhiae le mot concret nummus, il rend au verbe refulgere toute sa force première et nous fait voir l'éclat de l’or. Dolosus appliqué à nummus est peutêtre un souvenir d'Horace (0d., 2, 1, 8 : suppositas cineri doloso) ; mais le sens, ici, est différent : qui séduit, qui corrompt.
Nous retrouverons dans les satires (1, 69: Aeroas sensus; 6,74: popa uenter)'le tour hardi coruos poetas et poetridas picas.
Cantare Pegaseium nectar est une expression très cherchée qui est bien dans la manière de Perse. La locution Pegaseium nectar a pu
(1) C’est fames qu'on emploie d'ordinaire dans l'expression de cette idée courante: V. Sén.: Æpist., 15, 9: admitte istos quos noua artificia docuit fames. Cf. Phèdre: Append., 20, 7: Ergo etiam stultis acuit ingenium fames.
lui être suggérée par Lucrèce (4, 947: et quasi Musaeo dulci contingere melle) et par Horace (Epist., 1, 19, 4%: poetica mella); et il trouvait chez les poètes grecs le mot nectar appliqué à des poèmes harmonieux (Pind.: Olymp., 7, 7: na EYO véxtap ue, Moroäv Goo,
Bodo réurov ; — Théocr.,7, 82 : Oüvend oi yhuxd Moica xara
neclar, qui combine le mot propre cantare avec la métaphore nectar.
Le préambule de la satire 4 (v. 1-12) est écrit dans un style désarticulé qui cherche, un peu laborieusement, à reproduire le tour vif et libre d’une conversation animée. Quelques expressions appartiennent au latin familier: min (v. 2: cf. men chez Plaute : Bacch., 783, tkaill.). L'emploi redondant du pronom personnel (4 ... ais; cl même satire, vers 22, 45, 191 ; 2, 21 ;.8, 78 et 94; 4, 14; 5, 26, 36, 80, 115, 157; 6, 22, 37, 63) est une particularité bien connue de la langue populaire. — Chez Plaute aussi (Most., 1088; Pers., 718; Trinumm., 396) on trouve l’exclamation nugas dont Perse nous donne l'équivalent sous la forme nugae (v. 5). — Tunc tune (v. 11) est un exemple de ce genre de redoublement, appelé en langage technique geminatio (ivadirivas), qui reparaît plusieurs fois chez Perse (même satire, 120; 2, 49 ; 3, 23 et 41 ; 5, 174; 6, 68): cette figure est assez fréquente dans le Satiricon de Pétrone (quid ? quid? 49, 4; woca, uoca, ibid.; wero, uero 72, 4; modo, modo 317, 3 ; 42,3; 46, 8, etc) (1): le langage de la conversation en usait volontiers (2). Quid faciam (v. 12) est une
(1) V. dans l’éd. de Bücheler l'Zndex sermonis, p. 139, s. u. geminatio. Sur la geminalio en général, cf. Wülfflin: Die Gemination in Lateinischen, Silzungsber. d. kôün. Ak. d. Wiss. zu München, 1882, p. 432-440.
(2) Une figure voisine, mais plus oratoire, est celle que les Grecs appelaient xüxhov: le mot est répété au commencement. et à la fin de la phrase (2, 68 : peccat el haec, peccal. CE. 5, 85; 3, 88-89; 5, ?, 143, 174. V. Eichenberg: De PERS SAM ADR D:
din sand