INERTIE ET FORCES PHYSIQUES
et c’est à lui que M. Meyerson se réfère d'ordinaire : une théorie est géomébrisée si les grandeurs sur lesquelles elle porte sont foncièrement. géométriques, c’est-à-dire se réduisent en dernière analyse à de l’espace et à du temps. C'est ainsi que Descartes ramène la matière à l’étendue, et le devenir au mouvement. Il s’agit là d’une réduction non seulement formelle mais substantielle. Entreprise toujours déçue et toujours vivace pour éliminer toutes les qualités sensibles de la réalité physique, pensée souvent confuse, qui se manifeste quand on dit que la nature de l’espace explique l'inertie des corps. C’est ainsi que dans la Relativité restreinte l'énergie devient masse et l’action temps propre. Ce qui fera le caractère géométrique de la Relativité générale, ce n’est pas seulement l'expression géodésique de la loi de gravitation, mais la valeur de temps propre du ds, la valeur d’espace et de temps de ses différents éléments. À cet égard, l’introduction d’une pluralité de temps et d'espaces multiplie nos instruments de géométrisation. ÿ
Observons encore que, prise en ce sens, la division du physique et du géométrique est fort arbitraire, et qu’il s’y glisse beaucoup de verbalisme. Elle à un sens très important si l’on admet que les notions géométriques sont connues par une intuition spéciale et claire de l’esprit (ainsi pensent Descartes et Kant). Au contraire, si nous n’y voyons que des êtres de discours, semblables aux autres concepts, si nous admettons que physiquement elles sont définies par des mesures canoniques, mais sans privilège de simplicité ou d’objectivité, l'opposition perd beaucoup de son intérêt. Elle bénéficie d’un prestige ancien et désormais immérité.