‹ Essai sur PerseChapitre 49 sur 70 · OR, OU ER TANT AE STE RP · texte numérisé non relu

OR, OU ER TANT AE STE RP

n ESSAI SUR PERSE 373 formule souvent employée par les comiques (Plaute: Epid., 98; Tér.: Andr., 383 ; Phorm., 534, 540, etc.), mais qui est ici un souvenir d'Horace (Sat., 2, 1, 24) (1).

On reconnait encore le langage de la conversation dans le tour très

elliptique ne mihi Polydamas et Troiades Labeonem praetulerint. On peut suppléer devant ne une interrogation comme an putas me timere, num putas me uereri. On rapproche Cicéron (De fin., 5, 3, 8): «Sed ne, dum huic obsequor, uobis molestus sim » (2). Mais la ressemblance est lointaine.

L'emploi de non pour ne, autrement dit l'emploi de la tournure potentielle au lieu de la tournure prohibitive (v. 8-6: non ... accedas) est familier; mais il était courant en poésie. Nous lisons dans les odes d'Horace (1, 13, 13): non, si me satis audias, speres... C’est le tour même que nous avons icr(cf. Ovide : Pont., 1, 6 (ou 7), 24: non agites, si qua coire uelis). Il faut relever la juxtaposition des subjonctifs présents accedas et castiges (v. 6 et 7) et du subjonctif parfait quaesiueris : on attendrait le présent dans les trois membres de phrase puisque nous avons affaire à une maxime générale (3).

La tournure aspicere ad (v. 9-10: ad canitiem . .. asperi) se trouve plusieurs fois chez Plaute (Capt., 570 ; Cist., 693 ; Merc., 879). Elle

s'était peut-être conservée dans le latin vulgaire.

Je ne sais si Perse a trouvé dans la langue familière de son temps ou s’il a créé, par l’imitation directe du grec, l'expression we/ duo uel nemo (v. 3), équivalent de # 14 à obdeis (Hérodote, 3, 140 ; Xénophon: Cyr., 7, 5, 45; Platon: Républ.,-6, p. 496 B) ou de à ôAfyor à oùdeie (Hippocr.: De morbo sacro, 13). Quant à l’emploi de l’infinitif comme

substantif (v. 9: nostrum istud uiuere triste) il semble qu’il se fût

introduit de bonne heure dans le langage de la conversation. Plaute dit (Curculio, 28): {uom amare; on lit dans les ouvrages philosophiques de Cicéron : beate uiuere uestrum (De fin., 2, 27, 86); fotum hoc beate uiuere (Tusc., 5, 11, 33; cf. De fin., 3, 13, As Tuses, 3, 6,42:;72;13;

(1) M. Eichenberg (ibid., p.12) a tort de renvoyer aussi à Hor.: Sal., 1,5, . 94; 2, 1, 5, vers où quid faciam à un autre sens.

(2) V. la note de Madvig sur ce passage, dans son édition du De Finibus ; cf. Riemann : Synt. lat., $ 187, rem. IV.

(3) V. Riemann: Synt. lat., $ 165, rem. II.

M); hoc ipsum uelle (Ad. Att., 1, 11, 2). Mais on ne peut affirmer que l'existence de tours de ce genre fût un phénomène primitif dans la langue populaire: ce sont peut-être de véritables hellénismes vulgarisés par la philosophie (1). Quoi qu’il en soit, il semble que personne avant Perse n’eùt employé l’infinitif joint à un adjectif qualificatif. Cette construction se retrouve chez Pline le Jeune (Epist., 8, 9, 1): «nescio quid sit otium, quid quies, quid denique t//ud iners quidèm, iucundum lamen nihil agere >».

Le caractère familier du morceau s'affirme encore par la présence d’un certain nombre de locutions proverbiales. Il ne faut pas voir un emprunt direct à Homère dans l'expression Polydamas et Troiades (v. 4). Ou, du moins, il semble probable que les deux vers de l'Iliade dont elle est tirée (10, 100 : Ilovrvdquas por rodrey Ekcyyeiny avaler eb 405 : AD pon Toûas nat Towddas Eluesimérkovs) étaient passés en proverbe : on les trouve cités trois fois, plus ou moins complètement, dans les lettres de Cicéron à Atticus (2, 5, 1 ; 7, 1, 4; 8, 16, 2). Mais on peut se demander si Perse s’est proposé simplement de désigner le publie par une périphrase plaisante, ou s’il n'a pas enveloppé une pointe sous ces mots d'apparence inoffensive. En effet, il ne parle pas des Troyens, mais seulement des Troyennes : il s’est peut-être rappelé un autre passage d'Homère (IL, 2, 235 : ’Ayonidec, oùxér ’Ayauoi), déjà imité par Virgile (Én., 9, 617: O uere Phrygiae neque enim Phryges). QIl n’y a plus de Romains, il n’y a que des Romaines » : ce sarcasme préparerait deux autres traits sanglants de la mème satire: «An, Romule, ceues?» (v.87) et « Haec fierent, si £esticuli uena ulla paterni uiueret in nobis?» (v. 103-104). Perse aurait, de la sorte, renouvelé une expression banale ; et ce serait bien dans sa manière.

Les noix (v. 10), avec lesquelles les enfants jouaient de diverses façons, étaient devenues comme le symbole des jeux de l'enfance. Nous lisons chez Sénèque (De ira, 1, 12, 4): « Non pietas illam iram, sed infirmitas mouet, sicut pueris qui tam parentibus amissis flebunt quam nucibus ». Martial, après Perse, dira (5, 84, 1): «am tristis nucibus puer relictis clamoso reuocatur a magistro ». Et on connaît les vers de Catulle (61, 134) :

(1) V. Brenous : Étude sur les hellénismes dans la syntaxe latine, p. 341 et suiv.

Da nuces pueris, iners Concubine: satis diu Lusisti nucibus : lubet Tam servire Talassio.

On peut donc admettre que Perse, en écrivant nucibus relictis, se sert d’une locution toute faite. Mais il ne me parait pas vraisemblable qu'il ait expressément songé aux vers de Catulle et se soit proposé (1) d’assimiler ici ses contemporains à des mignons qui n'auraient pas, en renonçant aux noix, renoncé à leurs débauches. Évitons de prêter à un riche.

L’oncle paternel, le pafruus (v. 11) était depuis longtemps le type de la sévérité (v. Horace : Sat., 2, 3, 88 : ne sis patruus mihi: cf. Cic.: Pro Caelio, 11, 25 ; — Hor.: Odes, 3,12, 2; Sat., 2, 2,97; — Manilius, 5, 452). Nous avons ici un bon échantillon de la manière dont Perse crée des locutions nouvelles en rapprochant des mots empruntés à l’usage courant, mais qui ne vont pas d'ordinaire ensemble: l'expression sapimus patruos est insolite, alors qu'on dit fort bien sapere hircum (Plaute : Pseud., 737), mare (Sén.: Nat. Quaest., 3, 18, 2), herbam (Plin.: N. H., 11, 18). Il semble d’ailleurs que le verbe sapere se construisit fort librement dans le latin populaire. On trouvait dans une comédie d'Ennius (ap. Gic.: De Divin., 1, 58, 132 — Scen. 321 Vahlen) le proverbe suivant: Qui sibi semitam non sapiunt, alteri monstrant uiam. Et il est, en tout cas, facile d'expliquer sapimus patruos: c’est l'équivalent de sapimus sapientiam patruorum comme sapere hireum est l'équivalent de sapere hirei saporem et comme, dans Juvénal (12, 128) wiuat ... Nestora totum est l'équivalent de wiuat totam Nestoris uilam.

