‹ Essai sur quelques inscriptions en langue gauloiseChapitre 6 sur 10 · ANALYSE ET INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

ANALYSE ET INTERPRÉTATION

Inscription de Yalson.

Cette inscription a déjà beaucoup occupé les épigraphistes. M. de la Saussaye, en la publiant, en a bien à première vue deviné le sens général, en jugeant qu'elle était relative à la consécration d'un sanctuaire, nemeton, par le Gaulois Segomar de Nîmes, à quelque divinité; mais les détails du texte n'en restaient pas moins énigmatiques. L'auteur d'un article à ce sujet, dans la Bibliothèque des Chartes (2 me série, IV, 312), croit que ce texte se compose de mots celtiques habillés à la grecque quant aux désinences. Mais a-t-il bien réfléchi à l'effroyable jargon qui résulterait d'un pareil amalgame? Que l'on se figure une inscription en mots français revêtus de désinences latines! M. Roget de Belloguet, sans réussir, ce me semble, à en éclaircir suffisamment les formes grammaticales, a le mérite incontestable d'y avoir le premier signalé le verbe etcopou comme identique au ieuru des autres inscriptions, et de plus, d'avoir bien reconnu la nature du pronom sosiv. D'une autre part, et simultanément, le D r Siegfried, bibliothécaire à Dublin, en a donné une traduction fort exacte que M. Whitney Stokes a fait connaître dans le journal allemand de Kuhn et Schleicher ! ,etdont je parlerai plus loin.

1 Beitrœge zm % vergleichenden Sprachkunde, I, p. 451. Berlin, 1858.

Mais arrivons à l'examen direct de l'inscription.

Le nom tout à fait gaulois de Segomaros, qui revient une seconde fois au génitif dans le n° VI, se rencontre aussi, comme cisalpin, dans Orelli (2125, Brixiae). Gluck, dans son travail sur les noms celtiques, a réuni, à l'article Segovax(p. 149), les composés avec sego, ainsi que les noms qui en dérivent, tels que Segobodium, Segobriga, Segodunum, Segosa, Segovia, Segonlia, etc. Il compare l'irlandais segh, bœuf sauvage, dans le sens d'animal fort, allié au sanscrit sahas, robur, (rac. sah, perferre, resistere, posse). Gluck aurait pu mieux encore, et plus directement, avoir recours à l'irlandais seagh, habileté, art, valeur, prix, estime, respect, d'où seagha, seaghdha, majestueux, grand, courtois, en erse seaghach, seaghdhach, magni momenti, idoneus, sapiens, prudens, affabilis, etc.; et, surtout à l'irland. seaghmhar, erse seadhmhor (dh=gh) avec les mêmes acceptions, et qui répond exactement à Segomarus. Dans la chronique irlandaise des IV Magist. (p. 464), on trouve Segda comme nom propre, ainsi que Segan (p. 219) et Segonan (p. 492). Bien que Segovax { et Segontium soient britanniques, Gluck observe que le mot sego semble perdu dans le cymrique actuel. Cela est vrai quant au lexique de la langue; mais je crois en retrouver une trace dans le nom d'homme Hegoi, Hegui du Liber Landavensis (p. 215, 222), avec le changement usuel de s en h , propre au cymrique. Ce nom rappelle les formes Segovia et Segovax, et ce dernier est peut-être dérivé, et non composé comme le pense Gluck. Il est certain toutefois que c'est l'irlandais seaghmhar—segmar, qui rend le

4 C'est la leçon que Gluck, d'après Schneider et Nipperdey, adopte au lieu de Segonax ; mais le Segan, Segonan irlandais peut faire douter de l'exactitude de cette rectification.

mieux compte de Segomarus, lequel, en cymrique, serait devenu Hegfawr—Hegmaur.

Le second nom, OuMoveoç, est peut-être le même que le Villonius de Gruter (488, 5), et paraît bien celtique, à en juger par la désinence onius, fréquente dans les noms gaulois. Cf. Vindonius (Steiner, 200); Ovinconius, domo Bodincomagus. (Grut. 555, 7); Acconius (Stein. 732). Cf. Acco,onis. Ces. VI, 4; Sollonius (Orel. 1957); Suecconius (Mommsen, 220), etc., etc. Je n'oserais trop, avec M. Roget de Belloguet, comparer le Vellaunus des composés bretons et gaulois. Le gaélique erse Fillean (Ossian, t. II, 124, édit. gaël.) est le seul nom néo-celtique, à moi connu, qui réponde bien à OuMovevç.

