‹ Essai sur PerseChapitre 51 sur 70 · PE ’ LI · texte numérisé non relu

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que dans le reste de la satire. D'abord, le poète s’est appliqué à relever, en plusieurs passages, le réalisme de la peinture par l'élégance de l'expression : v.88-89: «aegris faucibus ezsuperat grauis halitus » : Virgile avait dit (Én., 2, 759) : «exsuperant flammae »; — v. 91 : la nuit est personnifiée (widit nox); de même, aux vers 100-101, le frisson (éremor…. excutil) ; — v. 99 : «gulture sulpureas lente exhalante mefites » : le détail, en lui-même, est répugnant, mais l'expression ne serait pas déplacée dans l'épopée (cf. Virg. : Én., 7, 84: saeuamque exhalat opaca mefilim): la simplicité nue du vieux Lucilius fait, par contraste, mieux sentir encore l'élégance voulue de notre satirique : erhalas tum acidos ex pectore ructus (v.136 Marx) (1); — les vers 100-102 sont une amplification très soignée d’un passage d’Horace (Epist., 1, 16, 21-23 : Neu, si te populus sanum recteque ualentem Dictitel, occultam febrem sub tempus edendi Dissimules donec manibus tremor incidat unclis), combiné avec un distique de Properce (4, 8, 53-54: Pocula mi digitos inter cecidere remissos, Pallueruntque ipso /abra soluta mero). Le vers 102, en particulier, avec la double disjonction uncla... pulmentaria, laxis.… labris, rappelle les procédés de la poésie à la mode (cf. Sat., 1, 99: Torua Mimalloncis implerunt cornua bombis); — aux vers 103-105, Perse use par deux fois de la figure appelée Dorepov toërepoy : il nous fait voir le cortège (Ainc tuba, candelae) avant de nous avoir montré le mort étendu sur le lit funèbre; puis il parle du lit funèbre avant d'avoir parlé de l'embau- mement (2). Mais, tandis que tout à l'heure il prenait le {on épique pour décrire une réalité répugnante, il use, pour nous peindre ces funérailles somptucuses, de tours familiers et d'expressions comiques: inc tuba,

candelae; beatulus ..… crassis.…… lutatus amomis (au lieu de i/litus

amomis: le mot lutatus signifie proprement souillé); hesterni..…. Quirites, expression d’une solennilé amusante, qui va bien avec subiere, verbe employé par Virgile (En., 4, 599: subiisse umeris confectum

(1) Il est possible que Perse ait songé ici à une peinture plus réaliste encore de Lucilius (1. 26, 2, v. 638, 640 ; 643, 641, 645, 647, 648, 642); cf. supr., p.276, n. 2, sur les rapports de fond qui peuvent exister entre Lucilius : (1. 26, 2), et la ‘conclusion de la Satire 3 de Perse; mais, dans la forme, le vers 642

mis à part (cf. supr.. p. 436, n. 1), les ressemblances ne sont pas frappantes.

(2) Cf., sur ce passage, mon édition de Perse.

438 F, VILLENEUVE aelate parentem ; 6, 222 : Pars ingenti subiere feretro). Le vers 110 est très élégant : Candida uicini subrisit molle puella : mais il y a, ici, harmonie entre le fond et la forme (cf. Homère : Odys., 14, 465 : gras vyengon: Hor.: Od., 1, 22, 23: Dulce ridentem Lalagen). La colère est décrite (v. 116-117) en termes qui rappellent à la fois Lucrèce (3, 303 el suiv. : «Nec nimis irai fax unquam swbdita pereit Fumida; suffundens caecae caliginis umbram » ; cf. 3, 288 : Est etenim calor ille animo, quem sumit, in ira Cum /erwescit) et Virgile (Én.., 7, 461 et suiv.: Saeuit... Ira super : magno ueluti cum flamma sonore Virgea suggerilur costis undantis aeni Ærsultantque aestu latices). I y a plus de simplicité dans l’expression scintillant oculi : elle se lit déjà chez Plaute (Men., 829 : ut oculi scintillant, uide). Ovide aurait dit : lumina micant (Ars amat., 3, 504). Le dernier vers est un frait dans le goût de la rhétorique à la mode: « Non sam esse hominis non sanus iuret Orestes ».

Le morceau entier forme une comparaison à deux membres. Mais il y a, dans le détail, plus d’une métaphore : composilas.… currere uenas (v. 91) est assez bizarre ; le mot currere S'appliquerait plus justement à

un pouls précipité (cf. Celse, 3, 6, p. 85, 30 Daremb.: uenis enim maxime -

credimus, fallacissimae rei: quia sacpe istae leniores celerioresue sunt); — l'expression modice siliente lagoena (v. 92) transporte plaisamment à la bouteille la soif du buveur ; — l'emploi de pe/lis au lieu de cutis (V. 95) implique une comparaison entre la peau du malade,

dont l’aspect ordinaire est altéré par l'hydropisie, et celle d’un animal;

mais cet emploi était, semble-t-il, consacré quand on décrivait les ravages de la maladie ou de la vieillesse (cf. Plaute: Capt.. 134-135: Macesco, consenesco et tabesco miser: Ossa atque pe/lis sum ; — Hor.: Epod.,17, 21-22: Fugit iuuentas, et uerecundus color Reliquit ossa pelle amicta lurida) ; — /uteus est peut-être un souvenir des Épodes (Hor.: Epod., 10, 16 : pallor luteus); — l'expression cor tibi rite salit (x. 114) est faite sur une métaphore qui appartenait au langage courant: Cor salit (Plaute: Cas., 414); — algente catino (v. 111) est dit, par une sorte de personnification du plat (1), pour /rigido ou gelido catino:;

(1) Suggérée peut-être par la jolie expression de Properce: algenli foco (4, 5, 70 : Horruit algenti pergula curta foco).

ESSAI SUR PERSE 434 — populi cribro decussa farina (v. 112) n'est pas une métaphore, mais une synecdoque, /arina élant mis pour panis, ct l'expression entière équivaut à panis secundus (cf. Hor.: Epist , 2, 1, 123: uiuit siliquis et pane secundo) où plutôt à panis plebeius (Sén.: Epist , 419, 3: Vtrum hic panis sit pl/ebeius an siligineus, ad naturam nibhil pertinet). Mais l'emploi du mot farina a permis à Perse d'introduire ici ure description en quatre mots.

IL y à dans les vers 113-114, une allégorie directement dérivée de cette comparaison entre les maladies de l'âme et les maladies du corps qui fait l’unilé du morceau : la gourmandise est comparée à un ulcère donnant au gosier une délicatesse excessive. Perse se souvient ici d’un passage d'Horace auquel il a ait plus d’un emprunt dans cette dernière partie de sa troisième Salire : nous lisons, en effet, au vers 24 de l'Épitre 16 du livre 4er : « Stullorum incurata pudor malus w/cera celat ». Ces mots ont rencontré dans sa mémoire deux vers pitloresques des Satires (2, 2, 23-24): « Vix tamen eripiam, posilo pauone uelis quin Hoc potius quam gallina £ergere palalum ». Tergere à suggéré radere par contraste : et le mot convenait d’aulant mieux à côté d'ulcus qu'il avait pris dans le langage des médecins un sens spécial : « Medici, dit le scoliaste (5, 15), radere dicuntur carnem de uulneribus putrem, dum ad uiuum perueniant, quo facilius eurent ». D'autre part plebeia beta (v. 114) est une des espèces dont durum olus (v. 112) est le genre; mais il y a là sans doute une ironie : car, si les feuilles de la bette font un mets assez rude au palais, les côles, une fois cuites, sont fort tendres. -

On ne peut aflirmer que le mot aristae (v. 115) Fùt couramment employé en latin vulgaire comme équivalent de pile. Mais la comparaison était, semble-t-il, devenue banale : on lit chez Varron (L. 1., 6, 45) : CTremor dictum a simililudine uocis, quae tune cum ualde tremunt, apparet, cum etiam in corpore pili, ut arista in spica hordei, horrent » et chez Pline (N. H., 27, 90): « Holcus in saxis nascitur siccis. Aristas habet in cacumine.. Haec circa caput alligata uel circa lacertum educit e corpore aristas. Quidam ob id aristida

uocant ». Mais je croirais volontiers que Perse s’est proposé de rem-

placer par une périphrase d'allure épique Pexpression vulgaire #0 pili inhorruerunt (cf. Pétronc, 63,1) : seulement, au lieu de développer la comparaison entre les poils et les épis, qui était bien connue, il

a fabriqué l'expression métaphorique excussit…. timor aristas : c’est tout à fait dans sa manière. Il y a ainsi unité de ton entre le vers 115 ct le suivant (1). Je note encore que Perse a dit #imor albus comme Horace (0d., 4, 4,13) avait dil pallida mors, comme lui-même a écrit ailleurs (Prol., 4) pallidam Pirenen.

Plus qu'aucune autre, la Satire 4 peut être considérée comme un exercice de style. Limitation des poètes antérieurs y est presque continuelle. #s

Il semble que Perse ait voulu donner au discours que Socrate adresse à Alcibiade (v. 1-22) les caractères du sermon populaire : ton véhément, brusque, parfois emphatique, expression presque toujours concrète. Je ne dis rien de la bigarrure du style, qui est un trait commun à la satire et à la diatribe.

Parmi les emprunts faits au latin familier, je relève les suivants : Crede (v. 1), qui n’est pas rare ; mais, en pareil cas, le terme ordinaire est pulalo (cf. Hor.: Sat., 2, 38, 161 ct la note de M. Lejay); — Barbatus (mème vers) : Plaute dit en parlant des philosophes (Casin., 466) : « Solet hic barbatos sane sectari senex » (cf. Varron : Ménipp., 419: [laque uideas barbalo rostro illum commentari); — dic hoc (v. 3), moins usilé, d’ailleurs, que dic ou dic age ou dic sodes ; — plebecula (cf. Hor. : Epist., 2, 1, 186), à rapprocher de deux autres diminutifs: popello (v. 15: cf. Hor.: Epist., 1, 7, 65) et cuticula (v. 18): ce dernier, qui ne se rencontre pas avant Perse, est formé à limitation de pellicula (Hor. : Sat., 2, 5, 38) ; — puta(v. 9 : cf. Hor. : Sat., 2,5, 32: « Quinte» puta aut « Publi » (2); — illud male, rectius illud (mème vers) : c’est l'emploi de l’adverbe comme attribut, déjà rencontré (3, 78) et que nous retrouverons ailleurs (4, 30; 5, 69;

(1) Cf. Schünbach, op. cit., p. 40 et 41.

(2) Cf. Kühner, II?, 1, p. 199, rem. ? ($ 50, 3e, rem. ?).

153; 6, 56); — popello SG mO0soE Hor-AEpisb 041,57; 65): — exspecta (v. 19 : cf. Sén : De benef., 5, 12, 1 : Exspecta : ctiam hoc uerius dicas ; — : nunc (même vers ; cf Hor. : Epistz1, 6, 17 et 2, 2, 76); — suffla (v. 20: cf. Plautc : Stich., 723-724: « Age tibicen... Suffla celeriter tibi buccas » : mais ici le verbe est employé absolument, ce qui est insolite et doit peut-être s'expliquer par l’in- Îluence de ouc&v); — Æsto (v. 20) ; — pannucia (v. 2): « Pannucia, dit le scoliaste, wulgariter pro pannosa dixit »; et, de fait, le mot est chez Pétrone (14, 7) : « Pro illa parte uindicabant pretiosissimam uestem, pro hac pannuciam ne centonibus quidem bonis dignam ».