C'était une métaphore courante que de prendre l’opération de la pesée comme image des jugements humains. Cicéron avait dit (De orat., 2, 38, 159): ad ea probanda quae non aurificis statera, sed quadam populari trutina examinantur. Perse pouvait se rappeler cette phrase, mais, plus sûrement encore, il avait dans la mémoire et sous les yeux deux passages d'Horace, qui a écrit dans les Satires (1, 3, 69 et suiv.):

(1) Comme le veut Némethy, p. 61 de son édition des sat. de Perse.

Amicus dulcis, ut aequum est, Cum mea compenset uitiis bona; pluribus hisce, (Si modo plura mihi bona sunt), inclinet, amari Si uolet; hac lege in {rulina ponetur eadem.

et dans les Épitres (2, 1, 28-30):

Si, quia Graiorum sunt antiquissima quaeque

Scripta uel optima, Romani pensantur eadem

Scriptores trulina.

Sur ce thème connu, notre poète a brodé un curieux travail de style. Il a renchéri. Sans doute les expressions si quid ... Roma eleuet (v. 5-6) et examen improbum (v. 6) n’ont rien de rare: improbus s’employait aussi bien que iniquus pour qualifier les falsifñications de toute espèce (Plaute: Rudens, 374: si quae improbae sunt merces, iactat omnes) ; le mot examen, qui désigne la languette de la balance, était reçu mêmé dans la grande poésie (Virg.: Én., 12, 725 : luppiter ipse duas aequato examine lances), et le verbe e/euare, dans le sens de «déprécier», appartient à l'usage courant. Mais ce dernier mot, rapproché de l’image Non ... examen ... improbum in illa castiges trutina, reprend, il me semble, une valeur métaphorique: il nous montre l’œuvre jugée inférieure remontant avec le plateau où elle a été placée. Et, surtout, on ne trouve que chez Perse la locution examen castigare (1): il faut entendre, comme fait le scoliaste: frapper la languette avec le doigt. Perse veut dire que c’est peine perdue de chercher, en frappant la languette avec le doigt, à corriger une balance faussée : mais il indique cela d’un seul mot.

Le sens de canifies (v. 9) est précisé plus loin par les mots wefule (v. 22) et calue(v. 56). Il s’agit de la vicillesse précoce des débauchés : leurs cheveux blanchissent avant le temps; car Perse, je pense, rend sa valeur concrète à ce mot qui, dans le vocabulaire lyrique d’Horace, est un simple synonyme de senectus (Hor.: Od., 4, 9, 17 ; 2, 41, 8).

Perse se plait à désigner les phénomènes moraux par le siège

(1) Elle à été reprise par Cassien, 3, 5, (Corpus des écrivains eccl., éd. de Vienne, XIII, p. 647, ? Petschenig), p. 646, 25 et suiv.) : diu examine pectoris sui quodam modo castigato. (Quodam modo indique que la métaphore n'était pas entrée dans l'usage courant). Cf. Schünbach, op. cit., p. 14-15.

LEE ESSAI SUR PERSE | 377 physique qu’on leur attribuait. Voulant dire qu'il est d’une gaieté débordante, il écrira donc (v. 12): «sed sum petulanti splene ». Comme le remarque justement le scoliaste, « Secundum physicos dicit qui dicunt homines splene ridere ».

Immédiatement après le préambule vient un morceau descriptif (v. 13-23) particulièrement soigné et brillant. J’y relève des élégances oratoires : d’abord des effets d’asymétrie dont le premier s'accompagne d'un chiasme : Scribimus inclusi, numeros ille, hic pede Liber (v. 13), et le second d’un polysyndeton: pexusque togaque recenti et . .: albus (v. 15-16); puis une anaphore: «auwriculis alienis colligis escas, aurtculis .…..» .(v. 22-23); enfin des allitérations: quod pulmo animae praelarqus anhelet (v. 14); ingentis trepidare Titos (v. 20). Mais je remarque surtout que toutes les expressions ont un caractère concret. Quelques-unes sont fort recherchées.

Quand Perse écrit (v. 14) quod pulmo animae praelarqus anhelet, il a certainement dans l'esprit la comparaison bien connue du poumon avec un soufflet de forge. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler le début de la satire 5, morceau dirigé également contre l’emphase et où nous lisons (v. 10-11): #x neque anhelanti coquitur dum massa camino folle premis uentos. Il doit y avoir, ici et là, un souvenir d'Horace (Sat., 1, 4, 19-21): A4 fu conclusas hirquinis follibus auras Vsque laborantis dum ferrum molliat ignis, Vt mauis, imitare. Mais Perse emploie, d’un côté et de l’autre, le verbe anhelare qui s’applique proprement au poumon, et il crée ici expression animae praelarques, G. à d. wento abundans (v. la scolie), autrement dit magnum spiritum

— admiltens el emittens (Albini), comme un soufflet puissant. Le mot anima appliqué au vent appartient au vocabulaire de la haute poésie (cf. Virg.: Én., 8, 403; 1, 153; Hor.: Od., 4, 12, 2) et accentue encore l’emphase voulue de l'expression.

Le membre de phrase /iquido cum plasmate quttur mobile collueris (v. 17-18) est fort travaillé. Le mot grec plasma appartenait, nous le savons par Quintilien (1, 8, 2), au langage technique des rhéteurs et désignait une modulation trop musicale. D’autre part l'épithète liguidus avait déjà été appliquée par les poètes aux sons vocaux (v. Virg.:

— Géorg., 1, 410 : tum liquidas corui presso ter gutture woces Aut quater ingeminant). Mais elle suggérait tout naturellement la comparaison de ce qu’on appelle, en langage musical, les vocalises avec un gargarisme :

d'où l'emploi du verbe co/luere. I est possible que la métaphore existât dans le langage courant; elle se retrouve aujourd'hui dans l’argot des musiciens, et on dit familièrement se gargariser avec de belles phrases. Mais les preuves font défaut. Quant à l'adjectif mobile, il précise encore l’image en nous montrant pour ainsi dire les mouvements du gosier pendant l’opération.

La locution patranti fractus ocello (v. 18) se rattache au latin vulgaire par l'emploi du verbe patrare. Nous lisons chez Quintilien (8, 3, 44): « Sed quoniam uitia prius demonstrare aggressi sumus, uel hoc uitium, quod xaxépoaroy uocatur, siue mala consuetudine in obscenum intellectum sermo detortus est, ut ductare exercitus et patrare bella, apud Sallustium dicta sancte et antique, ridentibus etc. », et dans les scolies sur Perse: « Patratio est rei ueneriae consummatio ». Le diminutif ocellus ne se trouve pas dans la haute poésie. Perse a-t-il créé l'expression patrantes ocelli à Vimitation de Catulle (45, 11: dulcis pueri ebrios ocellos) ou d'Horace (Od., 1, 36, 17: oculi putres) ou bien l’a-t-il trouvée toute faite dans le langage familier? Il est difficile de répondre, car, dans PAnthologie latine (1, 902, 3), les mots sunt lusci oculi atque patrantes peuvent être un souvenir de notre poète. En tout cas la combinaison de fractus avec ce complément doit lui appartenir : fractus se disait d’un corps énervé par la débauche (Prop., 3, 21, 33: non turpi /ractus amore ; Pétrone, 119, v. 25: fractique enerui corpore gressus) ; mais c’était une hardiesse de lappliquer à un regard qui se voile de langueur au moment mème du plaisir.

