‹ Essai sur quelques inscriptions en langue gauloiseChapitre 8 sur 10 · N° III · texte numérisé non relu

N° III

Inscription d'Autan.

LlCNOS CONTEXTOS IEURU ANVÀLONNÀCU CANECOSEDLON.

Ce texte, plus simple que les deux premiers, nous présente encore la même construction, et, à côté de ieuru déjà connu et de trois noms propres, il n'offre d'autre terme nouveau que canecosedlon.

Le nom de Licnos rappelle celui de Licaunus (Sil. Ital. 4, 206), dans Ausone Ligaunus (Epist. 24), avec cette variation du c en g que nous avons signalée déjà pour le go de l'inscription précédente. Les langues néo-celtiques n'offrent rien, à ma connaissance, qui puisse les expliquer.

Contextes, par contre, où l'on reconnaît le préfixe con qui forme un grand nombre de noms gaulois, irlandais et cymriques, ressemble singulièrement à l'ancien irlan-

dais co-thecht, conventus (Zeuss, 842), de techt, venire et adventus, infinitif de tigim, venio (ibid., 495), — Cf. tmthecht, ambulatio, habitus, co-imthecht, societas. Contextes peut s'interpréter par socius.

Anvalonnacu, qui suit le verbe ieuru, ne peut être, comme Belisama et Ucuetis, que le nom d'un dieu, et d'un dieu topique d'ailleurs inconnu. Sa ressemblance imparfaite avec le nom de lieu Aballo n'autorise guère un rapprochement, et l'explication que cherche M- Roget de Belloguet dans l'article irlandais an et falla, autorité, fallamhnachd, id., ne saurait être acceptée 1 , M. Roget semble avoir oublié que Anvalonnacu jest un datif, et que si an était l'article, il faudrait don(^=do an) Valonnacu. D'après la terminaison aco (acum), si fréquente dans les noms de lieux, il est à croire que nous avons ici un terme de ce genre; car on sait que les dieux topiques tiraient souvent leurs noms de ceux des localités. Ainsi la dea Aventia (Momms. 154) d'Aventicum, la dea Bibracte (Orel. 1973), la dea Celeia (1982), le deus Luxovius (2024), le deus Nemausus (2032), le deus Vesontius (2064), etc.

Ce qui est certain, c'est que nous avons dans Anvalonnacu le datif gaulois d'un thème masculin en o, nominatif os, datif qui correspond parfaitement à celui de l'irlandais pour les noms terminés primitivement en as, et que l'on peut reconnaître encore avec sûreté par les flexions internes actuelles. C'est ainsi que le datif baull de bail, membrum, primitivement ballas, suppose une forme plus ancienne battu, de même que fiur, viro, de fer(as) vir, a dû être autrefois firu*. Cet u même était déjà une altération de tit, resté intact en osque (Ebel, ibid.) et en lithua-

1 Ethnog. gaul. p. 197.

* Ebel, Beitr. f. vergl. Spr. I, 1Gi, 167. Cf. Zeuss, Gramm. celt. 250.

nien (pônui, domino, de p6nas { )\ altération toute semblable à celle du latin o, par exemple, dans equo pour equoi. Enfin, pour remonter plus haut encore, le zend nous offre la désinence ai (açpâi, equo), contractée ellemême de la forme primitive sanscrite dya, dans açvdya, etc.

Le canecosedlon qui termine l'inscription , est le régime direct de ieuru, et correspond sans doute, par son sens général, au nemêton et au celicnon des deux précédentes. On y reconnaît sans peine un mot composé, et son interprétation ne semble offrir aucune difficulté. Le sedlon de la fin, que M. Roget de Belloguet (p. 197) croit étranger également aux deux idiomes celtiques, s'explique fort bien par l'irlandais sadhail, habitation, bonne maison, synonyme de sadhbh(- sadm?) auquel répond le cymrique haddef —hadem, demeure, tous deux corrélatifs au sanscrit sadman (nomin. sadma) maison, habitation, de la racine sad y sedere. Cf. le sanscrit sddana, id., = cymr. syddyn, ainsi que le latin sedes et le grec e3oç, temple.

Pour caneco y on n'a que l'embarras du choix entre l'irlandais cain, bon, beau, pur, religieux, cânach, doux, agréable, câna, canach, profit, tribut, etc., et enfin can, .. canachy lac, étang. Canecosedlon pourrait donc signifier une belle demeure, ou un édifice religieux; mais ce qui fait décidément pencher la balance en faveur du sens de lac ou d'étang, c'est que nous trouverons dans l'inscription suivante un autre terme qui présente absolument la même signification. J'adopte donc provisoirement pour canecosedlon le sens de maison lacustre, lequel se justifiera mieux plus tard.

D'après tout cela , nous traduirons le tout comme suit :

Licnos contextos vovit Anvalonnaco domum lacustrem.

1 Bopp, Vergl. Gramm. p. 343.

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