D’autres expressions s’éloignent de l’usage vulgaire, même quand on peut leur assigner pour original un proverbe ou une locution toute faite; mais plusieurs se lisaient déjà chez Horace :

Rem populi (v. 1) remplace rem publicam, peut-être par nécessité métrique ; mais, d’ailleurs, Cicéron avait écrit (De republ., 1, 25, 39) : « Est …, res publica res populi » ;

Le mot sorbitio (v. 2) est chez Plaute (Pseudolus, 868), mais avec le sens de breuvage : « Quia sorbitione faciam ego hodie te mea Item ut Medea Peliam concoxit senem». Perse est, semble-t-il, le seul écrivain qui lui donne le sens actif. Il a voulu, je suppose, parler de Socrate sans raillerie mais sur le ton badin qui lui semblait convenir à la satire ; en effet le verbe sorbere, que l’on rencontre chez Plaute (voy. par ex. (Mostell., 791) l'expression proverbiale «simul fÎlare sorbereque haud factu facile est») et chez Lucrèce (6, 1128) avec sa signification première d’avaler, était ensuite sorti de l’usage littéraire courant ; Horace ne l’emploie pas; l’épopée l'avait recueilli, mais comme métaphore (voy. Virgile : Én., 3, 421-422 : ter gurgite uastos Sorbet in abruptum fluctus). Nous le trouvons trois fois chez Perse, et chaque fois dans un vers dont le caractère satirique est indéniable (4, 16et 32; 5,112); — Tollil quem dira cicutae rappelle Horace (Sat., 2, 1, 56): «mala tollet anum uitiato melle cicuta »; mais le présent | historique éo/lit est hardi: plutôt que la formule quemn dat (Nirg.: Én., 9, 266 : Cratera antiquum quem dat Sidonia Dido), il faudrait citer ici : «Quantum mutatus ab illo Hectore qui redif exuuias indutus Achilit » (Én., 2, 278) ou : «Tu nubigenas… tu Cresia mactas Prodigia » (Én., 8, 293 et suiv.). Peut-être aussi y a-t-il une sorte d'attraction de temps entre dicere (Crede... dicere) et éolht ;

On ne peut affirmer que la locution rerum prudentia uelox ante pilos uenit (v. 4-5) fût un proverbe, bien qu’elle en ait toute l'apparence. On lit dans les Actes des apôtres (14, 94): re> =üs yeveuaèos Ddémneus vos véoovrus (1). En tout cas, si la sagesse populaire a fourni à Perse la pensée, il a utilisé pour lui donner une forme nouvelle un passage de Virgile et un passage d'Horace. Nous trouvons, en effet, dans les Géorgiques (1, 416): « Haud equidem credo, quia sit diuinitus illis /ngenium aut rerum falo prudentia maior», el dans une ode d'Horace (4, 9, 34-36) : « Est animus tibi Rerumque prudens el secundis Temporibus dubiisque rectus » ;

Horace avait dit (Epist., 1, 7, 72): dicenda tacenda locutus (cf. Catull., 64, 405 : omnia fanda nefanda). Perse modifie un peu Fexpression (v. 5: dicenda lacendaue calles), mais en faisant à Horace un nouvel emprunt: on lit dans l'Art poétique (274) : .« Legitimumque sonum digitis callemus et aure ».

L'emploi mélaphorique de feruere (v. 6) en parlant de Pagitation d’une foule n’est pas rare chez les poètes. Je ne citerai ici que Lucrèce (2, 41): « tuas legiones .… ÆFeruere cum uideas bell simulacra crentis ». Mais le mot feruere a fait venir dans la mémoire de Perse un vers des Odes d'Horace (1, 13, 4): « Feruens difficili bile Lumet iecur ».

Facere silentium, dans le latin familier, voulait dire faire silence, se taire-(cf. Plaute : Amphitr., 15 : Huic facietis fabulae silentium). L'emploi, peut-être nouveau, que Perse fait ici de l'expression se retrouve chez Tacite (Hist., 3, 20): « Vbi adspeclu et auctoritate silentium fecerat». 11 est relevé encore par le pluriel silentia, et par les mots maieslale manus subslitués à la locution habituelle manu : toute celte emphase est ironique (2). L'infinitif parfait est employé après fert animus comme après les verbes exprimant la volonté ou le pouvoir (3). Le tour est d’ailleurs imité du début des Métamorphoscs d’Ovide (1, 1: In noua /erf animus mutatas dicere formas Corpora) et ajoute à la solennité voulue du passage;

En écrivant 1//ud male, rectius illud (v. 9), Perse a tiré un trait,

(1) Cf. Otto : Sprichw, p. 279 (pilus 2).

(2) Au vers 3, l'apostrophe solennelle magni pupille Pericli est également ironique.

(3) V. Drâger : Hislor. Syntax?, I, p. 254 et suiv. (S 128).

ESSAI SUR PERSE 443 arrangé selon toutes les règles de K rhétorique, des paroles très simples d'Horace (Sat., 1, 4, 13% et suiv.): « /tectius hoc est ; Hoc faciens uiuam melius..….; hoc quidam non belle, etc » :

Dans les vers 10 et 11 (Scis etenim iustum gemina suspendere lance Ancipitis librae), Perse développe, en usant d’une allégorie connue dont lui-même s’est servi ailleurs (1, 6), l'expression us anceps, que

2 Re .

lon trouve chez Horace (Sat., 2, 5, 34). Le tour gemina lance, pour

geminis lancibus, est une élégance imitée peut-être d’Ovide (Ars amat., 2, 644 ; Mobilis in gemino cui pede prima fuit);

Horace avait dit (Epist., 2, 2, 44), de la manière la plus simple : «Scilicet ut uellem curuo dinoscere rectum ». Opposé à curuum, le mot rectum reprenait une valeur concrète que Perse a voulu accentuer encore : d'où l'expression rectum... inter curua subit (v. 11-12). On retrouve une opération intellectuelle analogue sous l’image cum fallit pede requla uaro (\. 12). Pes désigne ici l’unité de mesure : Perse, remontant au sens premier du mot, lui donne l’épithèlte de warus. L'emploi de pede a pu être suggéré à notre poète par Horace (Epist.. 4, 7, 98): « Metiri se quemque suo modulo ac pede uerum est» ;

Pour composer le vers £{ polis es nigrum uilio praefigere theta (v. 13), Perse s’est inspiré d’Horace ; mais, selon son habitude, il a rendu l’expression plus particulière qu’elle ne l’élait chez son modèle. Voici en effet ce que nous lisons dans l'Art poétique, 445-447: « Vir bonus et prudens uersus reprehendet inertis ; Culpabit duros, incomplis adlinet afruwm Transuorso calamo signum ». Il est possible, d’ailleurs, que le mot /heta fût, dès cette époque, usité dans le latin familier pour désigner le signe de la mort. Plus tard Martial dira (7, 37, 1-2): « Nosti mortiferum quaestoris, Castrice, signum ? Est operae pretium discere {hela nouum » ;

Summa nequiquam pelle decorus (V. 1% fait immédiatement songer à Horace (Epist., 1,16, 45): «Introrsum lurpem, speciosum pelle decora » (cf. Sat. 2, 1,64) : limitation saute aux yeux. Il y a chez Horace une allusion à la fable de l'âne revêtu de la peau du lion ; Perse renchérit en ajoutant summa ;

Au lieu de caudam tactare (v.A5), la suite des idées ferait attendre une expression comme, sê iactare (cf: Juv.:1, 62: cum se tactaret amicae). Mais Perse, une fois. de, plus, a voulu modifier la locution courante ; il a écrit caudam ie qui n ‘est pas clair: car, si l’on donne à

iactare le sens d’agiter, comme dans les locutions zactare brachia, iactare pennas, on est conduit à l'interprétation du scoliaste qui me parait contraire au sens général du passage. « Translalio est a canibus qui, cum blandiuntur dominis, caudam mouent.» J'admets que #/ando soit proleptique (b/ando caudam iactare popello) et qu’il s'agisse pour Alcibiade de se faire bien venir du peuple : ce n’est pas en le flattant qu'il compte y arriver, mais en se faisant valoir devant lui. Il est vrai que le chien répond aussi par des mouvements de queue aux caresses qu'on lui donne. Mais dira-t-on, en pareil cas, qu'il «fait le beau » ? Je ne sais. Faut-il songer à un cheval qui agite fièrement sa queue? Il serait tout naturel de voir ici une allusion au paon, si 2acfare se trouvait jamais employé comme synonyme de pandere : « Quia ueneat auro, dit Horace (Sat., 2, 2, 25-26), Rara auis et picta pandat spectacula cauda ». Peut-être Perse a-t-il plus ou moins mélangé ici le sens propre du verbe iactare et l'emploi figuré qui en est fait dans des locutions telles que tactare qgenus el nomen ;

Le nom d’Anticyre était passé en proverbe {(Hor : Sat., 2, 3, 166: Nauiget Anticyram ; 2,3, 83 : Nescio an Anlicyram ralio illis destinet omnem ; — Ov.: Pont., 4, 3, 53: Bibe... Quidquid et in tota nascitur Anticyra). Perse a voulu le faire entrer dans une expression originale, mais il est facile de reconnaitre, sous la hardiesse de l'alliance de mots Anticyras meracas, la combinaison de deux passages d'Horace : «tribus Anticyris caput insanabile » (Ars poet., 300) et «Expulit elleboro morbum bilemque neraco » (Epist., 2, 2, 137). Une fois trouvée, celte métaphore atlirait tout naturellement un verbe comme sorbere (cf. Ov.: Pont., cité ci-dessus). Nous avons rencontré plus d'une fois des tours semblables à 22elior sorbere (par ex. 1, 70): mais bonus suivi de l'infinitif était, depuis Virgile, une construction classique en poésie (Buc., 5, 1-2 : Cur non, Mopse, boni quoniam conuenimus ambo, Tu calamos in/lare leues, ego dicere uersus);

Perse, au vers 17 (swmma boni), se rappelle qu'Horace a dit summum born (Sat., 2, 6, 76: quae sit natura boni summumque quid eius). Mais il modifie son modèle en s'inspirant de locutions telles que suruna rerum, belli, imperti. Au mème vers, l'infinitif wixisse est traité comme un substantif et coordonné à cuticula. Le parfait wirisse semble avoir la valeur d’un aoriste grec. Cependant, comme la phrase complète serait : esine summa boni uncta uixisse patella ? on peut

dés.

ESSAT SUR PERSE 445

admettre que Perse construit la locution est summa boni comme il construirait un verbe signifiant volonté :

On disait couramment curare cutem ‘cf. Hor.: Epist., 1, 2, 29 : In cute curanda plus aequo operata iuuentus; cf. 4,15); d'autre part, Perse lisait chez Horace (Sat., 2, 5, 38) Pelliculam curare iube, phrase où le verbe curare à un sens très général. Perse s’est appliqué une fois de plus à rendre l’expression tout à fait particulière. Il retient, sous une autre forme, pellicula. Mais, chez lui, le mot cuticula doit ètre entendu à la fois dans son sens propre, car c’est bien par la peau que l’on buvait pour ainsi dire le soleil (cf. Martial, 10, 12, 7; Juv., 11, 203), et dans le sens figuré : {a petite personne. La locution insolite curare sole à pu lui être suggérée par l'emploi qu’on faisait de curare dans le langage culinaire (Donat: Andr., 1, 1, 3, note sur curentur recte, qu’il explique par diligenter coquantur ; Apicius, 4, 143 : pisces curati ; cf. 125, 151). Nous trouvons en effet chez Sénèque (De breuit. uit., 13, 1) excoquendi in sole corporis cura (1). Mais Perse n’a-t-il pas eu plutôt pour modèle des expressions telles que wictu morbos curare (Gelse, r prooem., p. 2, 33 Daremb.: ea quoque, quae wictu curat, medicina) ?

Il y a, dans les vers 21-22, une comparaison ingénieuse entre Alcibiade faisant son propre éloge devant la foule et une vieille marchande qui vante ses herbes à un polisson d’esclave. Bene cantare (2)

rappelle bene laudare (0v.: Am., 3, 8, 7) et discinctus est, à côté de | uerna, une sorte d’épithète de nature, comme procax chez Horace

(Sat., 2, 6, 66: wernasque procaces).

Le ton est beaucoup plus simple dans la seconde partie (v. 23-41), qui est faile, en quelque sorte, de deux petits mimes. Seuls les deux premiers vers ont encore l'allure oratoire, avec leur tour exclamatif et la reprise «en cercle » de nemo (cf. 2, 68). D'ailleurs, le mouvement w{ nemo….. temptat se rencontre chez Horace (Sat., 2, 8, 62: ut semper gaudes illudere rebus Humanis), aussi bien que chez Cicéron (Pro Mil., 24, 64 : ut sustinuit, di immortales ! sustinuit ? immo uero

ut contempsit ac pro nihilo putauit).

(1) V. Schônbach, op. cit., p. 42.

(2) D’autres font porter bene sur discinclo ; d’autres encore, ici et chez

Ovide (1. L. et Am., ?, ?, 33), le rattachent à cum.

