LES TATOUAGES
Sal ed dem Fat el hem
Le sang a coulé, le malheur est passé.
(Proverbe arabe).
Nous traitons dans un chapitre à part ce procédé de révulsion cher aux indigènes de Tunisie, car à l’action thérapeutique du tatouage s'ajoutent pour les uns, une vertu religieuse pour les autres une simple question d’esthétique.
__ Son emploi est très largement répandu. Son
usage est commun aux deux sexes. Seule la classe cultivée et bourgeoise s’en abstient, tantôt par scrupule religieux, tantôt par mépris des habitudes et des traditions populaires.
De même qu’il constitue un ornement économique le tatouage est encore un remède peu coûteux, et circonstance particulièrement commode, qui n’a pas besoin d’être renouvelé. Il paraît admissible d’ailleurs que le tatouage exerce une action curative réelle soit directe par révulsion, soit plutôt indirecle par suggestion.
Pour les indigènes en tous cas, ses effets tiennent
de la sorcellerie comme l'écriture. De part et d'autre
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on se sert d’une espèce de plume et d’une matière colorante. Des deux côtés on trace des signes là sur la peau, ici sur du papier, et ceux-ci sont indélébiles. L’ignorant n’y voit guère de différences, et le tatouage est pour lui une écriture douée de pro: priétés particulières. D'ailleurs ses vertus sont pour certains d'autant plus fortes qu’il a été exécuté par un professionnel bénéficiaire et dispensateur d’une sainte bénédiction.
L'application du dessin ou « hochem » aun carac tère en quelque sorte rituel, mais elle ne comporte ni cérémonies, ni réjouissances. On conçoit cependant que l’on attribue quelque pouvoir surnaturel à celui qui applique les signes propres à préserver de certains maux ou à en guérir, et que dans certaines conditions l’art du tatoueur ait pu devenir un sacerdoce. °
Nous laisserons de côté le sujet purement ornemental des tatouages ainsi que l’origine et l’interprétation des signes qu’on y voit représentés. La lumière n’est pas encore faite sur ce chapitre qui sortirait des bornes que nous nous sommes tracées. Ne voyons que le côté médical de la question.
Les tatouages sont employés avec la même fréquence que les pointes de feu, et dans les mêmes circonstances.
Bien souvent ces deux modes de thérapeutique sont associés l’un renforçant l’action de l’autre.
Les petits tatouages peuvent être exécutés par des femmes, et dans leurs mains tout outil qui lranche
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ou qui pique est bon pour tatouer (petite lame, aiguille, épines, pointes de cactus), Les grands tatouages le sont toujours par des professionnels qui les pratiquent à la « Méchelta ».
C'est une tige d’acier de section carrée, aplatie et aiguisée en biseau à une ou aux deux extrémités.
Cette tige est généralement tordue sur elle-même plusieurs fois au rouge dans sa portion préhensible, de façon à tourner entre les doigts, tout en donnant une prise très solide. |
Un tel instrument est bien fait pour tracer des incisions. Le tatoueur traditionaliste ne pique pas, il scarifie.
Le pigment le plus employé est le noir de fumée dont on frotte la plaie fraîchement ouverte. On la préserve ensuite par l’application d’un linge quelconque.
Le tatouage produit un inflammation et souvent même suppure. Puis la cicatrisation s’opère au bout de trois sernaines environ, les croûtes tombent et le dessin apparaît en noir. Il paraît qu’à ce moment on frotte la partie tatouée avec des feuilles vertes de blé, d'orge, ou de coloquinte ce qui donne au dessin une couleur verdâtre qu’il présente souvent.
La diffusion du fragment sous l’épiderme fond toutes les incisions, en eftace le détail, et donne au dessin ainsi construit en traits gras et pleins, un caractère de solidité décorative que le tatouage à l’aigaille n’a jamais.
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La Méchelta se prête mal au tracé dela ligne courbe. son usage impose l’angulisation du dessin et l’uniformité de la couleur. La figure tracé est d’une façon constante quelqu'un des éléments de la décoration géométrique : croix, losanges, peigne, chevron pectiné, triangles, et leurs associations. En outre on trouve parfois une phrase extraite d’un verset du coran.
Contrairement au tatouage ornemental où les figures peuvent être assez compliquées, le tatouage thérapeutique est la plupart du temps réduit à quelques traits, ou du moins à quelques signes très simples. On les applique loco dolenti, et le long des trajets des irradiations nerveuses. DE à
En général c’est aux endroits les plus exposés aux traumatismes notamment aux articulations qu'on les voit représentés. De même ce sont les gens porteurs d’affections chroniques qui ont le plus souvent recours à leurs vertus. Témoin et arabe cité par le D' Goberi, porteur autour du genou d’une série de latouages révélateurs d’une arthrite ancienne et qui expliquait que le sang coulant horsde l’ivcision avait emporté & el haoua mta el oujiya » l'air de la douleur c'est-à-dire son principe subtil et fluide.
D'autres encore se font tatouer après guérison de leur maladie pour éviter toute récidive.
À latête les tatouages sont en général peu variés, et la croix qu’en rencontre presque toujours n'implique pas forcément qu'on soit en présence d’un procédé thérapeutique. Ceci est si vrai que très fré-
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quemment à la consultation de l'Hôpital Sadiki se présentent de jeunes indigènes campagnards fraîichement arrivés dans la ville, qui demandent qu’on les débarrasse de ce stigmate, Ils ne sont plus exposés une fois l’opération accomplie, à ce que les vieux
citadins disent en les méprisant un peu « mezel bnaqchtou ». Il porte encore sa broderie, c’est-à-dire son petit latouage frontal.
Cependant son emplacement et sa multiplication au niveau de la queue du sourcil, ou sa disposition en ligne verticale sur la tempe semble indiquer qu’on l'ait dessinée pour soustraire le malade à une céphalée tenace ou le guérir d’une affection oculaire.
Plus curieux et plus compliqués sont les tatouages faits à la poitrine et qui visibles par la fente du vêtement tiennent à la fois de l'ornement et de la médication.
C'est que chez les indigènes existe une croyance bizarre, à savoir l’ouverture, la rupture de la poitrine à la $uite d’un effort ou d’un froid. Il faut donc la refermer et on ne le peut qu'à l’aide d’un dessin beaucoup plus chargé que les autres, où les motifs purement ornementaux sont renforcés par la présence de croix, triangles, chevrons, groupés le plus sonvent trois par trois. Carton cite à ce sujet un tatouage exéculé pour une poitrine ouverte « en soulevant un sac de blé ». Le tatoué avait fait dessiner une chaîne pour resserrer la poitrine et deux clefs pour la fermer.
Un autre malade était porteur de signes identiques,