Les mots ingentis Titos (v. 20) semblent au premier abord un souvenir d’Horace (Art poét., 342: Celsi ... Ramnes). Mais la substitution de 7ros à Tities ou à Titienses, qu’on attendrait, n’est peut-être pas une simple licence poétique, justifiée d’ailleurs par la légende de Titus Tatius et peut-être par le souvenir d’un vers de Properce (2, 32, 47: qui quaerit Tatios (1) ueteres durosque Sabinos) : on peut conclure d’une scolie (a membri uirilis magnitudine dicti Titi) que le mot Titus avait pris dans le langage populaire la valeur d’une espèce de sobriquet

(1) Texte contesté : le Neapolitanus donne facitos, mais les diverses corrections qu'on à proposées semblent inutiles, puisque fatios donné par plusieurs manuscrits s'explique bien.

dont le sens s’accorderait bien avec la crudité du présent passage (1).

L'emploi que Perse fait au vers suivant (v. 21) du verbe sca/pere semble lui être particulier. On se servait ordinairement, en pareil cas, des mots mulcere, demulcere, palpare, sollicitare, où, au sens passif, de uwri, de #itillare, surtout de prurire (2). Tremulo uersu est un souvenir d'Horace (0d., 4, 13, 5 : cantu éremulo). - Pour la métaphore auriculis alienis colligis escas (v. 22), Perse ne manquait pas de modèles. On trouve chez Plaute (Poen., 1178) oculis epulas dare et (Most., 1063) qustare ego eius sermonem uolo. Mais la langue littéraire admettait aussi cette image. Cicéron dit (Topiques, 5, 25): « Quoniam auidum hominem ad kas discendi epulas recepi, sic accipiam ut reliquiarum sit potius aliquid quam te hinc patiar non satiatum discedere ». D'autre part, l'emploi métaphorique des mots éotiGy, cdwyetohat, éoridois, doiv est fréquent chez Platon, qui dit, par exemple (Républ., 9, 571 D): éotidous Aôyov xanGy noi oxébewy (cf. Cic.: De diuin., 1, 29, 61: Saturataque bonarum cogitationum epulis). Quant au mot esca lui-même, Perse a pu le tirer de Cicéron (De Senect., 13, 44: diuine enim Plato escam malorum appellat uoluptatem quod ea uidelicet homines capiantur ut pisces). Mais, d’ailleurs, on l’employait couramment au sens figuré. Nous en trouvons la preuve chez Pétrone (3, 4: Sic eloquentiae magister, nisi tanquam piscator eam imposuerit hamis escam, quam scierit appetituros esse pisciculos, etc.). Il ne faut pas conclure de ces deux exemples que le mot esca soit, à lui seul, l'équivalent de 3éxcus : il se rattache à la même racine que edere et désigne toute espèce de nourriture (3). C’est bien en ce sens que nous devons l’interpréter ici. Quant à la locution même auriculis colligis escas, elle parait bien être une création de Perse, qui dira ailleurs, d’une manière plus hardie encore : inseris aures fruge Cleanthea (5, 63-64). On sent que l'image, dans les deux cas, est purement intellectuelle. .

L'expression cute perditus (v. 23) est peu nette. Il me semble

(1) Cf. Bücheler : Archiv. f. lat. Lexik. und Gramm., IX, 120 et Heraeus, ibid., XII, 266. V. Schônbach, op. cil., p. 20.

(2) Cf. Schônbach, op. cit., p. 20-21.

(3) Cf. tbid., p. 21-24.

qu'elle devient claire si on lit jusqu'au bout le passage d'Horace que Perse imite ici (Sat., 2, 5, 96 et suiv.):

Importunus amat laudari: donec «ohe jam »

Ad caelum manibus sublatis dixerit, urge :

Crescentem tumidis infla sermonibus utrem.

Cute perditus équivaut à cute perdita (CE. 1, 13 pede liber, et 5, 116 jronte politus). Le personnage mis en scène est tellement gonflé des éloges de l'auditoire que sa peau est tout près d'éclater comme celle d’un hydropique (cf. 3, 63 : cum iam cufis aegra tumebit): n'en pouvant plus, il impose lui-même silence au public. Ici Perse est obscur pour avoir voulu vaincre en concision son modèle.

L'interjection ohe est fréquente chez les comiques (Plaute: Aul., 55; Tér.: Ad., 723; 769, etc.) et Donat (in Ter. Heaut., 879) en indique bien le sens ; « Interiectio est satietatem usque ad fastidium designans ».

Le développement suivant (v. 24-43) commence par un dialogue où s'accumulent interrogations et exclamations donnant au style quelque chose d’oratoire. Le tour quo didicisse, qui serait sous sa forme complète quo tibi didicisse, a été employé par Horace (Sat., 1, 6, 24: quo tibi, Tilli, Sumere depositum clauum ?) et on le retrouve chez Ovide (Ars amat., 1, 303: quo tibi, Pasiphae, pretiosas sumere uestes; Am. 3, 8, 47: quo tibi turritis incingere moenibus urbes). Æn (v. 26) avec le nominatif est chez Cicéron (Pro Deiot., 6, 17: En crimen, en causa ...), etil est à peine besoin de rappeler, à propos de l’exclamation o mores (v. 26), le célèbre o {empora ! o mores ! des Catilinaires (1, 1, 2) (1). La locution wsque adeone était reçue dans la haute poésie (Virg.: Én., 12, 646 : usque adeone mori miserum est ?) Il y a donc, dans tout ce passage, une solennité voulue. Cependant le vers 27 relève tout à fait du style satirique ou comique:

Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc sciat alter ? (2)

(1) Le mot était perpétuellement cité: cf. Sén. le Père : Suas., 6, 3: « Tuis uerbis, Cicero, utendum est: o tempora, o mores! » Voy. Otto : Sprichwürter, p. 343 (tempus 6).

(2) Le vers est cité par Quintil., 9, 3, 42, comme un exemple de la figure appelée thoxt.

2" £ tete OS

Les scolies citent ici un fragment de Lucilius, en laltérant de telle manière que personne jusqu’à présent n'a pu en donner une restitution satisfaisante. Mais on trouve plus d’une fois chez les comiques des jeux de mots analogues, par exemple, chez Plaute (Most., 1156) : quia fecit quae te scire scit (4). L'emploi de la forme archaïque dicier peut s’autoriser de l'exemple d'Horace qui se sert de l’infinitif passif en iér 5 fois dans les Satires (1, 2, 35, 78, 104; 2, 3, 24; 8, 67), 3 fois dans les Épitres (2, 1, 94; 2, 148, 151), et une fois seulement dans les Odes. Perse dira de mème ailleurs (3, 50) fallier. Je relève aussi le mot senium (v. 26) comme appartenant au vocabulaire traditionnel de la satire (Cf. Lucilius, 494 Marx et 1117 ; Horace: Epist., 1, 18, 47). La double métaphore contenue dans les vers 24 et 25 (Quo didicisse nisi Loc fermentum el quae semel intus Innata est rupto iecore exierit caprificus) est bien dans le ton de la poésie familière. Plaute applique fermentum à la colère (Casin., 325 : Nunc in fermento totast; Mercat., 959: tota in fermento iacet). Quant au figuier sauvage, la puissance de ses racines était proverbiale (Cf. schol. ad Hor.: Epod., 5, 17; Martial, 10, 2, 9; Juv., 10, 146). Perse a voulu marquer avec quelle force un savoir impatient de se produire travaille pour ainsi dire l’âme. Mais il faut avouer que si la métaphore Loc fermentum se comprend sans peine, l’autre est bien peu naturelle ; l’image qu’elle offre à l’esprit du lecteur est tout à fait bizarre et créée par un effort de l'intelligence plutôt qu’elle n’a été vue par le poète.