Comme il est naturel, le vocabulaire est fourni presque tout entier par le langage courant. On trouve déjà chez Horace »antica (Sal., , 6, 106), compitla (Sat., 2, 3, 26, ctc.), meluens dans un sens, voisin de celui de nolens (Sat., 2, 5, 65 ; cf. Plaute : Pseud., 304), tunicatus (mais au sens propre: Epist., 1, 7,65), caepe (Epist.,1,12, 21), penis (Epod., 12, 8), wulua(Epist., 1, 15, M), gausape (Sat., 2, 8, 11), nales (Epod., 8,5 ; Sal., 1, 8, 47). Le diminutif serio/a ne se rencontre pas avant Perse: les comiques n’ont que seria (Plaute: Capt., 917; Tér.: Heaut., 460); o/la est dans les lettres de Cicéron (Ad fam., 9, 18, 4) et chez Columelle (8, 8, 7); pannosus apparait ici pour la première fois dans un vers et palaestriltae également ; despuere est chez Plaute (Asin., 39), maxillae chez Pétrone (44, 3: maiores mazxillae). J'aurai à revenir sur balanatus et qurqulio. Bene sit est lexclamation consacrée des buveurs (Plaute: Pers., 773: Bene mihi, PE uobis, etc. ; Ov.: Ars amat., 1, 601-602: Et «Bene » dic « dominae ». … Sed «Male sit... uiro ») et hoc est un ablatif (cf. Plaute : Cas., 255 re illi bene sit ligno, aqua calida, etc.; Hor.: Sat., 2, 2, 120: Dre eral non piscibus.. Sed pullo...). Le tour « quaesieris… « euius ? » (ail}», qui substitue la coordination à la subordination, est bien connu, et nous l’avons déjà rencontré plusieurs fois.

L’effort verbal de Perse continue ici à s'exercer sur des locutions proverbiales ou sur les créations des poètes antérieurs. Je dois noter pourtant comme sans exemple, direct ou indirect, l'expression in sese descendere (v. 23); le tour descendere in pectus, ou in anünos, a un tout autre sens : il s'emploie en parlant d’une impression faite sur l'âme. Il faudrait songer plutôt à descendere in LOT (Liv., 1,-41, 5 : Ferrum haud alte in corpus descendisse).

La fable des deux besaces, ou de la besace à deux poches, était souvent rappelée (Catull., 22, 21 : Sed non uidemus manticae quod in tergo est; — Sén.: De ira, 2, 28,8 : Aliena uitia in oculis habemus, a tergo nostra sunt) (1). Perse semble modifier l’apologue: chacun de nous porte ses défauts derrière son dos ; ainsi nous voyons les vices d'autrui et non pas les nôtres. D'autre part, il me paraît probable qu’il s’est rappelé ici un vers d'Horace dont le sens est douteux (Sat., 2, 3,

(1) Cf. Otto: Sprichw., p. 209 (manlica).

ESSAT SUR PERSE 447

299) : « Respicere ignoto discet pendentia £ergo » : ignoto tergo a suggéré, je pense, praecedenti tergo. Mais, chez Horace, il s’agit de notre propre dos, et Pexpression ignoto tergo est moins hardie que praecedenti tergo employé dans le sens de praecedentis tergo.

« Diues arat Curibus quantum non miluus errat (v.26):«secundum prouerbium, dit le scoliaste, quantuin milui uolant », et nous lisons, en effet, chez Pétrone (37, 8): « Ipse Trimalehio fundos habet qua milui uolant ». En bon élève de rhéteurs, Perse donne à l'expression un tour hyperbolique : « Quantum non miluus errat ». Juvénal renchérira encore (9, 54): « Dic, passer, cui tot montes, tot praedia seruas Apula, tot miluos intra tua pascua lassos ? » La construction quantum errat (1) est calquée sur quantum uolant : mais errare a ici le même sens que dans les expressions lit{ora errata (Nirg : Én., 3, 690-691 (2); cf. Géorg., 3,260: natat… freta) et terrae erratae (Ov.: Fast., 4,573) (3).

Au vers 27, Perse abrège hardiment, par l’emploi de l’ablatif de qualité, la locution consacrée dis tralis (inimicis, aduersis) natus (genitus) (cf. Plaute: Miles gl., 314; Mostell., 563; — Phèdre, 4, 20, 15 ; — Sénèque : Apok., 11, 3; — Hor.: Sat., 2,3, 8). Maisil ajoute genio sinistro par allusion à la fable des deux frères racontée par Horace (Epist., 2, 2, 183-189 : Cur alter fratrum cessare... Praeferat,.….. alter diues… ferro mitiget agrum, Scit Genius, natale comes qui temperat astrum, Naturae deus humanae, mortalis in unum Quodque caput, uultu mutabilis, albus et afer): dans les expressions de ce genre, ater eb sinister sont synonymes.

L'emploi de compitum (v. 28) dans le sens de aedicula Larum compitalium in compito exstructa parait être un emprunt au latin vulgaire : on le trouve dansles inscriptions (v. Gruter, 107, 1 ; Fabretti, 232, 610); il se rencontre chez Pline (N. H., 3, 66: compita Larum), et chez Festus (s. u. pilae et effigies, p.239 Müller, 273 Lindsay). Pertusa est bien expliqué par le scoliaste : «Merito perlusa, quia per omnes quattuor partes pateant ». Perse a voulu éviter le mot peruia, qui lui a semblé, je pense, banal et usé (cf. Calpurn., 4, 425-126 : Vique bono plaudat paganica turba magistro, Qui facit egregios ad peruia compita

(1) Pour les variantes, cf. mon édition de Perse. (2) Plusieurs critiques considèrent ces deux vers comme une interpolation.

(8) Cf. Brenous, op. cit., p. 214.

ludos). Mais le mot a une valeur métaphorique, puisque, au sens propre, il signifie perforé, troué (Lucrèce, 3, 934 : Et non omnia perlusum congesla quasi in was). Le désir d’être neuf touche ici à la puérilité. Sénèque le Père a raillé plus d’une fois les artilices de ce genre (voy. par ex. Contr., 10, 5, 20 et suiv.).

On reconnait sous le vers seriolae uweterem metuens deradere limum (v. 29) une réminiscence d’Horace (Sat., 2, 4, 80 : Siue grauis weleri creterrae limus adhaesit). Mais Perse à fait passer Pépithète de creterra à limus : il ne s’agit pas ici de l’âge du vase, mais du long séjour qu'il a fait dans le cellier. Deradere renforce weterem et répond

bien, d'ailleurs, au limus adhaesit d'Horace : la poussière a formé sur.

la jarre une sorte d’enduit qu’il faut gratter.

Ingemit (v. 30) fait avec Aoc bene sit une sorte d’antithèse, de celles qu’il faut louer comme étant dans le sens plutôt que dans les mots : ce vœu traditionnel que les buveurs lancent joyeusement, notre avare le prononce en soupirant : si misérable que soit son repas, il le trouve encore trop somptueux.

L'emploi de funica pour siliqua n’élait pas étranger aù- langage

courant: on le rencontre chez Pline (N. H., 22, 93). Il n’en fallait

pas davantage pour suggérer à Perse l’idée de donner à l'oignon l’épithète de funicatus (Vv. 30), appliquée d'ordinaire au menu peuple (cf. Hor.: Epist., 1, 7, 68: funicato... popello).

Il y a dans l'expression pueris plaudentibus (v. 31) une emphase voulue : les esclaves de Vettidius n’ont pas tous les jours une pareille aubaine ; et, en même temps, les mots /arrata et plaudentibus forment l’un avec l’autre une sorte d’antithèse, comme, tout à l'heure, ingemit et hoc bene sit : la joie des esclaves fait un contraste amusant avec la médiocrité du repas. L’expression /arrata.…. plaudentibus olla est très ramassée : /arrata.…. olla est un ablatif de cause. On n’a aucun exemple plus ancien de /arratus : mais le latin formait, avec la plus grande facilité, des adjectifs de ce type (cf. auratus, calceatus, ete...

On sent que Perse s’est appliqué à terminer cette description soignée sur un #rait brillant : Pannosam faecem morientis… aceti (v. 32) est une expression fort recherchée et hyperbolique. Perse ne se contente pas de dire que l’avare, dont le cellier, pourtant, est bien garni, ne boit que du vin éventé (Hor.: Sat., 2, 3, 115-117 : Si positis intus Chü ueterisque Falerni Mille cadis, nihil est, ter centum millibus, acre

Potet acetum); c’est la lie qu'il avale : car le vin lui-même achève de s'évaporer. Cet emploi métaphorique de #ori se retrouve chez Pline (N. H., 18, 20: Vnguenta ilico exspirant ac suis moriuntur in horis). Cette lie forme une croûte que Perse compare à une peau rugueuse : car telle est bien ici la valeur de la métaphore pannosa ; Sénèque a dit (De clem:, 2, 6, 3): «ob... pannosam maciem ».

Æn écrivant le vers 33, le poète avait encore dans la mémoire les deux frères dont parle Horace, l’un prodigue, l’autre avarc, que leur génie à fait naître sous des astres différents (Epist., 2, 2, 183-189 ; cf. supr., p. 447). Nous reconnaissons ici deux mots lirés du premier vers de ce passage : « Cur aller fratrum cessare et ludere ct wngui Praeferat ». Mais Perse a changé en descriplion précise ce qui était chez Horace simple indicalion : «Si unctus cesses el figas in cule solem ». La métaphore figere solem est assez naturelle (1): les rayons du soleil étaient couramment comparés à des traits, à des flèches; on disail : figere aliquem telis,-mais aussi figere tela in aliqua re : on trouve chez Sénèque (De uit. beata, 27, 3) : « Quacrite aliquam mollem cedentemque maleriam in qua tela uestra Aigantur ».

C'est Horace encore qui a fourni presque tous les éléments du vers 34 (voy. Sat., 2, 5, 42: « Nonne uides », aliquis cubito stantem prope tangens Inquiet).

Despuere, qui appartient à la langue des comiques (Plaute: Asin., 38), se trouve aussi chez Catulle (50, 19: precesque nostras, Oramus, caue despuas). Mais despuere aliquem est hardi (2).

Dans les vers 35 à 41, plus encore que dans les vers 25 à 32, Perse s’est attaché à rendre toute la verdeur du langage familier. Mais, fidèle à ses habitudes, il modifie ou transforme à chaque instant les expressions vulgaires. Penis (v. 35) est plus relevé que ne le serait cauda; — la périphrase arcana lumbi est une sorte de parodie du style épique, où l’on trouve des expressions comme arcana fatorum; — le verbe runcari (v. 36) signifie proprement sareler ou faucher (Caton ;

(1) Juv., 11, 203, et Mart., 10, 12, 7, disent bibere solem, combibere soles : s c'était sans doute la métaphore courante. Ici encore Perse veut être neuf.

(2) Il est vrai qu'on peut prendre despuatl absolument, soit au sens propre (l'inconnu crachant en signe de dégoût et comme s'il allait prononcer des paroles de mauvais augure), soit au sens figuré (exhalant son dégoût).

