A AGE
cuvette, il prit son rasoir de la main gauche, en plaçca lextrémité libre à une petite distance de la région frontale médiane, et, du hout de l'index droit, brusquement séparé du pouce et vivement détendu, il donna un coup sec sur le dos de la lame du rasoir.
Sans succès il recommença deux fois lopération sur le patient qui n'avait pas bougé. Posant son rasoir par lerre, avecles mains il écarta les bords de la petite plaie qu'il avait faite, regarda et reprit son rasoir, Au quatrième coup le sang jaillit d’une veine frontale sectionnée.
Le malade baïissa vivement la têle, et le sang se mit à tomber dans la petite cupule préparée däns le sable, au grand contentement du patient et des assistants. °
L'opérateur, triomphant modestement, ramassa par terre un chiffon de toile avec lequel il essuya son rasoir, et le remit dans sa poche.
Dans ce cas particulier l'arabe qui saignait cherchait à atteindre et alteignit la naissance de la veine faciale ou « veine préparate » généralement double, représentant le canal collecteur des veines antérieures du crâne, ou veines frontales,
Sans doute ce siège de la saignée avait dû lui être transmis par tradition familiale.
Pointes de teu
Les procédés de révulsion que nous venons de décrire sont surtout employés dans des aïfections
aiguës” tandis que les pointes de feu sont plutôt réservées aux affections d’une longue durée. Cela correspond d’ailleurs à l’aphorisme célèbre : «Quae medicamenta non savant, ea ferrum savat, quae errum non savat, ea ignis savat : quae vero ignis non savatea nisanabilia reputare opportet. »
Un mémoire par un anonyme (Prix de l’Académie de Chirurgie 1819: Mémoire sur l'emploi du cautère actuel) nous apprend combien ce traitement était en honneur chez les Arabes et chez les Arabistes. k
«Les Arabes et les Arabistes civils, dit:il, allèrent plus loin, et poussèrent jusqu’à l’abus l'usage du feu comme moyen thérapeutique. Ils cautérisaient dans l’empyème, ils enfonçaient un fer rouge dans les abcès du foie, dans le bas ventre des hydropiques, ils ouvraient la vessie urinaire avec un scalpel rougi au feu pour faire l'extraction de la pierre, ils se servaient du cautère actuel contre l’hydrocèle et contre les ulcères de l’intestin rectum... ; ils brûlaient les téguments dans les hernies, ils traitaient par le fer rouge les fistules de l’anus, et les chutes du fondement ; ils consumaient par le même moyen les fongus de la même partie, les varices, les tubercules, les ulcères rongeant de la verge, etc...
Aujourd’hui l'emploi des pointes de feu est encore très répandu quoique moins étendu dans ses applications. On voit beaucoup de jeunes enfants de sept à douze ans portant de grosses cicatrices sur l’abdomen indiquant que dès leur jeune âge ils ont été
D apte
soumis à ce procédé. On les pratique en chauffant au charbon de bois, dans des canours (1), de grosses tiges de fer arrondies. La tige rougie est portée verticalement au contact de la peau et appuyée sur celle-ci fortement et longtemps jusqu’à ce qu’elle s’enfonce.
C’est ainsi qu’on traite chez les jeunes enfants les péritoniles tuberculeuses, les ascites, ou le gros ventre des dyspeptiques et des rachitiques.
La brûlure produite,provoque une escharre arrondie de la grandeur d’une pièce d’un franc environ qui en tombant laisse une plaie taillée à l'emporte pièce. Le fond suintant se recouvre ensuite de mucopus et forme de grosses croûtes épaisses. La cicatrisation demande environ un mois, la suppuration étant souvent entretenue par la saleté des malades. Il se forme une cicatrice indélébile un peu en retrait sur le reste de la peau, en général lisse, parfois gaufrée. Lorsque les pointes doivent être faites moins profondément dans les régions du dos et de la poitrine, opérateur fait de longues traînées superficielles de six à dix centimètres qui n'entament pas la peau.
1. Le canoun est un réchaud en terre très répandu dans l'Afrique du Nord. Il contient de la braise incandescente. Il sert surtout aux femmes arabes pour se chauffer. Elles l’utilisent en le mettant devant elles alors qu'elles sont assises à peu près «en tailleur ». Cela détermine un état de pigmentation marbré spécial de la peau des faces internes des cuisses et des jambes à qui l’on a donné le nom de maladie du canoun. Cet aspect marbré rappelant celui que produit l'exposition continuelle à la lumière de la lampe à mercure se voit chez presque toutes les vieilles femmes.
Dans certaines circonstances on emploie au lieu du fer une tige d’un bois très dur chauffé au rouge ou un gros morceau de sel mis dans du linge trempé dans de l'huile bouillante.
Les cicatrices résultant de ces pointes de feu profondes permettent souvent de faire sur les malades un diagnostic rétrospectif d'une maladie qu'ils ont depuis longtemps oubliée ou qu’ils ne songent pas à vous rappeler quand on !es interroge. On en trouve très souvent autour des articulalions (contusions, entorses,tumeurs blanches, rhumatismes chroniques, douleurs ostéocopes de la syphilis),sur les gibbosités du mal de Pott, dans la région stomacale. Le siège de l’application du fer rouge est celui de la douleur maximum.Mais dans certains cas on l’applique encore là où elle s’irradie. C’est ainsi que nous avons trouvé chez nos malades des cicatrices franchement à droite de la ligne médiane, ou dans la région épigastrique, sur le duodéno-pylore.
Plus souvent il existe une large couronne des pointes de feu au-dessus de l’ombilic et occupant toute la région épigastrique.
Partois l’application correspond nettement aux point cœliaques (solaires et para-ombilicaux) et chez un sujet atteint de grosse sténose pylorique nous avons pu voir des raies de feu transversales en rapport avec les contractions péristaltiques de l'estomac.
Chez un autre nous avons trouvé trace d’application ignée au niveau des points douloureux scapulaires postérieurs classiques de l’ulcus du duodénum.
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Nous retrouvons encore l’emploi des pointes de feu dans les affections pulmonaires chroniques, tuberculose, névralgies de toutes sortes, la sciatique surtout où nous les avons souvent rencontrées siégeant sur les pointes de Valleix ei le point apophysaire de Trousseau.
Les ictères de toutes natures sont traités par des pointes de feu toujours placées aux mêmes endroits. Elles sont superficielles et disposées de la façon suivante : trois au milieu de la nuque, perpendiculaires aux apophyses épineuses; trois au milieu du bras, à la ‘partie moyenne du biceps et perpendiculairement à la veine médiane basilique ; une ou quelquefois deux à la base du pouce droit et trois à la face interne de l'articulation du genou au niveau du plateau tibial.
Ces pointes de feu superficielles peuvent être faites par n'importe qui mais elles ont plus de valeur quand elles sont pratiquées par le descendant du marabout de Sidi -Halfaoui qui entoure le cou du patient d’une ficelle à laquelle il fait un nombre variable de nœuds, de trois à neuf, le nombre de nœuds restant toujours impair.Chaque nœud est fait en mouillant légèrement la ficelle avec la salive du dit marabout qui en même temps marmotte une prière spéciale itransmise par le grand ancêtre. Il donne ensuite au malade pour qu’il la boive le jour suivant une petite gargouleitle remplie d’eau puisée à sa citerne. Ici nous touchons aux superstitions, remèdes secrets, dont nous dirons plus loin quelques mots. Les indigènes donnent à ce procédé une explication pour le moins