En revanche l’expression cirrati (v. 29) pour désigner les écoliers est vraiment pittoresque. Est-ce un emprunt à la langue familière? on retrouve le mot chez Martial, 9, 30, 7: Matutini cirrata caterua magistri. Le tour £e ... dictata fuisse est d’une heureuse concision. Cette fois Perse a lutté sans désavantage avec Horace (Sat., 1, 10, 74) :

An tua demens Vilibus in ludis dictari carmina malis ?

Les locutions digito monstrari et hic est appartenaient-elles au langage

. (1) Cf. Lucil., 33 M. : « Si me nescire hoc nescis quod quaerere dico, quare diuinas quicquam?» et les autres exemples cités par Marx: Lucil. rel., II, p. 429. Cf. aussi Calvus (ap Quint., 6, 1, 12): Factum ambitum scitis omnes et hoc uos scire omnes sciunt.

38? F. VILLENEUVE courant, ou faut-il y voir des traductions de defxvvchar 7r$ daxriho el de côte insivés &ox (1) (CE. Lucien : Harmonides, 1)? La première est chez Horace (0d., 4, 3, 2: quod monstror digito praetereuntium) ; Cicéron s’est servi de la seconde pour raconter une anecdote célèbre (2) que, précisément, le scoliaste de Perse rappelle ici: « Leuiculus sane noster Demosthenes, qui illo susurro delectari se dicebat aquam ferentis mulierculae, ut mos in Graecia est, insusurrantisque alteri : «Hic est ille Demosthenes » (Tusc., 5, 36, 104; cf. Pline le J.: Epist., 9, 23, 4). Comme l’habitude de désigner du doigt, en les nommant, les hommes connus existait à Rome, au moins à l’époque impériale (3), je suppose que Perse se sert ici d'expressions devenues usuelles (4). Les dix vers qui suivent (30-40) sont écrits sur un ton d’ironie que souligne l'interlocuteur fictif : « Aides, ait, et nimis uncis naribus indulges ». De là un mélange d'expressions solennelles: Romulidae, dia (5) poemata, uatum (6) et de locutions familières: inter pocula, saturi, narrent dans le sens de dicant. L'amplification qui commence au vers 36 (Adsensere uiri, etc.) est un badinage, une sorte de parodie dont j'ai eu ailleurs l’occasion de définir le caractère (7). Mais nous reconnaissons la manière personnelle de Perse dans les vers où il peint l’homme au manteau violet qui récite des vers larmoyants. Notre poète s’est rappelé, ici encore, un passage d’Horace (Sat., 2, 3, 274): cum balba feris annoso uerba palato. Mais, par une alliance de mots inattendue, il a donné ba/bus pour épithète à naris: balba de nare locutus (v. 33), et, pour caractériser le ton affecté du personnage, il a forgé ou pris dans la langue familière le diminutif rancidulus, qui est à peu près l'équivalent de putidus et qu'on retrouve chez Martial (7, 34, 7: qui sic rancidulo loquatur ore. Cf. Aulu-G., 18, 41, 2:

(1). Ou oros ëxeivos (Lucien : Somn., 11).

(2) Cf. Diog.-L., 6, 34:

(3) Voy. Dial. des oral., T: quos ... hic populus transeuntes nomine uocat et digito demonstrat. Cf. Mart., 9, 97, 3.

(4) La locution ic est se retrouve chez Martial (5, 13, 3) et chez Juvénal (1, 161).

(5) Lucilius (1316 M) et Horace (Sat., 2, 32) avaient dit, parodiant le style de l'épopée : Valeri sententia dia, sententia dia Catonis.

(6) Cf. supr., p. 370.

(7) Cf. supr., p. 226.

ESSAI SUR PERSE 383 rancide Hicta uerba). Il n’a pas fait un effort moins sensible pour renouveler l'expression /eris ... werba palato. L'image /eris lui à semblé trop naturelle, et il s’est efforcé, d'autre part, de trouver un verbe qui indiquât, à lui seul, un défaut de prononciation : il a donc écrit: subplantat uerba palato. Le verbe subplantare appartient au vocabulaire de Lucilius (915 Marx) et Nonius (p. 36, 5) l'explique ainsi: pedem subponere (cf. ürsoxekitew). C'était peut-être une création du vieux satirique : en tout cas il avait pénétré après lui dans la langue littéraire (V. Gic.: De off., 3, 10, 42 et Sèn.: Epist., 13, 2). Il signifie proprement «mettre son pied devant quelqu'un pour le faire trébucher». On comprend dès lors la métaphore hardie de Perse: le personnage dont il se moque affecte une prononciation palataie ; il articule comme un vieillard qui a perdu ses dents; par suite les mots sont mal articulés, ils n’ont pas leur-aplomb, ils ont reçu pour ainsi dire un croc en jambe. La métaphore e/iquat, loute différente, est du même ordre que l’expression liquido cum plasmate quilur mobile collueris : notre bomme filtre pour ainsi dire à travers sa bouche le poème qu’il déclame : nous dirions qu’il le distille. L’adjectif plorabilis (v. 34) apparaît pour la première fois chez Perse: il peut avoir été formé par lui sur le modèle de Jebilis. Mais peut-être faut-il y voir un emprunt au latin vulgaire qui employait volontiers le verbe plorare (4).

On peut voir au vers 40 à quel point Perse s'était assimilé les œuvres d'Horace dont deux passages fort éloignés l’un de l’autre se sont, là, présentés simultanément à sa mémoire. Les mots /ides, ait Viennent de l'Épitre 49 du livre 4 (v. 43); et, pour forger la locution nimis uncis naribus indulges, le poète s’est rappelé à la lois les deux expressions suivantes, l’une de la même Épitre, l’autre des Satires: naribus

- uti (Epist.,1,19,45) et naso suspendis adunco (Sat., 1,6,5): mais, ici,

= ilest resté au-dessous de son modèle : les mots suspendere et aduncus

vont très bien ensemble; si, ailleurs, Horace a écrit wi naribus, c’est que naribus n’était pas accompagné d’une épithète. Perse aurait pu dire naribus indulges, mais nimis uncis naribus indulges n'est pas

très heureux.