Varron ; Columelle; Schol. Isid., 17, 2, 5) : Perse est le seul écrivain qui l'emploie au figuré pour dire pèlos euellere; mais nous avons vu, dans Pexpression «excussit.… timor aristas » (3, 115), métaphore du même ordre ; — Viluae (v. 36) est mis pour podez : ce mot est à lui seul un trait contre les mœurs du personnage; — Gausape (v. 37) est un mot vulgaire qui se rencontre chez Lucilius (568 Marx: Purpureo tersit tunc latas gausape mensas), Horace (Sat., 2, 8, 10-11: puer alle cinctus acernam ss purpureo mensam ete ee Pétrone (21, 2; 28,4), Martial (14,152; cf. 145 et 147): il désignait une étoffe de laine d’un tissu particulier, ayant d'un côté de longs poils, et qui servait à faire des nappes, des serviettes, des couvertures de litcet certains vêtements. Il est fort possible que l'emploi métaphorique du mot soit une invention de Perse; c’est mazillis, opposé fort élégamment à irnquinibus, qui éelaire le sens ; — Balanatus, formé comme /arratus, ne parait pas se trouver ailleurs, mais balanus, au sens de noir de ben, est chez Horace (Od., 3, 29, 4: Pressa tuis balanus capillis); — c'est sans doute le latin vulgaire qui a fourni gurgulio pris au sens de penis ; mais il n’est pas sûr que le scoliaste n’ait pas commis une confusion lorsqu'il a écrit : « Gurgulionem nunc penem dicit, cum proprie in gutture sit gurgulio ». Cette interprétation peut tirer cependant une autorité réelle d’une phrase du Pro Caelio, où nous trouvons gurges employé dans le sens de penis (19,44 : Quod quidem uitium uentris et gurgitis non modo non minuit aelas hominibus, sed etiam auget). Mais, comme gurqulio et cureulio (A) ne sont que deux orthographes d’un même mot, il est possible que nous ayons aflaire ici à une de ces nombreuses métaphores qui assimilaient le membre viril à tel ou tel animal : furtur (Bücheler: Archiv. Î. latein. Lexik., If, 117), natrix (Lucilius, 72 Marx), anguis (Priap., 83, 33), sira (Gloss., IT, 185, 9; G. L., VE, 462, 3), sérutheus (Festus, p.312 Müller, 411, 4 Lindsay ; cf. Heraeus, Archiv, XIT, 265 note) et surtout wermiculus (Gloss., Il, 552, 18: Géñavos, dvdoeiac oÿosws: cf. Doïnoc). Le présent passage offrirait ainsi un ensemble de métaphores touchant plus où moins directement à la vie rustique: runcantem,

(1) Jahn, p. 176 de l'éd. de 1843, cite: Cum curculio in uuluam semen infundit (epp. de priap. Cleopatrae),

ESSAI SUR PERSE 451 gurgulio, plantaria (cf. Virg.: Géorg., 2, 27: Exspectant.. uiua sua plantaria terra), labefactent (Nirg.: Géorg , 2, 264: Et labefacta mouens robustus iugera fossor), non tamen ista filix ullo mansuescit aratro. Gelte dernière expression mérite qu'on s’y arrête: Perse parait ici s'être souvenu à la fois de Virgile et d'Horace. On lit chez le premier (Géorg., 2, 238-239): « Salsa autem tellus et quae perhibetur amara, Frugibus infelix, ca nec 2ansuescil arando », ek chez le second (Sat., 1, 3, 37): «Negleclis urenda fix innascitur agris ». Notre poète a créé l'expression Alix ullo mansuescit aratro, qui est hardie, car f#/ix doit y être entendu au sens de ager filire obsitus. Ce dernier vers, très soigné, fait, à la fin de ce petit discours, l'office de trait. La rhétorique n’est pas moins sensible dans l'hyperbole « quinque palaestritae lice haec plantaria uellant», et dans l’exagération emphatique du reste de la phrase (1). Forceps était peut-être le mot propre (voy. Lucil. 401 Marx (2), et cf. Cichorius: Untersuchungen zu Lucilius, p. 303-304, et la note).

La conclusion de la satire (v. 42-52) est plus simple de ton. Sauf dans les vers 47-50, où Perse accumule les propositions conditionnelles, la phrase est hachée. La formule wf mauis (v. 45 : cl Hor.: Sat., 1, 4, 21) appartient au langage familier, ainsi que le tour £ecum habita : noris.. (V. D2) (3).

Perse s'inspire d’abord d’un vers d'Horace (Epist., 2, 2, 97): « Caedimur ekl totidem plagis consumimus hostem », et, pour une fois, il est plus pittoresque que son modèle : « Caedimus inque uicem praebemus crura sagiltis ». Mais d’ailleurs iacere aliquid in aliquem, qui a pu suggérer sagittae, était une métaphore courante (Hor.: Sat., 1, 4, 79-80: Vnde petitum Hoc in me tacis?) Il est possible que crura praebere soit une imitation de suram praebere, terme du jeu de balle (cf. Isid.: Orig., 18, 69). Quoi qu’il en soit, ce vers fait une sentence bien frappée comme en ont souvent les comiques et Publilius Syrus.

(1) Sur tout ce passage, cf. Schônbach, op. cil., p. 42-44.

(2) L'épithète adunca rappelle un autre fragm. de Lucilius (403-104 Marx) : et uncis Forcipibus dentes euellerel.

(3) Tour d’ailleurs classique, du moment que Perse n'a pas dit «el noris ». Cf. supra, p. 413 et note 3.

L'expression Viuilur hoc pacto (v. 43) est moins solennelle que la formule Aaec est condicio uiuendi par laquelle le Balatro d’Horace commence un sermon ironique (Sat., 2, 8, 65) : le tour est pris au langage familier (cf. Hor.: Sat., 1,9, 48 : Non isto uiuitur (À) illic, quo tu rere, modo ; 2, 3, 148 : Exéitai hoc pacto, elc.).

La métaphore caecum habere uulnus (v: 44) était couramment employée par les poètes (Lucr., 4, 1112: Vsque adeo incerti tabescunt uulnere caeco : — Nirg.: Én., 10, 733 : Nec iacta caecum dare cuspide uulnus (2); — Ov: Hér., 4, 20 : et caecum pectora wwlnus habent). Perse fait, de cette image usée, le point de départ d’une petite description allégorique qui continue la précédente (prachbemus crura sagittis) et où il utilise deux vers de Virgile (Én ,5, 312-313) : «… lato quam (i. 6. pharelram) circum pleclitur awro Balteus.. ». Praetegere est chez Ovide (Mét., 3, 393): « Spreta latet siluis pudibundaque frondibus ora Praeteqit » (3).

Dans les vers 46-47, Perse imite directement un passage d’'Horace sur l'erreur de ceux qui sont dupes des éloges de l’opinion, passage dont la pensée lui est partout présente dans ce morceau :

Tu recte uiuis, si curas esse quod audis.

lactamus iampridem omnes te Roma beatum ; Sed uereor ne cui de te plus quam tibi credas, Neue putes alium sapiente bonoque beatum, Neu, site populus sanum recteque ualentem Dictitet, occultam febrem sub tempus edendi Dissimules.

(Epist., 1, 16, 17-23).

Aussi bien, selon le scoliaste de Perse, un vieil adage disait : « Ne aliis de se quisquam plus quam sibi credat ». De fait, nous lisons dans les distiques dits de Caton (1, 14) :

Cum te aliquis laudat, iudex tuus esse memento ; Plus alis de Le quam tu tibi credere noli,

et chez Sénèque (Epist., 80, 10) : « Intus te ipse considera : nunc

(1) Je n'ignore pas que la leçon est douteuse : les meilleurs manuscrits Ont uiuimus.

(2) Mais caecus a, là, un sens différent: qu’on ne voit pas venir:

(3) Autre leçon : protegit.

qualis sis, aliis credis » (4). La formule ne cui de te plus quam tibi credas à rencontré dans la mémoire de Perse une aulre expression d'Horace (Sat., 2,5, 105-106): « Funus Ægregie factum laudet wicinia » et, de cette rencontre, il est sorti : « Egreqium cum me wicinia dicat, non credam ? »

Palles (v. 47) est, aussi bien que #mprobe (2), un souvenir d’Horace (Sat., 2, 8, 78: Ambitione mala aut argenti pallet amore). Quant au tour wiso nummo, ce n’est qu'une légère variante de wisa est si forte pecunia (Perse : 3, 109).

La locution in penem uenit (v. 48) est faite sur le type de in mentem uenit où de in buccam uenit (cf. Gic.: Ad AL, 1, 12, 4 : Quod in buccam uenerit, scribito ; 7, 40 : Ad me seribe, uel quod in buccam

ueneril; 12, 4: Garrimus quidquid in buccam ? — 1%, 7, 2: quod in buccam uencrit scribes ; — Sén.: Apokol., 1, 2: Dicam quod mihi

in buccam uenerit). C’est du bon style satirique.

Amarum si puteal mulla cautus uibice flagellas (v. 48-49) est une périphrase étrange pour dire « Si tu te livres à l'usure ». Cette périphrase a pour origine l'emploi métaphorique que le langage courant faisait de fagellare dans des loculions telles que opes flagellare, annonam flagellare (Pline : N. H., 33, 164: Pretia rerum quae usquam posuimus, non ignoramus alia aliis locis esse et omnibus paene annis anutari, prout nauigatione consliterint aut ut quisque mercatus sil aut aliquis praeualens manceps annonam flagellel) : détenir des richesses, accaparer l’annone (cf. Martial, 2, 30, 4; 5, 13, 6: arca flagellat opes). On disait, par des métaphores analogues, pecuniam uexare (Sall.: Cat., 20, 12), opes uexare (Martial, 9, 59, 2), pecuniam agitare (Sén.: Epist., 101, 4). D'autre part, les jurisconsultes usaient de la locution infligere alicui usuras (Paul: Dig., 22, 1, 11; Julian: Dig., 3, 5, 30): or infligere s'applique proprement à un coup, à une blessure. Cicéron a écrit, appliquant la même figure à une perte d’argent: « Etiam haec leuior est plaga ab amico quam a debitore ». (Ad fam., 9, 16, 7). Mais nous n'avons là qu'un des deux éléments de l'expression de Perse. L'autre lui est fourni de même par le langage de

(1) Cf Otto: Sprichw., p. 15 (alius 1).

(2) Horace ; Sat., 2, 2, 104.

la conversation, qui mentionnait fréquemment le pufeal de Libon (cf. Hor.: Sat., 2, 6, 34-35: Epist., 1, 19, 8). Le préteur lenait son tribunal près de là ; près de là aussi, les usuriers exerçaient leur industrie. Perse, par une métonymie inattendue, a substitué puteal à usuras. Mais, comme le puteal, qui élait un mur circulaire, pouvait réellement recevoir des coups, Perse rend au verbe agellare toute sa valeur propre, el il le renforce par le complément wrulta uibice. Vibices, ce sont les meurtrissures, les stries que les coups de fouet et de verges laissent sur le corps. Il semble que le mot fût depuis longtemps sorti de l'usage : on le trouvait chez Plaule (voy. Varron : L. L., 7, 63: ex Fugitiuis : … Vide wiuices quantas — Goetz et Schoell, Plaut., VII, fragm. p. 144, v. 90); les grammairiens et les lexicographes l'expliquent (Paul Fest., p. 369 Müller, 507, 26 Lindsay; Nonius, 187, 24); Cassiodore (G. L., VII, 193, 2) le donne comme équivalent du grec poxw. Perse a-t-il voulu railler par l'emploi de ce mot suranné l’archaïsme du langage qui se parlait au forum? ou bien, en substituant uibice à plagis, laisse-t-il entendre que le puteal garde la trace de la violence des coups? En tout cas, je ne crois pas qu'il y ait lieu de louer ici l'imagination de Perse (1): il me semble que l’image est sortie tout entière de la métonymie pufeal combinée avec la métaphore connue flagellare : il y a là une création tout intellectuelle qui aboutit à une véritable énigme. Cautus est, pour l’usure, une épithète consacrée (Hor.: Epist., 2, 1, 105 : Cautos nominibus rectis expendere nummos). Quant à l'adjectif amarum, il s'explique parfaitement si on le rapporte à puleal, puis que ce dernier mot est l'équivalent de wsuras. Cette ponctuation fait, il est vrai, disparaitre l’anaphore 52... 52... Mais l'expression penem amarum serait des plus étranges, bien qu’on ait proposé d'y voir l'équivalent de penem irritabilem en citant des textes tels que Térence (Hécyre, 710): « Amarae mulieres sunt, non fecile hace ferunt », Cicéron (Ad. Att., 14, 21,3): « Amariorem enim me seneclus facit. Stomachor omnia », Sénèque (De ira ; 1, 4, 2): « Amarum nos acerbumque dicimus, nec minus stomachosum, rabiosum, clamosum, difficilem, asperum, quae omnia trarum differentiae sunt».

(1) Comme fait M. Schônbach (op. cit. p. 44-45), dans une note, intérëssante et utile d'ailleurs, sur ce passage.

