N* IV
Inscription de Volnay.
Iccàvos Oppiani cnos ieuru Bringindon(u) cantabon(an ?)
Nous avons ici , sauf la différence des noms et du mot final, le pendant parfait de l'inscription précédente, ce qui en facilite grandement l'interprétation. Malheureusement les deux dernières lignes sont un peu mutilées , et là précisément où il aurait été important de trouver deux suffixes de déclinaison.
Le nom d'Iccavos appartient sans doute à la même racine que YIccius rémois de César (III, 3), YIccius nîmois de Gruter (420, 4), YIccianus de Vaison {Bibl. des Chartes, IV, 314), peut-être aussi YIcos de Mionnet (1, 85). Aucun nom propre néo-celtique à moi connu n'y ressemble , bien que l'on puisse penser à la racine irlandaise ic sanare , déjà invoquée pour expliquer celicnon '.
* On trouve dans Zeuss ic et icc, salus, îicthe, salvatus (p. 26, 60). Nulle part, dans les anciens textes, je n'ai remarqué la forme ioc de l'irlandais moderne et de l'erse, où Yo ne semble provenir que de la régie de concordance des voyelles dans ioca p. ex. = ice, remède. Cependant le cymrique présente iach au lieu de ic, et ici l'a ne saurait résulter de cette règle qui est étrangère au cymrique. Quelle est la forme primitive ? C'est ce qui est encore douteux. Quoi qu'il en soit, il est curieux que les deux formes également paraissent avoir existé dans le gaulois ; carie nom de Jociaunus (Stein. 1572. Blankenheim, près de Cologne), avec l'épithète de medicus qui semble n'en être que la traduction , est tout cymrique, et répondrait exactement à iachiaun. (Pour le suff. iaun voy. Zeuss 792). Ce Jociaunus (Cf. Jocca, Stein. 962), Joccinus (id. 926) me paraît être à YIccianus de Vaison (Bibl. des chart. IV, 314), comme le cymrique gwiriawn, verus, est à l'ancien irlandais firian, id. (Zeuss, 791). Ce fait, avec bien d'autres, appuie l'hypothèse de la coexistence des deux dialectes celtiques dans les Gaules.
Oppiantcnos qui suit, est intéressant par le cnos, qui a déjà provoqué d'assez vifs débats. Ainsi que je l'ai dit plus haut, à propos de celicnon, Zeuss le considère comme un suffixe- de dérivation, opinion partagée par Gluck. M. Roget de Belloguet, à l'avis duquel je me range cette fois-ci complètement, y voit un substantif avec le sens de fils; mais c'est avec moins de raison qu'il regarde le genus , gêna des noms gaulois comme une forme latinisée de cnos. Un savant allemand, M. Becker, avait émis la même conjecture à propos du Trouticnos de l'inscription de Todi, ce dont M. Gluck le reprend à bon droit, mais avec une violence de langage d'autant plus déplacée que le critique lui-même n'est sans doute pas dans le vrai relativement à la nature du mot cnos*.
Il n'est pas difficile de montrer que la terminaison genus est purement gauloise. La racine sanscrite djan, primitivement gan, generare, commune à la plupart des langues indo-européennes, se retrouve également dans les deux dialectes néo-celtiques. L'irlandais offre geinim, gigno,
* Je donne ici cette note de M. Gluck (p. 153) comme un curieux échantillon de sa polémique.
