B) PROBLÈMES PROPRES AU TEMPS
$S 1. — Divers aspects du temps physique.
S’il est relativement aisé de définir, dans les divers plans d’objectivité, la nature et le rôle de l’espace physique, il n’en est pas de même du temps. Sans doute, dans la mesure où le monde physique n’est qu'un schéma abstrait, renvoyant à des expériences physiques, le temps joue un rôle analogue à celui de l’espace; il n’est lui aussi qu’un nombre, déterminé par des expériences physico-géométriques régulières; il n’est qu'un paramètre symbolique. Il est même curieux d’observer quel rôle symétrique jouent les variables espace et temps dans l’expression des phénomènes, si l’on adopte certaines conventions d'écriture. La théorie relativiste a tiré un grand parti de ces symétries formelles, considérées à la fois comme une fin et comme un procédé heuristique. D’autre part, il peut être commode, pour guider nos raisonnements, de représenter dans l’espace ces diverses coordonnées; à la variable { correspondra une dimension, c’est-à-dire un axe particulier. Il serait d’ailleurs déraisonnable de prétendre que nous avons par là « spatialisé » le temps, de même qu’il serait absurde de dire que nous avons iinéarisé le point elliptique, sous prétexte que la géométrie elliptique est celle de la gerbe. Nous avons simplement figuré dans l’espace le paramètre temps, comme nous figurerions les vitesses, les énergies, ou n’importe quelle grandeur physique.
Mais dès que nous essayons de rattacher ce schéma numérique à une idée objective du temps, nous retrouvons, transposée et accrue, la difficulté qui s’était présentée lorsque nous étudiions le temps sensible. La connaissance de celui-ci, disions-nous, n’est pas celle d’une chose, mais d’une instabilité et d’une destinée. Cette double nature se retrouve dans l'image concrète du temps physique; celle de l’espace est celle d’un milieu capable de guider le mouvement, et le schéma numérique s’y applique adéquatement, maïs il ne s’applique pas à celle du temps, parce qu’elle est celle d’un ordre, d’un effort, d’un élan, mais non d’un cadre corporel. La dissymétrie profonde de l’espace et du temps revient ici en pleine lumière. D’une part, le temps ne peut être représenté comme un milieu; tandis que l’espace est un certain corps enveloppant les corps particuliers, le temps ne peut être un devenir amorphe enveloppant les devenirs particuliers; il n’a pas de substance hors des changements particuliers, il ne peut être qu’un ordre; d’autre part, il n’est pas, dans la pensée courante, le guide du devenir, mais son principe intérieur. C'est pourquoi nous sommes satisfaits quand la physique elle-même arrive à méttre en évidence un rôle privilégié du temps propre station-