ESSAI SUR PERSE 455 Bibulus (v. 50), au sens propre, est chez Horace (Epist., 1, 14, 3%) : mais Virgile et Ovide disent bibula arena (Géorg., 1, 114), bibulus lapis (Géorg., 2, 348), bibula fauilla (Ën., 6, 227), bibulae lanae (Ov., Mét., 6, 9). Comme, d'autre part, Perse pouvait lire dans les Odes d'Horace (2, 13, 30-32): « exactos tyrannos Densum umeris bibit aure uulgus », il n'avait pas grand effort à faire pour créer l’expression bibulae aures. Donare renchérit sur praebere ou commodare. Respue quod non es (v. 51) est un de ces tours con&is que recherchaïent les rhéteurs du temps. Mais la brièveté, comme il n’est pas rare chez Perse, est poussée ici jusqu’à l'obscurité. Veut-il dire: « Dédaigne les louanges du peuple, parce que ce qu’il loue en Loi, ce n’est pas toi, mais des avantages extérieurs »? ou bien : « Repousse des éloges que tu ne mérites pas » ? Cette dernière interprétalion s'accorde mieux avec les mots £yregium cum me uicinia dicat, non credam ? (v. 46-47). Perse, lorsqu'il a écrit /o{lal sua munera cerdo (v. 51), se rappelait peut-être Horace (Epist., 1, 16, 33): « Qui dedit hoc (i. e. praeclarum nomen) hodie, cras, si uolet, auferet ». Cerdo parait ètre un nom propre. Le nom de Kéo3ov (xéo3es gain), à Athènes, se donnait à des artisans (oyéoru) el aussi à des cselaves (Démosth.: roès Nixcsro : 19; cË. Cerdo comme nom d’esclave, Dig., 38, 1, 42). Comme nom propre d'homme libre, on le rencontre chez Euphron (Kock : Com. atlic., 5, p. 322: Apépova xx K£oSova xx Eornoiôn,) et chez Hérondas, qui le donne à un savelier. À Rome on le trouvait chez Novius, au moins dans un titre (Bubulco Cerdone : Nonius, p. 89, 25). Le second exemple en est fourni par le présent passage où le scoliaste met en note : «Per cerdonem plebeiam turbam significat. Ita cerdo dictus ärd 705 xépdous, 1.6. à lucro ». On lit chez Juvénal : « Perüt postquam cerdonibus esse timendus Coeperat » (4, 153) et « quae lurpia cerdoni, Volesos Brutumque decebunt » (8, 182), avec les scolies suivantes : « Ignobilibus: Gerdo est propie turpis lucri cupidus » et « Graece dixit turpem uulgarem lucri cupidum ». Martial éerit (3, 59, 1) suéor Cerdo, et, ailleurs, par le mot Cerdo seul (3,16, 1; 3, 99, 1),il semble désigner un savetier. On peut conclure que Cerdo, nom propre grec, élail devenu, au moins dans la langue des gens cultivés, une sorte de désignation symbolique du menu peuple.

Tecum habita (x. 52) renchérit sur le £ecum esse d'Horace (Sat., 2, 7, 112). Les deux métaphores habila et supellez forment une petite

allégorie. La seconde a été probablement attirée par la première, mais Perse les trouvait sans doute l’une ct l'autre chez les Grecs : guvdiéysiv … Eavr® Goiherx est une expression d’Aristote (Éth. à Nicomaque, 9, 4), et Épictète dira (1, 6, 15): % éxdorou olois vai raasevi. D'ailleurs l'emploi figuré de supellez n'est pas étranger aux écrivains latins antérieurs à Perse : on trouve chez Cicéron supellez oratoria (Orat., 2%, 80 ; cf. De orat. : 1, 36, 165; 88, 36). L’épithète de curta donnée à supeller est peut-être un souvenir de Lucilius (445 Marx : Et non, pauper uti, Samio curloque catino); mais le vers de Lucilius a pu rejoindre dans la mémoire de Perse

Sénèque: Epist.,

celui-ci, qui est d'Horace (Sat., 1, 6, 118): Vilis, cum patera gutus,

Campana supellex.

VE

DS

La Salire 5 se distingue des autres par une forme plus aisée, un style, pour ainsi dire, plus fondu. l'allure générale, dans la première partie (v. 1-72) est oratoire. Les phrases y sont plus longues et parfois plus complexes qu'il n’est ordinaire chez notre poète.

Le début est volontairement solennel. Le mot Vatibus élève au ton épique une formule empruntée d'ailleurs à Horace (Sat., 1, 2, 86 : Regibus hic mos est). La suite reproduit dans toute sa pompe une phrase toule faite que l'épopée latine avait prise à Homère, en forçant l'hyperbole. On lit en effet dans l’//iade (2, 489): O7 ai per déxa pèv YAGooa, dérx à cropar siev, landis qu'Hostius, contemporain de César, parle déjà de cent langues etde cent voix (1). Perse s’est souvenu de Virgile (Géorg., 2, 43-44, et Én., 6, 625-626): « Non, mihi si linguae cenlum Sint oraque centum, Ferrea uox »: et il a ajouté une élégance à son modèle, je veux dire la conversion linguas.…. centum après cenfun uoces el centum ora. L'expression fabula... hianda (v. 3) est pittoresque : complétée par #aeslo tragoedo, elle met sous nos yeux

(1) Non si mihi linguae Centum atque ora sient totidem uwocesque liquatac (ap. Macrob.: Saturn., 6, 3, 6)

ESSAI SUR PERSE 157 le masque tragique (1); chez Properce, au contraire (2, 31, 5-6: Visus... tacita carmen Aiare lyra), l'expression carmen hiare n’est qu'une périphrase d'assez mauvais goût (2). Au vers suivant Perse a été moins heureux. Il lisait chez Horace (Sat., 2, 1,13): «… labentis equo describit wulnera Parthi». Le trait /abentis equo s'applique fort bien aux Parthes, qui étaient avant tout des cavaliers, tandis que ducentis ab inquine ferrum est banal.

Cornutus (v. 5-18) mulliplie les métaphores pour railler l'emphase des poètes tragiques. Il commence, lui aussi, par une locution imitée d'Horace (Sat., 2, 7,21 : «Non dices hodie quorsum haec tam putida tendant?» CF. 2,3, 11) (3). Il y a peut-être une ironie dans l'emploi du mot o/ffa, qui appartenait à la vieille langue et dont Ennius s'était servi (4); nous dirions : «quelles tartines! » L'épithète robustus, attribuée plaisamment à carmen, s'appliquait à une nourriture substantielle (Celse, 2,18, p. 65, 18 Dar.: nous disons familièrement: une nourriture solide). Cornutus modifie d’une manière burlesque le sens de l’expres- Sion cenlum ora... oplare in carmina: il feint que ces cent bouches s'ouvrent pour manger. Mais l'expression Fabula... ponatur hianda tragoedo préparait cette allégorie plaisante, puisque ponere, qui s’applique bien à la création littéraire (cf. 1, 70), se dit aussi, comme apponere, d'un plat servi sur la table (cf. 1, 53). Le tour centeno qutture est imité de Virgile (Én., 40, 207 : ceñtena … arbore).

(1) Voy. pourtant Schônbach, p. 45.

(2) Cf. Prop., 3, 3, 3-4: « Reges... tuos.. hiscere posse ». Perse n'avait donc pas besoin de se rappeler ici la construction grecque de yæiveuw avec l'accusatif. (Esch.: Agam., 920 : xapaumerès Péaux rposyavns èuot. — Sophocle : Ajax, 1227: où On TA deu Puar’ dyyéAlousi por Thfvar naû’ uv @O’ dvotuwurel aveiv. — Callim.: Hym. à Ap., 24: dtvodv rt yaveiv). On trouve d'ailleurs chez Horace (Od., 1, 18, 5): müliliam aul paup’riem crepal; chez Ovide (Mét., 10, 205) : te carmina nostra sonabunt, etc. Cf. Brenous, p. 214-215.

(3) Cf. Schmalz : Anlibarbarus, IX, 5°.

(4) On le trouve chez Plaute (Hüiles gl., 760): Aufer illam offam porcinam ; chez Ennius (Plin., N. H., 18, 84: Ennius … offam eripuisse plorantibus liberis patres commemorat) et même chez Virgile (Ën., 6, 420-421) : Melle soporatam et medicalis frugibus offam Obicit. Mais ces poètes prenaient le mot dans son sens propre, ainsi défini par Festus (s.u. Penitam, p. 24 Müller, 282, 13 Lindsay): Antiqui... offam uocabant abscisum globi forma, ut manu glomeratam pultem,

Le mot nebula (v. 7) entrait dans diverses locutions plus où moins proverbiales (Plaute : Pseud., 463 : quae quasi Per nebulam nosmet scimus atque audiuimus; cf. Capt., 1023; Poen., 274: Quoius ego nebulai cyatho septem noctes non emam ; Cas., 847 : Nebula haud est mollis aeque atque huius est pectus). Horace s'était souvenu de cet emploi métaphorique de nebula lorsqu'il avait écrit (Ars poet., 230) : «dum uitat humum, nubes el inania captet » (1). Perse a remplacé l'expression générale dum uilal humum par l'indication précise Helicone: cette mythologie est bien dans le ton du morceau puisqu'il va être question de Progné et de Thyeste.

Aux vers 8 et 9, Perse a renchéri sur Horace, qui avait dit (Ars poect., 186): «Aut humana palam coqguat exta nelarius Areus ». L'expression consacrée cena Thyestae (cf. Ars poet., 91), rapprochée de ce vers, a inspiré olla Thyestae, et olla a suggéré feruebit. Aussi bien cette allégorie culinaire, complétée par cenanda Glyconi, est-elle du même ordre que la métaphore offas ingeris. Le tour o/la cenanda n’est sans doute qu’un développement du tour cenam eenare (Plaute : Rudens,

908 : scelestiorem cenam cenaut), mais Perse trouvait chez Blaute

cenabis magnum malum (\sin., 936), odorem cenat (Pseud., 844) et, chez Horace, w£ aprum Cenem eyo (Sat.,2,3, 234-235), cenamus auves, conchylia, pisces (Sat., 2, 8, 27), enfin, ce qui se rapproche plus encore de ollam cenare, l'expression patinas cenabat omasi (Epist., 1, 15, 3%). Insulsus appartient au vocabulaire de Plaute (Rud., 517 : te ex insulso salsum feci opera mea) et de Lucilius (1117 Marx : «es, ait quidam, senium atque, insulse, sophista. » CE. Catulle, dans une épigramme, 10, 33: Sed tu insuwlsa male ac molesta uiuis). On connait les vers d'Horace (Sat., 4, 4, 19 et suiv.):

At tu conclusas hircinis follibus auras, Vsque laborantis, dum ferrum molliat ignix, Vt mauis, imitare.

Nisard critique limitation de Perse (v. 10-11), qui aurait, selon lui, affaibli son modèle : « Ressembler au vent, combien n'est-ce pas plus ridicule que de ressembler à celui qui le fait sortir du soufflet? »

(1) Cf. Otto: Sprichw., p. 240 (nebula;,

LE

ESSAI SUR PERSE 459 (Poètes latins, elc., T, p. 252). En réalité le reproche qu’on doit faire à Perse, c’est d’avoir forcé l’image : car, la suite le montre, il entend appliquer les mots anhelanti folle (4) au poumon, tout en rappelant le sens premier de /o/le par la proposition coquitur dum massa camino. Il a combiné, en quelque sorte, les vers d'Horace avec une de ses propres expressions (1, 14): Grande aliquid quod pulmo animae praelarqus anhelet.

Je relève ensuite (v. 11-12) une expression étrangement surchargée : Nec clauso murmure raucus nescio quid tecum graue cornicaris inepte. Le mot nouveau (2) cornicaris, qui indique le eri de la corneille, semble en contradiction avec clauso murmure el avec lecum ; mais c’est peut-être cette contradiction apparente qui a tenté Perse. L’adjectif raucus à pu lui suggérer l’idée de remplacer fecum loqueris par tecum cornicaris : c'était, en effet, l’épithète consacrée lorsqu'on parlait des corneilles (Lucr., 6, 751 : raucae Cornices; Ov.: Mét., 5, 678 — il s'agit de la corneille — : ARaucaque garrulitas studiumque immane loquendi). D'autre part, son clauso murmure s'inspire du conclusas auras de son prédécesseur (cl. supr., p. 458); mais l’adverbe ineple m'empèche de croire que Perse ait voulu établir une suite entre les deux images : il parle ici, avec une exagération qui veut être plaisante, du murmure déjà plein d’emphase que les poètes tragiques font entendre en se récitant à eux-mêmes ce qu'ils viennent de composer.