« Les stupides assertions de M. le conseiller de cour (Holzmann) ne sont ce- « pendant que des vétilles, en comparaison des absurdités que l'ignorance de « M. Becker lui fait imaginer pour le celtique. Le nom de Trouticnos de l'in- « scription de Todi lui suggère l'affirmation suivante. » (Vient ici l'opinion exprimée par M. lîecker que les terminaisons genus et gnatus se seraient formées de cnos par l'influence du grec et du latin ; puis M. Gluck reprend.) — « Comment « un savant qui connaît l'ABC des règles phoniques peut-il s'imaginer que genus « et gnatus sont des formes augmentées du prétendu mot celtique cnos*! Mais, « pour M. Becker, le k et le g sont identiques, et il ne s'embarasse guère de ce « qu'est devenu Ys de cnos. » (On pourrrait faire observer ici au critique que Ys n'est que le suffixe du nominatif.) « C'est ainsi que, sans connaître un iota des. « langues celtiques, sans en avoir même la plus légère teinture, il barbouille des t pages entières pleines des absurdités les plus palpables. »
géin, proies, nativitas, etc.; le cymrique geni, nasci, gan, nativitas, geneth, filia, etc. Cette racine forme de plus la terminaison d'une foule de noms d'hommes irlandais et cymriques, dont quelques-uns correspondent aux noms gaulois analogues. Ainsi en irlandais, Aedhgen (Tigh. 284), Cathgen (IV Mag. 343) Cintgegain (id., 400) Cf. gaul. Cintu-genius (Momms. 352.50) , Aimergen (Tigh. 284) Coemgen (id., 184), Conangen (IV Mag. 716), Dolgen (id., 728), Fingen (Tigh. 184), Mithigen (IV Mag. 483), etc., etc.; en cymrique Abrgen (Lib. Land. 135), Anaugen (194), Catgen (136), Congen (197). Cf. gaul. Congennicus (942.5); Guidgen(Lib. Lond. 124), Urgen- Urien, armor. Wrgen (Chart. Rhedon. I, 24). Cf. gaul. Urogenius (Grut. 490.9); Urbgen (Zeuss, 190). Cf. Urbigena (Grut. 976.5), etc., etc. On ne saurait douter, d'après cela, que les noms en genus ne soient purement gaulois.
Cela n'empêche pas, toutefois, que cnos y pour gnos, ne puisse être gaulois également, et se rattacher à la même racine que genus. J'ai observé déjà à deux reprises que le g et le c alternent fréquemment dans les mêmes formes. Ainsi l'on trouve Giamat(us) (Stein. 1449), Giamtus (1523), Giamilos (Duchal. p. 258), et Ciamalus (Stein. 1033), Ciamilia (id., 1746); Ginia (Grut. 839.5) et Cinius (id., 865.6); Cintugnatus (Stein. 1624) et Cintucnatus (id., 1449, 1484), Gnaius (Orel. 1361; Stein. 774) et Cnai(us) (Stein 1317), etc. Le même fait se reproduit fréquemment en irlandais où, par exemple, gnô et cnô, signifient tous deux fameux, illustre. Mais une circonstance plus décisive encore, c'est que, dans les deux dialectes néoceltiques également, et déjà dans les textes les plus anciens, la racine gen, gan se rencontre sous la forme cen. Ainsi, en irlandais, cenél, genus (Zeuss, 23), plus tard
cinéal, ceiniol, id., prosapies, familia—grwe/, id. (O'Reill. Dict.); cine, cineadh, genus ^grw, nativitas. De même en cymrique, dans les Glossœ Oxon. cenitolaidou , natales, maintenant cenedlaethau, generationes, de cenitol—cenedyl, genus. (Zeuss, 1085); en cymrique moderne, cenal, cenel, nation, tribu, cenaw, cenau, race, petit d'animal, et, par contraction, cnytv, id.
La même substitution du c en g se remarque dans les anciens noms d'hommes; en irlandais Ailcen (IV M. 207) et Âilgenan (Ulton, 221); Àthcen (Tigh. 200) pour Athgen; Concert (Inn. Fal. 15) et Congan (Ult. 230). Cf. gaul. Concenetus (Murât. 1251.8) à côté Congennicus (Grut. 942,5). Murecan (Ult. 284) et Muiregan (IV Mag. 207), etc. En cymrique Concert (Lib. Land. 143) et Congen (197); Gurcen (177), Gurceneu (143), Gwrgeneu (Arch. of Wales. I, 363); en armoricain Wrken (Chart. Rhed. I, 53) et Wrgen (I, 24), etc., etc.