Les deux mots suivants, roo^-nouç v^au^a-nç, sont évidemment des nominatifs en accord avec Segomaros. M. Roget de Belloguet conjecture pour le premier un titre de fonctions religieuses ou civiles, une magistrature nîmoise dont Segomar était revêtu * ; mais le D r Siegfried, avec plus de raison, traduit tooutcouç par civis. C'est là, en effet, le sens le mieux indiqué par l'irlandais tuath, peuple et pays, d'où tuatha, tuaitheaeh, un plébéien, un homme du peuple ou du pays. Ce mot se retrouve dans le cymrique tûd, plus anciennement tût (Zeuss, p. 118), peuple et pays, armorie, tud, tut, gens; et il forme, dans les deux dialectes, un grand nombre d'anciens noms d'hommes, dont quelques-uns correspondent à des noms gaulois analogues, tels que Tutri (Zeuss, 118) =Toutiorix (Orel. 2059), surnom d'Apollon, c'est-àdire roi de la nation, Tutet (Lib. Land. 218) =Tutatia (Grut. 696, 10. Mediol.). Il en est de même en irlandais, où l'on trouve Tuathal (Tigh. 29, iob)=Teutalus (Sil. ItaL), Tua-

•Ethnog. yaul., p. 200.

than (IV Mag. 161)= Touto r oni$ (Grut. 807, 11), etc. ' Ce qui est à remarquer, c'est que la diphtongue gauloise ou (prononcez oou) ou eu, est conservée dans l'irlandais ua } tandis que le cymrique n'a plus que le û contracté qui se montre déjà dans quelques noms gaulois, comme Tutianus, Tutilius, Tutatia, etc.

Le suffixe de dérivation io, iu, qui a disparu des langues néo-celtiques modernes, se montre fréquemment encore en gaulois, et correspond au ya sanscrit, au iu latin, etc. 2 On en trouve une trace dans l'ancien irlandais nuie, novus (Zeuss, 826), à côté de nue, nû (id., 31). C'est le sanscrit navya, et le gaulois novio, dans Noviodunum, Noviomagus, etc. Le sanscrit madhya, médius, se reconnaît de même dans le gaulois medio de Mediolanum, Mediomatrici, etc. Ce qui surprend , c'est la terminaison <ouç de toout<o-j; au lieu de joç, que l'on devrait attendre, d'après l'analogie de Toutiorix (v. sup.). Cf. Toutia (Orel. 1501), Tutius (Stein. 341). Peut-être la prononciation de la désinence variait-elle entre os et us, par suite de l'influence du latin.

Nafjtxjtfxnç est un adjectif masculin dérivé de Namausus, pour Nemausus, dont la prononciation variait également, puisque les médailles de Nîmes portent la légende Namasat, et que la forme Namaus se trouve dans l'inscription géographique grecque du musée de cette ville 3 . Le suffixe ati semble correspondre au latin ensi de enti. Il reparaît dans Brivatis, d'où Brivatensis vicus (Zeuss, 758), formé de briva, pont en gaulois*, Ratiatensis vicus, villa Bulgiaiensis, de Ratiatis, Bulgiatis, etc. On peut comparer la dé-

« Cf. Zeuss, 38, 41, i 18, et Gluck, p. 64.

* Cf. Bopp, Vergleich. Grammat., § 887 et suiv. 899, 900.

* Bibl. des chartes, IV, 312, 2 me série.

4 Lenomin. Brivas du nom de lieu (Sidon. carm. 24, 16) est pour Srivats.

sinence irlandaise ate dans dûnate, castrensis, de dûn y slabratœ, gl. catinensis, de slabrad, catena. (Zeuss, 769); ainsi que Yat des adjectifs cymriques guilat, hilaris, girat, lamentabilis, etc. (Zeuss, 807), formes qui probablement ont perdu une nasale. Ainsi vajxxxjaTjç se rend exactement par nemausensis.