En écrivant nec scloppo tumidas intendis rumpere buccas (v. 13), Perse combine deux expressions d'Horace : 4° « {wmido ore » (Ars poel., 94) et « Quid causae est, merito quin illis [uppiter ambas Iratus buccas inflet » (Sat., 4, 1, 20-21). Seulement il leur donne une application nouvelle : il songe ici aux enfants qui laissent échapper avec un grand bruit l'air dont ils ont, au préalable, gonflé leurs joues ; ce bruit, il le désigne par l’onomatopée se/oppus dont nous avons ici l'unique exemple (cf. Gloss. V, 624, 12), mais qui, à peine modifié, a donné les mots italiens schioppo (fusil : cf. escopette) et scoppio (détonation).

(1) Cf. limitation de Juvénal (7,111): Tunc immensa caui spirant mendacia olles.

(2) Nouum a poela uerbum compositum, dit le scoliaste; cf. Priscien (Gr. L., II, p. 433, 10 Keil). Voy. Schônbach, p. 46. Perse n’a-t-il pu s'inspirer du grec xpwtew? On trouve chez Plaute (Aul., 625) croccire ou groccire,

La forme seloppus, au lieu de s{/oppus, atteste, d'ailleurs, une origine populaire : on trouve chez Plaute ezanclare (Slich., 273); les vieux Romains disaient sclataris pour sélataris, ueclus pour uetulus, mencla pour mentula (1). Bucca est également un mot vulgaire (c£. Pétrone, 44, 2 ; 64, 12 ; 43, 8 ; 70, 3 ; Sén.: Apokol. 1, 2), et rumpere était, dans les expressions de ce genre, le verbe couramment employé (cf. Cic.: De diuinat., 2, 14, 33: inflatas rwmpi uesiculas). Mais notre poète relève buccas d'une épithète inattendue : à in/flatas, qu'on altendait, il substitue l'adjectif plus poétique fwrnidas, qui se joignait à os.

Le vers 14 (Verba togae sequeris iunctura callidus acri) est encore une imitation d’'Horace (Ars poet., 47-48): notum si callida uerbum Reddiderit iunctura nouum. Au lieu de nolum uerbum, Perse écrit uerba toqae en s'inspirant peut-être de la locution fabula togata. H change le rôle de callidus dans la phrase et, comme épithète de 2unctura, il introduit acer, qu'il faut entendre moins de la force que de l’ingéniosité. :

Ore modico (v. 15) est le contraire d’ore rotundo qui est chez Horace (Ars poel., 323). Le mot rofundo, que Perse avait dans Pesprit, lui à remis en mémoire un autre passage d'Horace (Sal., 2, 7, 86: Fortis et in se ipso Lotus, {eres atque roltundus). Mais, chez lui, lépithète de feres, si elle se rapporte grammaticalement à l'écrivain, s'applique logiquement au style (cf. Cic.: De orat., 3, 52, 199: Est (oralio) et plena quaedam, sed tamen /eres). Une fois de plus notre poèle imite son modèle sans le copier.

S'il faut en croire le scoliaste, la métaphore radere (v. 15) est d’origine médicale : « ut medici radere dicuntur carnem de uulneribus putrem, dum ad uiuum perueniant, quo facilius curent ». Pallentes s’explique alors fort bien : les mauvaises mœurs sont comparées à des malades ou bien à des chairs livides. Le mot peut avoir, il est vrai, le sens actif, comme au vers 55: « pallentis grana cumini ».

Nonius (p. 320, 22; 366, 8) nous a conservé de Lucilius le fragment suivant (v.1039-1040 Marx): « Cuius uultu ac facie, /udo ac sermonibus nostris Virginis hoc pretium atque hunc reddebamus honorem ». Si

(1) Cf. Heraeus: Archiv f. lat. Lexik., XI, 67. Pour toute l'expression, cf. Schônbach, p. 46-47.

hot

c’est le poète qui parle, on ne peut guère douter que, par les mots /wdo ac sermonibus, il ne désigne ses satires (1). En ce sens, Horace n’emploie pas le substantif /udus, mais seulement le verbe /wdere (Sat., 1,10, 37: haec ego ludo). I est possible que Perse (v. 16) ait voulu faire revivre l'expression de Lucilius ; mais, de plus, il joue sur le double sens du mol /udus, « jeu » quelconque et « plaisanterie ». Defigere est peutêlre synonyme de figere : le poète songerait alors aux combats que les gladiateurs appelés wenalores livraient aux bêtes dans l’'amphithéâtre et leur opposerait, par l’épithèle ingenuo, la satire, qui est un jeu, une chasse d’homme libre. Mais il serait difficile de citer un autre - exemple d’un pareil emploi de defigere (2). I faut plutôt songer à la lutte ou au pugilat ; nous lisons en effet chez Plaute (Pers., 294): « nisi te hodie, si prehendero, defigam in terra colaphis ».

Cornutus termine son discours sur un trait où il reprend l’allégorie tirée des festins tragiques, mais en la relevant d’une antithèse suggérée par l'expression werba toqae : à la table des rois de Mycènes, chargée de membres humains, il oppose les humbles repas de la plèbe, plebeia prandia.

Perse répond (v. 19-29) dans un style qui n’est guère moins imagé.

Pullati (v. 19) s'applique proprement soit aux gens vêlus de deuil (cf. Juv., 3, 213, avec la scolie ; Gloss., IV, 152, 36 ; V, 237,37 ; 326, etc.), soit au menu peuple habillé d’étoffes brunes (Quint., 6, 4,6; — Pline le Jeune: Ep., 7, 17, 9 : sordidi pul/latique; — Suétone: Aug., 44). Mais, si pullatis est la bonne leçon, Perse est le seul écrivain qui ait donné à ce mot le sens de ragicus. « Pullatas nugas tragoediarum ait » dit le scoliaste, « propter tristes fabulas, et quod maxime pulla ueste, id est lugubri, tragoedi utebantur ». Si on préfère la leçon bullatis, on ne peut guère donner au mot sa signification usuelle de bulla ornatus. 11 faut admettre plutôt que le poète l’emploie, d’une

(1) Cf. Marx: Lucil. reliq., IT, p. 832, n. 1039.

(2) Certains dictionnaires attribuent à Tibulle l'expression defigere ceruos : «transpercer des cerfs». Il n'y a là qu'un amusant contresens: les cerfs dont il est question dans le Panégyrique de Messala (Tibulle, 4, 1, 84), c'est ce que nous appelons des chevaux de frise (Qualiter (deceat) aduersos hosti defigere

ceruos).

manière insolite, pour dire « faits comme des bulles, creux comme des bulles » (1). Ici encore, on pourrait invoquer l’analogie: falcatus ne se trouve-t-il pas avec le sens de «armé d’une faux » et avec le sens de «en forme de faux » (Ov.: Mét., 1, 717: falcato .… ense)?

Le mot nugis et le vers suivant (v. 19-20 : nugis Pagina turgescat dare pondus idonea fumo) dérivent d’'Horace (Epist., 1, 19, 41-42): « Spissis indigna theatris Scripla pudet recilare et augis addere pondus » (2). Mais, pour renouveler son modèle, Perse s’est inspiré de Pexpression proverbiale wendere fumum (3) ou de quelque locution analogue, comme il devait en Se en latin ou en grec. On trouve chez

Aristophane (Nuées, 320): rep xamvod ovevohcoyeiv, et chez Eupolis, 3 x

(fragm. 51, I, p. 270 Kock): xarvedc arcqaiver rai oxac. E

Nous avons déjà rencontré (1, 49) et expliqué l'emploi métaphorique de excutere (v. 22: Excutienda damus praccordia).

L'expression pars animae (v. 23) était couramment employée par les poètes (Hor.: Od., 2, 17,5: Te #7eae... partem antmae; — Ov.: Mét., 8, 406: Pars animae... meae; — Pont., 5, 4, 69: Magnaque pars animae mecum uixistis, amici). Par l'emploi de guanta, Perse ne e veut-il pas faire entendre que Cornutus est plus que la moitié de son âme? Il renchérirait alors sur l'expression d’'Horace disant au vaisseau qui portait Virgile (Od., 1, 3, 8): « Et serues animae dimidium mneae. »

La métaphore pulsa dinoscere cautus quid solidum crepet et pictae tectoria linquae (x. 24-25) rappelle celle que nous avons rencontrée aux vers 21 et 22 de la Satire 3: Sonat uilium, percussa maligne respondet uiridi non cocta fidelia limo. K s’agit ici des revêtements de stuc (4) qui donnaient à des cloisons de briques l'apparence de la pierre. On opposait les murs ainsi faits aux murs pleins (solidi. Cf. Frontin (ou Balbus): Expositio formarum, p. 31 des ei agrariae auctores legesque de Goes, Amsterdam 1674 : Plannm est... in quo

(1) Quoi qu'on en ait dit (cf., par exemple, Schünbach, op. cit., p. 47-48).

(2) Cf. aussi Epist., 1, 16, 12: Fons... riuo dare nomen idoneus.

(3) V. Martial, 4, 5, 7: Vendere nec uanos circum Palatia fumos (cf. Lamprid.: Alex. Sévère, 23, 8 ; 36, 2; Heliog., 10, 3; Capitol.: Anton. Pius, 11, 1); Apulée: Apol., 60, p. 69, 5 Helm: crassum … Aemiliano, homini rustico, fumum uendidit. Cf. Otto, Sprichuw., p. 149 (fumus n

(4) Cf. Varron: 2. r., 8, 8, 1, et Cicéron: De diuin. , R, 7, 58.

se + x: an

longitudinem et lalitudinem habeamus, per quae etiam... opera /ectoria, inauraturas, tabulas et his similia. Solidum est... cuius longitudinem et latitudinem et crassitudinem metimur, ut parietum structuras). L’épithète pictus est transportée hardiment de {ectoria à lingua.

Nous avons vu ailleurs recessus mentis (2, 73). L'épithèle sinuosum, à côté de pectus (V 27 : sinuoso in pectore), répond à cette métaphore, puisqu'elle signifie quod multos habet recessus.

« Voce traham pura » (v. 28) équivaut à « Voce protraham pura ». Perse se souvient peut-être de Virgile (Én., 4, 371): moque trahens a pectore uocem.

En écrivant ce qui suit (v. 28-29 : tolumque hoc uerba resignent quod latel arcana non enarrabile fibra), Perse n'avait-il pas dans la mémoire les expressions {es{amenta resignat (Hor.: Epist., LR 9)et ul arcanas possim signare tabellas (Ov.: Am., 2, 15,15)? En tout cas, arcana fibra semble bien être une création. Le rapprochement de /atet et de arcana est voulu. Le mot rare enarrabile est pris à Virgile (Én., 8, 625: clipei non enarrabile textum). Il accentue encore la solennité de ce vers, qui est le prélude d’un morceau du ton le plus grave.

La première partie de ce morceau (v. 30-51) a une ampleur rare chez Perse. À vrai dire, la structure en est très simple : trois propositions ou groupes de propositions introduits par trois cum faisant anaphore de deux vers en deux vers ; puis, au commencement du septième, la proposition principale réduite à trois mots : #e libi supposui. Mais la proposition suivante fait encore partie de la période, comme indique bien la correspondance entre me et fu (v. 36 : Me tibi supposui : teneros {4 suscipis annos). Les phrases qui viennent ensuite sont courtes ou, du moins, peu compliquées, mais, plus d’une fois, des particules les unissent (v. 37: tune; v. 41: etenim; v. 45: non equidem). Il faut noter l'effet de symétrie « {ecum etenim longos memini consumere soles Et tecum primas epulis decerpere noctes » (v. 41-42), qui parait être une imitation de Lygdamus (Tibulle, 3, 6, 53-54: Quam uellem /ecum longas requiescere noctes Et tecui longos peruigilare dies), combinée avec un souvenir de Virgile (Bucol., 9, 51- 52: saepe ego longos Cantando puerum memini me condere (1) so/es).

(1) Cicéron avait dit consumere diem (De re publ., 6,9, 9: Multisque uerbis ultro citroque habitis ille nobis consumptus est clies.

464 F. VILLENEUVEÉ

Le caractère oratoire du développement apparaît encore dans le nombre des épithètes et des circonloculions. Les six premiers vers sont une ‘longue périphrase, chargée d'expressions concrètes ct descriptives, pour dire : « Lorsque je fus sorti de l'enfance ». Mais il faut y voir autre chose qu'une pure amplification : le poète insiste à dessein sur les dangers qui menacent l'adolescence. Il accumule ensuite les traits destinés à Jouer l'influence morale de Cornutus et, enfin, ceux qui peuvent rendre sensible l’étroite union existant entre le maitre et élève.