Les vers 41-43 combinent des souvenirs d'Ennius, de Catulle, de

(1) Par exemple, dans la locution tubeo le plorare : cRAHOr Sat 4410491:

Virgile et d’Horace. Le wolilo uiuos per ora uirum d'Ennius (ap. Cic.: Tusc., 4, 15, 34) avait été repris par Virgile (Géorg., 3, 8-9: Temptanda uia est, qua me quoque possim Tollere humo uictorque wirum uolitare per ora). Perse s’en inspire pour créer l'expression concise et hardie os populi meruisse: on disait, d’ailleurs, couramment 2n ore esse (Gic.: Lael., 1, 2; Sén.: Deira, 3, 23), en ora venire (Hor.: Epist., 1, 3, 9; Prop. 8, 9, 32). La collaboration d’Horace (Art poét., 332 : carmina .. linenda cedro) et de Virgile (Én., 6, 662: Phoebo digna locuti) a donné le membre de phrase cedro digna locutus, celle de Catulle et d'Horace le membre de phrase suivant : Linquere nec scombros metuentia carmina nec lus (CE. Cat., 95, 7-8: Volusi Annales ... laxas scombris saepe dabunt tunicas; Hor.: Epist., 2, 1, 269: Deferar in uicum uendentem {us et odores Et piper et quidquid chartis amicitur ineptis). Mais peut-être y a-t-il là des expressions qui appartenaient à l'usage courant ou que cet usage s'était appropriées (1).

Dans la réplique du poète à l'interlocuteur fictif (44-62), le ton est d’abord familier. La phrase a un laisser-aller voulu, avec desæeprises qui l’alourdissent: « Non ego cum scribo, si forte quid aptius exit, quando haec rara auis est, s? quid tamen aptius ext (2), ... Sed recti finemque extremumque esse recuso euge tuum et belle. Nam belle hoc excute totum: ...» Il y avait peut-être dans tout ce morceau une imitation assez directe de Lucilius : on lit en effet, parmi les fragments du livre 26, 1 (3): ego ubi quem ex praecordiis Ecfero uersum (590-591 Marx) et euadat saltem aliquid aliqua, quod conatus sum (532 M.) : ce dernier vers surtout est à rapprocher de s2 forte quid aptius exit : Nonius, qui nous l’a conservé, explique précisément ewadere par exire (4).

(1) Cf. Martial, 3, 2, 5; 3, 50, 9; 4, 86 (ou 87),8; cf. 6, 60, 8;. 13, 1, 1, 1 et suiv.

(2) Cette reprise très prosaïque se retrouve chez Quintilien, dans une phrase qui est peut-être un souvenir de notre poète (12, 10, 26): « Si quid exierit numeris aptius (fortasse non possit, sed tamen si quid exierit), non erit Atticum ? »

(3) Nous avons vu que la satire 26, 1, de Lucilius a été, sans doute, une des sources de Perse pour sa première satire : cf. supr., p. 247, n. 4.

(4) Cf. Fiske : Lucilius and Persius, p. 127.

Rara auis eskune expression proverbiale (1). Je n’ose en dire autant de cornea fibra (v.47). Nous trouvons chez Pétrone (43, 7): Corneolus fuit, aetatem bene ferebat(2) et chez Pline (N.H., 7,19): Vulgo corneos uocabant ob: amaleie el humanis affectibus carentes et-quibus natura -concreta essent ossa. Perse à pu avoir l’idée de transporter l’image du physique au moral pour éviter les expressions banales /erreus, durus (GéTibulle, 12,07; 2, 3, 2).

L'emploi de recusare suivi d’une proposition infinitive, dans le sens de negare (\. 48), appartenait peut-être au latin vulgaire. On le trouve dans le Digeste, 17, 1, 48: «Si quis sub usuris creditam pecuniam fideiussisset el reus in iudicio conuentus cum recusare uellet sub usuris creditam esse pecuniam » etc. Il ne faut pas confondre cette construction avec celle dont Tacite fait usage dans les Annales (4, 79): « Nec Reatini silebant, Velinum lacum, qua in Narem effunditur, obstrui recusantes » : dans cette phrase, le verbe recusare conserve sa valeur propre et il est traité, au point de vue de la syntaxe, comme prohibere (Cés.: B. G., 6, 29, 5: monet ut ignes in castris fieri prohibeat).

L'image belle hoc (3) excute totum : quid non intus habet? est assez heureuse. Le verbe exculere, dans le sens de scruter, examiner est fréquent chez Sénèque (Epist.. 13, 8; 16, 7; 22, 10; 26,3; 110, 5; De ira, 3, 30, 2). Peut-être appartenait-il alors au vocabulaire du stoïcisme romain. En le développant par la question quid non intus habet, Perse lui rend sa valeur première qui apparait bien dans l'expression ezcule pallium (Plaute: Aul., 646) (4): l'équivalent français serait /ouiller, lorsque nous disons fouiller un voleur. Ainsi le poète montre plaisamment les exclamations admiratives du public abritant, pour ainsi dire, sous leur manteau et laissant tomber, si on les secoue, les œuvres les plus ridicules et les plus insignifiantes.

Le mot weratrum, qui est chez Lucrèce (4, 638 ou 640), est le nom

(1) Voy. Otto: Sprichwôrler, p. 51 (auis, 2).

(2) Otto (p. 93, cornu, 1) cite également Pétrone , 134, 11: nisi illud tam rigidum reddidero quam cornu.

(3) L'adverbe belle, comme l'adjectif bellus (cf. infr., v. 87) est un mot du latin familier. Pour le tour euge tuum, belle hoc, cf. infr., Sal., 5, v. 87: licet illud.

(4) Cf. Phèdre, 5, 5.

RD

latin de l’hellébore. Le nom d’origine grecque, elleborum, avait prévalu. On peut se demander s’il y a ici un archaïsme ou si le latin vulgaire avait conservé weratrum (1).

Dans les vers 51-55, Perse a combiné trois passages d’Horace (Epist., 2, 1, 109-110; Ars poet., 422 et suiv.; Epist., 1, 19, 39-38, avec un souvenir de l'Épitre 1, 18, 30); il s’est appliqué à remplacer les mots d’une valeur générale par d’autres plus particuliers : au lieu de carmina, il dira elegidia (2); au lieu de unctum, calidum sumen ; au lieu de uestis, lacerna. 11 reprend le verbe dictare, mais il ne le trouve pas suffisant pour nous montrer les amateurs riches dans leur facile travail de composition : il nous fait voir leurs lits de repos: quidquid denique lectis Scribitur in citreis. Nous reconnaissons ici le goût du temps pour la description curieuse du détail. F

Le diminutif Aorridulus (v. 54) est déjà chez Lucilius (524 Marx).

Le caractère oratoire des questions qui se pressent dans les vers 50- 53 est atténué par le manque de symétrie voulu dans l'expression :

à /lias Alti répond la proposition siqua elegidia … . dictarunégroceres et, à celle-ci, la proposition quidquid ... lectis scribilur in citreis ; de

même, aux vers 53-54, scis est répété, mais sans qu’il y ait, à proprement parler, anaphore (calidum seis ..., scis ...). Au contraire, il y a de l’'emphase dans la reprise de werum, au vers 55 : ... « Verum» inquis «amo, werum mihi dicite de me». Le riche amateur se remplit la bouche du mot werum.

Pour lui faire entendre cette vérité qu’il réclame, Perse lPapostrophe brutalement. Et ici Pexpression a bien une saveur populaire (v. 56- 57) (3):

Nugaris, cum tibi, calue, Pinguis aqualiculus propenso sesquipede exstet.

