‹ Essai sur quelques caractères des notions d'espace et de tempsChapitre 73 sur 110 · Le coefficient Æ n’est pas une constante universelle · texte numérisé non relu

Le coefficient Æ n’est pas une constante universelle

6. — La proportionnalité de la force à la masse du corps entraîné, en d’autres termes la valeur commune de l’accélération pour tous les corps, est un scandale logique. Beaucoup d'auteurs se sont tourmentés rétrospectivement à la pensée qu’ils avaient pu supporter pendant de longues années d'admettre ce fait sans explication. Comme il faut bien admettre quelque chose, nous avouons ne pas comprendre cette indignation particulière. C’est un peu l'attitude d'esprit qui a fait parler du paradoxe des objets symétriques. Mais nous pourrions tout aussi bien considérer comme un défi à la raison le fait que les corps électrisés s’attirent proportionnellement à

1e : e Ê leur charge, et que l’accélération varie avec le rapport. Cela aussi est

inexplicable. Sans doute, le propre du sage est de s'étonner ; encore y faut-il une raison particulière. Sans doute aussi des étonnements étranges sont à l’origine de découvertes fécondes, mais une pensée capable d’inspirer n’est pas toujours digne d’être retenue en elle-même. D'ailleurs l’histoire nous apprend le caractère relatif des paradoxes : il suffit, en général, d’une nouvelle classification pour les éliminer. Il y eut autrefois un paradoxe des nombres irrationnels, un paradoxe du calcul différentiel.

7. — D'une part, la force gravifique semble s’appliquer à toute masse. Mais d'autre part, cette action n’est claire que dans le cas de masses associées à des corps étendus. Or, nous admettons en Relativité restreinte que toute énergie à une masse. Ainsi un rayon lumineux transporte de l’énergie et est soumis à la gravitation. Comment se représenter la chose, dans l’hypothèse ondulatoire ? Le schéma des forces centrales perd tout son prestige de clarté et de distinction. (La question se simplifie évidemment si l’on admet l’existence de quanta de lumière sur lesquels une force peut agir directement.)

À ces raisons scientifiques s’en ajoutent d’autres d'apparence plus philosophique, c’est-à-dire à la fois plus générales et plus arbitraires : elles se ramènent au fond à la critique de la notion de force, dans le cas général ou dans le cas particulier de la gravitation, la conclusion de cette critique étant qu’il faut chercher un cadre plus rationnel et plus géométrique à la théorie de la gravitation.

$ 2. — La critique de la notion de force.

La notion de force est-elle satisfaisante pour l'esprit? Ceci peut être considéré du point de vue de la mécanique abstraite, du point de vue de l'intuition immédiate, du point de vue enfin de l’usage expérimental.

À. — En tant que concept mécanique, elle est évidemment légitime. Voici le divers sensible où s’exercent des influences de toute nature. Nous convenons de le remplacer par un monde abstrait de points, auxquels des masses, c’est-à-dire des coefficients numériques, sont attachées. Ces points se meuvent en ligne droite s’ils sont libres, suivant des trajectoires incurvées

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