Custos (v. 30) sert d’épithète à purpura : il y a là, semble-t-il, une création de Perse. Ce n’est pas sans intention qu'il a rapproché ce mot de pauido.

Sparsisse oculos (v. 33) est une expression recherchée, calquée sans doute sur la métaphore spargere radios. On trouve chez Valerius Flaccus (Argon., 5, 247-248): « {ua nunc terris, {wa lumina teto Sparge mari».

Perse dit (v. 33) candidus umbo au lieu de /oga candida ou de pura uestis (Catulle, 68, 15) : je vois encore là le souci de renouveler l'expression en la rendant aussi particulière que possible. Aucun poète, à ma connaissance, n’avait employé le mot en ce sens>

Les vers 34 et 35 sont une amplification sur le lieu commun du carrefour de la vie. Vitae nescius error rappelle Lucrèce (2, 9-10) : « Despicere unde queas alios passimque uidere Æ£rrare atque uiam palantis quaerere wilae » et Horace (Sal., 2, 3, 48-51): « uelut siluis, ubi passim Palantis error certo de tramite pellit, Ille sinistrorsum, hic dextrorsum abit, unus utrique Æ£rror ».

L'adjectif ramosus prend assez souvent chez les poètes un sens métaphorique, mais on ne cite avant Perse aucun exemple de ramosa compita (V. 35).

Le vers 36 (me tibi supposui : teneros tu suscipis annos) constitue une sorte d’allégorie. Perse s’est fait lui-même le fils supposé de Cornutus, et Cornutus l’a reconnu. Pour le sens de suscipio, on peut comparer Cicéron (Ad Att., 11, 9, 3): « Haec ad te die natali meo scripsi ; quo utinam susceptus non essem ». Le mot supponere a pu se présenter le premier à Perse. Isolé, il n’eùt été qu'un synonyme de subicere; mais le poète s’est rappelé qu’il avait dans la langue du droit une valeur spéciale (cf. Plaute: Cistell., 553: memini… eam... me 4h supponere ; Trucul. 804: Supposuit — Quoi? — Sibi), et l’image entière lui est apparue.

Intortos mores (v. 38) est à rapprocher de curwos mores (3, 52). Les deux mots intortos et extendit s'éclairent l’un par Pautre.

Vinci laborat (v. 39) me parait être une alliance de mots du genre de celle qu'on nomme oxymoron (1). Les deux métaphores premitur et ducit sub pollice uultum vont ensemble. Artifex, dans le sens d’artificiosus, est rare, mais non sans exemple (cf. Prop., 2, 31, 8: Quattuor artifices, uiuida signa, boues) (2). Ducit uultum est peut-être un souvenir d'Ovide (Mét., 1, 402: Saxa .. coepere... ducere formam) mêlé à un souvenir de Virgile (Én., 6, 848: Viuos ducent de marmore uullus).

L'expression num opus el requiem disponinus (v.43) parait calquée sur la locution courante disponere diem (Suét.: Tib., 11: Forte quondam in disponendo die mane praedixerat quidquid aegrorum ciuitate esset uisitare se uelle. — Plin.: Epist., 9, 36, 1 : Quaeris quemadmodum in Tuscis diem aestate disponam).

Foedere certo (v. 45) est une fin de vers de Virgile (Én., 4, 62). Perse développe ici un thème traité par Horace dans un passage des Odes (2, 17,17-24). Il y a, en deux endroits, imitation directe: 1° Vltrumque nostrum incredibili modo Consentit astrum (Horace) : — Amborum focdere certo consentire dies (Perse); — 2° Te /ouis impio Tutela Safurno refulgens Eripuit (Horace) :

Salurnumque grauem nostro loue frangimus una (Perse). L'épithète de grauis donnée à Saturne rappelle aussi Properce (4, 1,84): graue Salurni sidus. Tenax ueri remplace l'épithèle ueridicus, consacrée lorsqu'il s’agit des divinités prophétiques (Catulle, 6%, 306: Veridicos Parcae coeperunt edere cantus ; — Cic.: De diuinat., 4, 45, 101: Veridicae uoces ex occulto missae esse dicuntur). Perse trouvait chez Horace (Carm. saecul., 25) «ueraces cecinisse Parcae » et (Od., 2, 16, 39) Parca non mendar. D'autre part, Ovide lui offrait l’épithète tenacia appliquée à /ata (Pont., 1, 2, 63) (3). Notre poète a

(1) Jahn (p. 188 de l'éd. de 1843) estime que uinci laborat continue la métaphore premitur, et il interprète: cum studio el labore uincilur. Maïs c'est l'âme qui travaille elle-même à être vaincue.

(2) Chez Cicéron {Brutus, 25,96: artifex slilus), et Ovide (Ars amal., 3; 900: equum.… arlificem), le sens de arlifex est un peu différent.

(3) C£. C. I. L. VI, 29426 (— Carm. epigr. 1164, 4, Büch.: «.. quem Parca tenax rapuit ».

combiné en quelque sorte les deux épithètes werazx et {enar, sans doute sous l'influence d’un souvenir de Virgile (Én., #, 188): « (fama) Tam licti prauique {enax quam nuntia weri ». Le vers 51 commence par une imitation de Virgile (Buc., 8, 107: Nescio quid certe est) et s'achève par une fin de vers d'Horace (Epist., 2,2, 187 : {emperat astrum), dont Perse fait une expression nouvelle en changeant le rapport des mots : astrum devient sujet, el ne tibi temperat se présente comme une métaphore hardie, qui marque le mélange, pour ainsi dire, des deux âmes. Ceci semble appartenir à Perse. Un trait aussi qui est bien dans sa manière, c’est le jeu de mots par lequel il rend au nom d’une constellalion, la Balance, son sens premier, pour avoir l'occasion d'écrire ce membre de phrase descriptif (v. 47-48): « Nostra uel aequali suspendit tempora Libra Parca tenax ueri. »

Le morceau suivant (v. 52-72) traite deux lieux communs. Le premier (v. 52-64) est développé dans le mode oratoire, avec une énumération (... hic... hic…, hic.…, hunc..…., ille..…), une opposition (v. 92: hominum..., rerum...), la reprise de la même idée sous deux formes différentes (v. 53 : uelle suum cuique est nec uoto uiuitur uno ; v. 60 : crassos..… transisse des lucemque palustrem), des allitérations (v. 53 : welle.. uolo uivitur… ; v. 55 .. piper et pallentis.….).

Les vers 52-53 sont un exercice de style sur l’adage quot homines, tot sententiae (1) (Tér.: Phorm., 454 ; — Cic.: De fin., 1, 5,15). Mille a été suggéré par Horace (Sat., 2, 1, 27-28 : Quot capitum uiuunt, totidem studiorum Milia) ; l'épithète discolor vient également de lui (Epist., 4, 18,53-4: VE matrona meretrici dispar erit atque Discolor). Velle suum cuique est n'est qu'un équivalent du suus cuique mos de Térence (Phormion 454: quot homines, tot sententiae: suos quoique mos): mos conduisait à we/le par l’intermédiaire de la locution morem gerere alicui, el l'emploi de l’infinitif comme substantif est un des tours favoris de Perse (cf. 1, 9, 27, 122; 3, 17, 18; 6, 39). Nec uoto uiuitur uno rappelle aperto uiuere uoto (Perse, 2, 7). En somme nous avons là, en deux vers, deux sentences frappées comme celles de Publilius Syrus (cf. 3, 38; 4, 42).

Les vers Mercibus hic Italis mutat sub sole recenti Rugosum piper et

(1) Voy. Otto : Sprichw., p. 166 (homines 9).

pallentis grana cumini (54-55) ont leur thème chez Horace (Sat., 1, 4, 29-30): Hic mutat merces surgente a sole ad eum quo Vespertina tepet regio. Perse ne parle que de l'Orient, qu’il désigne par l'expression recherchée de sub sole recenti, imitation du so/e nouo de Virgile (Géorg., 1,288), et, fidèle à son procédé constant, qui est de multiplier les termes descriptifs et concrets, il donne, en les relevant d’épithètes piltoresques, deux échantillons des denrées que le commerce apportait de V’Asie. Mais, pour caractériser la seconde, il se souvient encore d'Horace (Epist., 4, 19, 17-18): « Quod si Pallerem casu, biberent Cxsanque cuminum ». Au vers 56, Perse s’est amusé à décrire la sieste avec une solennité épique. L'expression trriguo somno semble nouvelle, mais Lucrèce et Virgile avaient dit, lun (4, 904-905): « Nunc quibus ille modis somnus per membra quietem éirriget », l'autre (Én., 4, 691- 692): «AL Venus Ascanio placidam per membra quietem /rrigat ». Aux vers 57-58 (Hic campo indulget, hunc alea decoquit, ille In Venerem putris), notre poète s’est visiblement appliqué à être concis. Et il l’est, en effet, plus qu'Horace disant (Epist., 1, 18, 21): quem damnosa Venus, quem praeceps alea nudat. HN a supprimé les épithètes et créé le tour hardi in Venerem putris. Le sens est, de toute évidence : « Celuilà est entièrement abandonné aux plaisirs de l'amour ». Mais d’où l'image est-elle tirée ? Rien ne nous autorise à croire (1) qu’elle soit née d’un contresens sur une phrase d’Horace (0d., 1, 36, 17): « Omnes in Damalin putres Deponent oculos ». Perse à pu se rendre compte que in Damalin dépend de deponent, mais ramasser toute l'expression putres deponent oculos dans le seul mot putris appliqué à un homme qui se fond, pour ainsi dire, dans la volupté. L'expression équivaut alors à ad libidinem pronus ; elle fait songer au corpora in Venerem soluunt de Virgile (Géorg., 4, 198-199 : nec corpora segnes An Venerem soluunû, d'autant plus que pufrescere signilie sonvent s'en aller en poussière (2).

(1) Comme fait M. van Wageningen, dans son éd. des Satires de Perse, I, proleg., p. xxVI (cf. IT, p. 75).

(2) M. Fiske (Lucil. and Pers., p. 142) ne tient pas un compte suffisant de la suite des idées lorsqu'il applique l'expression à la perte de la virilité. Ine s'agit pas encore des conséquences de la débauche, mais de la débauche ellemême: sinon l'opposition marquée par sed (v. 58: sed cum lapidosa cheragra)

Hunc alea decoquit (+. 57) est un tour insolite. On attendrait Ac alea decoquit (ef. Gie.: Phil., 2, 18, 44: Tenesne memoria praetextatum /e decoxisse) : Perse a-t-il été entrainé par des nécessités métriques à modifier une locution toute faite ? ou bien cet emploi de decoquere existait-il aussi dans le latin familier ou vulgaire (1)?

Les vers 58-59 offrent un curieux travail de marqueterie. Lapidosa cheragra renchérit sur le nodosa cheragra d'Horace (Epist., 1, 1, 31: Nodosa corpus nolis prohibere cheragra) (2); articulos est encore un souvenir d'Horace(3) (Sat., 2, 7, 15-16: postquam illi iusta cheragra Contudit articulos). Nodosa, remplacé par lapidosa, reparait sous une autre forme :-ce mot évoque l’image d’une branche noucuse (cf. Perse, 3, 11: nodosa harundo); Perse développe ct précise l’indication: ueleris ramalia fagi (cf. 1, 97). On reconnait ici un souvenir de Virgile (Buc., 9, 9 : Veveres, iam fracta cacumina, fagos).

Le vers 60 (Tunc crassos transisse dies lucemque palustrem) fait allusion à la lourdeur proverbiale des Béotiens, causée, disait-on, par l'atmosphère de leur pays (Gic.: De falo, 4, 7 : « Athenis tenue caelum, ex quo etiam acutiores putantur Altici, crassüm Thebis, itaque pingues Thebani; — Hor.: Epist., 2, 1, 244: Boeotum in crasso iurares aere natum »). Crassos transisse dies rappelle Tibulle (1, 4, 34): Stul-

ne se comprend plus. Aux yeux de M. Fiske, le modèle de Perse pour les vers 56-59 serait Lucilius (331-332 Marx) : «Quod deformis, senex arthrilicus ac podagrosus Est, quod mancus miserque, exilis, ramice magno ». De arlhriticus viendrait l'arliculos de Perse; podagrosus aurait été changé à dessein en {apidosa cherajra; ramice magno aurait suggéré in Venerem putris, les. deux expressions s'appliquant à la hernie (cf. Juv., 10, 204-205: nam coitus iam longa obliuio, uel si Coneris, iacet exiguus cum ramice neruus). Mais ramex vient de ramus — employé au sens de membrum uirile dans l'Exodium de Nonius (cf. Nonius, 116, 28): par suggestion mentale, Perse serait revenu au sens originel du mot, ce qui l'aurait conduit à la métaphore ramalia, précisée par weleris fagi. En réalité articulos ne vient pas de Lucilius, mais d'Horace (Sat., 2, 7, 16); le rapprochement entre ramice magno et in Venerem pulris altère le sens de cette dernière expression, et ramalia a dû être suggéré par nodosa cheragra (Hor.: Epist., 1, 1, 31).