Perse est le premier écrivain, semble-t-il, qui ait introduit dans la langue littéraire le mot aqualiculus. L'accord n’est pas fait sur la valeur exacte du mot. On s’est fondé sur un passage de Sénèque

(1) On trouve aussi ueratrum chez Celse, ?, 12, 1 (p. 56, Daremberg).

(2) Ce diminutif d'origine grecque ne se trouve que chez Perse. Pour le sens du mot, ef. supr., p. 197.

(3) Sur ce qu'il peut y avoir de cynique dans ce passage, cf. supr., p. 246.

ESSAI SUR PERSE 381 (Epist., 90, 22) pour prétendre qu'il désignait une partie de l’estomac: «CGibus cum peruenit in uentrem aqualiculi feruore coquitur ». Mais les derniers éditeurs lisent aequali feruore. 11 n’est donc pas certain qu’il faille écarter la définition qu'Isidore de Séville (Etym., 11, 1, 136) donne de ce mot: « Proprie uenter porci est, hinc ad uentrem translatio » (1). Végèce (Mulomedicina, 40) l’applique au cheval. Ce diminutif a bien l’apparence d’un mot populaire, mais il ne semble pas avoir été jamais très usité (2). C'était, au demeurant, une opinion courante (3) que les gens obèses étaient peu intelligents : Perse se rappelle peut-être ici, comme l'indique le scoliaste, le proverhe grec re v60y (4) (ex uentre crasso tenuem sensum non nasci). Il a pu songer également à un mot de Caton l’Ancien dont nous lisons chez Plutarque (Cato mai., 9) la traduction en grec: T>

SE 44 . Hs S o = æ = 2 ’ QE . UREPTYAYUY XAYLCOY « ILcù © OV, En, OCWMAX TOLOUTOY TN ROAEL ‘YEVELTO

Pactno raysia Asmtov où rix

Yehotuov, où To meraëb hapoÿ rat BouËuyoy tv brd rs Yaotoèc xaTÉyETaL. D Je me demande enfin s'il ne s’est pas souvenu du Fume d'Horace « pingui tentus omaso » (Sat., 2, 5, 40).

Au vers 58, Janus est introduit par un tour qui n’est pas sans exemple dans la comédie et la satire, mais que Perse a abrégé. Plaute dit (Rudens, 523-524) :

O scirpe, scirpe, laudo fortunas tuas Qui semper seruas gloriam aritudinis.

et Horace (Sat., 1,9, 11): « O te, Bolane, cerebri /elicem ». Notre poète r’exprime pas l’idée du bonheur de Janus. Il se contente d’une exclamation dont le sens est suffisamment net. D'autre part, une invocation à Janus n’a rien qui puisse surprendre dans un morceau de ton familier et plaisant: Janus était peut-être le plus populaire des dieux romains, à cause de l’ancienneté de son culte, et à cause de son double visage : Ede... causam, dit Ovide (Fastes, 1, 100-101), cur de caelestibus unus Sitque quod a lergo sitque quod ante uides. On ne craignait pas de parler de lui avec irrévérence. Nous lisons dans l’Apokolokyntose

(1) Voy. O. Jahn, p. 261 de l'éd. de 1843.

(2) Cf. Bücheler : Rhein. Mus., 37 (1882), p. 523.

(3) Adoptée par les cyniques : cf. supr., p. 386, n. 8.

(4) V. Nauck: Frag. gr. fragm., p. XV? = Paroem. gr., I, p. 337.

(9, 2): «Primus interrogatus sententiam Janus pater : is designatus erat in kal. Julias postmeridianus cos., komo quantumuis uafer, qui semper uidel aa mp2ooo xai êtisow ».

Perse a trouvé, pour décrire les gestes moqueurs qui poursuivent par derrière le poète ridicule, des expressions vraiment pittoresques. Le verbe pinsere signifie proprement broyer avec un pilon (pistor, c'était primitivement celui qui pilait le grain), tandis que molere signifie broyer avec une meule. Diverses locutions populaires employaient molere d’une manière métaphorique, quelquefois dans un sens obscène (cf. Lucil., 278 Marx; Hor., Sat., 4, 2, 35; Pétrone, 23, 5), ou bien pour peindre le travail des mâchoires (Pomponius, 187-188 Ribbeck: C. R. fragm.5, p. 306). Faut-il croire que Perse, substituant ici pinsere à molere, songe au bruit que la cigogne fait avec son bec lorsqu'elle claquette? Mais, en ce cas, comment expliquer l’accusatif guem (quem pinsit)? Pour éclairer le présent passage, il vaut mieux se rappeler l'emploi métaphorique que Plaute et Ennius ont fait du verbe pinsere: le premier dit (Merc., 416) Zagro pinsetur (i. e. uerberibus castigabitur), le second (Ann., 351 Vahlen:), pinsunt térram genibus et (Scen., 411) cubitis pinsibant humum : Perse, à son tour, nous montre les railleurs faisant, avec la main, le bec de cigogne derrière le poète ridicule et agitant leur bras comme pour le frapper (1), à moins que l'idée de coup ne s'applique, d’une manière purement figurée, à la raillerie elle-même : cette seconde interprétation rendrait moins dur, dans les deux vers suivants, le double zeugma nec (pinsit) manus …, nec (pinsil) linquae quantum …, mais le pittoresque y perdrait. Perse est-il allé chercher la métaphore pinsit chez Plaute ou la trouvait-il,

vivante encore, dans le latin populaire? Nous n’en savons rien. En

tout cas, la tournure très concise quem nulla ciconia pinsit répond bien à ses habitudes de style.

Auriculas albas (v. 59) est un équivalent descriptif de aures asini. Il y a peut-être ici un souvenir d’'Ovide (Mét., 1, 176): « Trahit in spatium willisque albentibus implet ». Le tour émitari mobilis (2) est un des emplois les plus hardis que Perse ait fait de l’infinitif construit avec un adjectif. Mais, si les constructions de ce genre sont des

(1) Pour tout ceci, cf. Schünbach, op. cit., p. 26-27. (2) Sur la variante imilata est, cf. mon édition des Satires de Perse.

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hellénismes, on sait que déjà Horace-en avait usé fréquemment (1). Il y a plus de concision encore dans le tour linquae quantum sitiat -tantae (2): on peut rapprocher Lucain (1, 259) : quantum. Rura silent. tanta quies. Apula n’est pas une épithète de pur ornement, à la manière alexandrine, comme Æpidaurius, dans le serpens Epidaurius d'Horace (Sat., 1, 3, 27): il y avait très peu d’eau en Apulie.

L’apostrophe wos o paltricius sanquis quos uiuere fas est occipiti caeco (V. 61-62) est d’une emphase comique: J'y vois comme une parodie d'Horace (Ars poet., 29) : «Vos o Pompilius sanguis. » Occipiti caeco est vraiment joli. Le mot sanna se rencontre pour la première fois chez Perse, mais sannio qui est chez Cicéron (De orat., 2, 61, 251) ne suppose-t-il pas l'existence de sanna ? Ce n’est pas sûr: sannio est tiré du grec (cévyas: Cratin., n° 337, dans les Comic. att. fr. de Kock, t. 1; caviwy: Épict., 3, 22, 83), qui ne nous fournit pas le modèle de sanna: Perse a pu, d’après sannio, créer sanna comme équivalent de os distortum; mais peut-être trouvait-il ce mot dans le langage de la conversation.