On voit donc qu'il n'est point si absurde que le prétend M. Gluck d'assimiler cnos à genus, sans toutefois vouloir faire dériver la seconde forme de la première. La contraction en, gn est très-fréquente dans les dérivés de cette racine *, et le mot cnos n'a rien que de régulier.
Il reste à justifier mieux le sens de fils que nous attribuons à cnos. Ce sens résulte déjà clairement, comme l'observe M. Roget de Belloguet, de YOppianicnos de notre inscription, parce que Oppianus est un nom romain bien connu, et qu'il est difficile d'admettre ici un suffixe de dérivation. On connaissait déjà quelques noms de même formation, comme 'Apnxvou, au génitif, (Murât. 643) Trou-
1 Cf. lat. gigno, co-gnatus, grec, ytyvo^at, irland. do gneath natus est, cymr. enyWy catulus, goth. knôd, genus, etc. Au sanscrit védique gnâ y femme, répond exactement l'irlandais gnae, femme.
licnos (Inscr. de ïodi. Gluck, p. 175), peut-être, Gobannicno, pour -tïno (Zeuss, 774.) Il faut y ajouter le Toitissicnos de l'inscription qui suit celle-ci. Dans tous ces noms, le premier élément est un génitif en t , et constitue seul le nom propre, de sorte que Ton peut hésiter à y voir de véritables composés. Leur formation est exactement la même que celle de l'ancien irlandais Corpimaqas, fils de Corpas, au génitif Corpi, des inscriptions en ogham.
Je reviens maintenant à notre analyse.
A la suite de ieuru déjà connu, vient Brigindon.., avec une lettre effacée à la fin. D'après l'analogie des inscriptions précédentes, il ne saurait y avoir aucun doute qu'il faut lire Brigindonu datif de Brigindonos, nom de quelque dieu topique. L'initiale Brig ou Brigin a une physionomie toute celtique, mais il serait difficile d'interpréter le nom entier d'une manière sûre.
Reste cantabon..., l'objet consacré, dont la forme est malheureusement un peu altérée, surtout à la fin, où il doit manquer au moins deux lettres. L'N même est indistinct, mais peut se conclure avec assez de certitude de l'interprétation du mot. Si l'on se rappelle le sens obtenu pour sedlon de l'inscription qui précède, on ne pourra manquer de rapprocher bon., de bona qui termine un assez grand nombre de noms de lieux gaulois , tels que Juliobona, Âugustobona, Ratisbona, Vindobona, etc., et ce bona se retrouve clairement dans l'irlandais bun, fond, base, d'où bunadhas, fondation, bunait, habitation, demeure 1 ,
* Dans les Annal. IV Magist., p. 776; oh trouve Buncuilinn, la demeure du houx, comme nom de lieu. 11 faut peut-être séparer ce bun de son synonyme bonn, qui était plus anciennement bond, et qui répond au latin fundus, au parsi bunda et au sanscrit budhna. L'absence du d radical dans le gaulois bona me fait croire qu'il faut rapporter ce dernier, ainsi que l'irlandais bun , au sanscrit bhavana, demeure, de la racine bhû, esse.
et dans le cymrique bon, bonad, base, souche, etc. Bona a donc dû désigner un établissement, une demeure fixe. Le thème de notre mot serait ainsi cantabona, dont une coïncidence difficilement fortuite nous révèle la signification. Il se trouve, en effet, que canta, en irlandais, désigne un lac, un étang, précisément comme canack qui nous a expliqué le caneco de l'inscription d'Autun. Il faudrait admettre un singulier jeu du hasard pour supposer que les deux éléments de deux mots composés, désignant des objets de même nature dans deux inscriptions toutes semblables, se trouvassent présenter fortuitement le même sens. J'en conclus que cantabona est le synonyme parfait de canecosedlon , et que les deux inscriptions doivent se traduire de la même manière.
