‹ Essai sur quelques modes de thérapeutique d'un usage courant chez les indigènes de TunisieChapitre 14 sur 27 · LATE · texte numérisé non relu

LATE

curieuse et originale. L’ictère apparaissant à la suite d'une frayeur comme on l’a souvent observé, la contre-épreuve du feu le doit faire disparaître.

Les Arabes font encore de la révulsion avec la racine du thapsia garganica (bou nefaa, derias ou laserpitium Derias de Pacho). C’est grâce à lui qu’ils obtiennent une vésication énergique en appliquant sur la peau la face interne de l’écorce fraiche récemment séparée de la racine. Les Arabes emploient toujours l’écorce de la racine sous forme de poudre obtenue après dessication complète. Cette poudre est souvent mélangée à de la semoule grillée, assaisonnée de miel et de beurre et mise en cataplasme. Le thapsia appliqué sur la peau y exerce une action spéciale qui se manifeste par des phénomènes remarquables. La peau rougit et devient le siège d'un prurit extrêmement vif. On voit ensuite apparaître une éruption de vésicules miliaires très nombreuses et trés rapprochées, remplie de sérosité purulente. En maintenant l’action en obtient une surface suppurante. On peut donc obtenir par le thapsia, à volonté, une éruption miliaire, une simple rubéfaction, ou même un exufoire de peu de durée, analogue, au véeicatoire volant.

Pendant la guerre un certain nombre de soldats indigènes pour ne pas partir au front usaient de ce procédé pour provoquer des plaies du pied ou de la jambe ou de la peau des bourses.

Pour faire de la révulsion certains malades em-

A. Chérouvrier 4

SUN: rio

ploient d’autres racines de bryone, variété de la bryone qui pousse spontanément dans le pays. Nous avons vu dernièrement un malade qui s'était frotté la poitrine avec celte racine, et qui s'était provoqué une sorte d’érythème généralisé bénin avec fortes démangeaisons.

Le vésicatoire, le cautère et le séton, sont encore

largement employés comme mode de révulsion.

Pour empêcher la plaie du cautère (faite presque toujours au bras) de se refermer, les juifs qui le pratiquent font mettre dedans un pois chiche cuit, maintenu par un pansement. La plaie du vésicatoire est entretenue le plus souvent spontanément par la saleté deslinges et pansements qui le recouvrent. Quant au séton, nous avons vu dernièrement un Arabe venant de Souk el Arba, atteint de splénomégalie paludéenne chronique,sur lequel un « toubib » avait à ce niveau fait au rasoir deux incisions profondes dans la peau, el au moyen d’une alène de cordonnier passé sous le derme un gros cordonnet de soie rouge. Il avait noué les deux chefs sur la peau et promis au malade que sa rate diminuerait de volume quand les fils tomberaient.

De même nous avons observé chez un vieux malade entré à l'hôpital pour se faire opérer d’une volumineuse hernie inguinale droite, le port d’un anneau de fil de fer dans le lobude de l'oreille gauche. En l’interrogeant sur celte curieuse boucle d'oreille il nous expliqua qu’atteint depuis quatre mois de dou-

ph leurs sciatiques de la jambe gauche il s'était fait appliquer cet ornement par un marabout de son pays (Medjez el Bab). Dix jours après le port de cet anneau ses douleurs avaient considérablement diminué. Aussi ne le quittait-il plus de peur de les voir réapparaitre.

Devant la persistance d’une aussi vieille thérapeutique que la révulsion, nous nous sommes demandé quelles sont les raisons qui expliquent la vogue dont elle jouit chez les indigènes musulmans.

Une bonne part revient certainement à la routine et à la coutume, chez un peuple resté bien attaché à ses traditions. Pour une petite part, on peut invoquer les idées que les malades se font de la.maladie, et les déductions thérapeutiques qu'ils en tirent, idées qui rappellent les vieilles doctrines, théorie des humeurs, des alternances morbides, de la dérivation (quo pergit natura eo ducendum).

Toutes les autres explications scientifiques si bien adapiées au goût du jour lui sont totalement inconnues et n’ont aucune influence sur sa détermination.

Peu importe au ventouseur, que sa ventouse agisse par vaso-constriction réflexe, ou en déterminant un phénomène d’auto-hémothérapie (comme l'ont démontré MM. Hallion et Godlewski). Toujours il placera son appareil là où la coutume veut qu’il soit placé dans l'occurrence.