J'arrive au mot important v.<j*?oj, le ieuru des autres inscriptions, dont le sens, comme je l'ai dit, a été deviné plutôt que démontré par les épîgraphistes. Il était assez naturel, en partant de ieuru, de penser tout d'abord au grec cepoo>, comme l'a fait M. Auber. Mais la forme ccopou s'en écarte déjà sensiblement, et c'est cependant à Vaison que l'on aurait dû trouver la forme la moins altérée, si c'était en effet un terme grec. M. Roget de Belloguet, je l'ai déjà remarqué, reste incertain entre une corruption du mot hellénique, et l'existence, en gaulois, d'un verbe originairement de même provenance. Quant à la première supposition, il semble fort improbable qu'un terme grec, et surtout un verbe, ait été importé jusque dans l'intérieur de la Gaule, ce dont on n'a d'ailleurs aucun exemple; et la seconde hypothèse ne soutient pas l'examen. Le grec «poç, en effet, comme l'a montré Kuhn, correspond au sanscrit ishira, vigoureux, fort, actif et fortifiant, vivifiant, et telle a été, en grec même, sa première signification. Or, ni le gaulois, ni les langues néo-celtiques, n'ont de tendance à supprimer, comme le grec, Y s entre deux voyelles, et ishira n'aurait pu donner naissance à un dénominatif gaulois de la forme ieuru.

M. Roget de Belloguet se tourne bien ensuite vers les idiomes néo-celtiques pour y chercher quelque analogie; mais ici, et suivant sa regrettable méthode, il compare à la fois tout ce qui, de près ou de loin, semble se rattacher à l'idée de consacrer, le cymrique ior, Dieu, toi (c'est-à-dire ioli) adorer,

l'armor. iouli, vouloir, désirer, puis roi, donner, éréa, lier, et, enfin, l'irlandais iarraim, demander, prier 4 . Ici, nous le verrons, il a peut-être touché juste; mais comme il ne motive aucun de ses rapprochements, toute son hypothèse flotte en l'air.

Le D r Siegfried , à Dublin , qui réunit à la science allemande une connaissance approfondie de l'ancien irlandais, a traduit 6«o>pou par feciP. Il a eu sans doute pour cela de trèsbonnes raisons que je ne connais point, M. Whitney Stokes n'ayant fait connaître que son interprétation sans l'accompagner d'aucun commentaire. Je suppose qu'il aura eu en vue une racine ar, air de l'ancien irlandais, dont je trouve une trace dans aireadh, action de faire (doing, making) que donne O'Reilly d'après un vieux glossaire. Le sens de fecit me paraît cependant un peu trop prosaïque, trop matériel en quelque sorte, pour une inscription votive adressée à une divinité, et on verra d'ailleurs qu'il ne saurait être accepté pour le ieuru du n° II 5 . Je crois que, sans sortir de l'irlandais, on peut trouver une explication meilleure, laquelle, en fait, se rattache à la même racine ar.

Je ne vois, en effet, qu'une forme redoublée de cette racine dans l'irlandais iarraim ou iaraim (O'Reilly donne les deux formes), je cherche, je prie, je demande, je désire, d'où iarradh, iarratas, prière, requête, vœu, iarthoir, quêteur, mendiant, etc., où la réduplication de IV est inorganique, comme cela est souvent le cas en irlandais. C'est ce que prouve la comparaison du sanscrit, où la racine ar, ire, adiré, adoriri, colère, conjuguée suivant la 3 me classe,

1 Ethnog. gaul. y p. 20i.

s Beitrœge z. vergl. Spr. de Kuhn. I, 451 .

R II en est de même de celui de deaurabat que propose avec doute M. Stokes, en pensant à l'irlandais oirim, je dore.

se redouble en iyar d'après une loi phonique particulière f . Elle devient ainsi au présent iyar mi, iyarshi, iyarti,\e corrélatif parfait de l'irlandais iaraim. Du sens général de adiré à celui de quaerere, desiderare, la transition est facile, et se remarque dans plusieurs autres racines sanscrites. Le verbe gaulois, toutefois, doit avoir dans nos inscriptions une signification un peu différente, et analogue à celle du latin vovere qui exprime à la fois désirer et vouer, consacrer, offrir aux dieux avec prière, comme votum, désir et engagement religieux, double sens aussi de notre vœu. Toute cette dérivation du verbe celtique se confirme par la forme grammaticale etwpo^ que je vais considérer maintenant.