Il est fort à regretter que la flexion de ce mot soit effacée. Nous aurions eu là un accusatif féminin gaulois, trèsprobablement terminé en an, avec affaiblissement de Ym primitif, comme dans nemeton, celicnon et canecosedlon. Ebel arrive à la même conjecture pour les thèmes féminins en a de l'ancien irlandais, bien que le suffixe n ait disparu de la langue ' .
Maintenant, que peut-on conjecturer sur ces édifices lacustres consacrés, dont il n'est d'ailleurs question nulle part? On sait d'une manière générale que le culte des eaux, des sources, des lacs, était commun aux Gaulois, aux Germains et à d'autres peuples; mais les détails manquent à cet égard chez les auteurs anciens. Ce n'est que dans le moyen âge que nous trouvons ici et là quelques indications sur le culte des eaux chez les populations de la Gaule. Grimm les a réunies dans son bel ouvrage sur la mythologie allemande. En voici quelques-unes :
4 Ebel, Beitr. z. vergl. Spr. I, 165.
Grégoire de Tours (De glor. confes. ch. II, dans la BibL patrum. XI, p. 872) raconte que, sur le mont Helanus, dans le Gévaudan, il y avait un lac qui était l'objet d'un culte populaire. Chaque année, les habitants d'alentour y apportaient en offrande des vêtements, des peaux de mouton, des fromages, des gâteaux de cire, des pains, etc. Ils apportaient aussi des vivres avec eux, immolaient des animaux, et passaient trois jours en fête. Au quatrième jour, Jl s'élevait un ouragan furieux, accompagné d'une pluie torrentielle d'eau et de pierres, qui les forçait à se retirer précipitamment. Ce phénomène ne cessa que lorsqu'un prêtre chrétien eut construit une église près du lac, et que le peuple se fut converti.
Dans la vie de saint Sulpice de Bourges (Àcta Bened. sect. 2, p. 172), il est dit qu'il y avait à Vierzon, chez les, Bituriges, un gouffre rempli d'eau et consacré aux démons. Si quelqu'un s'avisait d'y entrer, il était saisi subitement par des cordes démoniaques, et périssait misérablement.
Gervasius Tilberiensis (Leibniz, I, 982) rapporte aussi que, dans la Catalogne, sur le mont Cavagum, il se trouvait un lac sans fond, avec un édifice ou palais des démons, invisible toutefois pour les yeux vulgaires. Si l'on y jetait une pierre, ou tout autre corps solide, il s'élevait à l'instant même une horrible tempête par la colère des démons ! .
11 faut ajouter que Grégoire de Tours (Miracul. II) fait mention d'une source sacrée et d'un lac à Brioude sur
* Grimm observe que la tempête excitée par le jet d'une pierre dans un lac, se retrouve dans les traditions germaniques et finlandaises (Deutsche Mythol. 338, l re édition.)
l'Allier, dans les eaux duquel lac on jeta les idoles après la conversion au christianisme.
On voit que, dans ces divers lieux, les lacs étaient censés habités par des puissances supérieures et redoutables que Ton devait chercher à se concilier; et dès lors l'établissement d'édifices consacrés sur les bords des lacs et des étangs s'explique naturellement.
On peut croire aussi que la coutume des établissements lacustres, dont on a retrouvé de si curieux débris dans plusieurs lacs de la Suisse, et qui paraissent remonter aux premiers temps de l'arrivée des Celtes, a contribué à faire naître et à propager ce culte des eaux sur lequel nous savons trop peu de chose. Les indications fournies par nos deux inscriptions ont bien quelque importance sous ce rapport, et pourront conduire à de nouvelles découvertes.
Inscription »nr la patère de Dijon.
Doiros Segomari ieuru Alisanu.