De toutes les explications données nous retien-

Fe, 0 DEN

drons un fait d'observation qui nous servira de fil conducteur dans notre recherche et qui a été formulé par Hippocrate.

Il avait reconnu les rapports d'opposition réciproque qui se montrent entre divers organes, et avait formulé cette aphorisme resté célèbre : « De deux douleurs simultanées mais non dans le même lieu, la plus forte obscurcit l’autre» (Aphorisme, Sect. IF).

Pour nous, ce qui fait le succès de la thérapeutique révulsive sous toutes ses formes c’est le soulagement immédiat et momentané qu’elle procure au malade.

Les maux de tête, douleurs, névralgies, le point de côté et la pneumonie, sont certainement diminués dans la plupart des cas, et le soulagement se produit assez rapidement après l'application du remède, ce qui est très important en thérapeutique indigène.

Evidemment dans certaines affections comme la pneumonie, l’évolution de la maladie n’est pas modifiée par l'application de ventouses scarifiées sur le point de côté, mais le malade se sent dégagé, il ressent moins sa dyspnée, et la tranquillité qu’elles lui procurent n’est pas à dédaigner aussi bien pour le malade que pour le médecin. Disparition de la douleur et guérison sont pour bien des malades deux choses identiques quoique bien différentes, et d’aiileurs chez bien des Européens policés le médecin a souvent du mal à proscrire une médication qui soulage temporairement, mais qui nuit à l'état général, en intoxiquant l'organisme.

Doi

En dehors du soulagement produit il y a souvent une action favorable indéniable sur le cours de la maladie qui présente des rémissions à la suite de la révulsion. Les cas favorables laissent une empreinte beaucoup plus profonde dans l'esprit populaire que les cas malheureux et ils font de ceux qui ont guéri, d’ardents propagateurs de la méthode. Le septicisme n'agil pas, la foi thérapeutique est animatrice. 1l y a d'ailleurs des faits tellement frappants qu’ils finissent par s imposer à l'observation des gens les plus frustes et aux esprits les plus prévenus.

Qu'on relise les articles de Brocq (Presse médicale, 1904) ou sa clinique dermatologique sur le cautère, on verra les résullats vraiment stupéfiants qu'on peut ên obtenir (vésicatoire, cautère, séton) supprimant des poussées congestives récidivantes rebelles se portant sur des organes de l’économie, et résistant à toutes les médications diététiques et médicamenteuses ralionnelles connues.

Brocq ajoute que ces méthodes appliquées sans discernement ont été tuées par les excès auxquels se sont livrés ses partisans fanatiques, et à leur suite le public peu éclairé des campagnes. L'usage si fréquent de la révulsion chez les Arabes appliqué de la même manière nous à cependant permis de voir que cette méthode donnait parfois de bons résultats. Elle n’est dans la plupart des cas pas nuisible, ce qui est déjà beaucoup pour une méthode thérapeutique, et elle satisfait le malade.

Personne aujourd’hui ne songe à contester Puti-

Le:

lité de la révulsion dans nombre de cas. Nous faisons encore un large emploi en médecine de teinture d’iode, de ventouses sèches ou scarifiées et nul n’en conteste la valeur. ;

Plus rarement et dans des conditions bien déterminées on fait appel aux pointes de feu, aux saignées, et par exception aux sangsues. Pourtant combien d'affections sans être guéries par elles, ne soulagent-elles pas, Nous les retrouvons employées avec méthode chez les vieux auteurs et leur donnant des succès véritables. Des règles très précises guidaient le choix de l'emplacement et le genre de révulsif. Son action sur place et à distance s’en trouvait ainsi modifiée. K

Ces observations leur ont fait rechercher les points optima de son application.

Certains médecins appliquaient des révulsifs à la partie interne du bras ou sur la peau du mollet dans certaines maladies thoraciques. A la plante du pied ou sur le coup de pied dans certaines congestions du cerveau; à la peau de la partie interne des cuisses dans les affections inflammatoires de l'intestin et du péritoine : à la partie supéro-interne des cuisses dans les maladies de l'utérus : à la région épigastrique dans un grand nombre de maladies de l’estomac : à la nuque et au tissu cellulaire sous-jacent dans les ophtalmies : aux apophyses mastoïdes dans les mêmes cas et spécialement dans les ophtalmies scrofuleuses : à la région syncipitale pour la classe complexe des maladies comprises sous le nom

Page 1