L’adjectif posticus (v. 62) appartient au vocabulaire de Lucilius qui dit (119 Marx) postica parte. Mais on le trouve déjà chez Plaute tuchus, 450%: cf. Varr.: L'1:,:7, 2:-Liv., 23, 8, 8).

Le souci de donner perpétuellement à l'expression un caractère concret et particulier est très sensible dans le morceau suivant (v. 63- 91). Mais les réminiscences et les imitations n’y manquent pas non plus. L'expression molli numero fluere (v. 64) rappelle un vers du Culex (35: mollia sed lenui pede currere carmina, uersu...; Var.: Molli sed tenuis decurrens carmine versus). Pour rendre sensible l’habileté trop mécanique des versilieateurs contemporains, Perse s'inspire des arts manuels. Mais, d’ailleurs, dans la métaphore wf per leue seueros effundat iunctura unques, on retrouve le souvenir de deux expressions d'Horace: «Totus teres atque rotundus Externi nequid ualeat per leue morari » (Sat., 2, 7, 86-87) et «ad unguem factus homo » (Sat., 1, 5, 32-33; cf. Ars poet., 292-294: Carmen reprehendite quod non multa dies et multa litura . .. castigauit ad unguem). L'origine même de ces deux images fournissait immédiatement à Perse

(1) Voy. Brenous, op. cit., 321.

(@) Sur la variante fantum, cf. mon édition.

le mot iunclura. Porphyrion nous dit en effet, pour expliquer la locution ad unguem (Hor.: Sat., 1,5, 32): « Translatio a marmorariis ducta qui éuncturas marmorum tum demum perfectas dicunt si unguis superductus non offendat. Unde iam, quaecumque perfectissima esse uolumus significare, ad unguem facta dicimus ». Ce joint, notre poète lui donne la vie : en réalité, c’est l’ongle que l’on promène sur la pierre eb qui n'y rencontre aucun obstacle, aucune aspérité (wnguis superductus non offendit); Perse, retournant le point de vue, nous montre le joint rejetant les ongles (ut effundat iunctura unques). « Quelle expression lourde et excessive! s’écrie Nisard (Poètes latins, I, p.250). Que dirait-on de plus pour un abime qui revomit sa proie, pour un volcan qui rejette ta lave de ses entrailles?» Il y a du vrai dans cette remarque : tout au moins effundere se dit-il bien d'un cheval qui jette son cavalier à terre (Cf. Liv., 21, 3, 11: Equus repente corruit consulemque lapsum super caput e/fudit»). Mais nous voyons une fois de plus que Perse s'efforce de rendre aux métaphores usées leur valeur première : la locution ad unquem (ou in unguem: Virg.: Géorg., 2, 271) n’était plus qu'une sorte d’adverbe; notre poète s’est représenté les ongles en mouvement; il les a même personnifiés en leur donnant l’épithète de seueros.

La comparaison qui suit est à rapprocher de la locution ad amussim (xarà otéôunv : Varron : R. r., 2, 4, 26 ; — Sat. Menipp., 555 Bücheler) et de l’adverbe examussim (àär> oraôure : Plaute : Amphitr., 843 ; Men., 50; Most., 102). L'expression oculo rubricam derigat uno (v. 66) est concise et hardie : en réalité, l'œil ne dirige pas le cordeau, il en constate la rectitude. Le nom ordinaire du cordeau de charpentier n'est pas rubrica, mais linea. La linea était généralement frottée de craie rouge (cf. gcin£ xavwv Eurip. : Herc. fur., 945) : Perse a cherché, une fois de plus, le mot qui peint.

Le tour heroas sensus (cf. Prol., 13 : coruos poetas, etc., et 6, 74: popa uenter) se rencontre chez Properce (2, 1,18 : heroas manus) (1).

Les vers 70-75, sont une sorte de périphrase pour désigner de

(1) Mais chez Properce, heroas peut être le féminin de herous. Pour l’emploi du substantif comme adjectif, cf. Kühner: Ausf. gramm. d. lat. Sprache, IP, 1, p. 232 ($ 62, 6).

simples écoliers (1). Perse y ébauche ironiquement un lieu commun sur la vie rurale. Quelques expressions rappellent pourtant sa manière propre. La fin de vers Palilia faeno est prise à Properce (4, 1, 19), mais le tour ramassé fumosa faeno est bien de notre poète (2). En revanche les mots su/coque tlerens dentalia sont empruntés presque littéralement à Virgile (Géorg., 1, 46) : sulcoque attrilus splendescere uomer. Mais l'expression est moins juste ici puisque dentale désigne proprement la pièce de bois à laquelle le soc (womer) était fixé (3).

Dans le vers où Perse parodie Pacuvius (v. 78), il n’est pas sûr que l'adjectif Zuctificabile soit un emprunt direct au vieux tragique : notre poète a pu le fabriquer comme, sans doute, Lucilius avait forgé monstrificabile (v. 608 Marx).

La métaphore Los pueris monitus infundere(v.79) a pu être obtenue par le rapprochement d'expressions comme infundere alicui uenenum et infundere orationem in aures (Gic. : Phil., 14, 6, 43 : De orat., 2, 87, 395). On a soupçonné (4) ici, avec quelque témérité peut-être, un - souvenir de Lucilius (640 Marx : Haec tu si uoles per auris pectus

inrigarier). Lippos semble avoir un double sens : ils ont les yeux abimés par la débauche (cf. 2, 72 et 5, 77) et cela entraine chez eux une sorte de cécité mentale. En somme, Perse joue sur le mot. L’expression sartago loquendi (v. 80) doit être rangée parmi celles que Perse s’est plu à créer en combinant d’une manière nouvelle et inattendue des mots empruntés à l'usage courant. Sarfago, c’est la poêle à.frire (cf: Plin. : .N.:H;, 16,22; Juv., 10, 64). Le scoliaste dit fort justement: « Sar{ago metaphora pro garrulitatis ardore (stridore ?)-et argutiae sine sensu, qualis est sérepitus sartaginis ». (CE. G. L., 4, p. 582, 48 Keil; Isidore : Etym., 20, 8, 5; Gloss., 5, 513, 24) (5). Venerit in linquas (v. 81) est un tour, peut-être nouveau, analogue à ventre in mentem (cf. 4, 48: in penem uenil).

(1) Pour la construction ponere'arlifices, cf. prol., v. 11, et voy. ce qui est dit plus loin de opifex intendisse (6, 3-4).

(2) L’allitération, cependant, laisse soupçonner, ici encore, la parodie: cf. v. 89, forlunalaque fauilla.

(3) Pour la construction, dans les vers 73-75, voy. mon édition des satires dé Perse.

(4) Fiske: Lucil. and Pers., p. 130.

(5) Cf. Schônbach, op. cil., p. 88.