(1) Sur tout le passage, cf. Schônbach, op. cit., p. 48 et suiv.

(2) Cf. Ov.: Pont., 1, 3, 23: nodosam ... podagram.

(3) Fregerit, si c'est la bonne leçon, a pu être suggéré par conludit, rapproché du «ueteres, iam fracta cacumina, fagos » de Virgile.

los praeterusse dies. Lucem palustrem est hardi: l'adjectif palustris est ordinairement appliqué au sol (v. Sén.: Epist., 73, 16: humus sterilis ac palustris).

Cullor enim luuenum purgatas inseris aures fruge Cleanthea (v. 63-64) fait une courte allégorie. Perse ramène le mot cwltor à son sens premier, ce qui le conduit à créer l'expression fruge Cleanthea pour désigner la philosophie stoïcienne. Dès lors le participe purgatas, au lieu de signifier simplement « bien nettoyées » (1), reprend la valeur qu'il a dans des locutions comme purgare locum filice, et le verbe inserere évoque nettement l’idée d’ensemencer ou de planter. Perse construit ce verbe d’une manière qui west pas courante (2). Les allégories de ce genre étaient ordinaires dans la philosophie morale. On lit chez Cicéron (Tuse., 2, 5,13) : « Cultura autem animi philosophia est; haec exfrahil uitia radicitus el praeparat animos ad salus accipiendos eaque mandat iis et, ut ila dicam, serit, quac adulta fructus uberrimos ferant ». Mais Perse n'avait pas à remonter plus haut qu'Horace : celui-ci dit, en effet ({Epist., 1, 1, 39-40): « Nemo adeo ferus est ut non mitescere possit, Si modo cultfurae palientem commodet aurem » et (Epist., 1, 1, 7): «Est mihi purgatam crebro qui personet aurem ». Seulement, lPambition d'embellir son modèle Fa

* jeté dans une faute de goût: Pallégorie purgalas inseris aures fruge J 8 D J

Cleanthea est une pure création de l'esprit; transportée dans le

domaine de la vision, elle ne donnerait qu’une image ridicule, On

peut comparer (Sat., 4, 22) auriculis alienis colligis escas. L'expression est plus simple dans le lieu commun par lequel se termine cette première parlie de la satire (v. 64-72). J'y relève des mots et des tours empruntés au latin familier (3): wiahica (N. 65: cf. Plaute: Capt., 449; —- Horace : Epist.,1, 17, 54; 2,2, 26); — canthus (v. 71), mot dont on usait couramment pour désigner la bande

(1) Comme chez Horace (Epist., 1, 1, 7) : «purgatam qui personet aurem ».

(2) Perse a pu confondre, volontairement ou non, deux sens de enserere : d’une part semer dans, planter dans, et, de l’autre, greffer sur (cf.Virg.: Géorq., 2, 69: Inseritur uero et nucis arbutus horrida fetu).

(3) Il faut noter un peu plus haut (v.62) le verbe ümpallescere : le latin familier multiplie les verbes inchoatifs ; celui-ci ne se rencontre pas avant Pefse,

d’une roue, mais qui n’était pas considéré comme latin (Quint., 1,5, 8: «… barbarismum pluribus modis accipimus. Vnum gente, quale ht si quis Afrum uel Hispanum Latinae orationi nomen inserat, ut ferrum, quo rotae uinciuntur, dici solet canthus; quanquam co tanquam recepto ulitur Persius ») (1); — quasi magnum (v. 66), qui rappelle, bien que le sens soit un peu différent, le w{ magnum d’Horace (Sat., 4, 4, 9-19 : in hora saepe ducentos, V{ magnum, uersus dictabat) ; — cras (v.68) employé comme substantif (Atta, 9, Com. Rom. fragm. Ribbeck, p. 190: cras est communis dies ; — Martial, 5, 58, 2: Dic mihi, cras istud, Postume, quando uenit?); — paulum erit ultra (\. 69: ci. 3, 78: satis est; 4, 9 : illud male (est) ; 5, 81: ita est). Le tour cum rola posterior curras (v. 72) est à rapprocher de quia non... 1aces…. bidental (2, 27): il y a, de part et d’autre, ellipse de wf comparatif. La métaphore egerit hos annos (v. 69) a peut-être sa source dans des expressions comme egerere sentinam, egerere fluctus (e naui) (Ovide : Mét., 11, 488), qui conduisent au sens de paulatim exhaurire (2). L'alliance de mots cras hesternum, de celles qu’on nomme oxymora, est assez pittoresque. SAS ee La comparaison de l'homme qui remet au lendemain ce qu'il pour-

rait faire aujourd’hui avec une roue de derrière qui ne rattrapera ,

jamais la roue de devant (v. 70-72) remplace une autre comparaison familière dont Horace se sert pour exprimer une idée semblable (Epist., 1,2, 41-42: qui recte uiuendi prorogat horam Ruslticus exspectat dum defluat amnis). Je n’en connais pas la source. L'image, en elle-même, est heureuse ; Perse aurait pu l'indiquer plus sobrement. Mais nous savons qu’il aime, dans les vers descriptifs, à multiplier les détails.

Le sermon philosophique qui forme la seconde partie de cette cinquième satire (v. 73-191) est écrit, en général, dans une langue

(1) Selon Gustarelli (De Graeci sermonis ap. Pers. uesliqüs, p. 27; cf. Casaubon), canthus ne serait pas autre chose que le mot grec x2Y06: « quae orbem oculorum significat »: Perse et Martial l'ont appliqué par synecdoque à une roue. Mais auraient-ils été compris si le mot, quelle qu'en soit l’origine, n'était pas appliqué couramment au cercle de la roue ?

(2) Valerius Flaccus dira de même (Argon., 8, 453-454) : tota querelis Zgerilur questuque dies; 5, 297-298: nunquam tanto pauentibus ulla Nox Minyis egesta metu,

ESSAI SUR PERSE 471 moins oratoire que l’épitre initiale. Il se présente comme une série de dialogues, presque tous vivement menés. On peut considérer le premier comme s'étendant du vers 73 au vers 131 ; mais iln'y a-pas, dans ce long morceau, unité parfaite de ton. Jusqu'au vers 90, le mouvement est rapide, le style presque simple. Comme mots et tours du langage familier, je signale: scabiosus (cf. 2, 13); — fesserula (le mot est chez Lucilius (84 Marx), mais dans un autre sens, celui de tessella ; cf. Varron (R. r., 3, 5, 18), qui l’emploie comme synonyme de fabella) ; — agaso (v. 76; cf. Plaute: Mercat., 852; Hor.: Sat., 2, 8, 12), — uappa (v. 11: Hor.: Sat., 1, 5, 16 et 2, 3, 144); — farrago (au sens propre chez Virgile: Géorg., 3, 205) ; — papae(v.19; cf. Plaute, Bacch., 207, etc.; Tér.: Eun., 317); — adsigna (v. 81 ; synonyme de obsigna qu’on trouve chez Plaute : Pers., 267; Epid., 808, etc.; — pillea (v. 82; cf. Plaut.: Amph., 462: Vt ego hodie raso capite caluos capiam pilleum ; Horace a pilleolus où pilleolum : Epist.,1,13,15); — mendose (v. 85; cf. Hor.: Sat., 2, 4, 25), adverbe qui appartenait peut-être au langage courant de l'exposition philosophique (cf. Lucr., 4, 501 ; Cic.: De inuent., 1, 6, 8); — « licet ».illud et «ut uolo » tolle (v. 87; cf., 1, 49: recti finem... recuso «euge» luum el «belle »): on peut comparer l'emploi de l’article grec dans des tours comme: Toysuxyos yehasas xt to QT roudy uaAdS xaya0ds xéxAnou ; » (Xénoph.: Écon., 7, 3) (1); — uindicta (v. 88et 125; cf. Hor.: Sat., 2, 7, 76); — meus (v. 88 — mei iuris; cf. Tér.: Phorm., 587 : nam cgo meorum solus sum mneus ; mème emploi de suus chez Plaute : Pers., 472: « Ancilla mea quae fuit hodie sua nunc est», et de {uus chez Sénèque : Epist., 20, 1 : Si... Le dignum putas qui aliquando fias fuus) (2); — excepto si quid (v. 90; cf. Hor.: Epist., 1, 10, 50: Æxzcepto quod non simul esses, cetera laetus) (3) ; — rubrica, mot que nous avons déjà rencontré (1, 66), mais dans un autre sens : c’est la première fois qu’on le trouve employé en poésie avec la signification qu'il avait prise dans la langue des jurisconsulles. Si wetauit, à la fin du vers 90, est la bonne leçon, il faut

1) Cf. Koch: Gramm. grecque, S 72, 7 (p. 243 de la traduction française). )

( (2) Cf. Schôünbach, op. cit., p. 51.

(3) Cf. Riemann et Goelzer: Synl. comp. du grec el du lalin, $ 624, rem. 2

peut-être y voir un trait de réalisme : le poète met, dans la bouche de l'affranchi qu’il fait parler, une forme vulgaire (1).

Il y a, malgré tout, dans ces dix-huit vers, des expressions figurées :

Tresis (v. 76), formé comme semissis (Gic.: Epist. ad famil., 5, 10, 1) et centussis (Lucilius, 1172 Marx ; Perse, 5, 191), ne se trouve que chez Perse; mais, si le poète a créé ce mot, c’est en s'inspirant d’une locution proverbiale bien connue (cf. Phoinix de Golophon (Gerhard, p- 137): &£icus so:ôv yanxdy ; Nicophon: fr. 12, 3 Kock (I, p. 777): ox &£ics 7208500: Plaute: Poen., 463: non homo #rioboli; cf. 381; Cic.: 1. L.: non semissis homo). De /resis agaso on peut rapprocher diverses expressions de Pétrone (45, 8: sestertiarius homo; 58, 5: dominus dupondiarius ; 74, 15 : homo dupondiarius).

Le tour momento lurbinis exit Marcus Dama (v. 78) est d’une heureuse concision et l’image est amusante : Perse avait présents à l'esprit ces mots d'Horace (Ars poet., 21): « Amphora coepit Institui : currente rola, cur urceus exit ? », mais aussi l'expression prodis ex tudice Dama Turpis (Sat., 2,7, 54-55), où Dama joue, au point de vue grammatical, un rôle un peu différent. Momento turbinis est calqué sur horae momento (Hor.: Sat., 1,1, 7-8). Tout le passage n’est d’ailleurs qu'une amplification pittoresque de la phrase heu steriles ueri quibus una Quiritem uertigo facit (v. 75-76).

Les vers 79 à 81 sont ironiques : la répétition emphatique du nom de Marcus (Marcus..., Marco..., Marco. ., Marcus.., Marce...) souligne l'ironie.

Mera libertas (v. 82) est chez Horace (Epist., 4, 18, 8 : uult liber/as dici mera) avec un tout autre sens : celui de pure franchise.

L'image Sfoicus hic aurem mordaci lotus aceto (v. 86) est à rapprocher de celle que nous avons étudiée plus haut (Sat., 1, 126). L’expression doit quelque chose à deux passages d’'Horace (Epist., 4, 17, 18: Mordacem Cynicum sic eludebat ; Sat., 1, 7, 32 : Italo perfusus acelo); mais elle rappelle en mème temps une phrase de la première salire de Perse lui-mème (1, 107-108) : sed quid opus teneras mordaci radere uero auriculas (2)?

(1) On ne la retrouve que dans le Pasteur d'Hermas et chez Servius. (2) Il faut encore signaler, au vers 89, une réminiscence d'Horace : «iussit quodcumque » Hor.: Sal., ?, 3, 141: «iussil quod splendida bilis »).

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