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E) CONDITIONS A PRIORI ET STRUCTURE SPATIO-TEMPORELLE

Nous avons dit que l’indétermination « physique-géométrique » nous permettait, même quand les résultats de l’expérience sont précis, de sauver certains caractères de l’espace et du temps par l'emploi d’hypothèses physiques touchant les actions extérieures : ces hypothèses s’imposent parfois, si les circonstances physiques et leur intervention sont manifestes, elles sont plus arbitraires si ces circonstances semblent manquer ou même si leur action ne rentre pas dans un type ancien et

compréhensible. I1 reste à savoir si leur intervention se justifie, quand elle complique tant soit peu l'expression globale des phénomènes. Si la structure de l’espace et du temps d’une part, celle du champ et des lois. physiques d’autre part, se déterminent l’une l’autre, un peu comme la forme des lois détermine le choix des valeurs expérimentales approchéés, et inversement, dans la méthode des moindres carrés, avons-nous des. raisons d’ordre général, et en quelque sorte à priori, pour imposer à la première des conditions formelles, de la même manière que nous avons. justifié qualitativement et en quelque sorte topologiquement, l’existence même du cadre spatio-temporel ? S

Kant admet que l’espace et le temps où nous reconstruisons le monde physique sont des intuitions à priori, achevées en elles-mêmes et connues adéquatement jusque dans leur infinité. L'espace géométrique tel qu’il est prédéterminé en nous est aussi l’espace physique objectif; et comme il est euclidien, celui-ci l’est également. Mais nous savons qu’il n’en est rien : l’espace géométrique n’est qu’une abstraction, et l’espace physique est une intuition qui doit être choisie et spécifiée. Faut-il croire cependant que seule l’expérience nous guide dans cette spécification ou devonsnous admettre, au contraire, que certains caractères de l’espace et du temps peuvent être déterminés à priori, que la raison, d’avance, nous en trace les contours? L'histoire des idées semble bien montrer que toute entreprise de ce genre est vaine, et que la consécration métaphysique des hypothèses non seulement est illusoire, mais se produit en général au moment où ces hypothèses commencent à être abandonnées par les savants. De quoi les « Principes métaphysiques de la science de la nature » sont un exemple célèbre; il en est de même de la métaphysique du principe de Carnot ou de celle du mécanisme. Et c’est là ce qui rend un peu décevante la philosophie des sciences.

Qu’entendons-nous d’ailleurs par « a priori » ? Kant en voit le critérium dans la nécessité de certains principes synthétiques. Mais il semble que l’opposition d’analytique à synthétique est vaine. Il n’y a pas de nécessité analytique, il n’y a pas de mode de raisonnement propre à la logique élémentaire que l’on puisse opposer à la démonstration mathématique. Toute nécessité logique est de construction, et par là même relative aux fondements axiomatiques. Elle est hypothético-déductive. Reste à savoir s’il existe, en dehors des justifications expérimentales, une nécessité catégorique, portant sur les principes, et d’origine proprement rationnelle.

Or, sans toucher ici au problème des principes rationnels, nous pouvons retenir deux remarques évidentes : l’une est que l’enfant est pré-. destiné à comprendre et à raisonner, et que l’animal ne l’est que d’une . manière très inférieure; l’autre est que les connaissances ne peuvent exister dans l’âme avant l’expérience, sous une forme rigide. Pas plus que le postulatum d’Euclide, le principe de causalité ne peut être donné en nous, en dehors de tout sens expérimental. Les formules en ellesmêmes ne sont ni vraies ni fausses, ni affirmées ni niées a priori. Nul ne peut concevoir le développement de la vie mentale comme un agrandissement, ou comme l’éclairement d’une demeure obscure. Les connaissances de l’adulte ne sont pas plus dans l’enfant que le chêne n’est dans le gland, ou le rosier dans sa bouture; et la théorie de l’emboîtement des germes est aussi vaine dans l’ordre de l’esprit que dans l’ordre biolo-

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