D'après la manière dont ce mot est placé, il ne peut être que la 3 me pers. sing. d'un prétérit, et doit se traduire par vovit ou consecravit. Or, en sanscrit, l'augment a de l'imparfait, venant à précéder iyar, se combine avec IV, et produit la forme éyar, à la l re pers. sing. éyaram, mais à la 2 me et à la 3 me êyar, pour êyarsh et éyart, les deux suffixes personnels étant supprimés par suite d'une règle euphonique propre au sanscrit*. Ceci se rapproche déjà beaucoup de la forme «copou, et on peut en inférer que le gaulois devait avoir conservé encore l'augment de l'imparfait, lequel ne se rencontre plus ailleurs que dans le grec affaibli en e, et que le zend même avait presque déjà perdu 5 .

Il reste cependant à rendre compte de la terminaison ou, qui ne se trouve pas dans le sanscrit. A la forme éyar, semble bien correspondre la 3 me pers. du prétérit irlandais, iar ou iarr; mais cette presque identité n'est sans doute qu'apparente, et ici, comme toiyours, l'irlandais n'offre,

* Bopp, Sanskr. Gramm. § 331 .

* Bopp, Sanskr. Gramm. g 289.

5 Bopp, Vergl. Gramm. § 517 et suiv.

dans celte personne, que la racine pure et simple. 11 est extrêmement probable que, plus anciennement , le verbe iaraim formait son prétérit en suivant l'analogie de la l re classe du sanscrit, et que le suffixe at de la 3 me personne se trouvait réduit à une simple voyelle, comme dans le grec fçpu?, et le lithuanien buwo pour le sanscrit abhavat, !8ecÇe pour adikshat, etc. En sanscrit même le t disparaît aussi dans le prétérit redoublé, tatâna, tetendit, de tan, tutôda, tudit, de tud, etc. Dans l'ancien irlandais, on trouve encore quelques exemples de cette réduction du suffixe, comme do roigu, elegit, de rôghaim, eligo, ro chréti, eredidit, de cretim, credo, etc. 1 Il est à croire, d'après cela, que iar a été antérieurement iaru, ce qui s'accorde singulièrement avec le gaulois e^ôv.

Il résulte de ce qui précède que «copou n'est point une forme hellénique du ieuru des autres inscriptions, comme le pense M. Rogel de Belloguet*, mais que ce dernier, au contraire, est déjà une altération du premier.

Je dois ajouter que le cymrique n'offre absolument rien qui puisse expliquer ce mot d'une manière satisfaisante.

B/A^àf" qui suit est, sans aucun doute, le nom d'une divinité que l'on retrouve sous la forme de Belisama. dans une inscription de Gonserans, de l'ancienne Novempopulania 3 , et appliqué à Minerve. C'est le datif d'un thème féminin en â } dont Yi correspond à Y ai des datifs en sanscrit et en zend, à Yae du latin, pour o-t, et à Yi du lithuanien et du gothique*. L'ancien irlandais présente encore ce même

• Zeuss, Gramm. celt., 435, 439.

* Ethnog. gaul., p. 199.

5 Orel, 1431. Une autre inscription à Saint-Bertrand (Orel, 1969) a moins correctement Belisana.

4 Bopp, Vergl. Gramm., p. 344, 2 mc édition.

suflixe dans les féminins de la 4 me série de Zeuss (p. 244, 257), comme tuari y lani, des nominatifs tuare, cibus, lane, plenitudo, etc., et, d'après les savantes observations d'Ebel, cet i formait le datif des thèmes terminés primitivement en yd oud\