Cette inscription, dans sa brièveté, n'offre plus rien qui puisse nous embarrasser. M. Auber l'a rendue par: Doiros, fils de Segomar m 9 a fait (ou donné) à Alise. Nous connaissons mieux maintenant le sens de ieuru, et Alisanu est sûrement un datif de Alisanos, dieu topique comme Anvalonnacos et Brigindonos, et peut-être sans rapport direct avec Alisia } dont la terminaison diffère.
Doiros semble se retrouver dans Dorus (Orel. 3211), Dorulaccus chef boïen (Tit. Liv. 34, 46), et mieux encore dans l'irlandais Dor, génit. Doir (Ann. Ulton. 59) ou Daire (Tigh. 4, 8). Ce nom paraît se lier à celui du chêne, dair, darach, qui figure aussi dans les noms composés comme Dqircell (IV Mag. 228) cella quercus, Darerc, fém. (Tigh. 138) quercus rubra, Dargart (Ann. Ulton. 63) Dorgart (id., 72) capiit quercus vel quercinum, etc.
Le nom de Segomaros, ici au génitif gaulois en i, a été déjà considéré dans l'inscHption de Vaison.
L'objet consacré, la patère sans doute, n'est pas désigné, et le texte dit seulement:
Doiros Segomari (filius) vovit Alisano.
No VI.
Inscription de Nevers.
Andecamulos Toutissi cnos ieuru.
Encore plus simple que la précédente, cette inscription ne donne que le verbe ieuru, sans régime direct, ni indirect. >s Toitissi filius vovit.
jet consacré et celui du dieu sont égale- Ldus, à moins que le reste de l'inscription
composé avec le préfixe ande, se lie évim de Camulus, Mars (Orel. 1960, 1977,
1978); sans doute le dieu fort, de l'irlandais cam, fort, puissant, cama, brave, camach, puissance, etc., avec le suffixe w/=irland. ul, ol, qui ne change pas le sens du mot ' . Kn fait de noms gaulois semblables, on trouve Camulogenus, Aulerce (Ces. VII, 57), Camulia (Grut. 767, 5) Narbone. Camulatia (id. , 731,4) Nemausi, Camuliocus (Stein. 1624) Mogunt; Camius (Orel. 1221) prope Juvaviam. En irlandais, on peut comparer Cam (Ann. Inn. Fal. 108); en cymrique Camauc (Lib. Land. 204), Camell fém. (Arch. of Wales, II, 33), etc.
Le préfixe aride, que Zeuss retrouve dans l'ancien irlandais ind y inn , tn, et qu'il rattache au grec àv-n 2 , forme un grand nombre de noms gaulois; mais sa signification trèsvague ne permet pas toujours de les interpréter d'une manière sûre 3 . En irlandais moderne, le préfixe m, ion, dérivé de ind, répond ordinairement à la terminaison latine bilis, mais il n'a quelquefois qu'une force intensitive. Ce qui semble convenir le mieux, c'est d'attribuer ici, et parfois ailleurs, au gaulois ande la valeur que prend àv-n dans les composés àv«3fcoç f semblable à un dieu, c'est-à-dire, qui peut s'opposer, se comparer à un dieu, àvT«/3a<jetà>ç, vice-roi, semblable à un roi. Il est à croire que les Andecamulenses (Orel. 1804) tiraient leur nom de celui d'un chef, plutôt que d'une ville Àndecamulum.
Toutissos, au génit. Toutissi, est formé de Toutus, Tutus. (Cf. p. 19), comme Dumnissus, fluv. (Auson. Mosel. 8) do dumnus^irlmd. domun, cymr. dwfn pour dumn, profond"; Giamissa (Stein. 1484) de Giamius (Grut. 12, 10), Magis-
' Cf. Zeuss, 728, 730.
* Cf. Zeuss, 848.