D'après une scolie, le mot rossulus est un vieux nom des chevaliers romains (v. 82). L’indication semble confirmée par un fragment d’une Ménippée de Varron (Sesquiulixes : fragm. 480 Bücheler) : Nunc emunt trossuli nardo nitidi uulgo Atlico talento ecum. Ce texte montre en même temps que, dès l'époque de Varron, le mot avait pris une signification défavorable et désignait ce que nous appellerions la jeunesse dorée. Sénèque lPemploie deux fois en ce sens (Epist., 76, 1 et 87, 9). On peut supposer, — mais ce n’est qu’une hypothèse, — qu'il appartenait au langage familier de la société élégante. Perse y joint l'adjectif Zeuis comme une sorte d’épithète de nature, mais je ne sais s’il donne à cet adjectif la valear de imberbis (cf. Hor. : Od., 4, 6, 28 ; Juv., 3, 111) ou, ce qui s’accorderait mieux encore avec le ton du morceau, celle de Zeuigatus (Juv., 9, 93; cf. Perse, 4, 33 et suiv.) Ce vers n’est, au demeurant, qu'une reprise affaiblie des. vers 19 et 20: Tunc.….. uideas.… ingentis trepidare Titos.

Ce n’est pas seulement la recherche du concret qui explique la présence de lépithète cano après capiti (v. 83-84: nilne pudet capifi non posse pericula cano Pellere). La vieillesse de Pedius est donnée ici comme une circonstance aggravante. De même l'adjectif fepidum est très expressif : iln’y a aucun enthousiasme dans ces acclamations de complaisance, elles sont ièdes.

La comparaison de l’antithèse avec l’équilibre d’une balance (v. 85- 86) est si naturelle qu'il est difficile d’en attribuer à Perse l'invention première. Mais le tour hardi lbrare crimina in antithetis pour indiquer que les accusations ne sont pour l'accusé que matière à antithèses porte tout à fait sa marque. La métaphore rasis (rasis... in antithetis) est sans doute une abréviation de lima rasis. Perse lisait, en effet, chez (vide (Pont., 2, 4, 17-18) :

Vique meus lima rasus liber esset amici, Non semel admonitu facta litura tuo est,

et l’expression lima rasus elle-même est un équivalent de limatus que Cicéron emploie couramment au sens figuré. On a dit (1) que la construction posuisse fiquras laudatur (= lau-

(1) Van Wageningen, ?° partie, p. 20 de son édition: «laudatur ce. inf.

ESSAI SUR PERSE 393 datur quod posuil fiquras où quod posuerit fiquras) est particulière à Perse. J'en connais un aûtre exemple, mais on ne peut affirmer qu'il soit plus ancien, puisqu'il se trouve dans un passage de l’Énéide que les meilleurs manuscrits n’ont pas et qui est peut-être une interpolation tardive (1) : je veux parler de la rencontre d'Énée et d'Hélène (Én., 2, après le vers 966). Nous lisons aux vers 19 et 20 de ce morceau :

Exlinxisse nefas tamen et sumpsisse merentis Laudabor poenas.

On sait l'extension qu'a prise, chez certains écrivains de l’époque impériale, l'emploi du passif personnel suivi d’un infinitif. Tacite écrit (Ann., 16, 17) : Additur (Mela) codicillis... ia scripsisse (el. Ann., 18, 35 : Annotatusque miles... ïita praeriquisse manus; Ann., 3,8: neque dubitabantur praescripla ei a Tiberio; Hist., 2, 74: legiones secuturae sperabantur). Ovide avait déjà dit (Am., 2, 6, 61): colligor.… placuisse. Mais l’analogie la plus directe, peut-être, est fournie par les verbes signihant accuser où excuser : arquitur patrem occidisse estune construction classique ; accusor, insimulor, deferor suivis d’un infinitif se rencontrentchez Valère Maxime, Justin, Ammien, Tacite (2); et ne trouve-t-on pas chez Cicéron les deux phrases sui-

vantes : « Liberatur Milo non eo consilio profectus esse ut insidia-

retur Claudio » (Pro Mil., 18, 47) et « Si Lysiades citatus iudex non responderit ercuseturque Areopagites esse, etc. (Phil., 5, 5, 14)» ? Ce tour, par sa concision, devait plaire à Perse, qui a pu se souvenir aussi de certaines constructions grecques comme xareyvwosbny aèrnety (Xén.: Hellén., 1, 7,-20).

« Bellum hoc ». Hoc bellum ? (v. 87) pourrait bien être une imitation de Lucilius (805 Marx) (3): Aetatem istuc tibi laturam et bellum,

alibi non inuenitur ». Je ne comprends pas le rapprochement avec doleo uinci (Hor.: Od., 4, 4, 62).

(1) Nous savons par Servius que Tucca et Varius avaient omis ici un passage qui se trouvait dans la rédaction de Virgile : mais rien ne garantit l’authenticité du morceau que nous transmettent les manuscrits inférieurs.

(2) Voy. Riemann et Goelzer: Gramm. comp. du grec el du latin, Syntaxe,

8565, e, et la note (p. 630-631).

(3) Cf. Fiske, op. cit., p. 133.

si hoc bellum putas. Mais Perse, ici, imite en rhéteur : il n’exprime aucun verbe et il reprend les mots be/lum hoc dans un ordre inverse, ce qui fait une élégance.

Le verbe ceuere est un mot obscène: c’est donc un emprunt au langage vulgaire. On le trouve chez Plaute (Pseudol., 864) ; on le retrouvera chez Martial (3, 95, 13) et chez Juvénal (2, 21 ; 9, 40). Les scolies et les glossaires nous en donnent le sens de la manière la plus précise : « Clunes agito » (Gloss., 5, 616, 40); « Crisare mulierum, ceuere uirorum est» (scol.Juv., 6, 322). Sur un mur de Pompéi, on voit ceuenlinabiliter écrit au-dessous de inclinabiliter (Carm. lat. epigr., Il, 356). Perse s’est souvenu de Catulle (29,5) : Cinaede Romule, haec uidebis et feres ? Il a voulu établir une antithèse entre ce nom de Romulus, qui symbolise les qualités viriles du Romain, et les mœurs de mignon que révèle la perversion de son goût. Mais, pour marquer plus fortement son indignation, il n’a pas craint de risquer un mot des plus grossiers (1).

Les vers 88-91 sont tout pleins de réminiscences ou de souvenirs d'Horace. Men moueat est un emprunt littéral (Hor. : Sat. 71, 10, 78: Men moueat cimex Pantilius) ; l'intention seule est changée. Fracta te in trabe pictum rappelle un passage de l’Aré poétique (19- 21) : « Et fortasse cupressum Scis simulare : quid hoc, si fractis enatat exspes Vauibus, aere dato qui pingitur » ; mais /rabs comme synonyme de nauis appartient à la langue des Odes (1, 1, 13-14 : ut érabe Cypria Myrtoum pauidus nauta secet mare) ; Perse l’emploie deux fois encore (5, 141; 6, 27-28) dans des passages où le style de la satire s'élève un peu. Verum nec nocte paratum plorabit qui me uolet incuruasse querella (v. 90-91) est un exercice de style sur la pensée exprimée aux vers 102 et 103 de l’Arf poétique: Si uis me flere, dolendum est Primum ipsi tibi (2). L'image incuruasse querella parait forcée, mais l'emploi de incuruare au lieu de mouere était peut-être

(1) Ajoutons que ceues particularise ce que cinaedus es exprimerait sous une forme générale. Pour tout ce membre de phrase, cf. Schônbach, op. cit., Dee:

(2) Fiske, op. cit., p. 129, soupçonne que le vers 590 (Marx) de Lucilius (ego ubi quem ex praesordiis ecfero uersum) se rapportait au développement de la mème idée : mais ce n’est qu'une hypothèse.

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