Le régime direct de 6<a>poo se reconnaît dans v^tov, accusatif neutre identique au nominatif. C'est évidemment le nemeturr}, qui forme plusieurs noms de lieux celtiques , Augustonometum , Vernemetum, ApuvspieTov, Tasinemetum , Nemetocenna, Nemetacum, etc. On sait par Venant. Fortunatus {Carmen 1, 9) que Vernemetis, ancien nom du lieu où Léonce, évêque de Bordeaux, érigea une église, signifiait en gaulois fanum ingens 1 ; et ce mot se retrouve dans l'ancien irlandais nemed, sacellum (Zeuss, p. 11), dérivé de nem, ciel, en irlandais moderne neamhadh, céleste, divin, de neamh. 11 appartenait également au cymrique, comme le prouve déjà le Vernemetum britannique. Nemet était le nom armoricain d'une forêt, sans doute anciennement consacrée 3 . On trouve comme noms d'hommes Nimet en cymrique (Zeuss, 100, 129), et Nemead, Neimhead en irlandais (Tigh. Ann. 37; IV Mag. 5, 10), et, de plus, les composés armoricains Cadnemet, Vidnemet (Zeuss, p.102). Si le nimidas (au sing. nimid), de YIndic. pagan. (De sacris sylvarum quas Nimidas vocant) est bien germanique, commele pense Grimm *, ce terme remonterait peut-être au delà des origines purement celtiques.

L'accusatif en ov n'est point grec, comme on pourrait le

< Ebel, Celt. stud. Beitr. z. vergl. Spr. I, 165, 182. *

* D'après Zeuss (p. 829) du préfixe intensitif ver = cymr. guer. La forme nemetis ne diffère de nemetum que par le suffixe , qui paraît être le même que celui du vapauffanç de notre inscription.

3 Zeuss, 186, d'après Dom. Mor. Chart. Kemperl. 1 , 368.

A Deutsche Myth. 372, l re édition.

croire, mais purement gaulois, et reparaîtra à plusieurs reprises dans les autres inscriptions. Le suffixe primitif m du nomin. neutre, et de l'accusatif des trois genres en sanscrit et en zend, conservé par le latin seulement, s'est changé en n dans le grec et le lithuanien », et des traces du même changement se montrent encore dans l'ancien irlandais*. Le genre neutre, qui a disparu des dialectes néo-celtiques, sauf pour quelques pronoms, y a sûrement existé ainsi que dans le gaulois 5 .

Le doorev qui précède vspjrov est certainement, avec uwpo^ le mot le plus intéressant de notre inscription, d'autant plus qu'il revient une seconde fois dans le n° II qui suivra. Depuis longtemps, et dès le premier coup d'œil jeté sur l'inscription de Vaison, j'y avais reconnu le pronom démonstratif irlandais redoublé; mais M. Roget de Belloguet d'une part, et de l'autre le D r Siegfried r m'ont prévenu tous deux pour la publication de cette petite découverte. Les pronoms so et sin, celui-ci, celui-là, ceux-ci, ceux-là, s'emploient à l'ordinaire séparément*; mais, quelquefois, ils se combinent emphatiquement, comme les analogues sesin, sodin, side, suide (Zeuss, 555). On trouve un exemple de sosin dans Zeuss (p. 354); Cosc innammoge sosin, institutio servorum hocce.

Ce qui donne une importance particulière à ce pronom, c'est qu'il est bien décidément gaélique, et que le cymrique ne saurait en rendre compte. Le démonstratif gallois hwn, hon, hyn, se rattache bien, sans doute, primitivement à so

* Bopp, Vergl. Gramm., p. 321, 2 me édition.

1 Ebel, Beitr. z. v. Sp. I, 166; Stokes, ibid. 333. s Cf. Zeuss, Gramm. celt., p. 228.

4 ODonovan, M. Gramm., p. 135, Zeuss, Gr. celt., p. 355. — L'irlandais so correspond au sanscrit sa, zend hô, grec o, goth. sa, etc.

et à sm, par le changement régulier de s en h; mais on n'en connaît pas de formes redoublées comme en irlandais, et rien dans le cymrique ne répond à sosin.

D'après tout ce qui précède, nous pouvons maintenant traduire littéralement toute l'inscription comme suit :

Segomaros Villoneos civis nemausensis vovit Belisamae hocce fanum.

Cette version ne diffère de celle du D r Siegfried que par vovit au lieu de fecit.

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