5 Cf. Gluck, Die kelt. Nam. bei Cœsar, p. 24.
* Cf. irland. domnu, profunditas. (Zeuss, 272.)
sius, Hibernus (Orel. 1394; Stein. 807) de Magius (Grut. 434, 2), etc.
No VII.
Inscription du Menhir de Vlenx-Poltier».
Ratn.. briva(t)iom Frontu. Tarbel(l)inos ieuru.
Cette inscription , sans doute la plus ancienne de toutes, à en juger par ses caractères très-différents de l'épigraphie ordinaire, et par la circonstance qu'elle se trouve sur une pierre druidique, est par malheur un peu dégradée. Quoique fort simple, elle offre un intérêt particulier à cause de sa construction, où, contrairement aux autres inscriptions, l'accusatif précède évidemment le nominatif. Son interprétation exacte offre cependant quelques difficultés.
Le nominatif Tarbel(l)inos n'est pas douteux, et doit se rattacher, directement ou indirectement, au nom des Tarbelli de l'Aquitaine, probablement les habitants des défilés, si l'on compare l'irlandais tarbhealach, défilé, de tar, trans, et bealach, passage, chemin. Cf. bel, béai, ouverture , bouche. Ce qui reste incertain, c'est s'il faut y voir un ethnique en rapport avec Frontu, ou un nom propre formé de tarbhél, comme l'irlandais Slebinus, dans la chronique de Tighernach Sleibine au génitif, de sliab, mons. (Zeuss, p. 738). Dans le premier cas, Frontu serait le nominatif Fronto, thème Fronton, qui se rencontre souvent dans les
inscriptions gauloises (Grut. 596,3; 785,6; 872,2), et que Zeuss croit celtique, malgré sa physionomie romaine \ Cf. Fronto (Grut. 413, 4), Frontaccus (813, 5), Frontasia Frontonis filia (741, 4), Frontina (756, 1). Dans le second cas, Frontu pourrait être le datif en u d'un nominatif Frontos, variante des noms qui précèdent, et désignant cette fois un simple mortel auquel s'adressait la dédicace d'un monument funéraire.
C'est ce monument, sans contredit, qui est désigné par les deux mots du début, lesquels semblent bien être tous deux à l'accusatif. Le premier, ratn. , s'explique fort bien par l'irlandais rath, tumulus, soit que Yn représente le suffixe de l'accusatif, soit, plus probablement, que la désinence ait disparu par la dégradation de la pierre, et que Yn alors appartienne à une forme augmentée de rath, par exemple, rathan. Ce qui semble l'indiquer, c'est Ym final du mot suivant, qui pourrait bien nous offrir encore inaltéré le suffixe de l'accusatif déjà affaibli en n dans les autres inscriptions probablement plus récentes. Je crois donc qu'il faut compléter le mot ratn. en lisant ratnom, pour mettre d'accord les deux désinences.
Le brivatiom qui suit, et cette leçon semble bien être la bonne, rappelle tout d'abord le nom de lieu Brivatis, Brivatensis viens (Cf. p. 20), du gaulois briva, pons, avec le sens de pontilis, ad pontem situs. L'accusatif régulier de Brivatis serait Brivatim, et la forme brivatiom suppose un nominatif brivatios, synonyme de brivatis. Le suffixe tins se présente souvent dans les noms gaulois (Zeuss, p. 758). Je traduirais donc le texte restitué ratnom ftn-
1 Zeuss, Gramm. celt. p. 89. Je ne trouve d'analogue, dan» les langues néoceltiques, que l'armoricain fronnt, frounnt, morelle, dont le sens est peu propre à expliquer un nom d'homme.
vatiom par tumulum ad pontem. J'ignore si la position du monument appuie cette interprétation.
L'inscription entière peut, d'après ce qui précède, s'entendre de deux manières
Tumulum ad pontem Fronto Tarbellinos vovit.
ou bien
Tumulum ad pontem Frontoni Tarbellinos vovit.